•  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Le surlendemain de sa dernière entrevue avec Adélie, alors que l’après-midi était déjà bien avancé, Isabelle s’en alla vers la vieille salle de l’ancien château où elle aimait travailler pendant les jours d’été. Là, elle était sûre de ne pas rencontrer sa belle-mère ou Ludivine. Assise sur l’appui de la baie ogivale, elle regardait la vallée, la noble perspective des hauteurs en partie couverte de bois et de forêts. Le ciel voilé ne donnait qu’une lumière atténuée dont la douceur détendait quelque peu les nerfs de la jeune fille. Un silence feutré par les effets de ce temps maussade l’enveloppait. De temps à autre, elle tricotait, mais le plus souvent, elle restait songeuse, ses yeux errant devant le paysage familier. A droite, dans la vallée, un bouquet d’arbres cachait Aiguë-blanche : la demeure de Mme Catherine de Rubens, veuve de Mr le baron de Beau-levant dont elle ne voulait plus porter le patronyme tant il s’était rendu indigne d’elle. En tant que mère de William, elle ne s’occupait plus du tout de l’exploitation agricole. Des deux enfants qu’elle avait eu de son premier mariage, elle n’en n’avait aucun à sa charge. André, son autre fils, était infirme et sa fille, du même âge qu' Isabelle, se prénommait Juliette : ce qui lui seyait très bien, vivait chez une de ses tantes en Angleterre. L’adolescente ne venait chez sa mère qu’une fois par an pendant les vacances d’été. Isabelle ne les connaissait que très peu, car depuis longtemps, Catherine de Rubens ne l’invitait plus à accompagner sa belle-mère suivit de sa fille quand celles-ci lui rendaient visite. Sa réputation de jeune fille sauvage et insoumise avait vite fait de dissuader la dame de s’affliger le spectacle d’une tenue dont le laisser-aller lui aurait fait honte. Les apparences comptaient plus que tout chez elle ! Il n’échappait pas à la jeune comtesse que Catherine de Rubens, lors de rencontres fortuites, lui témoignait une malveillance à peine déguisée. Isabelle connaissait l’influence que sa marâtre exerçait sur cette femme crédule qui ne savait porter son propre jugement sur elle, tout comme son père et William. Tout trois se laissaient convaincre par le mauvais esprit de ces deux diablesses. Ces personnes qui étaient quand même de la même lignée qu’elle et qui, autrefois, était en très bonnes relations avec sa mère, semblaient complètement l’ignorer maintenant. Pour ne pas montrer son désarroi et sa souffrance, Isabelle leur opposait une apparente impassibilité, déjouant ainsi leurs hypocrites manœuvres destinées à lui nuire. Elle avait conscience de ne pas se comporter comme ils aimeraient qu’elle se tienne en société, mais c’était, là, sa seule défense contre eux. Leurs médisances à son encontre ne la touchaient guère. Il était dur, parfois, de maintenir cette attitude fermée, agressive et frondeuse afin de leurs tenir tête au mépris affiché quant à sa personne, et pour cacher sa peine, Isabelle qui avait comprit leur plan destiné à la détruire aupré de sa propre famille germaine !  devenait, à leur contact, encore plus désagréable et pour ne pas à avoir à supporter leurs réflexions désobligeantes, par n’importe quels moyens, elle les évitait. Quand à rentrer dans le rang des jeunes filles obéissantes, sachant se tenir en société afin de leurs plaire, cela ne lui arriverait jamais.

    Avec quelle joie elle voyait, la mère et la fille, plier baguage chaque année, au début de l’automne ! Les trois mois ou elles séjournaient à Monteuroux lui semblaient interminables, tandis que les autres mois passaient à une vitesse incroyable malgré cette vie de solitude austère durant le dur hiver.

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    Cette année, ces dames partiraient un peu plus tard : ce qui n’était pas une chose commune. Isabelle n’appréciait guère la décision qu’elles venaient de prendre à cause du mariage qui était de nouveau d’actualité. Ludivine se marierait le 15 Octobre, dans la petite église du village. Un mariage simple, disait sa belle-mère. Simple comme elles ne l’étaient pas du tout... La physionomie d’Isabelle se renfrogna à la pensée de ce mariage. Un rire rageur s’étouffa dans sa gorge. Dominique, mit au courant par les domestiques du château qui avaient parfaitement tout entendu de l’affrontement entre la d’Argenson et William, avait tout rapporté à Adélaïde. Quant à Isabelle, elle n’était pas du tout satisfaite du revirement concernant son cousin. La belle Édith, après une longue discussion assez orageuse avec son futur gendre, avait encore réussi à retourner la situation et a persuader son mari ainsi que la mère de William de faire leur possible auprès du jeune comte afin qu’il accepte les excuses de Ludivine pour sa conduite qui avait amené celui-ci à rompre leurs fiançailles au sujet de la dispute qu’ils avaient eu sur les berges de l’étang-aux-ormes. Sans nul doute, pour contenter sa mère qui tenait tant à cette union, et à bout de patience, William, sans grande conviction, avait cédé, se disant que ce mariage, pour lui, n’était autre qu’un mariage de convenance. Ludivine s'imposait comme seule prétendante et les affaires de cœur, William ne connaissait pas : Il n’avait pas le temps, prit par le travail de la terre qu’imposaient les saisons, de se perdre en conjectures et de chercher une fiancée à son goût. Ses responsabilités ne le lui permettaient pas de courtiser d’autres jeune filles à marier. De plus, il était le seul à pouvoir, pour le moment, donner une descendance aux de Rubens alors, elle ou une autre, sans doute que peu lui importait son choix ? Décidément, Isabelle n'était pas d'accords en ce qui concernait le revirement de son cousin ; mais elle se gardait bien de donner son avis à Adélaïde, ce qui ne l’empêchait pas de critiquer la décision de celui-ci au sujet de cette peste de Ludivine. Elle était adroite la d'Argenson ! Quand elle avait quelque chose en tête, aucun obstacle ne pouvait la faire changer d'avis !

