•  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Chapitre VI

    Il faudra nous renseigner auprès des banques de toute la région afin de savoir s’il n’y aurait pas, justement, un coffre qu'elle aurait loué et qui abriterait les joyaux ? Votre mère aurait très bien pu nous faire un coup semblable en ne dévoilant pas le nom de cette banque.

    — En essayant de deviner le cheminement de ses pensées, se serait tout à fait dans son caractère ! Fît Rudolph. Évidemment, il faut se dire que ce sera notre dernière carte. Après... eh bien, après... il ne nous restera plus qu’à espérer dans le hasard pour nous faire découvrir ce qu'elle à si habilement dissimulé afin que nous n'en profitions pas. Je vous avoue, mon aimée, que je suis très déçu, car j’aurais tant voulu vous voir parée du magnifique collier de mon aïeule, ma belle Édith !

    La d'Argenson sourit, et répondit à ce regard admiratif, follement en adoration devant elle, par ces mots :

    — Espérons, mon cher Rudolph, que vous aurez un jour ce plaisir, et que je prendrai cette petite revanche sur votre mère qui m’a si profondément méprisé, blessé en m'ignorant ainsi... Mais laissons cela pour le moment. Je vais maintenant m’habiller puisque nous dînons ce soir chez des amis. Ludivine aimerait y arriver avant nous pour être seule avec William. Ils sont de nouveau fiancés depuis peu et ils ont peut-être encore des choses à se dire pour clarifier leurs différents depuis qu’ils se sont querellés sur les berges de l’étang. Ne trouvez-vous pas qu'elle a un nom raffiné ma petite Ludivine ? Elle a aussi l’âme de ce nom ! De plus, elle est comtesse de naissance de par son père le comte de Richemont. Elle mérite le patronyme qu’elle va porter !

    Mr de Rubens sourit en appuyant une main caressante sur le doucereux visage de sa femme et souligna :

    — Oui. Mais quand même, elle me semble bien sentimentale notre Ludivine ? Surtout à l’égard d’un homme plutôt froid tel que William. Il est curieux qu’elle se soit prise d’une telle passion pour lui.

    — J’en ai été, moi-même, étonnée. Ce qui prouve que nous connaissons bien mal nos enfants et bien souvent, ils nous réservent de drôle de surprises. En l’occurrence, je ne suis pas mécontente qu’ils se soient réconciliés. C'eut été été dommage qu’ils aient définitivement rompu étant donné leur réciprocité puisqu’ils sont appelés à se côtoyer constamment dans les années à venir toutes les fois que nous viendrons à Monteuroux.

    —William est un jeune homme de valeur et ses qualités morales compensent son peu de fortune. Ludivine sera très heureuse avec lui puisqu'elle-même à hérité de son père. Elle lui apporte une très grosse dot et je crois qu'ils seront très heureux une fois mariés. William s'occupe fort bien du domaine qui lui reviendra au décès de sa mère, et il commence à donner des résultat. Ce jeune homme est doué en affaire ! De plus, nous porterons toutes deux le même patronyme que celui de vos ancêtres que vous m’avez si amoureusement offert en m’épousant, mon aimé !

    Touché par cette attention, Rudolph entoura sa femme de ses bras, et tout en lui caressant la joue, il prit ses lèvres dans un baiser tendre et doux qu’elle lui rendit avec une passion quelque peu exagérée. Chez la d’Argenson, rien n’était fait sans une raison calculée avec laquelle son esprit tortueux aimait jouer.

    Au lendemain de son entretien avec son père, vers sept heure du matin, Isabelle descendit au village. En quelques minutes, avec la légèreté d’une chevrette bondissante, elle dévala sentiers et petits talus qui menaient jusqu’à la route, puis franchit le vieux pont de pierre enjambant la rivière. Le long de celle-ci, un petit chemin ombragé par des chênes centenaires, menait à l’église où elle allait prier journellement. Isabelle croisa quelques paysans, et reçut le bonjour de femmes debout sur le seuil de leur logis.

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    Ces femmes étaient presque toutes âgées. Leur petite maisonnette se trouvaient être toujours agrémentées de ces petits jardinets ou les légumes avoisinaient les fleurs qui se mariaient très bien avec les plantes aromatiques, ce qui rendait sa promenade très agréable.

    l'adolescente répondait aux personnes très aimablement, un sourire gracieux éclairant son beau visage. Isabelle était bien différente de la jeune fille rétive et sans grâce que d’autres voulaient bien voir en elle. Dans le village, on aimait sa fraîcheur et son amabilité ! On ignorait sciemment le jugement que portait sur elle sa belle-mère. La malveillance avec laquelle elle s’ingéniait à imprimer dans l’esprit de ses relations le côté indiscipliné de sa belle-fille, ne plaisait pas aux gens du village qui connaissaient la jeune comtesse depuis sa naissance. Si quelques échos leurs parvenaient, les villageois n’y prêtaient aucune attention. Très naturelle, elle ne faisait naître que sympathie autour d’elle. Les paysans avaient gardé à la comtesse Daphné de Rubens tout leur respect et leur affection, se défiant de la nouvelle châtelaine qu'ils n'appréciaient pas du tout, en dépit de ses sourires et d'une générosité forcée qu’elle se forçait à appliquer autour d’elle pour se faire accepter.

    A la fenêtre d’une petite maison presque recouverte de vigne vierge, une femme aux cheveux blanc battait un tapis.

    Elle salua Isabelle qui s’arrêta et la salua à son tour :

    Bonjour Émilie.

    Un sourire illumina le visage poupin d’Émilie Granchette, l’ancienne femme de chambre de la comtesse Daphné, du temps où sa maîtresse était la seule châtelaine de Monteuroux.

    Toujours matinale, mademoiselle Isabelle !

    Pas tellement, car la messe est certainement commencée. Je me sauve ma bonne Émilie ! A bientôt !

    Ne pouvant plus être dans le déni de son départ précipité de Monteuroux, Isabelle revînt sur ses pas et fit part de sa tristesse à la vieille servante de sa mère :

    Émilie, je vais quitter Monteuroux. Mon père m’envoie en Angleterre chez mon oncle.

