• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Chapitre XIV

    William entra dans la chambre qui était celle de la première châtelaine de Monteuroux. Il s’arrêta à quelques pas du lit laqué garni d’une claire soierie brodée, sur lequel reposait Ludivine… morte. Peu avant de tomber à l’eau, elle avait fait un copieux goûter, et la congestion l’avait saisie aussitôt.

    Elle semblait être l’innocence personnifié endormie. Sa bouche avait ce sourire ingénu qui lui était habituel. Le reflet des bougies allumées sur une petite table voisine illuminaient le visage couleur d’ivoire qui semblait parfois se colorer furtivement. William, tourna un peu la tête, vers le petit lit sur lequel était étendu le corps sans vie de son fils. On avait fini par le retrouver au matin, au milieu des nénuphars, curieusement au même endroit où avait été retrouvé la comtesse Daphné. Un léger voile blanc couvrait le petit visage aux boucles soyeuses, que le séjour dans l’eau avait altéré. Non loin de William, quelqu’un bougea. Il aperçut alors Berthe, la femme de chambre d’Édith qui avait également été la nurse de Ludivine. Elle venait de se lever du fauteuil où elle semblait en prière, elle fit un pas vers le jeune comte.

    Comment est-ce arrivé demanda-t-il à mi-voix ?

    Personne ne connaît encore les détails. Je sais seulement que c’est au cours d’une promenade en barque...

    Berthe parlait d’une voix rauque, qui semblait lui déchirer la gorge. Ses yeux toujours aussi glacés, que William avait toujours trouvé désagréables à regarder, avaient une expression un peu hagarde.

    Il n’y a que Mlle Isabelle qui pourrait vous donner des explications, mais elle est malade depuis l’accident, et l’on n’a pu encore l’interroger.

    On m’a dit que l’aide-jardinier était accouru aux cris de ma cousine ?

    Oui, mais il n’a pas vu comment avait eu lieu l’accident.

    Il y avait quelque chose d’intrigant dans la voix de Berthe, qui éveilla l’attention de William. A ce moment, il remarqua mieux la figure ruinée par les larmes de la femme de chambre. Il savait par Ludivine, que cette femme avait une affection sans borne plus que fanatique pour sa maîtresse, et pour sa fille. Cette mort devait la bouleverser profondément. Se détournant, William pris le goupillon posé sur la table et jeta de l’eau bénite sur la jeune morte. Gracieuse parmi les roses qui ornaient sa couche, Ludivine n’éveillait aucune émotion en lui. De son vivant, il avait dû faire appel à toutes ses forces spirituelles pour combattre les sentiments qu’elle lui inspirait, et qui ressemblait, si fort parfois, à de la haine. Oui, il avait haï sa fausseté, sa perfidie, sa méchanceté. Maintenant, Ludivine avait dû paraître devant la justice divine et elle commençait de n’être, pour lui, qu’un mauvais souvenir.

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    Il approcha du lit de Thierry, écarta le voile et mit un baiser sur le front glacé de ce petit être qui avait été son fils. Se souvenait-il des paroles qu’il avait prononcé un jour à Isabelle ? J’aimerais mieux le voir mort, plutôt que de le voir, un jour, ressembler à sa mère. Et il était là, sans vie, cet enfant dont il avait accueilli la naissance avec une secrète joie, ce petit Thierry dont il avait vu avec désespoir s’accentuer, chaque année, la ressemblance physique et morale avec sa mère et sa grand-mère. Son vœu, sorti d’un cœur déchiré, venait d’être exaucé… Une porte s’ouvrit en face de lui, une femme vêtue de noir parut sur le seuil.

    Vous voilà enfin, William ! Lança Édith de Rubens.

    Oui : la dépêche de ma mère ne m’a pas trouvé hier à Rouen, car j’étais déjà parti pour Le Havre. J’ai appris le malheur en arrivant tout à l’heure chez moi.

    Venez, j’ai à vous parler.

    Il entra à sa suite dans la pièce voisine, qui était un petit salon séparant les chambres de la mère et de la fille. Édith de Rubens alla jusqu’à la fenêtre, puis se retourna et lui demanda brusquement :

    Peut-être n’avez-vous pas eu encore le temps de réfléchir à la singularité de cet accident ? A son opportunité, dirais-je même ?

    La Singularité ? L’opportunité ?

    Il dévisagea sa belle-mère avec une surprise mêlée de subite méfiance. Elle était pâle, avec des cernes bleuâtres sous les yeux. Mais son regard, d’une étrange nuance, luisait comme celui d’une yenne. Oui : son regard, comme sa voix ricanante, n’augurait rien de bon. A quoi devait-il s’attendre de sa part ?

    Oui, je le répète : l’opportunité. Cette promenade sur l’étang, Ludivine n’en avait pas la moindre idée quand elle est partie avec Thierry pour se promener dans le parc. On la lui a suggérée... puis, une fois sur l’eau, il a été facile de…

    William eut un haut-le-corps.

    Qu’osez-vous insinuer là, madame ?

    Le sang lui montait au visage, sous la poussée de l’indignation.

    Mais je n’insinue rien ! Je dis franchement ce que je soupçonne ! Ma pauvre Ludivine avait deviné la jalousie d’Isabelle. Elle connaissait la haine que celle-ci lui portait. Elle en a été victime, j’en suis persuadée !

    C’est abominable ! Je vous défends de dire un mot de plus contre Isabelle ! Elle... elle qui a essayé de les sauver, d’après ce que l’on m’a dit !

    Elle a fait semblant plus probablement ! Pensez donc ! L'occasion était trop belle !