    — Ah ! Les hommes ! Ne pu s’empêcher de marmonner la jeune comtesse. Pourquoi ne lui avait-il pas tenu tête plus que cela ? Apparemment, il n’aime pas Ludivine. Après ce que j'ai entendu sur les berges de l'étang... Ses conclusions, elle en était sûr, n’étaient autres qu’un mariage arrangé. En tout cas, ma belle-mère n’aura pas les joyaux de l’aïeule Orientale !

    Celle-ci ne  pourrait jamais se douter, pas même son père, que c’était elle, Isabelle la mal aimée, la paria, la sauvageonne qui en était la détentrice ! Quel bon tour Aurélie de Rubens leurs avait joué, là ! Isabelle jubilait de les priver de cette fortune que sa belle-mère désiraient tant s’accaparer.

    Un peu moins secret que sa sœur Angèle, Dominique avait mis Adélaïde au courant des recherches que la comtesse avait entrepris dans toute la chambre de la comtesse défunte concernant les joyaux, et sans tenir compte, après sa journée de travail, de sa fatigue, elle l’avait obligé à chercher partout et dans les moindres recoins des pièces, maintenant vides, jusqu’à une heure tardive de la soirée. Adélaïde savait, maintenant, que la défunte comtesse léguait à ses deux fidèles domestiques et à sa dame de compagnie, une rente de quatre mille francs mensuels. Par contre, elle ignorait si Mme de Rubens avait pris des dispositions particulières pour sa petite fille. Adélaïde ne s’étonna pas que sa grand-mère l’ait exclu de son testament. Peu lui importait cet oubli volontaire de la part de l’aïeule : Ce qui l’inquiétait était de savoir si Isabelle en avait été exclu, elle aussi : Si ce n’était pas le cas ? Cela aiderait la jeune fille pour son avenir ? La jeune comtesse ne s’en souciait guère, car elle avait encore toute l’inexpérience d’une jeunesse tenue à l’écart du fonctionnement d’une société puritaine en apparence, mais avide de pouvoir, n’existant que par leur fortune dont elles aimaient faire montreafin d’obtenir titre et considération, faisant grand cas des partis à épouser, bien avant la personnalité de l’homme. Le sang, le rang et la particule : signe de noblesse, les terres, les biens en valeurs sonnantes et trébuchantes, pour ces aristocrates, cela valaient plus qu’une union par amour.

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    Le désintéressement de la jeune comtesse était un des traits génétiques des de Rubens, et elle le poussait à l’extrême. Bien trop désintéressée parfois. Pensait Adélaïde, car il fallait pouvoir subvenir à son devenir… En effet : pas une fois Isabelle n’avait songé que les bijoux donnés par sa grand-mère étaient inestimables. Cela ne lui avait même pas effleuré l’esprit qu’elle pourrait en jouir plus tard lorsqu’elle aurait atteint sa majorité. Elle considérait seulement qu’elle en était la dépositaire et qu’elle se devait de les soustraire à la cupidité de sa marâtre. Pour la jeune fille, cette pensée la rassurait et lui procurait une immense satisfaction. Dans le silence où Isabelle s’engourdissait un peu, la voix d’Adélaïde vint la faire tressaillir :

    Isabelle ! Êtes-vous par ici ? Votre père vous demande.

    La jeune fille bondit hors de sa cachette jusque dans la cour où sa préceptrice et marraine venait de s’arrêter, tout près de l’antique bassin desséché.

    Qu’y a-t-il, Adélie ?

    Mr Le comte vous demande, ma chère enfant.

    Les fins sourcils d’Isabelle se froncèrent et ses yeux, tout à l’heure si sereins, s’assombrirent.

    Que me veut-il ?

    Je n’en sais pas plus, malheureusement. Il vous attend dans le petit salon. Isabelle dit ironiquement :

    Je vois... ma belle-mère sera là et l’on va me juger sur ma conduite, comme d’habitude... Une condamnation, naturellement, parce que je n’ai pu supporter plus longtemps cette comédie…

    Adélaïde regarda avec effarement la jeune Isabelle.

    Une comédie ? Quelle comédie ?

