• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-  

    Aux alentours des deux châteaux, que l'on pourrait considérer comme jumelés, on s’obstinait à parler du parc appartenant à la dynastie des comtes de Rubens, comme-ci la forêt, dans son entièreté, même dépossédée de ses grands arbres majestueux et plus que centenaires, faisait encore revivre le souvenir du grand domaine dont elle faisait encore partie malgré les parcelles qui avaient été entièrement dénudées de leurs bois précieux afin de subvenir à l’entretien du château neuf occupé par les châtelains, au détriment de château vieux...

    En des temps anciens, toute la noblesse avait menée des chasses renommées, réunissant à Monteuroux les châtelains des domaines voisins. Malgré les parcelles vidées de leurs grands arbres qui faisait toute leur beauté, celles-ci, intelligemment groupées de façon à ne pas défigurer l’ensemble de la forêt si chère à Isabelle qui en connaissait les moindres recoins, était encore très grande et le gibier y était abondant. Isabelle y découvrait souvent de nouvelles cachettes. Pour elle, il y avait une partie du domaine qu’elle affectionnait entre toutes les autres, et pour qui elle avait une prédilection. Cette partie préférée de la jeune adolescente était entourée d’arbres centenaires que la cognée des bûcherons avait épargné pour une raison qui lui était inconnue ; mais qui, un jour, lui serait révélée dans des conditions qu'elle était loin d'imaginer. Ce même emplacement comprenait également sa pièce d’eau, aux berges couvertes d’herbes vertes et grasses. L’endroit avait été surnommé : L’étang-aux-ormes, la cause en étant justement ces magnifiques grands arbres centenaires. Par endroits, les branches retombantes des grands saules pleureurs, baignaient le bout de leurs branches dans l'onde. Ils avoisinaient les ormes centenaires qui, en arrière-plan, formaient un rideau protecteur tel un écrin enchâssant cette étendu d'eau reflétant une atmosphère romantique, mais très mystérieuse. Les ombres des arbres se reflétaient dans l’eau lumineuse et semblaient vouloir se mirer dedans. C’était une eau changeante, par moment obscure en son milieu, où couleur de jade, vers les abords. De légers roseaux murmurant sous la brise, donnaient à ce lieu, encore plus de mystère depuis que l’on avait retrouvé Daphné de Rubens noyée dans cet étang où s’entremêlaient les longues racines sous-marines de ces fleurs aquatiques que sont les nénuphars. Isabelle n’y venait jamais la nuit tombée,  Adélie considérant ce coin du parc trop dangereux pour sa protégée encore très jeune et bien aventureuse pour son âge. Si ce lieu avait été fréquenté, comme au temps de l’abondance, à présent, il était triste et abandonné. Très souvent on y aurait, paraît-il remarqué de majestueux cygnes blancs qui aimaient se prélasser paisiblement sur l’onde ou se reflétait leur corps d'un blanc immaculé. les nuit de pleine lune. Ces oiseaux blancs dont les silhouettes se miraient dans l’eau calme de l'étang, donnaient une apparence irréelle à l’ensemble formant un tableau fascinant dont seule la nature était témoin. Ce lieu, tristement célèbre depuis le drame dont la pièce d'eau avait été l’instrument depuis l’accident tragique ou la comtesse Daphné avait vécu une triste fin, se trouvait dédaigné des châtelains, sauf de la jeune Isabelle. Certains jours, pourtant, et principalement les nuits où la lune éclairait pleinement l’étang, il arrivait que la comtesse défunte, apparaisse. La jeune comtesse Daphné n’avait pas dû apprécier que son cher amour la trompe et lui donne une remplaçante aussi rapidement. La légende courrait que c’était pour cette raison qu’elle revenait d’entre les morts afin de se venger de celle qui avait pris sa place dans le cœur de son bien aimé, rappelant ainsi au comte, sa faute et les circonstances mystérieuses concernant sa disparition.

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    Chaque année, lors de l'ouverture de la chasse, les bûcherons comme d’ailleurs les chasseurs et les paysans, avaient le droit de chasser le gros gibier sur les terres du comte. Cependant, depuis tous ces phénomènes surnaturels, ils rechignaient à s'aventurer dans les bois et forêt de l’immense domaine. Le comte Rudolph, exigeant une rétribution légitime sur ce que ces hommes rapportaient comme gibier, avait un manque à gagne sans ces gaillards qui hésitaient à arpenter les sentiers forestiers ou d'habitude ils se faisaient un plaisir d'exercer l'art de la chasse, la cause en étant, bien sûr, ces apparitions intempestives de la châtelaine défunte, ce qui rendait forcément plausible ces événements anormaux qui se produisait assez souvent du côté de l’étang, mais aussi le long des chemins empruntés pendant cette période par les chasseurs. De plus, le doute planait  quand à la soirée fatidique ou la jeune comtesse se promenant seule au bord de l'étang avait trouvé la mort. Ils se posaient tous la question qui les préoccupait. Pour quelle raison la comtesse, la nuit de l’accident, se promenait-elle seule sans son mari ? Si le comte Rudolph avait été auprès de sa jeune épouse le soir du drame, il est certain que le drame ne se serait jamais produit ! Ça jasait de tous côtés et l’histoire de l’apparition était remontée jusqu’au château, à un point tel que la domesticité ne parlait que de ces phénomènes et comment cela s'était t'il produit ? Le comte se sentant responsable de la mort de son épouse, en était affecté. Édite d’Argenson, sans le montrer, n’en menait pas large non plus. Méprisante, elle ne voulait rien entendre concernant ces événements qui, d’après elle, était une pure invention racontée par ces rustres de bûcherons et chasseurs. Pourtant, cela commençait à faire du monde pouvant témoigner de cette présence fantomatique ! Le mystère devenait de plus en plus intriguant. Qui avait donné l’alerte la nuit du drame ? Quelqu'un dont personne ne se souciait, et qui, les soirs de pleine lune, comme à son habitude, aimait jardiner pour profiter de cette clarté gratuite et naturelle venue du ciel. Cette personne voyait souvent passer la comtesse Daphné et le comte Rudolph devant sa maisonnette et son petit jardinet. Lorsque le couple revenait de leur promenade, c’était au tour la comtesse Victoria qui en avait fait, elle aussi, sa promenade favorite. Mais voilà qu’un soir pas comme les autres, après le passage de la comtesse Victoria, et de la comtesse Daphné, seule, il avait vu furtivement passer Berthe : la femme de chambre de la d’Argenson en service chez les de Rubens. Que venait-elle faire de ce côté-ci du parc ? C’était vraiment très bizarre ? Le jardinier s’était posé des questions en voyant Berthe revenir de sa promenade comme-ci elle avait eu une horde de démons à ses trousses. Il s’était dit qu’elle ne devait pas aimer ce coin la nuit, et cela ne l’avait pas plus intrigué que ça. Au bout d’un long moment, alors qu’il avait terminé son jardinage, qu’il avait eu le temps de bourrer sa vieille pipe et de la fumer tranquillement assis dans son Rocking-chair avant qu’il ne réalise que la comtesse Daphné n'était pas revenue de sa promenade solitaire, pas plus que la comtesse Victoria. Cela l’avait bien tracassé un peu, mais se faisant un point d’honneur à ne s’occuper que de ses affaires, il ne s’en était pas inquiété plus que ça. Sous la charmille, il avait continué de se balancer dans son fauteuil à bascule, le vieux jardinier aimait prendre le frais lorsqu’il avait fini sa journée. Au bout de quelques temps, il avait reconnut la comtesse Victoria qui revenait de sa promenade, mais toujours pas la comtesse Daphné. d'habitude, toutes deux se suivaient de prés ? Inquiet plus qu’il ne l’aurait voulu, il avait pris sur lui d’aller jusqu’au château prévenir le major d’homme qui avait, lui-même, transmis l’information au comte.

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    Chapitre 3 

    Aux alentours des deux châteaux, que l'on considérait comme jumelés, l'on s’obstinait à parler du parc appartenant à la dynastie des comtes de Rubens, comme-ci la forêt, dans son entièreté, même dépossédée de ses grands arbres majestueux et plus que centenaires, faisait encore revivre le souvenir du grand domaine dont elle faisait encore partie malgré les parcelles qui avaient été entièrement dénudées de leurs bois précieux afin de subvenir à l’entretien du château neuf occupé par les châtelains un tiers de l'année, au détriment de château vieux. Par contre, le parterre à la Française, qui s'étendait devant le château neuf et longeait à gauche château vieux, formait une terrasse à son extrémité. Entre deux balustrades de pierre recouvertes de mousse, et huit marches quelque peu dégradées par le temps, mais de belle allure, conduisait à un parterre inférieur au milieu duquel s’allongeait un étroit miroir d’eau entre deux bandes de gazon qui, du côté externe, était orné de buis non taillés. A gauche, restaient les vestiges d’une importante orangerie où des orangés laissés à l’abandon essayaient bien encore de donner quelques fruits pour les fêtes de noël que les résidents permanents récoltaient pour leur profit personnel, mais rien ne garantissait que ces oranges soient bonnes à manger : trop de travail pour le vieux jardinier et pas assez de revenu pour prendre un autre jardinier plus jeune afin de s’occuper de l’entretien de l’orangerie.

    La beauté romantique et mystérieuse des lieux, était propice à la méditation. Le parterre intérieur s’ornait de marches en marbre rose qui s’arrondissait en hémicycle autour d’un cupidon, arc et flèches en mains. Le parterre se terminait pas une balustrade d’où la vue s’étendait sur la vallée, les pâturages, et les collines boisées, précédant la moyenne montagne. A droite de ce parterre, que bordaient encore des buis non taillés depuis un bout de temps, d’autres degrés entrecoupés d’étroites terrasses, menaient au parc que Victoria affectionnait. Ce parc n’était autre qu’une partie de la forêt appartenant encore, dans sa totalité, au comte de Monteuroux.