    Ah ! Mademoiselle… comme vous devez être peinée de ce départ, vous qui aimez tant Monteuroux !

    J'ai, en effet, beaucoup de peine, ma chère Emilie. Priez pour moi, ma bonne Emilie. Je vais en avoir grand besoin là ou l'on m'envoie...

    Je le fais tous les jours, mademoiselle. Vous êtes tout le temps dans mes prières...

    Les petits yeux bleus d’Émilie avec leurs paupières un peu gonflées par l’âge, pourtant si vifs autrefois, suivirent la mince forme vêtue de noir qui commençait de monter le chemin étroit conduisant à la petite église. Celle-ci était bâtie sur une plate-forme rocheuse où, dans les temps anciens, s’élevait à cet endroit un prieuré cisterciens. De cette époque, il ne restait que cette bâtisse et un logis voisin qui servait de presbytère. Construite au début du 12 ème siècle, elle dressait encore fièrement au-dessus du village, ses belles lignes gothiques et la grâce de son clocher en flèche. Lorsque la jeune comtesse eut poussé l'un des lourds battants de bois, elle se retrouva dans la pénombre tiède et rassurante où chuchotait le célébrant debout devant l’autel. Isabelle s’agenouilla sur un des prie-dieu libre, mis son visage entre ses mains et se recueillit un instant, autant que le lui permettait cette agitation intérieure qui, cette nuit, l’avait empêché de trouver le sommeil.

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    Quand elle releva la tête, son regard erra sur l’assistance restreinte et silencieuse qui avait suivit l’office depuis le début. Elle y dénombra quelques femmes du village et jeune homme se prénommant André, le frère de William qui était infirme, ainsi que sa jeune sœur Catherine. Isabelle était donc la dernière à se présenter à la messe du matin. Devant l’autel, l’abbé Forges élevait entre ses mains le calice qu’une pâle flèche de lumière traversant un vieux vitrail, faisait étinceler. Isabelle s’efforçait de fixer son attention sur le mystère divin qui s’accomplissait devant ses yeux, mais elle ne pouvait tenir éloigner de son esprit cette pensée qui la taraudait. Elle allait quitter son cher Monteuroux pour vivre chez des parents qu'elle ne connaissait pas. Pour elle, c'était des étrangers à touts points de vue. Adélaïde disait que Sir de Montaigu-Meldwin était un homme droit et bon qui avait beaucoup aimé sa jeune sœur, mais n’avait pas approuvé son mariage avec le comte de Rubens, d’où une certaine froideur dans leurs rapports à dater de ce moment. Devenu veuf, avec un fils et une fille, il vivait presque toute l’année dans son domaine de Green-range, (Verte-cour), qui se trouvait être le nom Français de son domaine en hommage à sa femme qui avait voulu lui garder une attache avec sa Normandie natale.

    — Vous ne serez pas malheureuse chez lui, chère Isabelle. Je puis vous l’assurer. Avait ajouté sa marraine.

    — Pas malheureuse... Qu’en sait-elle ? Pensa Isabelle. En tout cas, ce ne saurait être pire qu’à Monteuroux, son cher Monteuroux empoisonné par des âmes diaboliques qui agissaient dans l’ombre.

    Dans sa charmante petite tête, tourbillonnaient des tas de questions auxquelles elle ne trouvait pas de réponse. Il allait lui falloir s’accoutumer à une existence nouvelle et tellement différente de celle qu’elle menait ici auprès du souvenir de sa tendre mère qui lui manquait tant. Elle serait tout à fait libre de ses décisions sans avoir sur son dos les reproches de son père et de sa marâtre, mais la sauvageonne qu’elle était devenue n’aimait pas les protocoles et encore moins les nouvelles têtes qu’elle allait devoir affronter et auxquelles elle allait, malgré elle, devoir s’habituer de bonne grâce. Isabelle se souvînt du vieil adage lu dans les livres de la bibliothèque de château-neuf qui stipulait de faire contre mauvaise fortune, bon cœur, lorsque son acceptation de quitter l'endroit ou elle avait grandi, ou elle avait le souvenir de sa tendre mère encore si vivant, deviendrait obligatoire. Le cas allait bientôt être d'actualité sans qu'elle ne puisse rien y changer. Isabelle avait conscience que ce serait difficile au début, mais elle décida qu'elle ferait de son mieux afin d'être acceptée par sa nouvelle famille qui était celle de sa chère mère : Appliquer ce précepte dans sa nouvelle vie, ne pourrait que lui être bénéfique. Il fallait qu'elle se donne une chance de se faire connaître de son oncle et se faire apprécier par ses cousins germains afin de discréditer les critiques négatives que sa belle-mère et son père ont pu avoir concernant son comportement envers eux. Cela l’effrayait à l’avance, elle, la délaissée, habituée à la solitude, à une vie simple, sans autre discipline que celle imposée par l’abbé Forges qui savait la guider, pénétrer et percer les turbulences de son âme quand il le fallait. Il ne serait plus à ses côtés pour l’aider à discerner parmi cette foule d’inconnus, le chemin qu’elle serait obligée de suivre. Fermée au monde, ardente et sensible, mais si vite repliée sur elle-même lorsque elle se sentait jugée, était dur à accepter.

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    Son intransigeante jeunesse passait mal auprès de son père. Quant à sa diabolique belle-mère à laquelle elle avait plus d'une fois tenu tête, elle ne la regretterait pas. Sa fille s’était déjà prit une bonne gifles de sa part dont elle devait ne pas en avoir oublié la raison. Isabelle n’avait que faire de cette chipie et ne la craignait pas. Par contre, elle en voulait à son père d’avoir manqué à tous ses devoirs envers elle le jour où il avait présenté à la domesticité du château sa nouvelle femme accompagnée de sa fille, en omettant intentionnellement, de la présenter aux nouvelles venues comme sa propre petite fille qu’il semblait avoir oublié, ce qui en disait long sur ses attentions la concernant. A présent, elle en était sûr, il n'avait que faire de la peine qu’elle pouvait ressentir à la vue de ces intruses qui devaient remplacer, pour l'une d'elles, sa mère chère à son cœur et pour Ludivine, il n’avait pas mit longtemps à la considérer comme sienne. Pour Isabelle, il n'était pas du tout question d'accepter une étrangère et encore moins la fille de celle-ci. Son père n’avait pas eu l’air de réalisé que pour une enfant de six ans, ce transfère d’affection était impossible !