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    William ne put se retenir de lui aboyer au visage :

    Mais vous êtes une véritable sorcière ! Ce n’ai pas parce que l’aide-jardinier n'a pas pu voir comment l'accident s'est produit, que vous devez en déduire que ma cousine est coupable de ce que vous avez l’air de considérer cet accident comme un homicide volontaire ! Quand l’aide-jardinier est arrivé sur la berge de l'étang, Isabelle ramenait le corps de Ludivine, un corps sans vie. Elle lui a dit de l'emporter et qu'elle allait chercher Thierry qui avait aussi disparu. Tout cela ne me laisse aucun doute sur l'honnêteté de ma cousine qu'avec  votre perfidie, vous soupçonnez à tord !

    Naturellement, vous la défendez !

    Le sarcasme vibrait dans la voix d’Édith.

    Oui, je la défend ! Pour sauver votre fille et mon fils, elle à faillit perdre sa propre vie ! Ce qui est affreux, c’est que vous osiez porter une telle accusation contre Isabelle si noble, si droite !

    Ma pauvre chérie n’ignorait pas non plus vos sentiments à l’égard de votre cousine. Ma fille qui vous aimait a souffert en silence.

    Laissez-moi en douter ! Si elle s’était conduite telle une femme aimant son mari, elle n’aurait pas systématiquement négligé son devoir envers moi et déserter Aïgue-blanche pour aller vivre à Paris près de vous avec notre fils ! Ce mariage n’était qu’une mascarade ! Ce qui est arrivé est de votre faute ! Vous êtes une mauvaise femme et votre exemple à déteint sur votre fille et petit fils. Vous êtes seule responsable de ce drame !

    Comment osez-vous !

    Taisez-vous, madame ! Je ne vous laisserais pas distiller aux alentours un soupçon de plus sur Isabelle !

    Néanmoins, ma fille n’aurait jamais fait un geste pour nuire à Isabelle. Mais celle-ci n’a pas eu de scrupule. Elle a supprimé l’obstacle qui la séparait de vous et, du même coup, l’enfant : seul héritier mâle des de Rubens, qui aurait trop rappelé Ludivine. Dit-elle dans un sanglot.

    Une main dure saisit le bras de Mme de Rubens et le serra si fortement qu’elle eut un cri de douleur. William, la mâchoire crispée, les yeux brûlants de fureur, penchait vers elle son visage blême de colère.

    Croyez-vous que votre fille m’ait rendu heureux en vous accompagnant dans vos déplacements, échappant ainsi à une vie conjugale à la campagne qui ne lui plaisait guère ? Elle s’arrangeait pour être auprès de moi, le moins possible ! Croyez-vous que cette parodie de mariage me comblait ?! En quoi fut-elle malheureuse ? Elle à voulu cette vie, et vous le savez très bien ! Vous êtes une misérable, et c’est vous qui avez fais son malheur ! Vous avez un fond luciférien, et vous avez réussi dans vos manœuvres diaboliques afin de nous convaincre qu’Isabelle était une enfant insignifiante ! Une sauvageonne sans aucune manières !

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    Vous m’avez convaincu également, vous l’avez séparé de son père et aujourd’hui, vous l’accusez d’être une meurtrière ! Mais vous êtes une vipère ! Vous n’avez aucune conscience ! Vous êtes la méchanceté personnifiée ! La mesure est vraiment comble, cette fois ! Allez-vous-en ! Je ne vous permets pas de calomnier ma cousine ! Allez plutôt pleurer votre fille et votre petit fils qui étaient, tous deux, à votre exacte ressemblance !

    Édith se dégagea, en toisant son gendre avec une froide insolence. Et William de lui lancer :

    Votre simulacre de pleurs sans larme ne m’émeut nullement ! Sortez !

    En croisant brusquement les bras sur sa poitrine, William considérait sa belle-mère avec dédain, ne pouvant s’empêcher de lui jeter au visage une menace lourde de conséquence pour elle :

    Vous payer très cher votre méchanceté ma chère, et ce n’est pas finit ! Je n’ai jamais aimé être votre gendre, pas plus que je n’ai aimé votre fille : exacte réplique de vous-même ! Je ne sais pas ce que vous pourriez encore inventer sur Isabelle sans aucune preuve ! Mais je vous ai à l’œil ! Prenez garde que toutes vos accusations ne se retournent contre vous !

    Blessée dans son orgueil, la d’Argenson répliqua :

    Que vous me croyez… ou non, je n'en garde pas moins mon opinion, et je vous dis ceci, William : ne comptez pas épouser Isabelle, jamais, car je ne laisserais pas faire un pareil mariage, qui serait une injure à ma Ludivine.

    Je me demande bien comment vous allez vous y prendre pour empêcher cette union qui se fera un jour ou l’autre et sans votre consentement ! Ne vous en prenez plus à la vraie comtesse de Rubens si non, vous en subirez les représailles ! Vous n'êtes qu'une imposture !

    Là-dessus, Édith, beaucoup plus atteinte dans son égo qu’elle ne voulait le laisser paraître, passa devant son gendre avec cet air hautain qu’il lui connaissait bien, et entra dans la chambre mortuaire.

    William quitta le salon et descendit rapidement les marches d’escalier pour gagner la galerie qui menait à la vieille tour. Il n’avait même pas l’idée de parler à Mr de Rubens au sujet de l’inconcevable accusation portée par cette femme sans aucune moralité contre Isabelle. De longue date il savait que le comte n’était qu’un pantin entre les mains de sa femme. Cependant, il fallait qu’Isabelle fût défendue contre sa haineuse, et perfide belle-mère qui était aussi la sienne. Il était dégoûté par cette férocité cachée qu’avait toujours eu la d'Argenson : deuxième femme du comte, pour Isabelle qui avait compris depuis longtemps sa fausseté, et ses manigances, afin d’arriver à ses fins. Il fallait qu’il se débarrasse de cette colère non constructive qu’il avait contre cette machiavélique manipulatrice. En quittant Monteuroux, il irait rendre visite à l’abbé Forges, et tous deux conviendraient de la conduite à tenir.