    Éludant sciemment la question, Isabelle se dirigea vers le salon où on l’attendait sans se soucier de ce que Adélie lui avait posé comme question. Celle-ci lui recommanda de s’apprêter un peu mieux sans grande conviction sur le résulta, sachant que la jeune fille n'en ferait qu'à sa tête. Néanmoins elle lui cria en la voyant disparaître  de sa vue :

    Recoiffez-vous un peu avant de vous retrouvez devant eux, et mettez des chaussures convenables...

    Mais Isabelle n’entendait plus rien. Près du grand salon se trouvait une petite pièce décorée de glaces en pieds, où trônait un fauteuil Louis XVI. Cette pièce donnait sur un petit bureau d’où Édith d'Argenson régentait le domaine. De forts beaux meubles anciens l’ornaient, et des fleurs y étaient déposées chaque jour en abondance. Édith d’Argenson en avait fait son domaine favori.

    Quand Isabelle entra dans le salon, la comtesse, vêtue d’une vaporeuse robe noire se trouvait enfoncée dans un profond fauteuil bergère. Elle conversait avec son mari, debout près d’une porte fenêtre donnant sur la terrasse.

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    Elle enveloppa sa belle-fille d’un rapide coup d’œil qui s’attarda sur ses sandales usées et sur ses bas, reprisés à multiples endroits.

    — Toujours aussi mal vêtue, Isabelle ? Vous me faites l’effet d’une pauvresse pour une de Rubens. Vous avez pourtant quelques robes moins affligeantes que celle que vous avez sur le dos ? Mais quel plaisir avez-vous à vous affubler de la sorte ? Vous êtes incorrigible, vraiment !

    Isabelle ne se démonta pas et répliqua :

    — Je suis à mon aise pour faire ce que j’ai à faire. Je n’ai pas à être en représentation toute la sainte journée comme vous et votre fille ! De plus, je ne fais qu’économiser votre argent, Mme, en m’affublant ainsi, comme vous dites. La fortune déclinante de monsieur votre mari servant à entretenir le château, il ne peut guère supporter les frais de mon entretient, et ce , depuis bien des lustres… Adélaïde, avec ses pauvres revenus lui venant de son défunt frère, heureusement, pallie au manque… Accoutrée ainsi, je ne coûte guère, avec mes déplorables vêtements plus que rapiécés et mes ballerines usées jusqu’à ne presque plus avoir de semelles. Je ne dois mon affection et mon respect qu’à une seule personne : celle qui m’a élevée et qui prend soin de moi depuis mes six ans. Ainsi, je ne mets pas en péril vos deniers, Mme la comtesse.

    Quelle suavité dans cette douce voix d’où ne sortaient que des reproches pleins de sous-entendus, afin de mettre son père mal à l’aise. A la réplique cinglante de sa fille, Mr de Rubens la toisa d’un regard courroucé ne pouvant accepter ces cinglantes remarques.

    — Cela devient intolérable, Isabelle ! Tu n’as aucune retenue devant plus âgé que toi, tu ne tiens pas compte des observations que ta mère se donne la peine de te faire pour ton bien.

    — Ma mère ? Mais je n’ai plus de mère, Mr le comte ? Comme je n’ai plus de père, étant donné que ses absences m’ont presque fait oublier son visage et de quoi il avait l’air !

    — Vas-tu te taire ! Qui te permet ?! Fit le comte, hors de lui.

    — Et pour quelle raison me tairais-je ? Vous, Mme, avez pris la place de ma mère et m’avez relégué sciemment, avec l’accord de votre troisième mari, mon père, aux oubliettes. Je vis dans un donjon. Autant dire, que les oubliettes sont d’actualité ! Pratique pour ne pas s’encombrer d’une enfant de six ans qui, en grandissant, est encore plus coûteuse à entretenir ! N’est-ce pas, Mr le comte ?

    — Tu as un aplomb, ma fille ! Ce que je fais de mon argent ne regarde que moi, Isabelle !

    — Oh ! Je ne le sais que trop ! Je suis si insignifiante ! N’est-ce pas, Mme ! Seule votre fille compte au point de m’avoir éliminé de l’existence du père auquel, légitimement, je croyais avoir droit ! Je suis telle que vous désirez que je sois : une laissée pour compte, et votre plaisir à le détourner de moi, vous satisfait au plus haut point, du moment que je ne suis pas légitimement à la place qui devrait être la mienne au lieu de votre fille qui accapare toute son attention ! 

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    — Il ne faut vous en prendre qu’à vous même si je suis une sauvageonne comme vous vous plaisez à me surnommer.

    La d’Argenson accusa le coup et fit mine d’en être peinée en prenant un air contrit :

    Est-ce là, votre façon de m’exclure de votre vie, Isabelle ? Que vous ai-je fait pour mériter une telle haine, moi qui ne veux que votre bien ?

    Je ne vous exclu pas de ma vie puisque vous n'en avez jamais fais partie, et je ne vous hais pas, Mme : vous m’êtes complètement indifférente ! Voilà tout.

    Rudolph, allez-vous la laisser me traiter de cette manière ?

    Le comte, ulcéré du manque de déférence envers sa femme  par sa propre fille, adhéra à sa supplique :

    Isabelle ! Ce que tu dis est injuste ! Tu dois le respect à ta mère !