    Dix ans s’étaient écoulés depuis, mais Isabelle n’avait jamais oublié son geste. Elle ne se voyait pas quitter Monteuroux qui l’avait vu grandir et souffrir de tant de mépris et d’humiliation de la part des nouvelles locataires du château. Son propre père cautionnait leurs attitudes envers elle et cela lui était insupportable. A la veille du départ qui arrivait rapidement, sa marraine essaya bien, par tous les moyens, de compenser le manque d’affection que sa protégée ressentait par un peu d’espoir et de réconfort, mais Isabelle ne voulait rien entendre. Adélie insistait quand même afin de lui faire admettre l’intérêt de quitter Monteuroux pour six ans, étant sûr que la jeune adolescente ne changerait pas sa façon de penser pour adopter la sienne ; mais elle se devait de la convaincre du bien fondé de cet éloignement qui ne pourrait lui être que bénéfique. A bout d’arguments, elle insista une nouvelle fois sur ce qu'elle désirait faire admettre à sa protégée :

    Peut-être trouverez-vous là, les sympathies qu’il vous manquent ici, Isabelle.

    Elle avait, certes, plus d’illusions que sa jeune protégée sur ce qu’elle allait pouvoir découvrir de nouveau par rapport à Monteuroux, puisqu’elle avait déjà vécu à Green Yard, du temps où elle avait été la préceptrice et la confidente de Daphné, jeune fille. D’après Isabelle, Lord de Montaigu-Meldwin jugeait bon, par esprit de famille, de s’intéresser à elle, mais il ne faisait là, qu’accomplir un devoir, et l’on ne pouvait loyalement pas lui en demander davantage. De plus, qui sait ce que son père avait bien pu lui confier à son sujet concernant son caractère indiscipliné Adélie le décrivait comme un homme d’un abord un peu froid, ce qui ne l’empêchait pas d'être doté de bonté. Il était droit et juste pour qui le connaissait. Aurait-elle le temps de se comporter de la manière dont il était convenable pour une jeune fille de son âge avant que l’on ne prononce un jugement plus que hâtif à son égard sans chercher à la comprendre ? Isabelle en était là de ses réflexions, quand la clochette de l’enfant de chœur tinta. Isabelle joignit les mains.

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    mais elle ne pouvait s'empêcher de penser à son départ qui se profilait bien trop vite à son goût. De plus, une question lancinante revenait hanter son esprit. Comment serait-elle acceptée par son oncle et de ses deux cousins ? Isabelle n'avait rien suivit de la messe et elle s'en voulait. Son cœur éprouvait un tel bouleversement à la perspective de ce départ, qu’elle n’arrivait pas à fixer son attention sur ce qui se passait autour d’elle. Elle se rendait bien compte qu’elle était à la merci de sa marâtre qui manipulait son père à sa guise. Par un effort de volonté, elle put se recueillir jusqu’au moment où l’abbé Forges se retourna sur les quelques fidèles pour prononcer les mots en latin qui signifiaient la fin de la messe.

    Quelles distractions, mon Dieu ! Pardonnez moi pour mon manque d’attention ! Mais mon cœur éprouve un tel bouleversement à la perspective de ce départ, que je n’arrive pas à fixer mon attention sur ce qui se passe en face de moi de moi.

    L’attention de la jeune fille s’égara quelque peu vers le banc des châtelains d’Aigue-blanche. Juliette s’arrêta quelques instants sur le visage d’Isabelle et alla jusqu’à lui sourire. Ses yeux vifs et son visage adolescent, à peine sorti de l’enfance, faisait plaisir à voir. Isabelle vit la jeune fille se pencher vers son frère, et lui chuchoter quelques mots à l’oreille. André se souleva, aidé par sa sœur, prit les béquilles qu’elle lui tendait et tous deux quittèrent le banc. Devant elle, elle aperçu William qui semblait attendre André et sa sœur. Il les avait probablement conduit en voiture et revenait les prendre après quelques courses dans les environs. Isabelle n’ayant pas le désir de les rencontrer, recula dan l'église et s’y attarda là où demeurait seule Antoinette, absorbée dans son action de grâce. Elle s'agenouilla et mit ses mains entrelacées appuyées sur son menton. Isabelle regardait l’autel et songeait que là, dans peu de temps, l’abbé Forges célébrerait la messe nuptiale pour l’union de William et de Ludivine, une blonde mariée au teint de rose pâle, aux yeux couleur d’un beau ciel d’été, serait agenouillée près du jeune comte de Rubens-Gortzinski. Ludivine et William... Dans trois semaines... Isabelle serra les doigts si fortement dans ses paumes de mains, que ses ongles entamèrent sa peau. Elle songea avec une sourde impatience contre elle-même :

    Qu’est-ce que cela peut me faire ? William n’est rien pour moi, rien qu’un cousin germain qui m'est hostile même si, une fois, il a pris ma défense devant sa fiancée… Elle courba la tête pour une dernière prière avant de se lever. Près du bénitier, elle croisa Antoinette avec son regard doux et grave ou semblait demeurer quelques mystères. Celle-ci s’inclina respectueusement et ouvrit le battant de la porte devant-elle. Isabelle gênée dit impulsivement :

    — Ma chère Antoinette ! Vous ne devriez plus m'ouvrir le battant de cette lourde porte ! Ce n'est plus de votre âge !

