• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34- 

    Chapitre XV 

    Anéanti par tant de vérités que venait de lui asséner Isabelle en pleine figure, le comte cherchait du regard un appui. Ne trouvant pas de résonance dans sa façon de voir les choses aupré de son neveu Renaud qui ouvertement soutenait Isabelle, le comte tourna les talons sans avoir obtenu les réponses qu’il souhaitait entendre. Il se sentait Frustré et mal à l'aise devant ce neveux qu'il ne connaissait pas et qui se permettait de le juger. Pourtant, il était sûr que sa fille était fautive. Il se devait de revenir à tout prix avec les aveux de culpabilité de sa fille ; mais les choses avaient prit une autre tournure à laquelle il ne s'attendait pas. Le comte ne savait vraiment pas comment annoncer à celle qui partageait sa vie depuis vingt deux ans, ce qu'elle n'était pas prête à entendre ni à accepter. Une autre explication qui n'aille pas dans le sens de ses convictions alimentées par cette haine viscérale qu'elle nourrissait envers Isabelle, était impensable pour elle. Ce qui était encore plus dramatique, c'est que le comte n’avait même pas conscience que cet esprit malsain dans lequel il baignait depuis son remariage, vivait à ses côtés. 

    Renaud songea :

    — Il me fait l’effet d’un malfaiteur ayant manqué son mauvais coup.

    Le jeune homme alluma une cigarette et s’accouda à la fenêtre en méditant sur ce à quoi il venait d’assister jusqu’au moment où Adélaïde reparut.

    Comment va-t-elle ? Demanda-t-il.

    J'ai ai donné un calmant, pauvre petite chérie, et j’espère qu’elle sera mieux tout à l’heure. Mais c’est abominable, Mr de Montaigu !

    Abominable, en effet... de la part d’un père surtout. Quelle affreuse intrigue a donc pu combiner cette affreuse Mme de Rubens ?

    Hélas ! Je la crois capable de beaucoup de choses. Edith d’Argenson n’a jamais aimé ma petit Isabelle.

    Renaud se pencha pour secouer la cendre de sa cigarette par la fenêtre. Il semblait songeur. Au bout de quelques instants de réflexions, il demanda :

    Croyez-vous qu’il y ai quelque chose de vrai dans ce que prétend mon oncle au sujet d’une inclination d’Isabelle pour William ?

    Adélaïde hocha la tête.

    — Je n’en sais rien. Pour ma part, je ne m’en suis pas aperçue. Ils avaient d’excellents rapports d’amitié, depuis le retour d’Isabelle, alors qu’autrefois il existait entre eux une sorte d’hostilité provoqué par les sournoises calomnies de Mme de Rubens et de sa fille à l’égard de ma filleule.

    Oui, des calomnies, toujours... Détruire une réputation par tous les moyens. Ce doit être encore aujourd’hui son but… Je vais aller voir dès maintenant le comte de Rubens-Gortzinski, mademoiselle. Il faut que nous parlions ensemble de ce qu’il vient de se passer.

    Muni des indications d’Adélaïde sur la route à suivre, Renaud quitta la vieille tour tout en songeant qu’il était arrivé à temps pour porter secours à sa jeune cousine.

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    Renaud avait laissé sa voiture dans la cour en attendant que fussent partis les hôtes demeurés aujourd’hui au château pour assisté à la cérémonie funèbre. Il ne lui fallut que cinq minutes pour atteindre Aigue-blanche tant il était absorbé par ses pensées. Comme la servante l’introduisait dans le vestibule, une fraîche apparition se montra au seuil de la porte menant au salon. Juliette, vêtue pour le deuil avait, malgré les circonstances, les yeux éclairés d’une gaîté démontrant le caractère enjouée de la jeune fille. A la vue de l’arrivant, elle dit gaiement :

    Ah ! C’est vous monsieur Renaud de Montaigu-Meldwin !

    Et vous, sans doute, mademoiselle Juliette de Rubens ? Isabelle m’a montré une photographie de vous.

    Et elle a fait de même pour vous, mais elle ne vous a pas accompagné ? J’espérais la voir aujourd’hui.

    Elle ne s’est pas sentie encore assez bien... Aurais-je le plaisir de rencontrer le comte Rubens-Gortzinski, mademoiselle ?