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    Quoi qu’il fît pour maîtriser son bouleversement, il ne pouvait s’empêcher de revoir cette mégère déversant ses accusations sur Isabelle. Adélaïde eut une exclamation lorsque, ouvrant la porte de sa chambre à laquelle il avait frappé, elle vit un visage décomposé par une révolte, et une colère dont elle ne connaissait pas encore la cause. Elle s’exclama :

    Mon Dieu, Monsieur ! Qu’avez-vous ?

    Il ne pouvait lui expliquer l’entrevue orageuse avec sa belle-mère, avant de savoir... Prenant cela pour une douleur légitime, Adélaïde osa lui confier ses regrets pour ce regrettable accident.

    Oh ! C'est une terrible chose, n'est-ce pas ? Tous deux ! Ce pauvre enfant !

    Oui, terrible…

    La voix de William était étranglée par la rage. Cependant, il essaya de se raisonner pour demander des nouvelles d’Isabelle.

    Comment-va votre protégée ?

    Nous avons eu très peur de la perdre aussi. La fièvre nerveuse semble avoir disparue, mais elle est, maintenant, prostrée. En ce moment, elle sommeille. Juliette est près d’elle.

    Elle s'est jetée à l'eau pour les sauver, n'est-ce pas ?

    Oui, la pauvre chérie ! Dans son délire causé par la fièvre, elle répétait : J’ai vraiment fait tout ce qu’ai pu pour les sauver ! C’est affreux ! J’ai vraiment fait tout ce que j’ai pu !

    Le docteur Pichon a expressément défendu qu’on l’interroge. Mais ce matin, d’elle-même, elle m’a raconté ce qu’il s’était passé. Ludivine a insisté pour qu’elle leurs fit faire un tour sur l’étang que réclamait Thierry :

    Le petit faisait un caprice parce que je ne voulais pas, étant occupée à peindre. Voyant qu’il ne se calmait pas, sa mère insista pour que je leurs fasse faire une promenade en barque. Je donnais mon accord pour cinq minutes seulement. Pendant que Ludivine me posait, comme à son habitude, des questions indiscrètes, continuant son caprice, Thierry se pencha à un moment donné pour atteindre les fleurs de nénuphars. Ludivine voulu le retenir et, par ce brusque mouvement, faisant un peu plus pencher la barque, elle est passée par-dessus bord en même temps que son fils. Je ne pouvais pas prévoir ce qu’il s’est passé. Je n’ai rien pu faire pour empêcher l’enfant et sa mère de basculer dans l’eau. Je n’ai pu que plonger pour essayer de rattraper Ludivine qui... je ne suis aucunement fautive de ce qu’il vient de se passer ! Vous me croyez au moins ?

    Calmez-vous mon enfant. Ne vous agitez pas. Adélaïde parlait avec une émotion contenue :

    Isabelle s’est jetée à l’eau, a saisi Ludivine par un pan de sa robe, et réussi à la ramener sur la berge aidé par André le jeune jardinier, puis elle est repartie chercher le petit Thierry.

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     Il avait disparu dans les profondeurs de l’étang.

    Isabelle a fait tout ce qu’elle a pu pour le retrouver, à force de chercher, l’épuisement l’a gagné, il lui restait tout juste un peu de force pour remonter sur la berge et courir jusqu’à la vieille tour, m’appeler afin que l’on fasse prévenir Mr le comte de l’accident et de la disparition du petit Thierry.

    Ma femme s’agrippant à elle, Isabelle aurait pu très bien ne pas en revenir de cet étang...

    Évidemment car Ludivine, en s’agrippant à ma petite Isabelle, a failli paralyser ses mouvements.

    Si la congestion ne l’avait pas saisie à ce moment précis, il y aurait eu certainement une troisième victime.

    Une troisième victime...

    La vieille demoiselle frissonna à cette évocation.

    Une troisième victime... Isabelle, redit lentement William dont les lèvres tremblaient. Isabelle que… Il s’interrompit. Non, il était inutile d’inquiéter cette pauvre femme en lui apprenant l’odieuse manœuvre de cette Édith d'Argenson pour nuire à sa belle-fille.

    Ce terrible accident lui a provoqué une forte commotion nerveuse, reprit Adélaïde. Elle n’était déjà pas bien ces derniers temps. Elle avait certainement quelques soucis dont elle ne voulait pas m’en confier la teneur. J'étais inquiète, mais il n'y avait rien à faire pour l’obligée à me révéler ce qui n’allait pas. J'aurais pu l’aider à se libérer de ce poids qui lui pesait, mais elle s’était enfermée dans un mutisme que je ne lui connaissais pas. Elle m’a annoncé que nous allions partir dans une quinzaine de jours, je crois, pour aller en Bretagne.

    Elle voulait partir d’ici ? Répéta William.

    Cela vous étonne aussi ? Elle était un peu bizarre, un peu nerveuse, depuis quelques jours. C’est à la suite d’un entretien avec son père qui est venu la trouver ici, qu'elle a pris cette décision tout à fait imprévue.

    Ah ! C'est à la suite de ça ? William pensa : encore quelque méchanceté de cette affreuse mégère.

    Enfin, conclut Adélaïde, je suis bien contente que Mr de Montégu arrive demain, car cela lui changera peut-être les idées.

    Il arrive demain ? Je serais heureux de faire sa connaissance.

    Renaud de Montégu, le cousin dont Isabelle vantait la droiture, l’esprit réfléchi, la subtile intelligence... Celui-là aussi pourrait être un défenseur.

    Juliette parut à ce moment, sortant de la chambre d’Isabelle. En refermant la porte très doucement, elle dit à mi-voix :

    Elle dort. Je reviendrai demain matin. Je la trouve vraiment mieux.