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    Elles se trouvaient toutes deux sous le porche de la petite église. Au dehors, attendait une voiture d’apparence très bien entretenue, mais usagée. A l’intérieur était assis André et près de la portière, se tenait William. Isabelle eut un imperceptible mouvement de recul, puis se ravisa, ne voulant pas donner matière à un jugement d’impolitesse prononcée envers lui. 

    Elle s’avança, tendit la main non blessée à son cousin qui lui dit froidement :

    — Ah ! Bonjour, Isabelle.

    Il ajouta, d’un ton qu’elle jugea ironique :

    — Et bien ! Il paraît que vous allez nous quitter et faire connaissance avec l’Angleterre ?

    Isabelle riposta :

     Vous me semblez bien informé à ce que je voie !

    — Ludivine me l’a appris hier soir. Ce sera une excellente chose pour vous.

    — C’est votre avis et non le mien.

     L’avis d’une jeune fille telle que vous ne compte guère. Répliqua le jeune comte.

    — Je sais très bien ce que l'on pense de moi, et je ne manquerai à personne ici, vu le peu d’intérêt que l’on me porte. Par ailleurs, personne ne me manquera non plus. Il fut un temps où vous me considériez comme votre égale… Ou est passé ce temps où nous étions amis ? Le temps s'est écoulé et votre façon de considérer votre cousine germaine à changé... Il y a des influences auxquelles vous n'avez pas su résister mon cher cousin...

    Une note d’amertume passa dans sa voix qui se fit brève, mais que perçut le jeune comte, car il regarda avec plus d’attention le jeune visage raidi, les yeux couleur d’automne assombris par une soudaine tristesse. Piqué au vif et ne voulant pas rester sur cette impression d'erreur de jugement envers elle, le jeune comte répliqua :

     Laissez-moi vous dire, Isabelle, que vous ne faisiez pas ce qu’il fallait pour cela. Ni ma mère, ni moi n’aurions demandé mieux que d’avoir avec vous des relations plus cordiales. Mme de Rubens et Ludivine auraient souhaité vous aimer.

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    Isabelle rétorqua :

    — Un souhait n'est pas une réalité ! Il est facile de mentir sur la notion d'aimer. De quelle manière ma belle-mère aurait-elle souhaiter m’aimer ? Soumise, hypocrite, mielleuse et fausse comme Ludivine que vous allez épouser ! Ce n’est pas ma nature. Je sens au fond de mon âme que vous ne serez pas heureux avec celle que vous avez choisi pour femme. Elle n'est pas pour vous et vous allez beaucoup souffrir. Je suis peinée, mon cher cousin, que vous n’ouvriez pas les yeux sur le caractère faussement attaché à vous, et que vous ayez accepté cette union. Dans quelque temps, William, vous allez déchanter...  Ce que vous faites de votre vie ne me regarde aucunement ; mais permettez moi de vous avertir, William. Après votre mariage, lorsque la vrai personnalité de votre femme ainsi que celle de votre belle-mère, se seront révellées à vous, que vous aurez appris à mieux les connaître, vous vous souviendrez de ce que vous me dites là, et de ce que je vous ai répondu. Sur ce, je vais vous laisser mon cousin. Je ne serais pas là le jour de votre vos noces, puisqu'il semble que ma présence ne soit guère désiré. Néanmoins, je souhaite m'être trompée sur ce qui va advenir de vous lorsque votre mariage aura eut lieu. Dans quelques jours, votre union devant Dieu et les hommes, et cela, pour toute votre existence, se sera concrétisée. Il restera à construire votre avenir avec Ludivine... Rien que vous deux ! Heu... Vous êtes au courant, je pense, que votre futur femme a horreur de la campagne ? Ce qui me semble ne pas être de bon augure quant à votre vie commune... Au revoir mon cousin. Ah ! J'oubliais de vous mettre en garde contre votre futur belle-mère qui  par voix de conséquence, est aussi la mienne ! Je peux vous affirmer qu'elle est encore plus fourbe que sa fille qui est encore jeune pour nous avoir montré toutes les facettes de sa personnalité.

    William resta sans voix devant la clairvoyance de sa cousine. Sa perspicacité l'étonna et il ne su que répondre. Il n'aimait pas sa fiancée et encore moins sa future belle-mère ; mais sa mère désirait ce mariage. Elle voulait Ludivine pour belle-fille, comptant sur la dote de la mariée pour aider au fonctionnement du domaine et souhaitant, dans un avenir pas trop lointain, devenir grand-mère d'un beau petit garçon avant de s'en aller pour un autre monde. En bon fils il avait cédé au désir de sa mère ; mais dans son fort intérieur, William de demandait si sa cousine n'avait pas raison concernant sa futur femme ? Arriverait-il une fois marié, à l'apprivoiser et vivre avec elle la vie normale d'un couple ?

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    William connaissait très bien les projets et souhaits de sa mère concernant ce mariage. Avec la d'Argenson, ce n'était pas pour les mêmes raisons que celle-ci faisait pression concernant ce mariage. Le souhait le plus cher de la mère de William était que sa belle-fille lui donne, dans un temps très court un héritier, afin de continuer leur noble lignée. De son côté, connaissant la santé fragile sa mère, le jeune comte, en bon fils, désirait exaucer ses vœux.  Quant à savoir corriger les défauts de Ludivine pour l'amener à vivre aupré de lui comme normalement un jeune couple doit fonctionner, il n'en était pas du tout sûr.