    Dois-je vous redire que je n’ai plus de mère depuis mes six ans ? Mme est votre seconde femme, et je ne lui dois absolument rien ! Dieu m’en garde ! Je n’ai aucun compte à lui rendre, sauf à vous, Mr le comte et ce, jusqu’à mes vingt et un ans puisque je ne puis faire autrement...

    Le comte, outré, haussa le ton :

    Je suis ton père ! Il suffit ! De tes insolences, tu vas être puni ! Avant-hier, tu as agi avec la plus grande inconvenance en quittant la chapelle au lieu de demeurer près de nous où se trouvait ta place pour recevoir les condoléances des assistants.

    Isabelle, en serrant les dents, persifla :

    Auprès de vous était ma place ? Alors pourquoi les reste du temps vous m'ignorez depuis dix ans et me laissez vivre comme une souillon ? Vous avez honte de moi ? Je vous rappelle trop ma chère mère que vous ou Mme ne pouvez supporter ? Je n’aime pas les faux semblants et les apparences trompeuses qui me prêtent une place que je n’ai guère auprès de vous, et encore moins dans la vie courante. Pour le peu de considération que vous m’accordez depuis que vous êtes remarié avec cette femme, jai jugé que ma présence n’était pas nécessaire et que je pouvais m’éclipser sans que les personnes présentes ne s'en aperçoivent. Je suis une inconnue pour la plupart d’entre eux, et une fille indisciplinée pour votre nouvelle famille. Quant aux personnes qui me connaissent peu ! Je suis une petite sauvageonne, comme se plaît à dire Mme votre femme

    La jeune comtesse de Rubens se plaisait à humilier sa marâtre en ne lui accordant aucun droit sur le titre de noblesse de sa mère. Outrée par cette insolence innée chez l’adolescente qui, depuis longtemps, lui avait fait comprendre que sa place n’était pas à côté de son père en lui lançant à la figure que le rang qu’elle devrait tenir, en tant que vraie comtesse de Rubens, ne serait jamais le sien même avec les plus belles toilettes et les bijoux de famille mettant en valeur une noblesse qu'elle ne méritait pas, et qui était seulement considérée, aux yeux de ce monde qu'est la haute société en générale. La jeune comtesse jugeait ce ramassis de nobles qu'elle n’aimait pas, hypocrites, imbus deux mêmes et prétentieux, n'existant que par leur fortune et leurs titres. Comédienne jusqu’au bout des ongle, la dArgenson fit mine de s’évanouir, remise à sa place par une jeune fille de seize ans, ce qu’elle ne saurait souffrir. Rudolph fit chercher des sels afin qu’elle revienne à elle.

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    La jeune comtesse, aucunement affolée par cet évanouissement feint, attendait que la comédie prenne fin, un sourire ironique sur le coin de ses lèvres. A peine fut-elle remise de son évanouissement spectaculaire, que la comtesse attaqua :

    Oh ! Ceci est insoutenable ! Ma petite Isabelle ! Moi qui ne veux que ton bien !

    Isabelle finit de la mettre à terre moralement :

    Arrêtez votre comédie à laquelle je ne croie pas une seule seconde, ne vous en déplaise ! En me traitant comme vous le faites devant mon père, vous vous gardez bien de montrer votre vrai visage sournois et hypocrite à votre troisième mari ?! Ce que vous m’avez fait et me faites encore en me dénigrant auprès de personnes qui sont de ma famille, alors que vous n’êtes pas de notre sang ! Vous trouvez que ce n’est pas assez de me dénigrer ? Vous ne serez jamais une vraie de Rubens ! Je sais très bien que je suis de trop dans vos projets. Je vous rappelle ma mère en permanence et vous ne m’aimez pas m’avoir en face de vous. Ne vous faites aucune illusion : A dire vrais, je ne vous aime pas non plus. Le regard d’Édith d'Argenson était en panique, vexée d’être mise à jour par une jeune fille à peine sortie de l’enfance. Elle se tourna vers Rudolph, afin d'y voir une approbation envers elle et d’apercevoir, dans son regard, le signe d’une réprobation certaine envers le comportement de sa fille.

    Isabelle n’en avait cure et tournait vers son père un visage froid, sans expression, comme-ci ce qui lui pendait au nez ne la concernait pas, portant son courroux au bord de l’explosion. Elle attendait, impassible, la sentence qui allait lui tomber dessus. Le comte hors de lui, dû se contenir en prononçant les mots que Isabelle redoutait :

    Je te dispense de donner ton avis sur ma façon de t’élever et je te conseille de te calmer ! 

    — Je suis sous votre responsabilité ; mais vous ne m'avez pas élevé : vous m'avez négligé et encore aujourd'hui, je suis un poids pour vous.

    Tu n’es pas maltraitée que je sache !

    Isabelle ne put s’empêcher une dernière réplique cinglante et pleine d’ironie :

    Euh ! Vous trouvez, père ?

    Oh ! Rudolph ! S’offusqua Édith. Vous allez accepter cela de votre fille ?

    Et Isabelle de continuer ses sarcasmes :

    Qu’ai-je dis qui vous déplaise autant, à part une vérité qui vous dérange tous les deux ?