    Oui, mais quelle peur j’ai eu, quand elle est tombée là, en haut de marches hier !

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    Heureusement, Dominique et Angèle ont entendu ses appels et ils sont descendu la relever pour la porter sur son lit, et appeler le médecin. Ensuite, avec Antoinette, nous l'avons fait revenir à elle, déshabillé, frictionné pour la réchauffer, et nous l’avons et couché. Cette bonne Antoinette m'a été d'un grand secours. William demanda :

    Son père n’est pas venu la voir ?

    Si, hier soir. Elle se reposait à ce moment-là. Je venais de lui donner un calmant prescrit par le docteur Forges. Il m'a posé des questions auxquelles je n'ai su que répondre puisque, alors, Isabelle ne m'avait encore rien dit sur la façon dont s'était produit l'accident.

    Euh, il faut que je vous dise que je lui ai trouvé un air très bizarre... Comme gêné, et en même temps, il avait un air soupçonneux.

    C’est un rude coup pour Mme de Rubens, dit Juliette. Sa fille, et ce pauvre petit Thierry... Si peu sympathique qu’elle soit, il faut cependant la plaindre. William préféra ne pas répondre aux paroles de sa sœur. Il avait son opinion sur la valeur de cette abominable femme qui l’écœurait. Ses lèvres eurent un pli d’amertume, tandis qu’il songeait : la plaindre, cette femme qui ne pense qu’à se venger bassement sur Isabelle ! Je méprise la fausseté avec laquelle, il fut un temps ou elle nous a manipulé. Sa fille était à l’image de sa mère : aussi sournoise. Seul son petit-fils comptaient à ses yeux. De les perdre tous les deux est intolérable pour elle. Il lui faut une coupable et c’est Isabelle. De rage, elle veut se venger sur elle pour avoir compris son manège depuis longtemps. Ma pauvre Juliette, tu ne parleras plus ainsi, lorsque tu sauras...

    Dans la matinée du surlendemain, la voiture de Renaud de Montégu-Meldwin croisa un convoi mortuaire sur la route qui menait de Monteuroux à la petite église du conté, sur le piton rocheux. deux cercueils, l’un drapé de noir, et l’autre, beaucoup plus petit, drapé de blanc : l’un à côté de l’autre sur le char funèbre, et tous les deux couverts de fleurs. Renaud eut le temps de remarquer au passage le ferme profil, et la mince silhouette de l’un des deux hommes qui conduisaient le deuil.

    Par Dominique, qui lui ouvrit la vieille grille grinçante du Château, il apprit l’accident qui avait causé la mort de Mme la comtesse de Rubens-Gortzinski et de son fils. Le domestique ajouta que Mlle Isabelle allait beaucoup mieux aujourd’hui et qu’elle attendait avec impatience Mr de Montégu. Lorsque son cousin entra, Isabelle se leva du fauteuil où elle était assise et alla vers lui, les deux mains tendues.

    Quelle joie de vous revoir Renaud !

    Chère Isabelle, il paraît que vous avez été bien secouée ? Votre beau visage en porte encore les traces.

    Dominique vous a raconté ?

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    Succinctement, mais vous me direz tout cela plus tard. Mieux vaut ne pas remuer ces pénibles souvenirs encore trop présents. Parlons d’autre chose.

    Et il donna des nouvelles de son père, d’Alice, de tous ceux qu’Isabelle avait connu en Angleterre. Elle se délectait de ses paroles en voyant son rassurant visage souriant, la ferme bonté de son regard, et elle sentait descendre en elle un apaisement bienfaisant. Ses nerfs mis à rude épreuve par la commotion cérébrale subie trois jours auparavant, et encore mal calmée, se détendaient enfin vraiment. Elle décida de se rendre avec son cousin à Aïgue-blanche, dans l’après-midi, pour le présenter à Marie-Catherine de Rubens et à ses enfants.

    Je pense qu’il va falloir aussi que j’aille voir votre père, et votre belle-mère aujourd’hui ? dit Renaud.

    Sans doute. Mais peut-être ne vous recevront-ils pas... elle, du moins. Le chagrin qu’elle éprouve d’avoir perdu sa fille et son petit fils en même temps est une dure épreuve pour elle, et je ne la crois pas en état de vous recevoir.

    J’ai rencontré le convoi tout à l’heure... et j’ai aperçu le comte Rubens-Gortzinski... brun, grand, mince, comme vous me l'aviez décrit naguère. A côté de lui devait être votre père, et votre belle-mère, mais je n'ai pas eu le temps de la distinguer. Après tout, à la réflexion, mieux vaudrait que je reporte à demain cette visite.

    Mais Renaud devait quand même faire la connaissance de Mr de Rubens ce jour même. Le comte apparut chez sa fille au début de l’après-midi, alors qu’elle s’entretenait avec son cousin et Adélaïde dans la pièce qui servait de salle à manger. Il parut contrarié à la vue du jeune homme et la cordialité qu’il lui témoigna ensuite, avait quelque chose de contraint. Renaud, très observateur, très fin dans ses jugements, avait l’impression que sa présence le gênait. Il allait se lever prétextant un désir soudain de faire un tour dans le parc, lorsqu’une question du comte à sa fille le fit changer d’avis.

    Voudrais-tu, Isabelle, me faire le récit exact de cette tragique promenade sur l’étang ?

    Le ton un peu brusque et menaçant, surprit le jeune homme, et sans doute aussi Isabelle, car elle regarda son père avec un visible étonnement, ne pouvant s’empêcher de lui en faire la remarque. Le comte attendait sans plus dire un mot. En termes brefs, avec une altération dans la voix, Isabelle fit le récit de l’accident, et quand elle arriva au moment crucial du drame, elle raconta ce qu’il s’était passé depuis l’instant où Ludivine, tenant Thierry par la main, l’avait abordée sur la berge de l’étang.