    A ce moment, Catherine, souriante, un paquet à la main, vint vers la voiture ou se trouvaient les jeunes gens. Isabelle salua Catherine qui échangea quelques mots avec elle. La jeune comtesse sourit à André dont les yeux bleus si lumineux dans la pâleur maladive de son visage, la considérait avec un grand intérêt, ce qui lui parut suspect. Ne désirant pas comprendre le sens de ce regard insistant, elle mit fin poliment aux banalités qui l’embarrassaient et prit congé d'eux, mais André s'aperçu que sa main gauche saignait. Il s'enquit aupré d'elle de ce qui avait bien put lui arriver. Gênée, Isabelle éluda la question et s'empressa de saluer les trois jeunes gens, puis elle s’en alla vers le presbytère, soulagée de ne plus être en présence de son cousin. La vieille maison, en cette mi-septembre, disparaissait à demi sous la vigne vierge. Isabelle poussa la porte entrouverte, entra dans le vestibule à la forme voûtée. Au seuil d’une autre porte, parut la mère de l’abbé Forges, la soixantaine encore bien énergique avec un paisible et souriant visage :

     Bonjour, Isabelle ! Vous voulez voir Mr le curé ? Il déjeune. Attendez-le ici quelques minutes, je vous prie. Isabelle la suivit dans une pièce qui était le bureau de l'abbé. Une grande table de chêne et quelques sièges en composait le mobilier. Le plafond à poutrelles, la cheminée de pierres sculptée, dataient de l’époque où avait été construit ce logis qui était la demeure du prieur. Une porte vitrée ouverte, laissait voir le jardin encadré de charmilles. Quelques roses aux effluves enivrantes garnissaient les murs de devant dont les bordures étaient recouvertes de couvre-sol aux vives couleurs. Les étroits parterres entre les rangées de poiriers en espaliers étaient très bien entretenus. La fraîche brume matinale commençait à laisser entrevoir le soleil. Isabelle, appuyée au chambranle de la porte fenêtre, respirait à plein poumons l’air très embaumé de cette campagne qu’elle aimait tant et qui apportait jusqu’à ses narines le parfum subtile de toutes ces fleurs qui s’accordaient entre elles, lui prodiguant un bien être dont elle ne pourrait bientôt plus profiter. Soudain, la porte du bureau s’ouvrir, Isabelle se retourna sur le visage de l’abbé Forges qui entrait. Il était grand, maigre avec une figure émaciée sous ses cheveux gris.

    — Vous m’apportez déjà votre devoir de philosophie, Isabelle ?

    — Non, elle n’est pas finie, et d’ailleurs, au jour d'aujourd'hui, je n’en ai que faire. C’est pour autre chose que je suis venue. J’ai besoin de votre avis.

    Le regard observateurs du prêtre scruta Isabelle dont la physionomie un peu altérée par ce qui semblait la préoccuper, l’inquiétait. L’abbé pris le temps de s’asseoir à son bureau pour mieux écouter la jeune fille. Isabelle prit place en face de lui et sans préambule, elle entra dans le vif du sujet avec une voix légèrement frémissante :

    — Mon père m’a appris hier qu’il m’enverrait bientôt chez un oncle que je ne connais pas. 

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    Sir de Montaigu est le frère aîné de ma chère maman disparut dans les circonstances que vous connaissez. Je devrais y rester jusqu’à ma majorité pour parfaire mon éducation. Il paraît, d'après mon père, que c'est mon oncle qui souhaite m'avoir sous sa protection.

    — Ah ! Je trouve cette initiative parfaite pour vous.

    Il n’y avait pas de surprise dans le ton de l’abbé Forges. Pas de contrariété non plus. Isabelle le sentit aussitôt. Il y eut un éclair dans ses yeux vifs et très expressifs, suivit d’une contraction des lèvres. Sans un mot, elle regarda l’abbé qui, les mains croisées sur le bois ciré du bureau, la considérait pensivement. Devant son air contrarié, il reprit :

    — Ce ne peut être qu’une bonne chose pour vous mon enfant.

    Isabelle bondit de sa chaise qui se renversa.

    — C'est vous me dites cela ? Vous, monsieur l’abbé ! Vous qui savez combien j’aime Monteuroux et quel chagrin ce sera pour moi de le quitter ! Vous le pensez sincèrement ?

    — Je vous le dis parce que c’est ma conviction. Il est bon pour vous que vous changiez d’atmosphère, Isabelle. Il y a autre chose dans le monde que Monteuroux, aussi cher qu’il soit à votre cœur, mon enfant. Votre instruction doit être poussée davantage. Vous devez, en outre, apprendre ce qui est nécessaire à l’éducation d’une jeune fille de votre rang. Il n’est pas mauvais non plus, pour bien des raisons, que vous entriez en contact avec la famille de votre mère.

    L’abbé se tut un instant, regardant toujours le visage frémissant où la surprise et l’irritation avaient fait monter une vive rougeur sur les joues de l'adolescente. Puis il reprit d'une voix plus lente empreinte d'une d’autorité qui ne souffrait aucune réplique :

    — En outre, je m’inquiète de voir en vous cette hostilité si forte à l’égard de votre belle-mère et de sa fille. Qu’elles ne vous soient pas sympathiques, soit ! Mais il y a autre chose que je devine en vous... presque de la haine.

    Isabelle tressaillit. Le sang disparut de son visage et elle regarda le prêtre avec une sorte d’effroi tout en haussant la voix :

    — De la haine ? fît-elle, toute tremblante. Je... Oh ! Je n'apprécie pas leur hypocrisie, d'où mon animosité envers elles ! Je n'aime pas, non plus, l'indifférence que mon père me montre depuis dix ans. Vous le savez très bien, Mr le curé !

    —  Il faut passer outre leurs défauts qui, je veux bien l'admettre, sont détestables. Comment vous dire... ne tenez pas compte de ce qu'elles vous font endurer. Je vous sens, là, sur une pente dangereuse. Vous êtes une nature loyale, vous avez horreur du mensonge et de la comédie. Je vous en félicite ; mais ce que je ne voudrais pas voir en vous, c’est cette inimitié s’adressant personnellement à Mme de Rubens et sa fille. Hors, je crains que vous ne vous y laissiez entraîner en toute bonne foi, évidemment. C'est pour cette raison qu'il est de mon devoir de vous en avertir.

    — Je ne pourrais jamais aimer une femme qui m’a éloigné de mon père, et qui ne m'a jamais témoigné que du mépris… Sa fille lui ressemble trait pour trait.

    — Cela est votre passé que vous allez laisser derrière vous, mon enfant. Il faut que vous arriviez à dépasser ce sentiment de colère et que vous vous tourniez vers l’avenir.