    Depuis que les ancêtres de la famille des de Rubens avaient eu le domaine en héritage, bon nombre de parcelles de terrains avaient été louées pour la coupe du bois afin de faire face aux dépenses qu’exigeait château neuf, au détriment de château vieux dissimulé derrière les hautes tours de son frère  pratiquement jumeau qui étaient entretenu, et avait déjà plusieurs fois été rénové. Château vieux tenait encore le coup par endroit, ce qui n’empêchait pas les ruines de cohabiter sans, pour cela, dévisager le lieu même où s’était retirée la vieille comtesse. Petit à petit, la forêt avait repris ses droits et la beauté de la nature libre et sauvage, de ce côté-ci, pouvait y être contemplée, laissant admirer sa beauté primitive. La vieille tour en forme de donjon abritait toujours les appartements vieillots de Marie-Marguerite de Rubens, d'Isabelle, d'Adélaïde et de Victoria, la tante d’Isabelle, née difforme, qui ne sortait guère qu’à la nuit tombée afin d’éviter tout contact avec les gens de Monteuroux. Le parc était son endroit privilégié. Elle aimait s’y promener et respirer le bon air de la campagne comme le faisait, jadis, Daphné de Rubens. Là, elle était sûr de ne rencontrer personne. 

    En des temps anciens, toute la noblesse avait mené des chasses renommées, réunissant à Monteuroux les châtelains des domaines voisins. Malgré les parcelles vidées de leurs grands arbres qui faisait toute leur beauté, celles-ci, intelligemment groupées de façon à ne pas défigurer l’ensemble de la forêt si chère à Isabelle qui en connaissait les moindres recoins, était encore très grande et le gibier y était abondant. Isabelle y découvrait souvent de nouvelles cachettes. Pour elle, il y avait une partie du domaine qu’elle affectionnait entre toutes les autres, et pour qui elle avait une prédilection. Cette partie préférée de la jeune adolescente était entourée d’arbres centenaires que la cognée des bûcherons avait épargné pour une raison qui lui était inconnue ; mais qui, un jour, lui serait révélée dans des conditions qu'elle était loin d'imaginer. Ce même emplacement comprenait également sa pièce d’eau, aux berges couvertes d’herbes vertes et grasses. L’endroit avait été surnommé : L’étang-aux-ormes, la cause en étant justement ces magnifiques grands arbres centenaires. Par endroits, les longues branches-lianes retombantes des grands saules pleureurs, baignaient le bout de leurs ramures dans l'onde. Ils avoisinaient les ormes centenaires qui, en arrière-plan, formaient un rideau protecteur tel un écrin enchâssant cette étendu d'eau qui prêtait à ce lieu une atmosphère romantique, mais très mystérieuse. Les ombres des arbres se reflétaient dans l’eau lumineuse et semblaient vouloir se mirer dedans. C’était une eau changeante par moment, obscure en son milieu où couleur de jade, vers les abords. De légers roseaux murmurant sous la brise, donnaient à ce lieu encore plus de mystère depuis que l’on avait retrouvé Daphné de Rubens noyée dans ces eaux où s’entremêlaient les longues racines sous-marines de ces fleurs aquatiques que sont les nénuphars. Isabelle n’y venait jamais la nuit tombée, sa marraine considérant ce coin du parc trop dangereux pour sa protégée encore très jeune et bien aventureuse pour son âge. Si ce lieu avait été fréquenté, comme au temps de l’abondance, à présent, il était triste et abandonné. Très souvent on y aurait, paraît-il, remarqué de majestueux cygnes blancs ou noir, qui aimaient se prélasser paisiblement sur l’onde reflétant leur corps les nuit de pleine lune. Ces oiseaux blancs, plus que les noir, semblaient se dédoubler dans l’eau calme de cet étang, et donnaient une apparence irréelle à l’ensemble qui formait un tableau fascinant dont seule la nature était témoin. Ce lieu tristement célèbre depuis le drame où la comtesse Daphné avait vécu une triste finse trouvait dédaigné des châtelains. Seule la jeune Isabelle y venait. Certains jours, et principalement les nuits où la lune éclairait pleinement l’étang, il arrivait que la comtesse défunte, apparaisse. La jeune Daphné n’avait pas dû apprécier que son cher amour la trompe et lui donne une remplaçante aussi rapidement. La légende courrait que c’était pour cette raison qu’elle revenait d’entre les morts afin de se venger de celle qui avait pris sa place dans le cœur de son bien aimé, rappelant ainsi sa faute et les circonstances plus que bizarres concernant sa disparition dont elle seule savait, en partie,  la vérité sur ce qui lui était réellement arrivé.

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    chaque personne ayant été témoin de cette funeste nuit ne pouvait s'empêcher de toujours se poser la même question : pour quelle raison la comtesse, la nuit de sa disparition, se promenait-elle seule sans son mari ? Si le comte Rudolph avait été auprès de sa jeune épouse le soir du drame, il est certain que l’accident ne se serait jamais produit ! Ça jasait de tous côtés, et l’histoire des apparitions étaient préoccupante au point que la domesticité ne parlait que de ces phénomènes. Le comte se sentant plus que responsable du tragique et mystérieux accident de son épouse, en était affecté. quant à la nouvelle comtesse, elle ne laissait pas voir son inquiétude, mais elle n’en menait pas large. Méprisante, elle ne voulait rien entendre concernant ces événements qui, d’après elle, n'était que pure invention racontée par ces rustres de bûcherons afin de lui faire du tord, car elle sentait bien qu'elle n'était pas en odeur de sainteté aupré des gens du village pourtant, elle ne pouvait empêcher les rumeurs, et cela commençait à faire du monde pouvant témoigner de cette présence fantomatique ! Le mystère devenait de plus en plus intriguant, et mystérieux.

    Depuis ces apparitions inquiétantes où beaucoup des ces hommes avaient aperçu la comtesse Daphné du côté de la forêt ou se trouvait l'étang, était considéré comme étant un lieu hanté. Le comte, obsédé par la mort de sa première femme, n’allait plus jamais se promener de ce côté-ci du parc comme il le faisait auparavant. Il était très superstitieux. Cette histoire rocambolesque le perturbait, et la peur d’apercevoir ce que les bûcherons avaient vu, était pour lui une source d’angoisse. Il refusait d’analyser le pourquoi du comment de ce qui enflaient chaque jour un peu plus, et d’approfondir les questions qu’il se posait. Sur ce sujet, il était dans un déni total et son exigence allait jusqu’à interdire à quiconque se trouvant au château d’en aborder la question entre eux, et surtout pas s’il s’avérait que la jeune comtesse soit dans les parages car bien trop jeune pour comprendre, elle devait être maintenue dans une totale ignorance concernant cette effroyable tragédie. Il savait très bien qu’elle ne resterait pas dans son innocence de petite fille, et qu’un jour, elle apprendrait l’horrible vérité sur la fin malheureuse de sa mère. La sanction la plus lourde pour avoir passé outre ses recommandations, était le renvoi immédiat des fautifs ayant été trop bavards devant l’enfantDepuis ce soir funeste, la jeune Isabelle de Rubens avait grandi à l'abri des rumeurs jusqu’à ses seize ans. Elle n’avait jamais eu vent de la légende qui s’était formée autour de la noyade accidentelle de sa mère. Pour la protéger, l’on avait pris soin de ne jamais évoquer tout ce qui se rapportait à son mystérieux décès.     

    Les bûcherons, comme d’ailleurs les chasseurs et les paysans avaient, chaque année, lors de l'ouverture de la chasse, le droit de chasser le gros gibier sur les terres du comte, mais le domaine étant très grand, ils ne voulaient plus se risquer dans les bois, ni même dans la forêts entourant les endroits ou la comtesse daphné apparaissait.

    Le comte de Rubens qui exigeait un droit légitime sur ce que ces hommes rapportaient de gibier, n'étaient pas satisfait du manque à gagner concernant les pièces de viande dont il ne pouvait plus faire commerce aux restaurateurs des villes avoisinantes. Depuis les apparitions intempestives de la comtesse, même lui qui aimait chasser, hésitaient à arpenter les lieux forestiers ou, d'habitude, il se faisait un plaisir d'exercer l'art de la chasse au gros. Les apparitions de la châtelaine défunte le décourageaient au même titre que les villageois  qui ne voulaient plus se risquer dans ces parages dit hantés. Ce qui rendait la chose plus que plausible concernant les événements surnaturels se produisant assez souvent du côté de l’étang, mais aussi le long des chemins et sentiers empruntés par lui et ces rudes gaillards de la campagne. Le comte Rudolph, plus méfiant qu'il ne l'était auparavant, devait se défaire à contre coeur de cette manne conséquente l'aidant à régler quelques factures qui traînaient concernant château neuf.

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    Au moment de la disparition de sa mère, la petite comtesse de six ans s’était retrouvée, du jour au lendemain, orpheline avec pour seule explication ce que sa marraine et préceptrice était chargée dlui donner. Sur le roulement des questions de la petite Isabelle, Adélaïde se devait de lui faire comprendre que le bon Dieu l’avait rappelé à lui, ce qui était très dur car l’enfant, en grandissant, acceptait de moins en moins ses explications qu'elle lui donnait, trop simplistes. Sans se décourager, la petite revenait régulièrement à la charge aupré d'Adélaïde avec de plus en plus de questions embarrassantes concernant sa mère parce qu'elle voulait  en savoir plus et comprendre.