    Mr de Rubens l’écoutait d’un air perplexe, en tapotant nerveusement le bras du fauteuil où il avait pris place. Il eut un hochement de tête dubitatif quand Isabelle conclut :

    Je croyais pourtant avoir sauvé Ludivine ? On m'a dit qu'elle avait succombé à une congestion ?

    Oui. Tu ne savais pas qu’elle avait l’habitude de goûter vers cette heure-là ?

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    Bien sûr que je connaissais sa gourmandise, l’ayant vu, à plusieurs reprises, à Aïgue-blanche, prendre des tasses de chocolat ou de thé avec des pâtisseries plus ou moins lourdes dont elle raffolait.Vous connaissez son caractère ?! Lorsqu'elle à une idée en tête, vous savez très bien qu’il est difficile de l'en faire changer !

    Ah ! Alors, tu savais…

    La réponse cinglante d’Isabelle ne souffrit aucune remarque désobligeante de la par de son père.

    — Vous n’avez pas écouté un traître mot de ce que je viens de vous dire ! Votre opinion sur ma personne, apparemment, est déjà faite, et c’est bien dommage, car quoi que vous en pensiez, ce que je ne savais pas, c’est qu’après le goûter plantureux de votre belle-fille, celle-ci avait décidé de se promener avec son fils de ce côté-ci du domaine, sachant qu’elle n’aimait pas y venir ! Je ne suis demandée ce qu’elle venait faire de ce côté-ci de l’étang ?! Elle avait certainement une idée en tête afin de m’importuner comme elle en avait l’habitude ! D’après ce que vous avez l‘air d’insinuer, votre opinion est déjà faite ! Ai-je encore besoin de vous prouver ma loyauté !? Dois-je encore me justifier auprès de ma belle-mère qui m’a déjà condamné en vous envoyant m’interroger ?! Pourquoi n’est-elle pas venue elle même ! Encore une fois, je ne pouvais pas prévoir que j'aurai la visite de Ludivine accompagnée de son fils ! Je ne pouvais pas prévoir que Thierry ferait un caprice en voulant à tout prix monter dans la barque, et que sa mère lui céderait ! Je ne pouvais pas deviner qu'elle ne me lâcherait pas jusqu'à temps que je cède, moi-même à sa demande afin de satisfaire le caprice de son fils, et que l'enfant ne démordrait pas dans son désir de cueillir une de ces maudites fleurs aquatiques déjà préjudiciables à ma chère mère ! Aurais-je pu deviner qu'il y aurait une maladresse de la part de l'enfant, suivit de celle de sa mère afin de le retenir au moment de sa chute, et que ce geste malencontreux, cette imprudence les ferait basculer tous deux dans l’eau ! J'ai tout de suite plongé pour attraper le bras de Ludivine, mais elle s’affola et s’accrocha à moi, manquant de m’entraîner avec elle dans les profondeurs avant de perdre connaissance. Cela a compromis le temps restant pour pouvoir me porter au secours de Thierry ! Vous pouvez très bien concevoir ceci ?! Protesta Isabelle, hors d'elle, devant les soupçons à peine voilés se profilant à son encontre.

    Renaud prêtait une oreille attentive et très aiguisée aux propos qu’avançait le comte envers sa fille, et la réplique tout à fait censée de sa cousine. Singulière question... Singulier accent... Il regardait le visage de cet homme dont les traits fins s’affaissaient, et dont la bouche molle dénotait une redoutable faiblesse de caractère. Après quelques minutes de silence, Mr de Rubens reprit d’une voix qui hésitait un peu :

    N’as-tu pas pu provoquer, sans en avoir conscience, à un moment donné, ce mouvement de la barque qui a précipité à l’eau Ludivine et l’enfant ?

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    Les sourcils d’Isabelle se rapprochèrent, en signe de vive surprise. Le son de sa voix se nuança d’impatience, et de sécheresse. Mr de Rubens en parut violemment irrité.

    Vas-tu oser accuser, maintenant, cette malheureuse enfant ?

    Je n’ai aucunement besoin d’oser, comme vous dites ! Je désire simplement que les responsabilités ne soient pas déplacées, et que vous ne cherchiez pas à me culpabiliser pour une chose que je n’aurais jamais faite et ce, pour satisfaire le mauvais esprit de votre femme !

    Je vous ai déjà expliqué ce qu’il s'est passé. Ai-je besoin de vous répéter que c'est Thierry qui a voulu cueillir cette maudite fleur de nénuphars, alors que je me rapprochait du bord ! C’est par innocence, que l’enfant a déterminé la suite des événements qui se sont terminés en catastrophe. Je n'ai pu qu'essayer de les sauver tous deux ! N'oubliez pas que j'étais seule et que je devais faire vite pour sauver la mère et l'enfant ! Si Ludivine ne s'était pas accrochée à moi au point de me faire couler avec elle, j'aurais, peut-être, pu sauver le petit ! Si vous tenez absolument à chercher une responsable, c'est Ludivine qui est en cause en ayant cédé au caprice de son fils ! Elle n'a jamais su l'habituer à obéir ! Ludivine, malgré le refus que je lui opposais, à insister pour faire le tour de l'étang en barque, et elle n'a pas su ensuite empêcher son fils de commettre une imprudence qui devait s'avérer fatale pour tous les deux. Voilà toute la vérité ! Il est donc inutile de chercher une coupable puisqu’il n’y en a pas ! Ma belle mère sait si bien y faire pour vous convaincre d’une culpabilité dont le poids n’est aucunement sur mes épaules ; mais bien sur les siennes pour avoir élevé sa fille à l’image de son caractère ! Et vous, père, vous êtes par trop crédule lorsqu’il s’agît de croire à ses accusations malsaines !

    Tu parles bien haut, ma fille. Baisses le ton, veux-tu ?