    Le visage du comte s’empourpra davantage animé par la colère qu’il avait du mal à refréner devant les ripostes Cinglantes, ironiques et vraies de sa fille.

    — Vous, Mme ! Vous vous appliquez à tuer l'intérêt que mon père a pour moi. Au jour d'aujourd'hui, on ne peut guère parler d'amour envers son propre sang ! Vous m'avez prit mon père au profit de votre fille. Vous ne pouvez le nier ?

    Les reproches que la jeune comtesse venait de lancer à la face de sa belle-mère, fit perdre au comte son calme et toute contenance. Hors de lui, sa réaction n’en fut que plus cinglante :

    En voilà assez de tes insolences ! Je sais que ta mère te manque, mais ce n’est pas une raison pour être aussi désagréable avec celle qui est devenue ma femme, qui te donne de l’amour, qui remplace ma défunte femme, qui est, à présent, la maîtresse de ce château et à qui tu dois le respect ! Si tu es mise à l’écart, à qui la faute ? Si tu étais plus présentable, et plus sociable, tu serais en rapport avec nos relations, ainsi que nous le souhaitons, ta mère et moi.

    Oh ! Je vous en prie, Mr ! Dit Isabelle avec un air narquois. Abstenez-vous de me faire croire l’impossible ! Je ne suis pas si crédule ! La vie m’a enseignée beaucoup de choses en votre absence ! Appelez Mme d'Argenson votre femme si vous y tenez, mais, de grâce ! Ne dites plus « ta mère » afin que je l’accepte comme telle ! Quant à l'amour qu'elle me porte, Cela sonne faux ! elle n’en a que pour sa chère fille qui lui ressemble tellement dans sa façon d’être. Telle mère, telle fille !

    Le comte était abasourdit par tant d'insolence :

    Cette situation ne peut plus durer. Il faut que tu te comportes selon ton rang et que tu acquières une instruction plus étendue, que ne peut te donner Adélaïde.

    — Il fallait vous y prendre plus tôt pour m'aider à grandir ! Il vous fallait me prendre en charge avec votre nouvelle famille de façon que je sois élevée comme votre belle-fille ! Peut-être auriez vous réussi à me modeler selon le souhait de Mme et à votre manière, si elle vous en avait laissé la place dans votre rôle de père ?

    — Je ne vous permets pas ces insinuations ! Vous allez partir de monteuroux. Nous ne voulons plus de vous ici !

    Isabelle contint avec peine un tressaillement en affichant un air frondeur qui en disait long sur la colère qui grondait au fond d'elle envers sa marâtre et son père.

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    Il y avait là, des yeux qui se voulaient très doux, sous de longs cils foncés, guettant le moindre signe d’émotion et d’anxiété chez la jeune comtesseIl fallait donc ne rien montrer de ce qu’elle éprouvait en entendant ces paroles qui annonçaient une décision depuis quelques temps, redoutée. Mr de Rubens s’écarta de la fenêtre et se dirigea vers sa fille. La quarantaine le laissait jeune et svelte, toujours aussi séduisant avec un visage légèrement mat, aux traits fins, aux yeux d’un bleu velouté qui, autrefois, avaient pris le cœur de Daphné Meldwin et Peu de temps après, en apparence, celui de Édith d'Argenson. Le comte Rudolph de Rubens était en outre d’une élégance très aristocratique, vraiment très grand seigneur qui n’impressionnait pas du tout sa fille. Il passait pour lettré, s’intéressait à toutes les manifestations artistiques ; mais les mauvaises langues prétendaient qu’il ne fallait voir là, qu’une façade, très utile pour sa réputation mondaine de grand seigneur de Monteuroux. Avec son air très aristocratique, il annonça à sa fille :

    — J’ai reçu ces jours derniers une lettre de ton oncle, Lord Montaigu-Meldwin. Il serait désireux de te connaître et demande que tu passes quelque temps chez lui, à Londres, dans son domaine de Verte-court. J’ai donc décidé que tu partirais le mois prochain avec Adélaïde, chez lui. Je vais écrire à Lord Montaigu de chercher pour toi une excellente pension de jeunes filles où tu recevras l’instruction et l’éducation qu’il te manque.

    Frondeuse, Isabelle persifla encore avec le même petit sourire ironique qui agaçait tant son père :

    — Euh ! Vos finances, ou celles de Mme votre femme vont-elles faire les frais de ma nouvelle éducation, ou bien,  est-ce mon oncle qui va devoir me prendre en charge pendant six ans ?

    — Mais vas-tu arrêter tes sarcasmes !

    — Pourquoi devrais-je arrêter ? dit Isabelle avec cet aplomb peu commun pour une jeune fille de sa son âge. Je ne fais que me préoccuper de mon avenir dont vous êtes si peu soucieux. Vous semblez vous dessaisir un peu trop facilement des responsabilités qui vous incombent. J’en veux pour preuve le peu d’allocation que vous versez à Adélaïde qui puise indéfiniment dans ses revenus personnels pour mon entretien et vous voulez que je sois descente lorsque je me présente au petit salon ?

    — Tu as la langue trop bien pendue, ma fille, et nous allons remédier à cela !

