• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34- 

    Chapitre XV 

    Anéanti par tant de vérités assénées, par Isabelle, et son neveu, le comte tourna les talons sans avoir obtenu les réponses qu’il souhaitait entendre. D’après sa femme, elles devaient à tout prix, aller dans le sens de ses convictions, alimentées par sa méchanceté dont il n’avait même pas conscience. Le comte, Frustré, quitta la pièce le dos courbé. Il avait, l’espace de cette mise en défaut par sa fille, vieillit de quinze ans.

    Renaud songea : Il me fait l’effet d’un malfaiteur ayant manqué son mauvais coup. Le jeune homme alluma une cigarette et s’accouda à la fenêtre en méditant sur ce à quoi il venait d’assister, jusqu’au moment où Adélaïde reparut.

    Comment va-t-elle ? Demanda-t-il.

    Je lui ai donné un calmant, pauvre petite, et j’espère qu’elle sera mieux tout à l’heure. Mais c’est abominable, Mr de Montaigu !

    Abominable, en effet... de la part d’un père surtout. Quelle affreuse intrigue a donc pu combiner cette affreuse Mme de Rubens ?

    Hélas ! Je la crois capable de beaucoup de choses. Edith d’Argenson n’a jamais aimé ma petit Isabelle.

    Renaud se pencha pour secouer la cendre de sa cigarette. Il semblait songeur. Au bout de quelques instants de réflexion, il demanda :

    Croyez-vous qu’il y ai quelque chose de vrai dans ce que prétend mon oncle au sujet d’une inclination d’Isabelle pour William ?

    Adélaïde hocha la tête.

    Je n’en sais rien. Pour ma part, je ne m’en suis pas aperçue.

    Ils avaient d’excellents rapports d’amitié, depuis le retour d’Isabelle, alors qu’autrefois il existait entre eux une sorte d’hostilité provoqué par les sournoises calomnies de Mme de Rubens et de sa fille à l’égard de ma filleule...

    Oui, des calomnies, toujours. Détruire une réputation par tous les moyens. Ce doit être encore aujourd’hui son but… Je vais aller voir dès maintenant le comte de Rubens-Gortzinski, mademoiselle. Il faut que nous parlions ensemble de ce qu’il vient de se passer. Muni des indications d’Adélaïde sur la route à suivre, Renaud quitta la vieille tour tout en songeant qu’il était arrivé à temps pour porter secours à sa cousine.

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    Renaud avait laissé sa voiture dans la cour en attendant que fussent partis les hôtes demeurés encore aujourd’hui au château pour assisté à la cérémonie funèbre.

    Il ne lui fallut que cinq minutes pour atteindre Aïgue-blanche tant il était absorbé par ses pensées. Comme la servante l’introduisait dans le vestibule, une fraîche apparition se montra au seuil de la porte menant au salon. Juliette, vêtue pour le deuil qui, malgré les circonstances, avait les yeux éclairés d’une gaîté démontrant le caractère enjouée de la jeune fille. A la vue de l’arrivant, elle dit :

    Ah ! C’est vous monsieur Renaud de Montégu-Meldwin !

    Et vous, sans doute, mademoiselle Juliette de Beau-levant ? Isabelle m’a montré une photographie de vous.

    Et elle a fait de même pour vous. Mais elle ne vous a pas accompagné ? J’espérais la voir aujourd’hui.

    Elle ne s’est pas sentie encore assez bien... Aurais-je le plaisir de rencontrer le comte Rubens-Gortzinski, mademoiselle ?

    Mon frère est à une de ses fermes auprès de son fermier pour examiner une vache prête à vêler le vétérinaire doit être avec eux. J’espère qu’il ne vas pas tarder ? Si son absence devait se prolonger, je vous conduirais près de lui, car il serait certainement contrarié de ne pas vous voir. Voulez-vous bien me suivre : ma mère et mon frère André sont au salon.

    Dans cette pièce un peu fanée, mais toujours très bien tenu et orné de fleurs par Juliette, Renaud parut aussitôt être à son aise, comme dans un cadre familier. Il entendit de vifs éloges sur Isabelle, auquel il s’associa chaleureusement. Son regard s’attardait avec sympathie sur le fin visage d’André, animé par une profonde vie spirituelle intérieure, et sur celui de Juliette si vivant, et d’une si naturelle fraîcheur.

    Au bout d’une demi-heure, William ne paraissant pas, la jeune fille emmena leur hôte vers la ferme, en disant qu’il verrait ainsi une partie de leur domaine. Ils partir tous deux, le mince Anglais à la chevelure blonde, et la jolie Juliette. Dès ce premier contact avec la jeune fille, ils paraissaient, tous deux, fort bien s’entendre. A mi-route, ils rencontrèrent William qui revenait de la ferme. Tout s’était très bien passé : le petit veau était née. Après de cordiales poignées de mains, tous trois reprirent la route du Château désireux, chacun de leurs côtés, d’avoir un entretien seul à seul. Pour se faire,William et Renaud souhaitèrent que Juliette les laissât un moment. Comme ils arrivaient dans la cour d’Aïgue-blanche, William dit à sa sœur :

    Veux-tu bien nous préparer le thé ma petite Juliette, nous allons fumer une cigarette, et nous vous rejoindrons.

    A tout à l’heure donc, messieurs dit-elle en esquissant par plaisanterie une révérence.

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    William et son hôte, passant sous la voûte, gagnèrent le parterre situé devant l’autre façade. Ils avaient allumé une cigarette, mais elle demeurait entre leurs doigts, et elles s’éteignirent bientôt, comme le remarqua André de la fenêtre du salon. Ils causèrent un long moment et quand tous deux rentrèrent, la physionomie soucieuse de William, un pli au front, et une lueur inaccoutumée dans son regard, ne purent passer inaperçus pour André et Juliette. Chacun, de leur côté, songeait : Que peut-il bien y avoir encore ?

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