    Baisser le ton ! Répliqua Isabelle. Je n’ai jamais baissé le ton alors que je n’étais qu’une adolescente devant votre femme ou vous-même, lors de vos remontrances infondées ! Je ne vois pas pourquoi je le ferai aujourd’hui, alors que je n’ai rien à me reprocher ! Je ne vous dois aucune autre explication que celle que je viens de vous donner : Il faut bien que je me défende ! Je ne vais quand même pas me laisser accuser d’un accident dont je ne suis pas responsable ! La faute n’est pas mienne ! Je suis en âge de vous tenir tête, que je sache ! Il est fini le temps où j’étais sous votre autorité à contre cœur étant donné le peu d’attention que vous m’accordiez depuis le sois disant accident de ma pauvre mère, et dont je peux, à mon tour, douter aujourd'hui… Il va venir le jour ou je découvrirais la vérité ! J’ai assez souffert, par sa faute, votre absence, votre aveuglement et votre négligence envers moi ! Vous avez traité votre propre fille comme une pauvresse, abandonné à son triste sort ! Je vous en tiens rigueur, et ne vous doit aucun respect !

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    Le comte, exaspéré par le ton de sa fille, et ne voulant pas perdre la face devant le cousin d’Isabelle, s’énerva :

    Il suffit ! Nous savons que tu n’aimes pas ta belle-mère depuis que, pour toi, elle a pris la place de ta mère.

    Et pour cause ! Répliqua Isabelle. Elle me le rend bien ! Mais de là, à penser que je sois capable de tuer ! Ne trouvez-vous pas que vous allez un peu trop loin ? Pensez-vous que je sois capable de tuer ?

    Isabelle jetait ces mots dans un cri d'indignation auquel fit écho le cri d’horreur d'Adélaïde.

    Si votre nouvelle femme m’avait traité comme une enfant de cinq ans, qu’elle avait vraiment chercher à m’aimer au lieu de m’évincer de vos vies, comme elle l’a si bien fait en me dévalorisant à vos yeux, comme aux yeux de notre proche famille qui avait toujours aimé maman, je me serais peut-être habituée à elle et pu accepter cet amour si elle s’était conduite comme une mère ?! C’est surtout de vôtre affection dont j’avais le plus besoin, enfant ! Vous me l’avez refusé ! Quant à votre nouvelle femme, elle a préféré jouer la comédie auprès de vous afin de vous montrer combien elle désirait mon attachement, alors qu’il n’y avait rien de vrai dans ce qu’elle voulait vous faire croire. Un enfant sent ces choses-là très tôt ! Vous m’avez délaissé au profit de votre nouvelle femme, sans vous soucier de mon amour pour vous, alors que je venais de perdre ma chère mère ! Vous m’avez abandonné à Adélaïde avec un minimum d’argent pour mon entretient, sans vous inquiétez si elle avait assez pour m’élever, si bien que lorsqu’il en manquait, elle prenait sur sa maigre rente lui venant de son frère.

    Lorsque je fus plus grande, la pension que vous donniez à Adélaïde pour mes besoins quotidiens, n’a pas augmenté pour autant ! Adélaïde m’a pris sous son aile, attendant aucune aide de votre part ! Ensuite, lorsque j’ai eu quinze ans, vous m’avez envoyé chez mon oncle à ses frais pendant six ans. Vous ne vous sentez pas un peu gêné d’avoir profité du frère de ma mère et d’Adélaïde qui se sont occupés de moi avec bienveillance tandis que votre vie était ailleurs ?! Vous vous êtes attaché à votre belle-fille, et vous vous êtes laissé manipuler par cette femme qui à fait loi sur votre volonté, et votre jugement. Toutes ces années sans vous voir, ou presque, m’ont fait beaucoup souffrir. Il y a longtemps que je vous ai perdu... J’ai manqué de tout ce qu’une enfant est en droit d’attendre de son père, d’autant plus qu’il ne me restait que vous ! Vous avez failli à votre devoir envers moi ! Je me suis construite pratiquement seule grâce à Adélaïde, et à Mr le l’abbé Forges ! Vous avez oublié que vous aviez une fille de votre propre sang à aimer ! Votre rôle était de me prendre avec vous, et non pas de me laisser végéter seule, noyée dans le chagrin d’une enfant qui venait de perdre sa mère ! Pourquoi m’avoir sciemment caché son accident, préférant me laisser dans l’ignorance.

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    C’est Ludivine qui m’a appris la vérité avec l’intention de me faire mal juste avant que je ne parte pour l’Angleterre ! Trouvez-vous qu’elle a agît par compassion ou une quelconque tendresse envers moi ?! Avez-vous essayé de comprendre pour quelle raison il y avait de l’inimitié entre votre femme, sa fille, et moi ?! Pourquoi avez-vous toujours été très dur avec moi... ou absent ?! J’avais besoin de vous, père ! Pourquoi avez-vous laissé faire votre femme qui avait pour dessein de vous éloigner de moi ?! Je n’aime pas votre deuxième femme, pas plus que je n’ai aimé sa fille : toutes aussi sournoises, l’une que l’autre ! Elles me l’ont d’ailleurs, toutes deux, bien rendu, et sans se forcer ! Elles vous ont manipulé et vous ont fait croire ce qu’elles voulaient ! Je me suis éloigné de leur malfaisance afin d’échapper à leur mauvaise influence. A mon retour d’Angleterre, sous des manières doucereuses et pleine de fausseté, elles étaient toujours les mêmes ! Rien n’avait changé entre elles et moi, et même encore aujourd’hui ! Ne pensez-vous pas que vous y allez un peu fort dans vos soupçons ? Pour la deuxième fois ! Je vous pose la question ! Pensez-vous vraiment que je sois capable de tuer par jalousie, ou par rancœur, ainsi que vous semblez le croire ?!