    — Ne trouvez-vous pas qu’il est un peu tard pouexercer vos prérogatives sur l’indisciplinée que je suis, père ?

    — Il n’est jamais trop tard pour redresser un arbuste qui pousse de travers, mon enfant ! C’est pourquoi tu seras en internat. Tu ne sortiras que les fins de semaine, et chez ton oncle. Le contact de sa fille achèvera de faire de toi quelqu’un ayant conscience de la bienséance du moins, nous l’espérons.

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    Que tu nous reviendras en une jeune personne bien élevée.

    Isabelle répondit :

    — Bien élevée, sans doute, si cela n’exclut pas la franchise et l’honnêteté. Docile et manipulable à votre guise et celle de Mme ? Je n’en ai guère l’intention. C’est un non définitif. Fit Isabelle en dirigeant son regard vers sa marâtre. Lorsque je reviendrai, je serais majeur et vous ne pourrez plus rien contre moi, à moins que votre femme, ou sa fille, ne cherche à me nuire par des moyens détournés et plus radicaux parce que je deviendrais par trop gênante pour elles

    Comprenant que l’allusion de la jeune fille lui était adressée, la comtesse manqua de s’évanouir de nouveau. Qu’elle comédienne ! Pensa aussitôt Isabelle.

    — Rudolph ! Mon ami ! Je vous en supplie ! Faites-la disparaître de ma vue ! Je me sens mal…

    Le comte, haussant un peu plus le ton, intima à Isabelle de disparaître de la vue de sa femme. En son for intérieur, Isabelle se moquait de la comtesse à qui elle venait de lui donner le compte, l’humiliant à plaisir. Elle n’avait plus rien à perdre ; mais elle aurait voulu pouvoir vider tout ce qu’elle avait encore depuis trop longtemps sur le cœur. Jugeant qu’elle en avait assez dit pour le moment. Elle se garda bien d’en rajouter d’avantage la concernant ; mais il était vraiment dommage qu’elle dû garder tout ce qu’elle avait encore envie de leurs jeter au visage. Elle se serait bien lancée dans une tirade qui aurait laissé son père, et cette femme qu’elle méprisait au plus haut point, sans voix. Elle savait que chaque attaque bien envoyer contre son père, faisait son effet.  En elle-même, elle jubilait et puisqu’elle n’avait plus rien à perdre, vu que son départ de Monteuroux était programmé le temps de préparer celui-ci. Sa méfiance voulait qu’elle se garde bien de dévoiler ce qui ne pouvait que lui nuire davantage puisqu’elle était encore à cinq ans de sa majorité et qu’elle n’était aucunement maîtresse de son destin. Pourtant, elle avait une envie folle de leurs montrer qu’elle savait beaucoup de choses à leurs sujets, et elle mourrait d’envie de blesser son père en lui assénant encore quelques vérités à la face, du genre :

    — Me permettez-vous, père, de m’exprimer, et même si vous ne me l’autorisez pas, puisque je dois partir de Monteuroux pour un certain temps, cela vous arrangerait que je vous laisse le champ libre afin de fouiller dans tous les recoins de château vieux pour voir si par hasard, il n’y aurait pas quelques cachettes secrètes dissimulant un ou plusieurs trésors oubliés, ce qui, je pense, arrangerait bien vos finances et l’orgueil de madame ! De plus, je tiens à vous dire, monsieur, que votre épouse ne sera jamais ma mère comme vous ne le cessez de me le répéter, que je n’accepte aucun ordre venant de cette femme superficielle, intéressée, vaniteuse et manipulatrice, comme je n’accepte pas, non plus, que sa fille me traite avec condescendance. Je n’ai aucun point commun avec elle, et ne le désire guère !

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    Je suis une de Rubens de naissance et de sang noble, même si vous me considérez comme une personne rétive et sans intérêt ! Quant à Mme votre épouse, même si elle est officiellement votre femme, elle n'est guère plus qu'une insignifiante personne dont vous vous êtes entiché. Elle ne m’est absolument rien, et surtout pas une comtesse de rang comme ma mère ! Vous ne devez aucunement exiger de moi que je la considère comme telle  A mes yeux ! Elle n’est qu’une intrigante !

    Cette violente protestation montait aux lèvres d’Isabelle. Elle prenait sur elle pour ne rien laisser paraître de sa fureur intérieure. Et cette envie de crier : Non, non, vous ne me ferez pas partir d’ici ! En tant que votre seule héritière et votre fille, je suis la seule comtesse de Rubens sous ce toit ! Isabelle se sentait tout à fait capable de leurs asséner ce coup de grâce mémorable qui les laisserait, tous les deux, abasourdis ; mais la d’Argenson serait trop heureuse, de voir la colère, et la douleur l’envahir. Il fallait se raidir, se taire tout en gardant cet air de défi glacé qui parut irriter Mr de Rubens, car il dit sèchement :

    — Qu’as-tu à me regarder ainsi ? Ne peux-tu parler au lieu de prendre cet air... cet air...

    — Pensez ce que vous voulez. Cet air, comme vous dites, vous dérange parce qu’au fond de vous, vous savez très bien quels sont vos torts vis à vis de ma personne. Je n’ai rien à vous dire de plus que ce que je dont je vous ai fait part.