    Mon frère est à une de ses fermes auprès de son fermier pour examiner une vache prête à vêler le vétérinaire doit être avec eux. J’espère qu’il ne vas pas tarder ? Si son absence devait se prolonger, je vous conduirais près de lui, car il serait certainement contrarié de ne pas vous voir. Voulez-vous bien me suivre,  ma mère et mon frère André sont au salon.

    Dans cette pièce un peu surannée, mais toujours très bien tenu et orné de fleurs par Juliette, Renaud parut aussitôt être à son aise, comme dans un cadre familier. Il entendit de vifs éloges sur Isabelle auquel il s’associa chaleureusement. Son regard s’attardait avec sympathie sur le fin visage d’André, animé par une profonde vie spirituelle intérieure et sur celui de Juliette si vivante et  d’une si naturelle fraîcheur.

    Au bout d’une demi-heure, William ne paraissant pas, la jeune fille emmena leur hôte vers la ferme, en disant qu’il verrait ainsi une partie de leur domaine. Ils partir tous deux, le mince Anglais à la chevelure blonde, et la jolie Juliette. Dès ce premier contact avec la jeune fille, tous deux paraissaient fort bien s’entendre. A mi-route, ils rencontrèrent William qui revenait de la ferme. Tout s’était très bien passé  concernant la naissance du petit veau. Après de cordiales poignées de mains, tous trois reprirent la route du Château désireux, chacun de leurs côtés, avoir un entretien seul à seul. Pour se faire,William et Renaud souhaitèrent que Juliette les laissât un moment. Comme ils arrivaient dans la cour d’Aigue-blanche, William dit à sa sœur :

    Veux-tu bien nous préparer le thé ma petite Juliette, nous allons fumer une cigarette, et nous vous rejoindrons.

    A tout à l’heure donc, messieurs dit-elle en esquissant, par plaisanterie, une révérence.

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    William et son hôte, passant sous la voûte, gagnèrent le parterre situé devant l’autre façade. Ils avaient allumé une cigarette, mais elle demeurait entre leurs doigts et elles s’éteignirent bientôt comme le remarqua André de la fenêtre du salon. Ils causèrent un long moment et quand tous deux rentrèrent, la physionomie soucieuse de William, un pli au front, et une lueur inaccoutumée dans son regard, ne purent passer inaperçus pour André et Juliette. Chacun, de leur côté, songeait :

    — Que peut-il bien y avoir encore ?

    Sans se soucier de ce pouvaient bien penser Juliette et André, les deux homme s'éloignèrent pour discuter de ce qui venaient d'arriver. Renaud tînt à s'informer de l'infortune de sa cousine depuis son retour à Monteuroux et de la vie de William avec sa femme Ludivine. William ne se fit pas prier pour raconter ce que sa femme leurs faisait endurer.

    — Isabelle la remettait à sa place, j’en faisais autant ; mais rien ne semblait l’atteindre. Elle reprenait son air doucereux pour m’amadouer. C’était insupportable ! Mme de Rubens a été informé par sa fille de la façon la plus tendancieuse, et la plus perfide, de l’attirance que nous ressentions l’un pour l’autre, sans, pour autant, déroger à notre devoir de ne rien laisser paraître. Ses allusions sur notre amitié qui, pour elle, était douteuse, devenaient insupportables. Quant à moi... mon unions avec Ludivine n'était qu'un simulacre de mariage... Elle préférait vivre avec sa mère et son beau-père à Paris, rompant ainsi ses vœux de mariage. Elle ne daignait vivre à Aigue-blanche que quelques semaines par an. Nous n'avions pas de vie commune... Au début de nos fiançailles, elle disait m'aimer. Sous la pression de ma mère, de la sienne et de son beau-père, je cédais. Je ne connaissais rien aux jeux amoureux. Ne l'ai-je pas aimé comme il le fallait ? Je ne sais. De son côté, elle désirait un amour platonique. La naissance de notre fils fut une erreur. De se voir déformer par la grossesse la gênait, et elle ne voulu plus avoir d'enfant... Cne fut pas un mariage heureux...non, vraiment...

    D’un commun accord, les deux jeunes gens avaient reconnu que la situation pourrait devenir dangereuse pour Isabelle. 