    La comtesse était très aimée pour sa gentillesse, sa bonté d’âme, le respect d’autrui, les dons qu’elle faisait à la communauté, et aux gens nécessiteux de la paroisse. Sa beauté qui n’avait, comme par miracle, aucunement souffert de ce séjour dans l’eau, était telle que de son vivant. Son teint rosé, velouté, et ses lèvres d’un rouge naturel dans un visage encadrées par de longs cheveux bouclés, d'un blond doré, faisait penser à un ange. L’horreur de ce drame avait marqué les esprits. Les assistants présents à l’enterrement étaient nombreux, et beaucoup laissaient paraître leur peine. 

    Sur l’ordre du comte, jugée trop jeune, sa petite fille n’était pas présente à l'enterrement. Adélaïde n’avait donc pas eu la permission de suivre sa chère Daphné à sa dernière demeure. Elle aurait pourtant aimé rendre un dernier hommage à sa douce comtesse qu’elle avait tant aimé et pleuré au soir de la veillée, à genoux, prés de son lit mortuaire. Le comte lui avait accordé l’autorisation de prier en silence à son chevet, et elle avait vraiment eu l’impression que la jeune comtesse dormait. 

    Une fois son amour accompagné là ou elle devait reposer pour l'éternité dans la crypte ou reposaient tous les ancêtres du comte, celui-ci s’était retiré dans ses appartements et n’en sortait plus. Il était inconsolable, refusant même de se nourrir, le docteur avait eu tellement peur pour sa santé physique et mentale, qu’il l’avait envoyé faire un séjour en maison de repos afin de ne plus ressasser cet accident tragique dont il se sentait le seul responsable pour avoir laissé sa jeune femme se promener sans être accompagnée, ne serait-ce par un domestique ; mais après sa crise de mélancolie qui avait nécessité l'éloignement de Monteuroux, le comte, comme nous le savons, s’était remarier rapidement.

    A partir de cet événement tragique doublé de son remariage, la nouvelle avait, telle une traînée de poudre, fait le tour des villages avoisinant Monteuroux. Il ne s'était pas, non plus, passé longtemps avant que des bruits bizarres court concernant de fantomatiques apparitions prés de l’étang-aux-ormes. Cela faisait leur effet aupré de ceux qui Bûcheronnaient dans le domaine. La nouvelle avait vite fait de faire le tour des villages environnants ou la jeune comtesse était connu pour sa bonté, et aimée pour ses bienfaits. Le lieu des apparitions devint trop perturbant pour les bûcherons qui ne voulaient plus reprendre le cour de leurs activités concernant la coupe des arbres dans les parcelles autorisées. Ils ne voulaient définitivement plus prendre le risque de voir, à nouveau, la comtesse  daphné apparaître intempestivement aux endroits où ils travaillaient, ce qui n'était pas du tout du goût du comte qui manquait singulièrement de fonds afin d'entretenir château neuf, car les arbres coupés étaient revendu aux scieries alentours. 

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    Depuis son plus jeune âge,  Isabelle ne vivait que dans l’entourage des domestiques, et de la préceptrice de sa mère. Plus Isabelle grandissait, manquant de repères paternels, plus elle s’attachait à Adélaïde qui lui donnait l'affection dont une enfant de son âge a besoin pour se construire. Adélaïde lui parlait beaucoup de sa maman afin qu’elle la connaisse et garde à jamais dans son cœur son amour pour elle. La jeune comtesse, devant un père absent, se souvenait à peine des caresses et des mots tendres de celui qu’elle ne voyait que très rarement, et toujours dans des conditions qui n’étaient guère à son avantage. Les remontrances du comte ne se faisaient qu’en la présence de sa deuxième femme, génératrice de conflit entre la fille et le père. Isabelle grandissait en apprenant à connaître le côté mesquin de cette belle-mère qu’elle n’accepterait jamaisLa jeune adolescente souffrait du remariage de son père. Elle détestait Édith d’Argenson depuis le jour où elle et sa fille, s’étaient installées au château comme-ci elles avaient toujours été chez elles, alors que sa mère n’était décédée que depuis très peu de temps.

    Jusqu’à l’année de ses seize ans, on avait réussi à tenir Isabelle dans l’ignorance de la mort de sa mère dans les conditions que nous connaissons. Adélaïde se gardait bien d’aborder le sujet concernant les circonstances horribles de cet accident, craignant de la choquer. Les domestiques ne disaient mot sur le sujet de peur de perdre leur place. Les villageois, pour les mêmes raisons, respectaient un silence religieux en ce qui concernait la disparition de la comtesse Daphné lorsque la jeune Isabelle faisait quelques descentes au village.

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    Lorsque la jeune comtesse allait se promener dans le parc, Adélaïde lui recommandait sans cesse de ne pas aller trop près des bords de cet étang dont les berges étaient devenues dangereuses. La jeune fille ne s’en souciait guère, et ne se privait pas de braver les recommandations d’Adélaïde. Elle aimait cet endroit sans en connaître la raison qui, principalement, l’attirait près de l’étang. Elle S’y rendait chaque fois qu’elle le pouvait : Était-ce le besoin de braver les interdits ? Elle était frondeuse la jeune comtesse ! Un jour que l’envie lui était venu de cueillir une de ces fleurs, elle avait eu l’idée, comme le faisait sa mère, de prendre la vieille barque sans se demander si elle saurait la manipuler, et se souciant peu de ne pas savoir encore nager. Téméraire, bravant le sort, se servant des rames avec maladresse, elle s’était approchée le plus près possible du jardin aquatique. A l’aide d’une longue branche souple et fourchue, elle avait réussi à attirer à elle une de ses fleurs tant convoitées par sa mère. Elle l’avait cueilli avec mille précautions pour ne pas faire chavirer son embarcation, et revenant prudemment près de la rive sans omettre de remettre la barque à sa place, elle avait monté les trois degrés qui permettaient de se retrouver sur la terre ferme, arrimé la barque bien consciencieusement, elle avait pris soin de fixer la fleur dans ses cheveux. Sur le chemin qui menait à Châteauroux, Isabelle avait croisé Ludivine de Richemont qui, avec ce sourire ingénu plein de sous-entendus dont elle avait le secret, lui avait dit :

    Vous avez cueilli cela dans l’étang ? Quelle imprudence ! Comment avez-vous fait ? Le jardin aquatique n’est pas si près de la berge ! Avez-vous donc envie de finir comme votre mère ?

    Isabelle, obéissant aux réflexes habituels chez elle, dès qu’il s’agissait de Édith d'Argenson ou de sa fille, répliqua sèchement :

    Quoi ?! Qu’a fait, ma mère et en quoi cela vous regarde t-il ?! De quoi vous mêlez-vous ?!

    Mais elle s’est noyée dans l’étang en voulant cueillir ces fameuses fleurs ! Du moins on le suppose... Personne ne vous l’a jamais dit ?

    Abasourdie et furieuse par ce qu’elle venait d’apprendre sans ménagement de la bouche de cette péronnelle de Ludivine, Isabelle lui asséna une réplique digne d’une personne qui savait des choses que la fille de la d’Argenson ignorait :

    Ne serait-ce pas quelqu’un qui aurait poussé ma chère mère intentionnellement ? Je ne suis pas idiote et j’ai moi-même pris la barque pour aller cueillir ces fleurs ? On ne peut les attraper de la berge ! Ne trouvez-vous pas étrange qu’elle ait cherché à attraper ces fleurs à onze heure du soir, seule, alors qu’elle prenait elle aussi la barque de jour pour les ramasser ?! La barque n’avait pas été manipulée ce soir là ! C’est curieux ! Ne trouvez-vous pas ?

    Oh ! Mais qu’allez-vous chercher là ? Ce n’est pas la version officielle de la mort de votre mère ! fît Ludivine derrière un sourire malicieux et plein de sous entendus. Vous vous montez la tête, ma chère !

     

    Son air plus qu’ironique, humiliant et méprisant en disait long sur l’animosité qui existait entre les deux jeunes filles.

    Vous êtes vraiment une peste pour me dire de telles choses ! Lorsque ma mère est décédée, vous n’aviez que quatre ans de plus que moi ! C’est votre mère qui vous a mise au courant ? Alors qu’on me l’a caché jusqu’à aujourd’hui, et que c’est vous qui le l’apprenez avec malice ! Vous êtes décidément mesquine, cruelle et pleine de méchanceté ! Pour cela, vous êtes le portrait de votre mère, sans aucun doute ! Êtes-vous satisfaite de me faire du mal ?

    Ludivine ne répondit pas, mais le sourire de satisfaction qu’elle affichait en disait long sur l’effet produit sur Isabelle quant à sa révélation. Hors d’elle, la jeune comtesse gifla magistralement sa rivale qui ne s’attendait pas à une telle violence. Ne lui laissant pas le temps de réagir, Isabelle s’éloigna avec la rage au ventre, se répétant sans cesse à voix haute :

    Noyée ? Ma mère s’est noyée ? C’est impossible ! Elle ne s’est pas noyée seule : on l’y a aidé ! Ce n'est pas possible autrement ! Elle était bien trop prudente !

    De son côté, Ludivine, la joue en feu et blessé dans son orgueil, marmonna les dents serrées :

    Tu va me payer cette gifle tôt ou tard ma petite… Tu ne perds rien pour attendre.