    La riposte d’Isabelle qui se voulait sèche, interloqua visiblement Mr de Ruben qui ne su que répondre quand la voix de sa femme, venant à son secours, s’éleva avec un accent d’ironique réprobation :

    — Quelle insolence ! Vraiment Isabelle, tu abuses de notre indulgence. Ne penses pas que tu en trouveras ailleurs une semblable.

    Et Isabelle de répondre sur le même ton, avec un instinct très intuitif sur ce qui pouvait blesser l’orgueil de sa belle-mère, elle saisit l’arme du sarcasme qu’elle savait la mettre hors d’elle.

    — Oh ! Je sais très bien qu’il n’existe rien de comparable à vous... Mme. Vous êtes parfaite, sans équivalent concernant vos défauts et le manque de complaisance envers moi-même depuis que vous êtes entrée dans la famille des de Rubens !

    En même temps qu’elle prononçait ces paroles acerbes, Isabelle attarda sur Édith ce même regard de défi dans lequel passait une lueur de triomphe, car elle songeait aux joyaux si vainement cherchés qu’elle n’aurait jamais l’occasion d’avoir entre les mains. La d'Argenson avait dû chercher dans tous les recoins du vieux château, mais sans succès. Dépitée par cet échec, elle s’était montrée intraitable avec Dominique, l’obligeant à finir son service bien plus tard qu’à l’ordinaire, l’obligeant ainsi, à passer l’heure du souper avec sa sœur et les autres serviteurs. Il était furibond et déjà qu’il n’aimais pas la comtesse, il s’était fait un  malin plaisir de tout dévoiler de la cruauté de cette mégère envers le personnel depuis qu'elle était devenue la femme légitime de Mr le comte.

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    Bien sûr, Adélaïde en avait parlé à sa jeune protégée qui avait bien rit du bon tour que la comtesse défunte : Marie-Marguerite de Rubens, avant de partir pour un autre monde, avait joué à son fils et à sa belle-fille. Dominique n’avait pas, non plus, omis de parler de la cruauté de cette mégère envers le personnel depuis qu'elle était devenue la femme légitime de Mr le comte. Isabelle avait entendu des bruits à ce sujet et savait que le personnel de l’aimait pas. Comme pour donner du poids à ce que Adélie venait de lui confier, Isabelle se jura, à nouveau, de ne jamais trahir sa grand-mère !

    Avant de quitter le salon, la jeune comtesse regarda avec insistance les mains de la d’Argenson : des mains un peu courtes, un peu épaisses, mais admirablement soignées qui sous ce regard insistant, se crispèrent sur sa robe se soie noir où elles reposaient. L’œil inquisiteur de sa belle-fille la dérangeait. Isabelle, connaissant son orgueilleuse belle-mère, osa encore ajouter, ironique  à son égard, cette phrase assassine qu’elle savait, la concernant, être très blessante :

    — Vous avez, madame, à n’en pas douter, des mains très soignées… mais un peut courtes et trop épaisses pour une aristocrate. Vous pouvez vous affubler des toilettes les plus onéreuses, et des bijoux de famille les plus précieux, vous n’aurez jamais, à les porter, la grâce de ma mère, pas plus que ne coulera dans vos veines le noble sang des comtes de Rubens ! Vos titres, vous les avez usurpés, que cela vous convienne… ou non, je suis la dernière vraie comtesse de Rubens, ne vous en déplaise… Les alliances sont bien souvent sources d’ennuis… Et vous en êtes une. Je vous laisse le choix de vos réflexions à ce sujet. Pendant un instant, les paupières aux longs cils cachèrent le regard furieux que cherchait les yeux provocants d’Isabelle.

    Mr de Rubens haussa le ton avec irritation :

    — En voilà assez ! Vas-tu te taire ! Tu as un ton qui ne me plaît guère !

    — Mais c’est le mien, Mr le comte. Vous n’y pourrez rien changer.

    — Petite insolente ! Va-t’en et dit à Adélaïde de venir me parler demain matin, pour que je lui donne les instructions à ton sujet !

    — Bien, Mr ! Comme il vous plaira, Mr ! Répliqua toujours ironiquement Isabelle, nullement impressionnée par le son de sa voix. Après un salut qu’elle voulait impeccable pour faire enrager sa belle-mère afin de lui prouver qu’elle savait très bien se conduire en société si l’entourage ou elle évoluait lui convenait, contrairement à ce qu’elle pouvait en penser puis, après une gracieuse volte faceIsabelle sortit du salon en prenant soin d’adresser un sourire narquois à sa belle-mère folle de rage.

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    Ce sourire était un sourire de satisfaction atténuant sa souffrance. Cette fois, elle venait d’avoir le dernier mot sur cette femme qu’elle ne pourrait jamais supporter.

    — Détestable enfant ! S’affligea Édith ; mais cette appréciation s’accompagnait d’un sourire qui devait en diminuer la portée, afin de rien laisser paraître de la haine qu’elle portait à la fille de son époux.