    — Pas pour moi, mon père. Le passé, comme le présent, sont présent en mon cœur ! Les deux me hantent depuis que j’ai appris...

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    — Qu'avez-vous appris, mon enfant ?

    — J'ai appris des choses qui me font très mal, mon père. 

    L’abbé  montra de l'étonnement en questionnant la jeune comtesse :

    —  Qu'avez- vous appris qui vous mette dans cet état ? 

    Isabelle resta silencieuse un moment, un léger pli barrant son front. Elle répondit :

    — J'ai appris... que maman a beaucoup souffert par la faute de la d'Argenson qui cherchait à prendre sa place dans le cœur de père. Je sais qu'elle a été sa maîtresse, alors que mes parents étaient mariés. Je suis presque certaine que les vraies circonstances du décès de ma mère ne sont pas accidentelles. Je ne peux pas encore le prouver, mais une âme malveillante est l'auteur de son décès...

    Un lourd silence planait dans le bureau de l'abbé Verges, quand Isabelle reprit :

    — Vous ne dites rien, mon père ? Pourtant, je... je le sent au plus profond de mon être. La fille de la d'Argenson est aussi venimeuse que sa mère ! Vous ne la connaissez pas comme je la connais ! J’en veux pour preuve, une fin d'après-midi ou Ludivine s'est retrouvée à se promener seule du côté du parc, pas très loin de l'étang ou j'avais souvent l'habitude de me rendre. Je ne l'ai jamais rencontré au paravent de ce côté ci du domaine, car elle n'aime pas cette partie ou la pièce d'eau l'impressionne. Pourquoi se trouvait-elle à cet endroit ? M'avait-elle suivit ? Elle est sournoise et se plaît dans des insinuations qui font, à son grand plaisir, très mal dès qu'elle en a l'occasion. Ces paroles, en apparence anodines, se révèlent cruelles et pleines de sous entendus blessants. Sa seule vue éveille en moi je ne sais quelle révolte et beaucoup de dégoût.

    — En quoi vous à t-elle blessée, mon enfant ?

    Je vous ai fais pare de mon amour pour les fleurs de nénuphar. Par une fin d’après-midi où je revenais de l’étang-aux-ormes, ayant une de ces fleurs dont ma mère aimait parer sa chevelure accrochée dans mes cheveux, sur le chemin qui conduit de Monteuroux à l'étang, je rencontrais Ludivine comme-ci elle venait à ma rencontre. Elle me salua avec son air habituel et faussement innocent de petite fille candide, enjôleuse, doublé de ce ton ironique que je lui connais si bien, et qui m’horripile. Elle remarqua la fleur de nénuphar dont je m'étais parée et m’informa avec malice de la façon où ma mère avait trouvé la mort, appuyant sur la manière dont cela avait dû se produire, la cause en étant, bien sûr, ces fleurs. C’est ainsi que j'appris, par une triste ironie du sort, ce que l’on m’avait si longtemps caché. J’en étais si bouleversée, que je m’enfuyais, non sans lui avoir lancé à la figure son fait sur ses dernières remarques accompagnées d'un sourire malicieux empreint d'un air narquois que je ne pouvais accepter. Cela me mit hors de moi. Je ne pu m'empêcher de retourner sur mes pas et de lui administrer une magistrale gifles dont elle doit encore avoir le souvenir. Pour cacher mon chagrin, je me sauvais vers le seul refuge où je pouvais ne plus la voir ni entendre les invectives dont elle me qualifiait. Ma chère Adélie était la seule personne qui me comprenait. Auprès d'elle, je pouvais laisser libre court à ma peine. A partir de ce jour, ma défiance envers Ludivine et sa mère, ne me quitta plus. Je ne l’appréciais déjà pas avant, mais là, c’était le comble de la méchanceté qu'elle avait déversé sur moi avec tant de cruauté sous une si doucereuse apparence, me répugnait ! 

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    Vous trouvez que c’est un comportement normal devant une personne disparue ?! Je ne regrette absolument pas ce geste de colère que j'ai eu à son égard ! Elle le méritait, car elle m'avait poussé à bout !

    L’abbé Forges eut une réflexion tout à fait justifiée pour lui. Avec un calme dont il ne se départissait que très rarement, il répondit :

    Voilà pourquoi je suis satisfait de vous voir quitter Monteuroux pour quelque temps. Lorsque vous reviendrez, vous serez une autre jeune fille. Vous aurez appris à dominer vos émotions, vos impressions au contact de votre oncle et de vos jeunes parents. Vos compagnes d’étude et les relations de votre famille vous feront le plus grand bien. Ainsi pourrez-vous reprendre avec une âme plus sereine les rapports obligatoires avec votre père, votre belle-mère et sa fille. Isabelle secoua la tête et ne put s’empêcher de préciser :

    — Je ferai certainement mon possible pour cela ; mais je sais à l’avance, que ce sera inutile. Ma belle-mère ne m'apprécie pas, et j’ai la même aversion à son égard. Elle cherche et cherchera toujours à me nuire. Je sais qu’elle veut m’évincer de Monteuroux pour avoir le champ libre avec sa fille. Je suis une menace pour elles deux, car elles ont compris que jamais elles n’arriveront à me manipuler. Mon père est assez faible pour l’être,  pas moi ! Ma belle-mère veut Monteuroux pour elle-même et mener mon père comme elle le désire. Il est sous son influence et tellement passionné par cette femme, qu’il ne s’aperçoit pas que sous des dehors mielleux, doucereux, laissant perler une apparente affection qu’elle est censée lui témoigner, mais qu'en réalité elle n'éprouve pas, elle l’amène là où elle le désire sans qu'il se rende compte de son manège. Qui sait ce qu'elle peut encore manigancer pour obtenir le complet contrôle de Monteuroux sans que mon père est encore son mot à dire s'il est toujours de ce monde, vu ce qui est arrivé à ses deux premiers maris ? 

    — Isabelle, vous allez trop loin !