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    Ce qu’Isabelle venait d’apprendre jetait en son âme une horreur tragiquement douloureuse. Elle se précipita dans la cour, entra comme une folle chez Adélaïde, et lui cria :

    — Pourquoi ne m’avez-vous pas dit que ma mère s’est noyée dans l’étang ? Je comprends la raison pour laquelle vous me répétez sans cesse de ne pas m’approcher des bords où se trouvent ces maudits nénuphars ! J’attends une explication !

    Adélaïde, interloquée par ce que la jeune fille venait de lui annoncer avec tant de violence dans la voix, eut bien du mal à retrouver son calme avant de pouvoir articuler un mot :

    — Comprenez-moi ma chère enfant ! Vous étiez bien trop jeune pour accepter ce malheur ! Qui… qui vous a... a mise au courant de cette... cette tragédie que nous avons tous pris soin de vous cacher le plus longtemps possible ? Pour une fois, je ne pouvais donné tort à votre père qui voulait vous protéger et vous épargner le désarroi d’une toute petite fille : Vous expliquer que désormais, vous ne reverriez plus votre pauvre maman, était trop dur et j’avais ordre de vous cacher la vérité. Daphné s’est noyée dans l’étang-aux-ormes : c’est officiellement un accident, ma chérie ! Il fallait vous préserver le plus longtemps possible de cet horrible drame qui s’est produit, alors que vous n’aviez que six ans.  Cela vous aurait certainement choqué à vie ! Votre père m’avait interdit de vous dire ce qu’il s’était passé. Je pensais, pour une fois, la même chose... Mais, qu’est-ce cette fleur dans vos cheveux ?

    Cela me regarde Adélie !

    Vous avez bravé le sort pour savoir s’il était possible d’en attraper une, alors que le jardin de nénuphars n’est pas si près que cela de la berge ! Votre maman prenait la barque pour aller les cueillir en plein jour, prenant soin de s’habiller en conséquence. Elle ne s’y serait jamais risqué, la nuit tombée.

    C’est justement ce dont j’ai voulu me rendre compte par moi-même, et j’ai compris qu’elle devait se servir de cette vieille barque pour ramasser ces fleurs puisqu’il est impossible de les cueillir de la berge ! J’ai fais ce que je pensais être la manière de faire de ma chère mère et j’ai, à mon tour, pris la barque pour aller jusqu’aux fleurs, mais à la différence qu’il faisait encore jour ! Ma mère n’était pas habillée pour aller à la cueillette de ces fleurs ! Cela me fait poser bien des questions…

    Pourquoi vous faire du mal, Isabelle ? Cela est si loin...

    — Parce que, vous dis-je ! Il est très risqué, surtout la nuit tombée, je dirais même, impossible de vouloir attraper ces fleurs, si belles soient-elles, de la berge ! Je suis convaincue que ma chère mère a été poussé ! C'est un assassinat !

    — Je me suis souvent posé les mêmes questions que vous aujourd’hui quant à la version officielle de sa mort ? Comment aurait-elle pu être aussi inconsciente, et s’aventurer sur ces berges glissantes pour des fleurs déjà inaccessibles en plein jour ? Votre mère était prudente. Elle connaissait le danger. La pleine lune, n’aurait pu lui suggérer l’idée d’essayer ? Elle était très bien trop intelligente pour tenter une telle expérience en pleine nuit. Je n'ai pas osé faire part de mes soupçons à votre père déjà remarié. Isabelle, laquelle des deux vous a mise au courant de la noyade de Daphné. Cette méchanceté ne peut venir que de Ludivine ! Répondez-moi, Isabelle. Est-ce Ludivine ? Elle ne pouvait tenir ce secret que de sa mère ? Elles sont aussi malveillantes l’une que l’autre. Le fiel empoisonne leurs âmes.

    Je ne les craint pas, Adélie ! Tout mal se paie sur terre ! Tôt, ou tard... J’en suis persuadée ! Que ce soit ma belle-mère ou la mesquine Ludivine, elles seront obligées de rendre des comptes à Dieu ! Je n’ai aucune vengeance en mon cœur. Simplement de la rancœur vis à vis de mon père trop faible pour résister à cette odieuse femme... Je n’en veux pas, non plus, à William pour ne pas se rendre compte de la noirceur de l’âme de sa fiancée. Je haie cette d'Argenson ! Heureusement que l’abbé Verges m’aide à évacuer cette haine que je ressens dans la prière et la confession. Je sais que Dieu est là pour veiller à ce que justice soit faite ! Je ne saurais dire comment ; mais je le sens !

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    vous êtes bouleversée, mon enfant, et je comprends votre chagrin. Que vous soyez choquée et révoltée, ça aussi, je le comprends. Pardonnez-moi, Isabelle. Mais votre père ne... votre père ne voulait absolument pas que vous soyez au courant de la fin horrible de votre mère...

    Oui ! Je sais ! Il vous avait interdit et vous interdit toujours de me tenir au courant de bien des choses qui pourraient me concerner ! J’en ai assez de ses interdictions et de ses reproches ! Il ne me fait appeler que pour que sa femme ait la joie de me reprocher ma conduite envers elle ou sa chère fille. Cette femme est d’une ignoble cruauté et sa fille la suit de près ! C’est peu de le dire ! Elle m’a fait mal en se réjouissant de ma surprise et de ma peine qui devait se lire sur mon visage lorsqu’elle s’est fait un plaisir de me dire la vérité sur l’accident de mamanC’est vraiment là que j'ai découvert cette personnalité malsaine qu'elle cache si bien sous des mimiques doucereuses :  Elle aime se réjouir impunément du malheur des autres. Malgré ma peine, je viens de me rendre compte que cette peste de Ludivine, bien malgré elle, ma rendu un grand service en voulant me faire souffrir. Ce que je viens d’apprendre m’a éclairé sur certains points qui m’étaient restés obscures étant trop petite pour réaliser les véritables raisons concernant l’absence de maman. Je suis plus à même de me conforter dans ce que je soupçonne ; mais elle n’aura pas le dernier mot sur moi ! Je saurais surmonter mon chagrin. Ne me cachez plus rien Adélie. Je veux tout savoir sur ce qui concerne ma chère mère. Je vous dis qu’il y a quelque chose de malsain dans ce supposé accident ? Vous savez, Adélie, ce que je pense de tout cela.

    Depuis cet instant fatal où la jeune adolescente avait appris la mort tragique de sa mère par la comtesse Ludivine, de Richemont, elle considérait la pièce d’eau comme une sorte de lieu de pèlerinage. Elle se devait de venir, chaque fois que cela lui était possible, s’asseoir dans l’herbe, devant l'étang. Elle repensait à sa mère morte, bêtement, noyée, sans personne pour la secourir. Elle imaginait la scène tout en frissonnant d’horreur. Quelle mort affreuse ! Pensa Isabelle. Comme elle a dû avoir peur avant de s’enfoncer définitivement dans l’eau froide, sombre et profonde et surtout dans le noir complet de la nuit déjà bien avancée. La blondeur de sa chère mère aux grands yeux pensifs dont le portrait ornait sa chambre, lui faisait penser à son contraire aux cheveux diaboliquement noir corbeau qu’elle ne supportait pas. Le portrait de sa mère était l’unique lien qui la reliait à elle. Tous les soirs et chaque matin à son levé, Isabelle lui parlait. Elle sentait que sa mère la protégeait et l’aimait. Daphné et Isabelle, par l’intermédiaire de ce tableau, n’avaient jamais été vraiment séparées.

    Il existait, au bord de cet étang, un vieux pavillon à demi ruiné par l’humidité et le manque d’entretien ; mais qui avait conservé les lignes élégantes des constructions du 18 ème siècle. A l’intérieur, régnaient encore quelques-unes des boiseries sculptées et recouvertes d’une fine couche d’or presque effacée, avoisinant avec de fines peintures dont on l’avait autrefois décoré.

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    Depuis cet instant fatal où elle avait appris la mort tragique de sa mère par cette peste de Ludivine, Isabelle se devait de venir chaque fois que cela lui était possible. Elle s’asseyait dans l’herbe, devant cet étang ou elle repensait à sa chère mère, morte bêtement noyée, sans personne pour la secourir. Elle imaginait la scène et frissonnait d’horreur. Quelle mort affreuse ! Pensa Isabelle en frissonnant. Comme elle a dû avoir peur avant de s’enfoncer définitivement dans l’eau froide, sombre et profonde, sachant très bien que pour elle, c'était sa vie qui s'achevait à cet endroit. La blondeur de sa chère mère aux grands yeux pensifs dont le portrait ornait sa chambre, lui faisait penser à son contraire aux cheveux noir corbeau qu’elle ne supportait pas.

    Le portrait de sa mère était l’unique lien qui la reliait à elle. Tous les soirs et chaque matin à son levé, Isabelle lui parlait. Elle sentait qu’elle la protégeait et l’aimait. Daphné et Isabelle, par l’intermédiaire de ce tableau, n’avaient jamais été vraiment séparées.

    Il existait, au bord de cet étang, un vieux pavillon à demi ruiné par l’humidité et le manque d’entretien ; mais qui avait conservé les lignes élégantes des constructions du 18 ème siècle. A l’intérieur, subsistaient encore quelques-unes des boiseries sculptées et recouvertes d’une fine couche d’or presque effacée, ainsi que de fines peintures dont on l’avait autrefois décoré.

    Dans ces années où la fortune des de Rubens ne les avait pas encore abandonnés, pareil à leurs ancêtres, ils donnaient des fêtes au bord et sur cet étang. Comme l’exigeait la coutume et la bienséance, l’on offrait collations ou soupers, selon les heures ou les invités se trouvaient être encore dans ce pavillon.