    Renaud rapporta à sa cousine la conversation qu’il avait eu avec William. Omettant les confidences amoureuses qu’il lui avait confié. Pour ce qu’il en était de la haine que lui portait sa belle-mère, Renaud avait  comprit que celle-ci désirait sa perte par tous les moyens possibles à sa porté.  Elle ne s'en était pas caché devant son beau-fils, lors de leur confrontation orageuse le jour de l’accident. 

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     Isabelle s’appuya sur son bras et il sentit sa main frémir tandis qu’elle murmurait :

    — Mais qu’ai-je donc fais à cette femme pour qu’elle me déteste autant, et cela depuis toujours ? Il y a un secret qu’elle ne veut pas que je découvre. J’en suis sûr.

    Tout en discutant, ils arrivèrent près de l’étang. Tout était sombre. Le ciel lui-même engageait nullement à la promenade, mais puisqu’ils étaient arrivés jusque là, Isabelle tendit sa main vers le jardin de nénuphars : 

    — C’est ici que maman est morte.

    Quand ils furent plus près de la berge, Renaud considéra longuement les plantes aquatiques. Puis fit observer à sa cousine :

    — Je me demande comment ma tante a pu avoir l’idée de cueillir une de ces fleurs la nuit : Elles sont, pour cela, trop éloignées de la rive !

    — Oui, n’est-ce pas ? Cela aussi me semble non conforme à ce que je connais de la fin de ma pauvre mère ! Je sais, sans pouvoir vous en expliquer davantage, que ma belle-mère est pour quelque chose dans son accident présumé. Pour moi, comme je l’ai laissé entendre à mon père, c’est un crime qui depuis 16 ans est resté impuni.

    — Oui, un geste provoqué par une personne malveillante. Ce serait, d’après la disposition des fleurs, plus logique... dit pensivement Renaud.

    Isabelle regardait maintenant l’endroit où la barque s’était arrêtée, Elle revoyait le petit Thierry couler à pic, tandis que sa mère s’accrochait à elle. Elle se revit assise, face à Ludivine, elle crut même entendre son rire léger, sa voix musicale prononçant avec une grâce ingénue ses perfides insinuations concernant William et Elle... Et sitôt après, cette noyade. Elle frissonna, au souvenir de ce tragique instant.

    Tout en discutant, ils arrivèrent près de l’étang. Tout était sombre. Le ciel lui-même engageait nullement à la promenade, mais puisqu’ils étaient arrivés jusque là, Isabelle tendit sa main vers le jardin de nénuphars : 

    — C’est ici que maman est morte.

    Quand ils furent plus près de la berge, Renaud considéra longuement les plantes aquatiques. Puis fit observer à sa cousine :

    — Je me demande comment ma tante a pu avoir l’idée de cueillir une de ces fleurs la nuit : Elles sont, pour cela, trop éloignées de la rive !

    — Oui, n’est-ce pas ? Cela aussi me semble non conforme à ce que je connais de la fin de ma pauvre mère ! Je sais, sans pouvoir vous en expliquer davantage, que ma belle-mère est pour quelque chose dans son accident présumé. Pour moi, comme je l’ai laissé entendre à mon père, c’est un crime qui depuis 16 ans est resté impuni.

    — Oui, un geste provoqué par une personne malveillante. Ce serait, d’après la disposition des fleurs, plus logique... dit pensivement Renaud.

    Isabelle regardait maintenant l’endroit où la barque s’était arrêtée, Elle revoyait le petit Thierry couler à pic, tandis que sa mère s’accrochait à elle. Elle se revit assise, face à Ludivine, elle crut même entendre son rire léger, sa voix musicale prononçant avec une grâce ingénue ses perfides insinuations concernant William et Elle... Et sitôt après, cette noyade. Elle frissonna, au souvenir de ce tragique instant.

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    — Ne pensez plus à cela, Isabelle. 

    — Mais je ne peux faire autrement mon cher Renaud ! Il faudra du temps pour oublier...

    Renaud se voulu rassurant en posant la main sur son épaule.

    Venez. Ce lieu vous rappelle trop de choses pénibles. Il est, d’ailleurs, par lui-même, fort mélancolique, et l’attrait qu’il a dû inspirer à ma pauvre tante ne devait pas agir d’une manière favorable sur son moral déjà éprouvé par ses désillusions conjugales.  