    — Vraiment, vous pensez que je vais trop loin ? Ni le docteur, ni vous, n’avez été témoin de ce que j’ai vu et entendu près du lit de mort de ma grand-mère si non, vous ne me diriez pas ces choses ! Vous êtes arrivé un peu trop tard pour administrer l’extrême onction, alors que le docteur n'était pas encore à son chevet. Vous n’avez pas assisté à la pire vision que j’ai eu de ma belle-mère envers ma grand-mère ! Je voulais lui dire un dernier adieu, mais mon père était déjà prés d'elle. Il ne se doutait pas que, n’osant pas entrer, j’étais dans l’antichambre derrière une petite porte entrouverte. J’ai tout entendu de ce qu'il se disait. Mon père suppliait sa mère de lui révéler la cachette d’un supposé trésor qu’elle aurait dissimuler dans un endroit secret de sa chambre et qu'il pouvait très bien être dans un tiroir secret de son secrétaire ; mais ma grand-mère ne desserra plus les dents jusqu'à son dernier souffle. Je crois qu’elle ne pouvait déjà plus parler. Ma belle-mère entra à son tour et, avant même que ma grand-mère n’ait rendu son dernier soupir, elle demanda à mon père s’il avait obtenu de sa mère quelques indications sur ce fameux trésor. Lui répondant par la négative, elle exigea, sur le champ, qu’Angèle lui remette les clefs de ses appartements qui étaient en sa possession. Elle voulait pouvoir fouiller à son aise afin de voir s’il n’y aurait pas un double du testament et quelques bijoux précieux dissimulés à l’intérieur du fameux secrétaire ou bien souvent, dans cemeubles anciens, les tiroirs secrets son coutumiers. Le petit appartement de la vieille tour ne révéla rien qui puisse contenter la cupidité de ma belle-mère, et la rage se lisait dans son regard. L'atroce rictus de contentement que je lu sur les lèvres de mon aïeule avant qu'elle ne s'en aille, me fit froid dans le dos. Je me suis enfuie avant que mon père et ma belle-mère ne sachent que j'avais tout vue de la scène.

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    Je n'oserai jamais vous répéter les mots haineux qu'elle lança à l'intention de ma grand-mère en train de mourir. Vous... ne saurez jamais la haine que j'ai ressenti dans la chambre de mon aïeule ?!

    L’abée Verges, fort embarrassé devant la colère de la jeune fille, ne sut que répondre.

     Isabelle appuya ses mains sur le rebord du bureau et se pencha vers le prêtre, son visage animé par une puissante émotion.

    — Ah ! Je la sens tellement, cette malveillance, cette haine qui rôde, qui me guette ! Elle m’a pris mon père qui ne voit plus que par elle ! Elle a détourné de moi ma tante et mon cousin germain, et je suis certaine qu’elle est pour quelque chose concernant la noyade de maman !

    L’abbé Forges tressaillit légèrement :

    — Vous imaginez-vous cela mon enfant ?

    —  Oui ! Je me l'imagine chaque jour que Dieu fait ! Je n'en dort plus la nuit. Je suis sûr de ce que j'avance, mon père ! L’accident de ma mère n’en est pas un. Je finirais bien par découvrir le fin mot de l’histoire lorsque je serai de retour à Monteuroux !

    — Mais c’est très grave ce que vous me dites ! Vous accusez, sur de simples présomptions, votre belle-mère d’assassinat sur votre mère !

     — Oui ! Mon instinct me dit qu’elle est, d’une manière ou d’une autre, la cause de l’accident de ma mère. D’ailleurs, pourquoi la vicomtesse d'Argenson, avant de devenir la comtesse de Rubens, n’aurait-elle pas détestée ma chère mère sous des dehors aimables et doucereux ?! Elle lui barrait le chemin pour atteindre son but ! Ma mère était belle, douce et bonne ! Trop bonne ! Vous devez le savoir, vous, monsieur le curé, ce que maman a souffert du temps de son vivant ? Elle vous a certainement confié beaucoup de chose sous le secret de la confession... n’est-ce pas ?

    Le visage du prêtre se ferma, tandis que de sa voix grave et nette, il répondit :

    — Il est inutile de revenir sur ces choses. Votre mère, à présent, jouit d’un repos éternel. Elle a supporté ses épreuves terrestres avec courage. Ce qu’elle vous demande, c’est de l’imiter, car elle fut une âme pure et droite et elle a su pardonner.

    — Elle a su pardonner ?! Elle vous a confié en confession qu'elle pardonnait les écarts de mon père ?!  Vous a t-elle confié qu'elle savait qui était sa maîtresse ?! Vous rendez-vous compte que ces quatre mots plein de sous entendu que vous venez de lâcher, sont plus éloquents que vos propres aveux spontanés ! Vous venez de me donner une indication qui me conforte dans l’idée que ma mère à souffert à cause de cette harpie. Ce qui signifie, pour moi, que ma mère se doutait d’un rapprochement certain entre mon père et cette mauvaise femme ! Maman avait comprit ce qu’il se passait entre eux. Le simple fait de me dire qu’elle a su pardonner, est donc qu’elle a souffert par la faute de cette femme diabolique !

    — Isabelle ! Calmez-vous et ne me faites pas dire ce que je ne vous ais pas dit ! Si cette phrase m’a échappée, je ne l’ai pas fais sciemment.

    — Mais vous l’avez prononcé cette phrase ! 

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    Ce que ma mère vous à confié en confession vous pousse à taire ce que vous savez ! Mais ce simple silence parle pour vous ! Cette omission que la confession vous commande d'observer, compte pour moi et me fait réaliser que j’ai raison dans ce que j’avance ! Mes soupçons sont fondés ! Je ne puis pardonner à cette femme ! C’est encore elle qui a fait en sorte de manipuler adroitement mon père, de façon à ce que sa décision de me punir en m'envoyant chez mon oncle, soit inéluctable ! Elle vient d'arriver à ses fins !  Me faire disparaître de sa vue avec l’accord de mon père pour soi-disant terminer mon éducation, était prévisible depuis quelques temps déjà. Mon père a beaucoup changé envers moi ! Vous avez dû le remarquer ? Il ne m’accorde plus d'attentions depuis l'âge de mes six ans. Au décès de maman, je me suis retrouvée perdu et trop petite pour comprendre. Son remariage avec cette femme n'a pas arrangé les choses ! Tout son temps, son amour, son attention et l’affection qu'il accorde à sa belle-fille remplissent sa vie. Qu’elle en ait la raison ? A votre avis, mon père ? Je suis sa fille légitime ! N’aurais-je pas droit aux mêmes attentions du fait que je sois sa seule enfant ?