    Cela faisait bien longtemps que les de Rubens n’exerçait plus aucune activité en ce lieuCe qu’il restait de leur fortune, ne leurs permettait plus de l’entretenir. Seule Isabelle y venait lire, rêvasser ou dessiner. Seule, non, car un jour, elle y avait trouvé un long voile de tulle blanc qui devait appartenir à sa tante Victoria, puisqu’il n’y avait plus que sa tante, à part elle, qui venait de ce côté-ci du parc. Cette tante qu’Isabelle ne connaissait pas, ne fréquentait ces lieux qu’à la nuit tombée, lorsque sa silhouette déformée par une bosse au dos déportant, par obligation, sa taille, compressant aussi son coeur et ses poumons. Sa tante profitante de la nuit, Victoria, se confondait avec les hombres nocturnes, sortait de la vieille tour, et se dirigeait vers l’étang ou se trouvait le pavillon, étant sûr de n’y rencontrer âme qui vive.

    Deux jours après son entrevue avec la comtesse Marie-Marguerite, Isabelle, par un après-midi maussade, vînt s’asseoir sur une des marches du pavillon légèrement en surélévation, permettant de visionner dans son ensemble cet endroit décidément mystérieux. Elle ouvrit son carnet à dessins qu’elle avait apporté dans l’intention de croquer la berge recouverte des herbes vertes et grasses de l’étang qui lui faisait face. Seuls les trois degrés près de la vieille barque restait à découvert. D’une main déjà très adroite, Isabelle traça une esquisse de cet endroit qu’elle aimait pour son calme, sa beauté, ses cygnes qu’elle aimait voir évoluer sur l’eau, et aussi pour avoir avec elle, le lieu où sa mère devait perdre la vie.

    Adélaïde lui avait donné, elle-même, quelques leçons, et la jeune fille s’était tout de suite montrée très agile dans ses coups de crayon. Ses progrès étaient stupéfiants !

    La vieille demoiselle s’étonnait de son savoir-faire sans jamais avoir pris de véritables leçons, si ce n’est que les siennes. Ce don inné lui rappelait Victoria. Elle était très adroite, elle aussi, de ses mains et artiste accomplit, ce qui lui faisait dire :

    — Quel dommage de ne pouvoir mieux cultiver les dons que vous avez ma chère enfant !

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    Dans ces années où la fortune des de Rubens ne les avait pas encore abandonnés, pareil à leurs ancêtres, ils donnaient des fêtes sur cet étang, aussi, comme l’exigeait la coutume et la bienséance, l’on offrait collations ou soupers, selon les heures, dans ce même pavillon.

    Cela faisait bien longtemps que les de Rubens n’exerçait plus aucune activité de ce côté-ci de l’étang. Ce qu’il restait de leur fortune, ne leurs permettait plus d’entretenir ce pavillon qui devait être magnifique du temps ou les de Rubens étaient au fait de leur fortune. Seule Isabelle y venait lire, rêvasser ou dessiner. Seule ? non, car un jour, elle y avait trouvé un long voile de tulle blanc qui devait appartenir à sa tante Victoria, puisqu’il n’y avait plus, à part elle, que sa tante qui venait de ce côté-ci du parc à la nuit tombée. La sœur de son père qu’Isabelle ne connaissait pas et qui ne fréquentait ces lieux que la nuit, lorsque sa silhouette déformée par une bosse au dos déportant, par obligation, sa taille, se confondait avec les hombres nocturnes. Victoria sortait de la vieille tour, se dirigeait vers l’étang où se trouvait le pavillon, étant sûr de n’y rencontrer âme qui vive.

    Deux jours après son entrevue avec la comtesse Marie-Marguerite, Isabelle, par un après-midi maussade, vînt s’asseoir sur une des marches du pavillon légèrement en surélévation par rapport à la pièce d'eau, permettant ainsi, de visionner dans son ensemble, cet endroit décidément mystérieux. Elle ouvrit son carnet à dessins qu’elle avait apporté dans l’intention de croquer la berge recouverte des herbes vertes et grasses de l’étang qui lui faisait face. Seuls les trois degrés près de la vieille barque restait à découvert. D’une main déjà très adroite, Isabelle traça une esquisse de cet endroit qu’elle aimait tant pour son calme, sa beauté, les cygnes en escale qu’elle aimait voir évoluer sur l’eau, et aussi pour être en communion avec le lieu où sa mère devait perdre la vie.

    Adélaïde lui avait donné, elle-même, quelques leçons, et la jeune fille s’était tout de suite montrée très agile dans ses coups de crayon. Ses progrès étaient stupéfiants ! La vieille demoiselle s’étonnait de son savoir-faire sans jamais avoir pris de véritables leçons, si ce n’est que les siennes. Ce don inné lui rappelait Victoria. Elle était très adroite, elle aussi, de ses mains et artiste accomplit, ce qui lui faisait dire :

    Quel dommage de ne pouvoir mieux cultiver les dons que vous avez ma chère enfant ! Il est vraiment triste que votre tante Victoria vive en recluse ! Vous auriez beaucoup appris avec elle. Victoria est une artiste confirmée dans bien des domaines ! Son savoir ne se serait pas perdu avec vous. Elle est très adroite de ses mains, ce qui en fait une artiste accomplit.  Je ne croie pas qu’elle vive encore longtemps : ses poumons sont comprimés par sa cage thoracique suivant la rotation de sa colonne ne cesse vriller, comprimant ainsi ses poumons et son cœur. Elle doit avoir beaucoup de mal à respirer. 

    J’aurais bien aimé, chère Adélie, lui adoucir le temps qu’il lui reste à être avec nous. Mais voudrait-elle accepter ma présence

    Je ne croît pas ma chère enfant. Elle ne veut jamais voir personne à part sa dame de compagnie, la gentille Antoinette, Dominique et Angèle.

    — C’est triste Adélie. Nous sommes chacune en manque d’attention et de tendresse pourtant, je suis sûr que nous arriverions à nous entendre, et même à nous apprécier... si elle le voulait. Ses jours seraient moins tristes, je lui adoucirais ses journées et elle m’apprendrait tellement de choses… Que ne puis-je essayer de la convaincre par l’intermédiaire d’Antoinette ?

    — C’est ainsi ma petite chérie. Face à son obstination, nous ne pouvons rien faire.

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    Depuis cet instant fatal où elle avait appris la mort tragique de sa mère par la comtesse Ludivine de Richemont, Isabelle considérait la pièce d’eau comme une sorte de lieu de pèlerinage. Elle se devait de venir, chaque fois que cela lui était possible, s’asseoir dans l’herbe, devant cet étang, elle repensait à sa mère morte, bêtement, noyée, sans personne pour la secourir. Elle imaginait la scène tout en frissonnant d’horreur. Quelle mort affreuse ! Pensa Isabelle. Comme elle a dû avoir peur avant de s’enfoncer définitivement dans l’eau froide, sombre et profonde et surtout dans le noir complet de la nuit déjà bien avancée. La blondeur de sa chère mère aux grands yeux pensifs dont le portrait ornait sa chambre, lui faisait penser à son contraire aux cheveux diaboliquement noir corbeau qu’elle ne supportait pas. Le portrait de sa mère était l’unique lien qui la reliait à elle. Tous les soirs et chaque matin à son levé, Isabelle lui parlait. Elle sentait que sa mère la protégeait et l’aimait. Daphné et Isabelle, par l’intermédiaire de ce tableau, n’avaient jamais été vraiment séparées.

    Il existait, au bord de cet étang, un vieux pavillon à demi ruiné par l’humidité et le manque d’entretien ; mais qui avait conservé les lignes élégantes des constructions du 18 ème siècle. A l’intérieur, subsistaient encore quelques-unes des boiseries sculptées et recouvertes d’une fine couche d’or presque effacée, ainsi que de fines peintures dont on l’avait autrefois décoré. Tout était silencieux et parfois, le désagréable cri d’un animal blessé déchirant l’air, parvenait jusqu’à la jeune fille. A un moment donné, la musicalité d'un léger rire de femme s’éleva, et troubla le silence, frappant l’oreille de la jeune comtesse. Elle tressaillit et le crayon que ses doigts tenaient fermement s’arrêta net. Isabelle reconnu le rire cristallin de Ludivine. Que faisait-elle dans cet endroit qui ne lui étaient pas familier ? Elle n’y venait jamais. Ce lieu n’était pas hospitalier pour cette péronnelle ! Les lèvres serrées, la jeune comtesse se leva, gravit rapidement les quelques marches qui la séparait du pavillon. Elle repoussa les battants de la porte vitrée ouvrant de ce côté-ci de l’étang, et pénétra à l'intérieur. La pièce, dallée en damier de marbre noir et blanc, lui donnait des airs de demeures seigneuriales. Le pavillon avait des murs recouverts de panneaux en bois de rose agrémentées de dorures qui étaient, elles aussi, détériorées par l’humidité. Cette humidité provenant de la résurgence diffuse de sources souterraines se trouvant en amont, nouvellement apparu, par endroit, en surface, décollaient les sculptures pourtant vielles de plusieurs, siècles. Les conséquences désastreuses de ces sources, abîmaient considérablement les panneaux décorés, encadrant l’une des très grandes pièces qui se trouvait être en fort mauvais état. Le plafond, lui aussi, était extrêmement endommagé, mais on y discernait encore quelques vagues formes mythologiques. Trois portes vitrées, pareilles à celles qu’Isabelle venait de franchir, donnaient sur les autres façades du pavillon. La jeune fille s’approcha de l’une d’elle, l’entrouvrit sans bruit, et tendit l’oreille. Un peu plus loin, sur  le chemin menant à l'étang, venaient de s’arrêter deux personnes : Ludivine de Richemont et William de Rubens-Gortzinski. Elle minaudait la demoiselle, certaine de son pouvoir de séduction ! Ses mots se voulurent caressants, lorsqu’elle prononça ces quelques paroles :

    — Nous irons où vous voudrez, William chéri. Nous pourrons même attendre l’hiver pour notre voyage de noces afin d’avoir plus de temps jusqu’à ce moment où votre travail vous laissera quelque liberté.