     Comme ils s’engageaient dans l’allée du parc, ils virent venir à eux William et Juliette. Quand Isabelle lui tendit la main, il y appuya ses lèvres, puis la conserva dans les siennes, tandis qu’il s’informait de sa santé. Tous deux à cet instant, sans une parole, les yeux dans les yeux, se firent l’aveu de leur amour trop longtemps contenu en leur cœur. Les quatre jeunes gens reprirent le chemin de la vieille tour. Juliette donnait le bras à son amie. Derrière eux venait Renaud et William. Quand ils passèrent devant le logis du jardinier, le vieil Adrien qui fumait devant sa porte, grommela une vague formule de salutation.

     Ça va, Adrien ? Demanda William.

    — Doucement Mr le comte.

    — Un vieil original, dit William quand ils l’eurent dépassé. Bon serviteur, mais de nature un peu sournoise, et peu enclin aux bavardages.

    Ils firent quelques pas en silence. Juliette parlait avec animation, sans doute pour distraire Isabelle. Renaud dit en baissant la voix :

    — N’a-t-on jamais attribué la mort de ma tante à autre chose qu’un accident ? N’a-t-on jamais eu l’idée qu’elle aurait pu être poussé par quelqu’un ?

    — Mais non ! Pourquoi ? Supposeriez-vous ?

    — J’ai constaté que, d’après la distance de la berge jusqu’aux nénuphars, qu’il était impossible, surtout la nuit, qu’elle puisse cueillir ces fleurs aquatiques. Isabelle qui venait souvent sur ces berges avait, elle-même, fais l’essai : Elle avait pris la barque pour arriver jusque ces fleurs, alors qu’elle n’avait que quinze ans, mais sans y trouver une réponse qui puisse la satisfaire. Néanmoins, sans vouloir pousser plus loin sa pensée, elle me dit qu’elle était sûr que sa mère avait été victime d’un acte malveillant, et que sa belle-mère y était forcément pour quelque chose : un meurtre. Il ne faut pas se voiler la face ! A y réfléchir plus avant, je viens d’en venir à la même conclusion qu’Isabelle, ce qui changerait complètement la direction que pourrait prendre cette affaire. Ne pensez-vous pas ?

    — Oui, vous avez raison, dit William après un court instant de réflexion. De plus notre tante était profondément croyante. Mettre fin à ces jours ? Non. décidément, le suicide est inenvisageable.

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    — J’étais très jeune à l’époque ; mais avec le recule, maintenant que vous m’en parlez, on peut difficilement penser qu’il puisse s’agir d’une profonde crise de mélancolie provoquée par le chagrin de voir son mari se détacher d’elle. En outre, il paraît qu’elle aimait,venir rêver au bord de cet étang au clair de lune, et cela a pu déterminer, une machiavélique envie de la faire disparaître ? Peut-être, en effet, que des mains meurtrières sont derrière cette énigme ? Ma vision des choses ne peut plus se contenter de considérer son décès comme un accident, en effet. Cependant, je n’ai jamais entendu dire que quelqu’un ait pu faire une supposition de ce genre.

    Renaud ajouta :

     Justement. Cela me travaille depuis que j’ai vu les lieux de l’accident. Et si c’était tout autre chose comme l’a suggéré Isabelle ? Le silence se fit lourd, profond, et tous se turent sur cette nouvelle façon de considérer la mort de Daphné. Personne, jusqu’alors, n’avait évoqué cette possibilité, surtout s’il y avait, comme Isabelle et les deux jeunes gens en avaient le pressentiment, une ou des coupables...

    Comme ils atteignaient la vieille tour, ils rencontrèrent Antoinette venant de téléphoner pour demander le médecin. La crise pulmonaire, toujours latente chez sa maîtresse depuis quelque temps, semblait s’aggraver. Puis elle parut très frappée, l’autre jour, quand je lui ai appris l’accident de l’étang. Depuis ce moment, elle est encore plus sombre qu’à l’ordinaire et elle ne semble plus réagir contre la maladie, ainsi qu’elle le faisait auparavant.

    — Dites-lui, Antoinette, que je suis toujours à sa disposition si elle désire me voir.

    — Je le lui dirais, mademoiselle. Elle s’est informée hier de l’état de santé de mademoiselle et elle a dit :

    — Au moins, elle n’a pas payé pour les autres, celles-là.