    Isabelle hurlait carrément ces mots à l'intention du comte, stupéfait de tant de colère rentrée en elle depuis toutes ces années, et qui se libérait, tel un ouragan sur ses manquements vis à vis d'elle. C'était vraiment des cris d'indignation, à la limite de l’hystérie. Isabelle ne se contenait plus. Les paupières du comte battirent sur ses yeux qui semblaient ne pas pouvoir soutenir le regard franc d’Isabelle.

    Je ne dis pas cela... je... je cherche à connaître les circonstances… Quelque chose me choque : Il y a des choses troublantes là-dedans…

    De quelles choses troublantes voulez-vous parler ? Il n’y en a pas sauf dans l’esprit vengeur de votre femme qui ne supporte pas la perte de sa fille et de son petit-fils ! En élevant sa fille de cette manière, sans aucune limite, et en gâtant son petit-fils sur le même modèle que celui de sa mère, elle les à mener, elle-même, à leur malheur ! Tout se paie dans la vie lorsque l’on a le fond méchant ! Dieu est là pour rendre sa justice, et celle-ci est divine !

    Vous ne pouvez rien y faire ! Ce que veut votre harpie de femme, c’est orienter la culpabilité de cette perte douloureuse pour elle, sur moi ! Mais parlez donc ? Dites quelque chose ! Lança violemment Isabelle.

    Heu ! n’aurais-tu pas une faiblesse pour ton cousin ? La pauvre enfant nous en a parlé juste avant l’accident. Elle était malheureuse de voir William se détourner d’elle.

    Piquée au vif, Isabelle se leva si brusquement de sa chaise, que celle-ci se renversa. Son visage s’empourpra, la faisant de nouveau réagir avec une violence décuplée :

    Ah ! C’est cela que vous pensez ? Vous accusez votre fille d’être une briseuse de couple ? Est-ce cela que vous pensez de moi ?

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    Vraiment, père, au contact de cette machiavélique personne qu’est votre femme, vous êtes tombé bien bas !

    Je te défend de me juger !

    Vous n’avez rien à me défendre ! Vous êtes, en ce moment même, bien en train de me juger ! Vous êtes un être déplorable et je ne peux pas dire que ce soit un honneur de vous avoir comme père, vu le comportement que vous avez eu toutes ces années, envers moi ? Je vous pose la question concernant vos manquements : Vous sentez-vous à votre aise devant ma personne en ce moment ?

    Je ne te permet pas ! Je t’interdis de me parler ainsi !

    Vous n’avez rien à m’interdire ! Je ne vous dois rien à présent ! Je ne suis plus sous votre tutelle, et encore moins obligée de faire des courbettes à votre femme, ce que je n’ai, d’ailleurs, jamais fais !

    Que penseriez-vous, père, si moi, je vous disais que je vous soupçonne d’avoir trompé ma chère mère lors de son vivant, d’avoir eu de la complaisance envers Édith d’Argenson qui, sans que vous vous en doutiez, aurait perpétré l’assassinat de votre femme, ma mère : la vraie et seule comtesse de Rubens que vous disiez tant aimer, pour devenir votre femme, et ainsi, obtenir le patronyme de comtesse de Rubens qu’elle convoitait plus que votre amour ?!

    Que veux-tu insinuer ! Tu n’as pas à savoir...

    Oh ! Mais, si ! Je veux tout savoir, et j’ose vous demander des comptes ! Ne mentez pas ! Je sais très bien de quoi je parle ! Je suis très bien renseignée !

    Mais, vas-tu te taire !

    Isabelle ne s'arrêtait plus :

    Me taire ? A non ! Jamais ! Ce temps-là est révolu ! Que pensez-vous de ces accusations, père ?! Votre femme sait que j’ai percé à jour sa perfidie, et cest pour cette raison qu’elle veut se débarrasser de moi ! Elle veut gâcher ma vie jusqu’au bout, et l’occasion est trop belle pour ne pas qu’elle la saisisse !

    Jamais Isabelle n’avait osé aller aussi loin en parlant à son père. Elle était hors d’elle. Adélaïde intervint pour la calmer, de peur que la jeune fille ne fasse un nouveau malaise.

    Ma chère petite... Isabelle, vous allez vous faire du mal ! Dit la voix effrayée de sa marraine et amie.

    Oui, Isabelle, c’en est assez ! Intervint Renaud d’un ton de ferme autorité.

    Quittant son siège, il posa sa main sur l’épaule toute tremblante de sa cousine.

    A présent, retirez-vous dans votre chambre, et calmez-vous, chère Isabelle.Vous aurez toujours près de vous des amis pour vous défendre contre d’aussi odieuses calomnies !

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    Je ne me laisserai pas faire ! Vous pouvez le lui dire ! C’est une manipulatrice ! Je n’ai jamais été dupe de son hypocrisie, sa malveillance, sa cupidité, son égoïsme et son orgueil ! Le plus grave, c’est que le pauvre petit Thierry a laissé sa vie dans un étang par sa faute, et par voie de conséquence, celle de sa mère qui ne savait que céder à tous ses caprices. Dans d’autres mains, cet enfant était encore malléable, mais avec Ludivine qui était tout aussi perfide que sa mère : entre ces deux femmes, il était perdu ! Cet enfant baignait dans une atmosphère constante de délation, de mensonge et de méchanceté gratuite sous des dehors doucereux que savaient entretenir ces deux diablesses ! Il ne pouvait en être autrement pour ce petit être innocent : copie conforme de la mère ainsi que de la fille !

    Vas-tu te taire ! Je ne veux plus un mot de ta part ! Tu dois le respect à ces deux êtres trop tôt disparus, et je t’ordonne de baisser le ton ! Quant aux soupçons qui pèse sur toi, je te prie de ne pas les retourner contre ma femme ! C’est toi qui est en cause pour le moment !