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    Nous pourrons aller dans le midi, dans un bel endroit que je connais, et où nous serons tranquilles pour jouir de notre bonheur.

    La voix suave de Ludivine sembla un doux roucoulement lorsque, à la déconvenue de la jeune adolescente, sa tête brune se pencha sur l’épaule de William tandis qu’il essaya de la résonner :

    — Vous avez là une bonne idée, chère Ludivine. Pourtant, j’aimerais mieux ne pas m’absenter plus de quelques jours au moment de notre mariage, car ce sera l’époque des travaux d’automne. Un agriculteur n’a pas beaucoup de liberté. Vraiment, ne craignez-vous pas de vous ennuyer à la campagne, vous qui êtes plutôt habituée à une existence mondaine ?

    — Oh, non, mon chéri ! Avec vous, jamais !

    Isabelle s’écarta brusquement de la porte fenêtre avec dégoût. Son visage tendu, ses sourcils rapprochés, dénotaient une sourde colère. Avec un sourire méprisant, elle murmura :

    — Et il la croit, cet imbécile ! Sa mère et elle n’aiment pas la campagne et ne restent pas au château les mois d’hiver.

    La voix de Ludivine argumenta de nouveau, cette fois, légèrement plus haute qu’à leur apparition de ce côté-ci de l'étang et ses paroles parvinrent plus distinctement aux oreilles d'Isabelle qui n’en perdait pas une miette :

    — Je n’aime pas cette pièce d’eau. Elle a toujours eu quelque chose de lugubre. Je me demande pourquoi la mère d’Isabelle en faisait une de ses promenades favorites, et je suis curieuse de savoir ce qu’elle pouvait bien trouver à cet endroit ?

    — Que vous importe ! Je vous pose une autre question : Pourquoi m’avez-vous entraîné de ce côté-ci du parc ?

    — Je désirais connaître cette partie qui menait à l’étang que je n’avais jamais vu, mais tant entendu parler par mère. Avec vous je ne crains rien, mon chéri ! Je désirerais, aussi, en savoir un peu plus sur cette Daphné ? Vous qui l’avez côtoyé étant plus jeune, pouvez-vous m’éclairer ? Je sais juste ce que mère m’en a dit. William sursauta en entendant traiter la comtesse Daphné, sa tante, de la sorte.

    — Vous êtes bien insolente, ma chère ! Vous serait-il plaisant que l’on dise de vous : cette Ludivine ? Elle ne mérite guère cette appellation péjorative ! Je ne vous dirais pas ce que vous désirez savoir ! D’ailleurs, je n’ai pas connu ma tante assez bien et assez longtemps pour vous faire une description exacte de sa personnalité. Et vous êtes prié d’éviter de parler des personnes que vous n’avez pas connu, à plus forte raison, lorsqu’elles sont disparues, lorsqu’elles sont disparues de bien étrange manière : si non qu'avec respect ! Décidément, ma chère, je découvre en vous des choses qui ne me conviennent guère ! Si vous désire être ma femme, il va vous falloir changer votre façon d'être !

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    Vous êtes prié d’éviter de parler des personnes que vous n’avez pas connu, à plus forte raison, lorsqu’elles disparaissent de ce monde d’une bien étrange manière. Vous devez le respect à ma tante Daphné de Rubens encore plus parce qu’elle ne peut se défendre, car je pense et à juste titre, qu’elle aurait beaucoup de choses à dire afin de vous remettre à votre place ! Vous êtes un esprit médisant, qui ne me plaît guère, ma chère.

    Nullement intimidée par le ton exaspéré de son fiancé, et ne tenant pas compte de ses remarques désobligeantes, Ludivine continua :

    Il paraît qu’elle était très belle, mais il y avait en elle quelque chose qui éloignait.

    Enfin, c’est ce que mère m’a dit ! J’étais très jeune à cette époque et mère n’a jamais eu de sympathie pour elle. Je ne crois pas qu’elle eut rendu son époux bien heureux si elle avait vécu. Elle n’avait pas de fortune personnelle. Le comte Rudolph ne devait pas s’amuser tous les jours avec une personne froide et avec une pension dérisoire pour couronner le tout.

    Hors de lui, William s’écarta brusquement de Ludivine et lui fit face.

    Devant ce jugement sournois et cruel, son visage exprimait une sourde colère. Sa voix était froide, mordante, accusatrice, n’appréciant pas du tout les paroles de sa fiancée :

    Comment pouvez-vous juger de sa froideur ? Ne savez-vous pas qu’il ne faut jamais dénigrer ni juger les personnes que l’on ne connaît pas, et de surcroît, quand elles ne sont plus ?! Devrais-je vous le répéter encore combien de fois ?!  Vous avez le jugement bien trop facile concernant autrui ! Vous croyez-vous parfaite ?! En ce temps là, vous n’étiez qu’une enfant ! Que connaissez-vous, aujourd’hui, de la comtesse Daphné de Rubens?! Vous avez vraiment un parti pris exécrable ! Qui vous a mis toutes ces idées en tête ?! Je vous interdis de dire un seul mot de plus sur la comtesse Daphné, si non, je vais perdre mon calme ?!

    Sans se départir de son aplomb, Ludivine insista :

    Mais enfin, mon cher William ! Je ne dis que ce qui est ! J’en ai le droit ! Je vais bientôt faire partie de votre famille et ce que je pense de votre tante, me regarde également ! Comment mon beau-père arrivait-il à faire face financièrement aux dépenses qu’engendrait le domaine, étant donné que la comtesse Marie-Marguerite, sa mère, ne lui accordait aucun crédit ?

    Je suis stupéfait de ce que vous savez des de Rubens ! En quoi cela vous regarde-t-il ?! Décidément ! Vous êtes d’une impudence !

    — Cela me regarde, mon ami, puisque nous sommes fiancés et que bientôt, nous serons mariés !

    D’après votre façon de penser qui n’est pas ma façon de comprendre la vie et les choses telles que vous essayez de me les faire accepter, ce n’est pas encore fait ! Il se peut que nous annulions nos fiançailles.

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    Notre désaccord est à ce point mon ami ? Tout ceci parce que je vous ai ouvert mon cœur ? Nos parents tiennent à ces fiançailles ! Qu’ai-je fais de mal en vous demandant de simples renseignements ?

    — Vous n'avez pas fait que vous critiquez, vous jugez et cela m'est intolérable !

    Excédé, manquant exprès de courtoisie envers sa promise, William ne dit plus un mot et s’éloigna sciemment d’elle, la laissant continuer seule son chemin et ses jacasseries le long de la berge glissante.  Peureuse, Ludivine lui cria :

    William ! Vous me laissez seule prés de cet étant maudit ? Vous êtes un mufle ! Père et mère vont êtres furieux contre vous en apprenant ce que vous me faites supporter en cet instant ! Mère, régît les comptes du château et injecte quand même de ses avoirs provenant de sa propre fortune dont elle a hérité pour moitié à la mort de père qui, au bout de sa longue maladie, sentant sa fin approcher, avait pris des mesures auprès de son notaire afin de désigner mère comme héritière et tutrice de la part qui devait me revenir à ma majorité ou bien à mes noces. Je vous apporte une très belle dote mon ami ! Vous me devez le respect !

    Stupéfait par l’aplomb dont faisait preuve sa fiancée, William s’arrêta net, se retourna vers elle, la laissant se rapprocher, car pour rien au monde, il ne se serait humilier à revenir prés elle. Il était hors de lui et ne se gêna pas pour le lui montrer :

    Je ne vous dois rien ! Vous êtes, en plus, d’une prétention ! Qu’ai-je à faire de votre dote ! Pensez-vous que votre fortune m’intéresse ? Vous avez une drôle de façon de voir les choses que je n’aime pas du tout ! Vous êtes vénale et mesquine ! Il va falloir changer votre raisonnement d’enfant gâtée si vous voulez que… réflexion faite, je ne connaissais guère cet aspect de votre personne ? Je vous le répète, je ne sais pas si nos fiançailles sont une bonne chose ! Nous ne sommes pas du même monde. Nos caractères sont bien trop différents et je viens de découvrir votre perfidie !

    Mais je vous aime, William ! Nous sommes fiancés ! Vous ne pouvez me rendre votre parole ! Lorsque nous serons mar…

    William coupa net Ludivine :

    Je peux encore rompre nos fiançailles si cela me plaît ! Je viens de vous le faire savoir à l’instant ! Décidément, votre personnalité ne me plaît guère ! Je ne vous voyais pas sous ce jour !

    William ! Je vous en supplie ! Que vont dire nos parents ? Ils tiennent à ce mariage ! Je regrette de vous avoir contrarié ! Pardonnez-moi, je vous en prie !

    Le jeune comte ne répondit pas à sa supplique et se défourna d’elle puis reprit sa marche en activant le pas afin de s’éloigner au plus vite de la jeune comtesse, et de son comportement qui l’insupportait.

    Voyant qu’elle perdait son attention et que sa colère ne faisait qu'empirer, rusée, Ludivine reprit la conversation avec douceur et persuasion, accélérant elle même son pas, le suivant de très prés pour ne pas se retrouver abandonnée en ce lieu qu’elle trouvait malsain et qui, décidément, ne lui réussissait pas.