    — Pourquoi payer pour les autres ? demanda William, se remémorant la supposition qu’avait émis Isabelle en premier, puis Renaud sur la mort de sa tante.

    — Je l’ignore Mr le comte.

    — Cette pauvre demoiselle est sans doute un peu bizarre, d’après ce que vous m’avez dit, et la maladie ne doit pas rendre ses idées plus normales, suggéra Juliette tandis qu’elle montait l’escalier, suivie de son amie.

    — C’est possible. Dit Isabelle, mais je voudrais bien qu’elle me permette d’aller la voir, si elle devient plus malade qu’elle ne l’est déjà. Antoinette est parfaite, entièrement dévouée à ma tante, et du point de vue spirituel, elle aura plus d’action que moi sur cette âme aigrie, égarée dans son orgueil. Toutefois, il serait pénible et indécent, qu’aucun membre de sa famille ne fût admis près d’elle sur ses derniers instants de vie.

    — Nous ne parlerons pas, pour aujourd’hui, de ces choses qui vous tourmente, Isabelle. Avait déclaré Renaud à son retour son projet était de distraire l’esprit de sa cousine en lui confiant combien Aigue-blanche et ses habitants lui plaisait.

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    — Parlons, si vous le voulez bien, de la famille don vous êtes proche, chère Isabelle. André est un être charmant, sa sœur est la plus aimable jeune fille que je connaisse. Quant à William, je le crois un homme de grande valeur et de cœur et d’esprit, très sensible, sous des dehors assez froids.

    Il vit s’éclairer le regard fatigué d’Isabelle.

    — Oui, c’est une âme capable de beaucoup souffrir sans rien montrer. Il a une très haute conception du devoir et l’on peut se fier à lui sans réserve.

    Renaud songea :

    — Elle doit l’aimer. Je ne m’en étonne pas, car il paraît fait pour attirer une nature telle que la sienne. Quant à lui... Il se remémora ce que William n'avait pas juger bon de nier son amour pour sa jeune cousine. Le jeune comte avait reconnu, tout à l’heure, devant lui, qu’il aimait Isabelle, et qu’il était libre, désormais, après un temps respectable de deuil, de lui proposer de devenir sa femme.

     Croyez-moi, cher cousin, je m'efforçais de me tenir loin de ma cousine afin de ne pas céder à l’attirance que j’avais pour elle, avait-t-il ajouté. Lorsque je me suis rendu compte que cet amour défendu ne pourrait jamais être un jour envisageable, alors, sous divers prétextes, j’ai fait mon possible pour m’écarter d’elle autant que je le pouvais. Une seule fois, j’ai failli à ma résolution de ne la côtoyer que pour des choses ayant une importance pouvant se rapporter à des questions domestiqueset en présence de personnes, sachant que si je cédais à mon envie de la prendre dans mes bras, je ne pourrais plus retourner en arrière.

    Le jour de la soirée au château neuf, nous nous sommes retrouvées par hasard aux colonnades. Nous discutions de ma belle-mère et de ma femme, quand une envie irrésistible de l’embrasser me poussa à la prendre dans mes bras, de la serrer contre moi tout en embrassant ses lèvres innocentes alors qu’elle ne s’y attendait pas. Isabelle fit son possible pour que je reprenne mes esprits en étant rationnelle et pleine de bon sens. Je lui demandais de pardonner mon égarement en lui disant de partir de Monteuroux avant qu’il ne lui arrive malheur. Ludivine qui disait avoir des sentiments pour moi et mon fils, m’interdisaient de penser à Isabelle. Cela m’a fait reprendre pieds dans la réalité. Personne n’a jamais rien su du baiser que je lui avait volé. Ludivine, jalouse de tout ce qui concernait Isabelle, soupçonnait notre attirance mutuelle. Elle harcelait Isabelle avec ses insinuations dès qu’elles se voyaient. J’avais beau la remettre à sa place, c’était avec un plaisir machiavélique sous son air angélique et son sourire mielleux, que de faire, sans en avoir l’air, des allusions sur notre amitié qui, pour elle, était douteuse. Ma cousine ne pouvait plus supporter sa fausseté. Quant à moi... mon unions avec Ludivine, m'était  devenu insupportable.

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