    Isabelle explosait littéralement de fureur. Personne, la connaissant comme Adélaïde qui l’avait élevé depuis l’âge de ses cinq ans la connaissait, jamais elle ne l’avait cru aussi combative, et capable d’une telle rébellion envers le comte.

    Ne vous avisez pas de me rendre responsable de cet accident qui est très regrettable, mais, qui est, néanmoins, un accident ! Encore une fois, sachez que je n’y suis pour rien ! Vous êtes un faible devant elle ! Un pantin ! Je ne vous envie pas !

    Je me demande même si je puis encore vous appeler père, car de l’amour pour vous, je n’en ai plus depuis longtemps !

    Le comte vexé d’avoir été mis à nu pas sa propre fille, bouillant d’une colère intérieure, mais ne voulant pas perdre sa superbe devant autrui, voulu faire taire Isabelle encore une fois :

    Il suffit ! Je te déshérite !

    Mais que voulez-vous que je veuille de vous ! Vos dettes ? Dans ce cas, je refuserais l’héritage, s’il y avait quelque chose à attendre de votre décès ! Je n’attends rien de vous, et n’ai jamais rien attendu de votre part depuis longtemps ! Vous n’avez même pas su garder Monteuroux puisque vous allez le vendre faute d’argent pour l’entretenir ! Il ne vous restait que ce château comme preuve de votre appartenance à la noblesse dont vous étiez si fier, et même cela, vous êtes en train de le perdre ! Quant à votre dignité, je me demande ce que votre femme en a fait ? Les biens de Mme la comtesse ne m’ont jamais intéressé et vous le savez ! Enfant, je voulais votre amour, mais vous n’avez pas su me le donner. Vous me l’avez refusé au profit de deux étrangères qui ne sont pas de votre ligné. Je suis la seule à porter le patronyme de comtesse Isabelle de Rubens, et vous venez de me perdre en plus de votre honneur et votre château !

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    Ton insolence ne te mènera à rien ! On ne parle pas à son père de cette manière, car je suis encore ton père, que ça te plaise ou non !

    Lequel s’est éloigné de l’autre le premier... Père ?! Si je puis encore vous appeler ainsi : ce qui m’est très difficile, à présent que je sais ce que vous pensez de votre fille !

    A bout de fatigue nerveuse alors que cette discussion s’éternisait, Isabelle apostropha de nouveau Mr de Rubens :

    Et puis, en voilà assez ! Sortez de mes appartements ! Je ne veux plus vous voir, jamais ! Je ne vous rendrai plus aucun compte concernant l’accident de votre petit fils et de votre belle-fille ! Dites bien à votre femme qu’elle fasse attention à ce que ses accusations ne se retournent pas contre elle ! Je sais des faits qui pourraient lui nuire gravement si elle n’arrête pas ses calomnies ! Ce sont les dernières méchancetés qu’elle me fait ! Dites-lui bien que j’aie de quoi me défendre contre ses attaques malfaisantes ! Elle a fait assassiner ma pauvre mère afin de prendre sa place et vous ! Fit-elle, en le désignant de son index. Vous n’êtes que son pantin !

    Sur celle envolée accusatrice, Isabelle, aidée et soutenue par Adélaïde, quitta la pièce qui servait de salle à manger, pour aller se calmer dans sa chambre.

    Le comte en venant de prendre les reproches de sa fille en pleine figure et avec autant de virulence, ne chercha pas à relever les propos de celle-ci :

    Il savait très bien qu’il était fautif. Subitement moins grand, plus fatigué, moins sûr de lui, ne sachant plus quelle contenance prendre, il se leva et dit avec colère en s’adressant à Renaud :

    Pourquoi n’avez-vous pas eu la décence de vous retirer de façon à ce que cette histoire reste entre ma fille et moi ? En aucune manière cela ne vous regardait !

    Renaud finit de mettre le comte à terre :

    Bien au contraire, mon oncle. Je suis arrivé au bon moment. Je connais votre fille mieux que vous. Vous obéissez en ce moment à des suggestions que je ne peux qualifier, de peur d’aller trop loin dans ce que j’aurais à vous dire. Laissons là, pour l’instant, cette pénible discussion. Vous en seriez surpris de toutes les choses que je connais sur la comtesse de Rubens, sa fille et vous-même.

    Que savez-vous de cela ? Isabelle a toujours été un être intraitable, systématiquement hostile à sa belle-mère, comme à ma belle-fille...

    Dites-vous bien qu’elle avait ses raisons toute jeune fille qu’elle était. Elle vous avait percé à jour, ainsi que votre femme… Après six années, elle revient à Monteuroux et recommencent les mêmes suspicions, le mauvais esprit de ces deux femmes qui se sont acharnées sur elle jusqu’à l’accident.

    Vous ne croyez pas que cela fait un peu beaucoup ? Vous êtes aveugle mon oncle, et complètement sous l’influence de votre femme.

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    Isabelle n’en peut plus de vos accusassions non fondées. A sa place, j’aurais exactement agi comme elle. A un moment donné, dans une vie, il faut que les mensonges, les non-dits, les manquements à la morale, soient exposés au grand jour. Votre heure est arrivée. Vous avez sacrifié votre rôle de père envers votre fille, et de mari envers ma tante Daphné, au profit d’une femme venimeuse, mon oncle. Il ne faut pas vous étonner de ce qu’il vous arrive.

    Alors, vous êtes contre moi ?

    Il ne peut en être autrement, après ce que je viens d’entendre.

    Bien... puisqu’il en est ainsi... mais il faudra que l’on voie clair dans cette affaire, grommela Mr de Rubens.

    Cherchez plutôt des éclaircissements du côté de Mme de Rubens ! Vous pourriez être surpris de découvrir la fausseté de votre deuxième femme…

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