    William n’avait que faire de ses excuses et des faire valoir concernant sa mère. Il accélérait de plus en plus le pas pour l’humilier et la forcer à capituler ; mais elle était tenace la demoiselle ! Essoufflée, engoncée dans sa longue robe et ses hauts talons Louis XV, elle jacassait de plus belle :

    — Mère a rencontré le comte Rudolph de Rubens et elle en est tombée amoureuse. Qui y'a t-il de mal à cela ?

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    Mère était encore très jeune et très belle après ses deux veuvages et mon beau-père que le comte est devenu par la suite, ne fut pas insensible à ses charmes ! Mère ne voulait pas m’élever seule et j’étais encore trop jeune pour ne pas avoir de père auprès de moi.

    S’en était trop et le jeune comte lui asséna ce à quoi elle ne s’attendait guère. S’arrêtant net en cet instant dans son envie de la fuir, William revînt, furieux sur ses pas et lui fît, sans ménagement, mille reproches sur la conduite de sa mère et la sienne : 

    — Au détriment de la jeune Isabelle qui aurait pu être élevé avec vous ! Vous rendez-vous compte que, votre mère et vous, l’avez privé de son père à votre profit ? Vous me semblez très égoïste, ma chère et je n’aime pas cela ! Je m’aperçois que vous avez de bien vilains défauts, ce qui n’est pas de bon augure pour notre avenir. SIsabelle avait, depuis son plus jeune âge, été élevée avec vous comme aurait pu l’être deux petites filles pratiquement du même âge, entourée de la tendresse et de l’amour d’un père et d’unbelle-mère qui aurait put remplacer avantageusement sa mère sans pour autant lui faire oublier ma tante Daphné ! Ne croyez-vous pas que la jeune fille rebelle qu’elle est devenu, aujourd’hui, serait encore ainsi à ce jour ?! Vous et votre mère êtes loin d’être parfaites comme vous semblez le penser ! Je me demande si je fais bien de vous épouser ? Votre conduite me donne à réfléchir ?!

    — William chéri ! Ne vous braquez pas ainsi ! Nos fiançailles ne sont qu’un avantage pour vous ! Je porterai le même patronyme que celui de ma mère puisque vous êtes un de Rubens. Le domaine n’en sera que revalorisé et si nous avons des enfants, principalement des garçons, le nom des de Rubens se perpétuera ! Avec la fille de Daphné de Rubens comme seule héritière, mon beau-père n’aurait pas eu de descendants. Grâce à ce mariage entre ma mère et mon beau-père, et grâce à notre union prochaine, nous serons à même d’avoir des héritiers pour perpétuer la noblesse de notre famille dans le conté. C’est très important la filiation !

    — Mais vous ne pensez qu'à vous !  Peu vous importe le bien-être de ma cousine ! Sous votre grâce, vous cachez un bien mauvais fond, ce qui, ma chère, vous enlève de votre beauté car les défauts que vous dissimulez vous enlaidissent ! Nos fiançailles sont remis en question. Je vous l’assure !

    — Qu’ai-je dis qui vous déplaise ainsi ? Une vérité que vous ne sauriez entendre ?

    — Je n'accepte pas l’intérêt que vous portez au patrimoine des de Rubens et qu'il soit d'une quelconque importance en ce qui vous concerne ! Je vous trouve si intéressée, que s’en est écœurant ! Cessons là, je vous prie, cette discussion !

    De son côté, Isabelle en rageait d’entendre dire de telles choses sur sa mère et n’avait qu’une envie : c’est de se montrer à Ludivine et lui dire son fait devant son cousin. Il lui fut très dur de retenir sa colère.

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    — Nous allons rentrer et nous reparlerons de nos fiançailles que je viens de rompre. Je vous rends ma parole sur le champ ! 

    Suite à cette rebuffade destinée à faire comprendre à sa promise qu'elle avait été beaucoup trop loin dans ses propos, montrant ainsi le côté sournois et malveillant de sa personnalité, un silence lourd de reproches s’installa, dans le couple. L’illusoire complicité des débuts de leur promenade le long de la berge de la pièce d’eau concernant leur futur mariage, venait d'être sérieusement remit en question par William. Ludivine, dépitée, avait finit par se taire.

    Isabelle n’en revenait pas ? Elle venait d'être témoin de leur première dispute, intérieurement, cela la réjouissait  que son cousin s’aperçoive de la fourberie de Ludivine et la prenne en défaut. Son étonnement alla jusqu'à la surprise d’entendre William qui semblait sincèrement choqué, prendre la défense de sa tante Daphné, très contrarié par les paroles de l’ambitieuse péronnelle et très décontenancé de découvrir tant de noirceur sous des dehors innocents et de convoitises concernant les biens matériels des de Rubens dans les propos de la demoiselle qu'il ne voyait plus du tout de la même façon, et dont il commençait à douter sérieusement de son honnêteté. Il coupa court aux paroles vénales de celle-ci, et le ton qu’il employa pour la faire taire définitivement, se voulait subitement, encore plus méprisant quand il l'invectiva, méprisant :

    — Il est sûr que ce que vous désirez savoir des détails sur la courte vie de Daphné de Rubens pour alimenter vos causeries avec votre mère lorsque vous êtes toutes les deux car, je suppose que vous n’étalerez pas vos propos venimeux devant mon cousin Rudolph ? Et bien, je suis dans l’impossibilité de vous confier de quoi faire des gorges chaudes sur ma tante pour alimenter votre mesquinerie ! Je vous ai demandé de vous taire ! Arrêtez de parler à tort et à travers, voulez-vous ! Je n’aime pas du tout cela ! Veuillez, à l’avenir, vous abstenir de pérorer sur la première femme du comte ! Laissez la mère d’Isabelle reposer en paix ! Et j’irais même plus loin dans mes reproches ! Ce que Isabelle est devenue est la faute de votre mère ! La jeune comtesse Isabelle de Rubens est ma cousine germaine et vous, vous n’êtes rien, pour le moment, dans nos famille, si non, juste une question d’alliance ! Votre mère, et par voie de conséquence, le comte Rudolph, traite ma cousine comme une va-nu-pieds n’ayant reçu aucune éducation comme elle en avait le droit elle aussi ! Cela ne vous gêne guère de la laisser pour compte ?! Votre mère et vous, m’écœurez ! Vous arrivez à me persuader de voir ma jeune cousine telle que vous et votre mère, vous désirez que je la voie, et c’est une injustice ! Il est normal qu’elle veuille se défendre contre vos manières et qu’elle ait des griefs contre son père manipulé par votre mère et vous même ! Je viens de me rendre compte que vous n'êtes, toutes deux, que de mauvaises personnes !

    Le ton employé par le jeune homme ne souffrait aucune réplique de la part de son interlocutrice qui continuait d'argumenter, vexée de ne pas avoir le dernier mot, ce qui agaçait le jeune homme qui se montrait encore plus furieux :

    — Assez, vous dis-je !

    — Mais William, je… mais  je ne peux vous laisser défendre cette gamine mal éduquée ! Cette sauvageonne !

    — Cette gamine comme vous dites, n’a que quatre ans d’écart avec vous et elle me semble bien plus saine d’esprit dans ses raisonnements, que vous et votre mère !

    — Oh ! Je vais en référer à mère et à père !

    — Taisez-vous, vous dis-je ! Ce n’est pas votre père, mais celui d’Isabelle ! Vous vous accaparez bien vite les personnes qui ne sont pas de votre sang ! Je ne veux plus entendre un seul mot sortir de votre bouche ! Nous allons rentrer et nous reparlerons de nos fiançailles que je viens de rompre. Je vous rends ma parole sur le champ ! A la suite de cette dernière rebuffade à l'encontre de la fille d'Edith d'Argenson, le silence se fit lourd de reproches, et cette dernière finit pas se taire.

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    Isabelle ne revenait pas de ce qu'elle venait de surprendre de leur première dispute ? William venait de prendre sa défense et celle de sa chère mère ?  Ce pouvait-il qu’il ait compris leur manège ? Bien qu’elle eut quelques griefs contre lui, elle remercia intérieurement son cousin pour avoir remis à sa place la fille de sa belle-mère qui se croyait tout permis en tant que maîtresse incontestée du château depuis dix ans. Le couple s’éloigna, séparés l'un de l'autre par des divergences d'opinions, et bien plus encore, ne se doutant pas une seule seconde qu’une oreille indiscrète avait suivi les propos acerbes et pleins de sous-entendus de cette peste de Ludivine qui minaudait, quelque temps au paravent, au bras de son cousin. Isabelle fulminait de ne pas avoir pu fermer le bec de cette pie jacassante sur un sujet qui lui tenait fort à cœur et qui ne la regardait absolument pas. Curieuse d’en apprendre plus, et savoir si la prétentieuse Ludivine oserait encore braver l’autorité du jeune homme, elle essaya un peu de les suivre, mais dans le soir qui tombait, plus aucune discussion ne lui parvint. Le visage de la jeune fille assombris par la gravité de la conversassions qu'elle venait d'entendre et qui, de plus, avait été jusqu'à mettre en colère William qui sur le champ, avait été jusqu'à la rupture de leurs fiançailles. Isabelle essaya de calmer l’orage qui grondait en son âme. Des larmes roulaient sur ses joues qu’elle essuya d’un revers de mains tout en serrant les dents. Isabelle ne pouvait se douter qu'un jour, son cousin pourrait prendre sa défense comme il venait de le faire sous le coup d'une colère plus que légitime pourtant, elle ne voulait pas baisser sa garde envers lui. Cette animosité envers William avait grandi depuis qu’il avait changé au contact de la d’Argenson. Cependant, là, il venait de faire preuve de compassion envers elle, se demandant même s’il avait eu raison d’accepter ces fiançailles avec cette peste qui, en fin de compte, ne lui convenait pas et qu'il allait sans doute épouser pour satisfaire sa belle-mère. Pourquoi s’était-il fiancé avec la fille de cette sorcière ?