    — Ma chère petite Isabelle ! Il faut vous calmez ! La colère est mauvaise conseillère et ne vous apportera rien de bon !

    — Me calmer ? Pourquoi est-ce que je me calmerais ? J’en ai assez de me taire ! C’est cela la religion ! Tout supporter sans chercher à répliquer ?! Désolée mon père, mais je ne suis pas aussi prête que je le croyais pour ce genre de soumission ! Ma belle-mère a compris que je me doute de quelque chose concernant ses méfaits ! Habile, elle a deviné que je lui en veux pour les raisons que vous connaissez... ou pas ! Mais il y a bien d’autres secrets importants qu’elle craint que je découvre. Je n’ai que seize ans ! A mon âge, on peut tout comprendre !  J'ai bien doutes dont vous n’avez même pas idée. Je suis consciente que je ne peux vous les confier ce dont je n'ai pas encore la preuve ! Vous refuseriez de me croire !

    L’abbé Forges, surprit par tant de véhémences dans ce que la jeune adolescente avançait, resta silencieux quelques instants, puis il renouvela son approbation concernant son départ qui ne pourrait être que bénéfique pour elle. La jeune fille, rebelle à tous conseils de sa part, ne se calma pas. Frustrée de ne pas avoir obtenu de lui une écoute compatissante, Isabelle prit un air persévérant pour lui faire admettre son point de vue  

    — Vous allez m'écouter, mon père ! La d'Argenson me sent dangereuse pour des raisons qu’elle seule connaît. Mes craintes à son sujet, sont fondés ! Elle doit se rendre compte que j'ai découvert certaines choses contre elle. Comme je ne me laisse pas manipuler, elle en rage ! C’est pour cela qu’elle a persuadé mon père de m’éloigner de Monteuroux. 

    L’abbé Forges, surprit par tant de véhémences dans ce qu’elle avançait, resta silencieux quelques instants, puis il renouvela son approbation concernant le départ de la jeune fille pour l’Angleterre. Isabelle resta réfractaire à tous ses conseils et ne voulu plus rien entendre venant de son confesseur. Désireux de l’aiguiller sur d’autres sujets pour des raisons que lui seul connaissait, il essaya de changer de sujet en demandant à sa paroissienne si sa marraine l'accompagnerait. Isabelle, déçu de l’apparente indifférence de l’abbé sur ce qui lui tenait à cœur, baissa la tête et dit pour clore cet épineux sujet :

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      Vous essayez de changer de conversation parce que vous en savez beaucoup plus que vous ne voulez en dire. Votre silence est dès plus éloquent, mon père ! Je sais que j’ai raison, et vous ne pouvez rien changer à ma façon de raisonner à cause du secret de la confession. Je comprends votre point de vue ; mais vous ne m’enlèverez pas de l’idée que le doute que je ressens au fond de mon cœur est bien fondé ! Je suis en danger en restant à Monteuroux. Je vais donc partir à regret, mais dans six ans je serai de retour, et je finirai bien pas savoir tout ce que l’on me cache depuis nombre d'années sur la mort accidentelle de ma mère...

     Ne vous montez pas la tête, ma chère enfant. Laissez Monteuroux derrière vous, et allez vers votre avenir.

     Mon père ! Je vous ai déjà mentionné que je ne peux vous confier mon secret ; mais Dieu, lui, est au courant de tout ce qu'il s'est passé lorsque j'étais petite et ce, jusqu'à aujourd'hui. Je sais que je suis en danger si je reste. C’est pourquoi je vais quitter, pour un temps, Monteuroux, pas par parce que vous me le conseillez, mais bien parce que c’est mon choix et pour des raisons très précises que, encore une fois, je ne peux vous révéler.

    L’abbé ne répondit pas. Isabelle continua :

     Pour la question que vous m'avez posé, ma préceptrice et marraine m’accompagne. Ma belle-mère a choisit la mie septembre qui se trouve être le mois de mon départ afin que je ne puisse pas assister au mariage de mon cousin William. Ils n’auront plus à s’occuper de moi et de mon côté bohémienne qu'il aurait fallut rhabiller des pieds à la tête, espérant que je reste à ma place sans bouger le petit doigt, ni proférer une seule parole qui puisse être désagréable envers les nouveaux mariés. Ce n'est pas plus mal puisque je dois disparaître également de la vue de mon père, je n’aurais plus, de cette manière, à me soucier d'une famille qui ne désire pas ma présenceLorsque je serai majeur, je serais entièrement libre de ma destinée, et s’ils désirent me marier contre mon gré, ils auront du répondant devant eux. Je ne compte pas me faire dépouiller de mon titre de comtesse en me mariant avec un jeune homme de leur choix. Je ne leurs laisserai pas cette victoire afin de se débarrasser de moi, pas plus que je ne leurs laisserai Monteuroux sans livrer une résistance acharnée. Vous pouvez être sûr que je finirai par savoir ce que l'on me cache ! Oh ! Pas par vous, mon père ; mais les gens parlent si l’on insiste un peu. Je sais que je suis encore très jeune ! Ne parlons plus de cela ; mais à mon retour… 

    Isabelle ne prit pas congé du prêtre comme elle l’aurait fait auparavant. Furieuse, elle tourna les talons et quitta le presbytère sans plus un mot. Elle était hors d’elle, se sentant impuissante devant la destinée qui se profilait devant elle. Le pauvre curé resta interloqué par tant de colère et de répartie dans cette jeune âme qui ne voulait pas démordre de ses convictions.

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