    — Espérons que la société de sa cousine et de son cousin, que je suppose, tous deux, bien élevés, lui seront profitables puisque ni vous, ni moi, ne pouvons rien obtenir d’elle. Peut-être que des étrangers réussiront-ils mieux, là où nous avons échoué ?

    — Peut-être. En tout cas, vous serez délivrée de ce soucis, ma chère amie. Nous la laisserons quelques années là-bas, et à son retour, nous tâcherons de la marier le plus tôt possible, chose sans doute difficile puisqu’elle n’aura pour dot qu'une somme dérisoire légué par sa grand-mère si elle la conté dans son testament, et qu’elle manquera totalement, je le crains, du charme et de la grâce qui auraient pu, aux yeux de certains jeunes partis, former compensation.

    Édith soupira, en murmurant d’un ton de regret qui sonnait faux, mais que Rudolph de Rubens prit pour une sincère affliction :

    — J’aurais tant voulu remplacer sa mère, faire d’elle la sœur de ma Ludivine ! Hélas, il me faut renoncer à vaincre cette ingrate nature, à conquérir cette enfant qui me déteste ! C’est une véritable souffrance pour moi, Rudolph. Mr de Rubens s’approcha, lui prit la main et il y appuya ses lèvres :

    — Vous êtes tellement bonne mon aimée ! Cette enfant est odieuse. Je ne sais de qui elle tient, car Daphné avait une nature douce et aimable.

    — De votre mère, peut-être ?

    La physionomie de Rudolph s’assombrit.

    — Ah ! Oui, de ma mère... c’est possible... mon père n’a pas été heureux auprès d’elle, et elle vient de nous jouer un tour infernal !

    La voix d’Édith prit tout à coup des intonations très dures.

    — Ces bijoux... Qu’a-t-elle pu en faire ? Je me le demande. Il ne peuvent pas être très loin ? Quitte à sonder toutes les dalles, il devrait bien y avoir une ou deux de celles-ci qui sonne le creux et puis, quitte à démonter tout ce qui est susceptible de dissimuler une cachette devra être visité.

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    — Je ferai venir un ébéniste de la ville d’à côté pour qu’il examine le moindre meubleainsi qu’un carreleur.

    — Je trouve que c’est une très bonne idée, ma mie.

    — Je n’y avais pas pensé. Quant à Dominique et Angèle, s’ils savent quelque chose, nous arriverons difficilement à les faire parler.

    — Je ne crois pas que ma mère se soit confiée à quelqu’un, fût-ce à des serviteurs fidèles. Ce n’était pas dans son caractère méfiant et renfermé. Non, elle a dû combiner seule cette méchanceté, cette vengeance. Mais enfin, depuis des années elle ne quittait plus Monteuroux. Qu’en avait-elle à faire ? Elle ne peut en aucun cas avoir caché ces joyaux ailleurs ? Ils ne peuvent être que dans ses appartements ?

    — A moins qu’elle les ait déposer dans un coffre de banque lorsqu’elle était encore valide ? Il faudra approfondir la question et nous renseigner auprès des banques de toute la région afin de savoir s’il n’y aurait pas, justement, un coffre à son nom. Votre mère aurait très bien pu nous faire un coup semblable en ne dévoilant pas le nom de cette banque ? Ce serait tout à fait dans son caractère !

    — Évidemment, il faut se dire que ce sera notre dernière carte. Après... eh bien, il ne nous restera plus qu’à espérer dans le hasard pour nous faire découvrir ce trésor. Cependant, je suis très déçu, car j’aurais tant voulu vous voir parée du magnifique collier de mon aïeule, ma belle Édith ! Elle sourit, et répondit à ce regard admiratif, carrément en adoration devant elle, par ces mots :

    — Espérons, mon cher Rudolph, que vous aurez un jour ce plaisir, et que je prendrai cette petite revanche sur votre mère qui m’a si profondément blessée, méprisé. Je vais maintenant m’habiller puisque nous dînons ce soir chez des amis. Ludivine aimerait y arriver avant nous pour être seule avec William. Ils sont de nouveau fiancés depuis peu et ils ont peut-être encore des choses à se dire pour clarifier leurs différents depuis qu’ils se sont querellés sur les berges de l’étang

    Elle a un nom raffiné ma petite Ludivine, mais elle a aussi l’âme de ce nom, et elle est comtesse de naissance de par son père le comte de Richemont. Elle mérite le nom qu’elle va porter ! Mr de Rubens sourit en appuyant une main caressante sur le doucereux visage de sa femme, et souligna :

    — Oui. Mais quand même, elle me semble bien sentimentale notre Ludivine... surtout à l’égard d’un homme plutôt froid, tel que William. Il est curieux qu’elle se soit prise d’une telle passion pour lui.

    J’en ai été, moi-même, surprise. Fit la comtesse. Ce qui prouve que nous connaissons bien peu nos enfants et qu’ils nous réservent parfois de drôle de surprises. En l’occurrence, je ne suis pas mécontente qu’ils se soient réconciliés. Sut été dommage qu’ils aient définitivement rompu, étant donné leur réciprocité, puisqu’ils sont appelés à se côtoyer constamment dans les années à venir chaque fois que nous viendrons à Monteuroux.

     

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