    Autrefois, alors qu’il n’était encore qu’un pré-adolescent et qu'Isabelle était de quelques années plus jeune que lui, il s’était montré gentil à son égard. Il lui avait même affirmé qu’elle serait un jour une belle jeune fille, qu’elle était très intelligente pour son âge et déjà très intéressante dans la précocité de ses raisonnements. Son attitude envers elle, avait commencé à changer sous l’influence de sa belle-mère qui la traitait avec une telle froideur, qu'il lui semblait qu’elle était devenue qu'une petite chose insignifiante pour son propre père, naturellement influencé par la nouvelle maîtresse du château qui ne manquait jamais une occasion de faire valoir sa propre fille. Depuis, à ses yeux, au contact de cette mégère manipulatrice, William s'était, petit à petit, transformé en quelqu'un d’autre qu’elle ne reconnaissait plus.

    Isabelle se rendait bien compte que ce revirement soudain pouvait ne pas durer sachant très bien l’influence néfaste que cette femme exerçait sur les membres des deux familles de Rubens. De plus, sous le joug néfaste et plus que choquant qu’elle avait plaisir à exercer sur elle, Isabelle en grandissant, s’était braquée contre sa belle-mère et son père qu'elle ne pouvait plus considérer comme avant son remariage. Chaque fois qui la faisait appeler auprès de lui, il la prenait en défaut, restituant les mêmes reproches de sa femme entendus les jours précédents, ainsi que ses propres griefs contre son insoumission plus que détestable envers celle qu’il considérait comme étant légitimement son épouse mais qu'elle se devait d'appeler mère.

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    Elle ne voulais pas croire qu'il ait changé d'avis à son égard. Était-il devenu, sinon un ennemi, du moins un adversaire. Elle ne pensait pas que, d’avoir pris, pour une fois, sa défense, son opinion sur elle s’éterniserait en csens et dans le temps. Isabelle se défendait de tenir compte de cette scène surprise bien involontairement sur les bords de l’étang aux-ormesse méfiant de la perversité de la d’Argenson bien trop habile à retourner n’importes quelles situations scabreuses. Ce qu’il venait de se passer, n’était qu’un intermède pour elle, et pour ne pas souffrir plus quà son habitude, sa méfiance reprenait vite le dessus. Elle resterait sur ses gardes s’il devait encore changer d’attitude envers elle. Elle se passerait donc de sa sympathie. La jeune fille, sortit du pavillon, demeura un moment immobile, pensive, les yeux fixés sur l’eau sombre de l’étang. Les roseaux frissonnaient sous la brise du soir. Isabelle ne sentait pas la fraîcheur qui tombait sur ses jeunes épaules. Les mains serrées sur son album à dessins, elle était comme pétrifiée par une souffrance intérieure indescriptible. Comme une réponse à son chagrin, un murmure se fit entendre que, sur le moment, elle ne comprît pas, puis elle entendit de nouveau ce murmure et cette fois, bien distinct à ses oreilles :

    — Isabelle... n'ait pas peur... approche-toi doucement...

    Son prénom semblait flotter dans l’air. Était-ce une illusion ? Cette voix l'attirait vers l'eau. Pourquoi son prénom ? Qui l’appelait ? Pour la troisième fois, l’adolescente entendit son prénom. Cette fois, il n’y avait plus de doute : cette voix de femme d'une douceur infini l’appelait. Elle venait bien de l’étang, ce qui était impossible pour quelqu'un de rationnel ! Isabelle douta de sa raison, mais elle se trouvait assez proche du bord pour y deviner un visage qui ressemblait étrangement à celui de sa mère. Depuis qu’elle avait appris son tragique accident, elle venait constamment devant cette pièce d’eau, traumatisée par cette tragédie qu'on lui avait caché depuis tant d'année. Ludivine de Richemont avait évoqué bien cruellement sa mère, et ne s’était pas gênée pour la dénigrer. Était-ce le résultat de toutes ses critiques qui faisait qu’Isabelle apercevait le visage tant aimé de sa mère là où elle avait disparu ? Tant de questions se pressaient dans son esprit torturé. Afin d’être sûre qu’elle n’avait pas imaginé tout ceci, Isabelle se pencha un peu plus vers cette eau qui l’attirait d’une manière plus qu’étrange, mais la vision s’était évanouie comme par enchantement, laissant échapper dans un murmure :

    — N'ai pas peur de moi, ma fille...

    Un profond silence se fît. De petites vaguelettes troublaient l’eau qu'elle fixait. Isabelle ne distinguait plus rien que l’ombre de Daphné de Rubens qui planait encore sur l’étang-aux-ormes. La jeune comtesse se fit violence pour ne pas douter de sa raison. Pourtant, elle avait bien distingué ce doux visage tant aimé de ses propres yeux... Impossible de le nier ! Elle était sûre de ce qu’elle venait de d’apercevoir ! Toute retournée, Isabelle s’éloigna, à regret de la pièce d’eau en direction du château par le chemin le plus broussailleux, de façon à ne pas rencontrer ces deux tourtereaux mal assortis. Elle nourrissait trop de rancœur contre Ludivine, et même si William avait pris sa défense, elle se devait d’être prudente. Quand elle fut en vue du parterre inférieur, elle jeta vers les alentours un coup d’œil méfiant. Non, ils n’étaient pas là... L’autre parterre paraissait tout aussi désert que celui qu’elle venait d’inspecter. Seul le vieux chien de chasse tout maigre, boiteux et pas loin de sa fin de vie, arpentait les plates-bandes sommairement entretenues. Il vint vers Isabelle qui lui donna une caresse distraite avant de se diriger vers la vieille tour qui était son seul refuge. La porte à l’ordinaire fermée, était ouverte, et comme Isabelle passait toujours par la salle d’armes, empruntant les escaliers, elle vit surgir Dominique, le domestique de la comtesse Marie-Marguerite avec sa face peu avenante, aussi figée qu’inexpressive que le visage de sa sœur Angèle. Il avait, cette fois, contrairement à l’ordinaire, une toute autre expression qui ne présageait rien de bon. Isabelle le remarqua aussitôt.

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    — Qui y-a-t-il, Dominique ? Demanda-t-elle. Grand-mère serait-elle au plus mal ?

    — Mme la comtesse se meurt. Mr le comte est auprès d’elle. Je dois aller chercher le docteur Pichon et Mr le curé. Sans un mot de plus, il dévala le reste des marches comme-ci il avait eu le diable à ses trousses. Isabelle gravit lentement les quelques degrés. Bien qu’elle n’eût que peu de respect et d’affection pour cette aïeule froide, indifférente à ce qu’elle avait pu bien vivre et endurer après qu’elle eut perdu sa mère, cette approche de la mort faisait surgir en la jeune fille une sourde angoisse. Elle entra sur la pointe des pieds, et s’arrêta net dans la pièce qui servait d’antichambre. La porte qui conduisait aux appartements de la vieille comtesse était restée entrouverte. Isabelle se demandait si elle devait se rendre au chevet de sa grand-mère… ou pas ? Adélaïde était descendue depuis le matin au village afin d’y faire quelques courses. Lorsqu’elle s’en allait au bazar, c’était pour acheter du fil, des aiguilles à coudre et à tricoter, de la laine quand elle en avait besoin, du coton perlé et des crochets pour crocheter de jolis napperons ; des nappes et couvres lit qu’elle vendait au seul magasin du village pour arrondir sa pension et entretenir sa protégée.

    C’était un de ses passe-temps favoris, mais surtout, elle descendait régulièrement au village pour ravitailler Victoria en toile de peinture, pinceaux, tubes de couleurs, album à dessins, fusains, crayons et gommes ainsi que plusieurs jeux de cordes pour son violon qu’elle faisait venir spécialement de Londres pour son instrument qui devait être un violon de grande valeur pour qu’elle en prenne autant soin. Les achats effectués, et les commandes reçues, Adélaïde les déposait devant la porte de celle-ci. Elle ne la voyait jamais. Pour lui donner sa liste d’achat, Victoria prenait soins de la lui faire passer sous la porte de son appartement qui laissait filtrer une raie de lumière ou bien, c’était Antoinette qui le lui apportait.

    La jeune comtesse avait l’habitude des absences de son amie Adélie et elle savait que la trotte : aller-retour, en plus de ses courses, prenait à chaque fois, un bon bout de temps, car elle faisait le chemin à pieds. Il ne fallait pas compter sur Adélaïde avant deux bonnes heures. Il n’était guère envisageable de lui demander conseil. Très indécise, Isabelle poussa encore plus un des battants de la porte afin d’y passer son corps encore juvénile, et traverser la grande salle voûtée. L’autre porte donnant directement dans la chambre de Mme de Rubens se trouvait être fermée. La troisième, ouverte, laissait entrevoir un sombre couloir qui menait au vieux corps de logis abandonné à la ruine. De ce côté-ci, on accédait également à une pièce qui servait de cabinet de toilette pour sa femme de chambre, la fidèle Antoinette. La pièce était très vaste et assez bien installée, le cabinet donnait, par une large et haute porte garnie de portières épaisses et sculptées, sur la chambre de la comtesse afin qu’Antoinette soit le plus près possible de sa maîtresse si elle avait besoin d’aide.

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