•  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Chapitre XVII

    Le lendemain, un peu avant huit heure, Renaud quitta la vieille tour et s'en alla vers le parc. Il était trop préoccupé pour jouir de cette matinée lumineuse survenant heureusement après la sombre et orageuse journée, précédant la nuit de la veille. Lorsqu’il fut devant le logis du père Adrien le jardinier, il vit la porte ouverte et le vieillard occupé à balayer l'intérieur. Il s’arrêta devant la maisonnette et entreprit de lui parler sur le sujet qui lui tenait à cœur :

    J’ai un renseignement à vous demander, père Adrien.

    A vot'e service, marmonna le jardinier en escamotant ses mots.

    Laissant-là son balai, il invita Renaud à entrer dans son humble logis, puis dans la petite pièce qui lui servait de cuisine et de salle à manger, il offrit maladroitement une chaise au visiteur, mais lui resta debout, les mains appuyées sur le dossier d’une autre chaise.

    Vous savez qui je suis, Adrien ?

    Le cousin de mam’selle Isabelle, m’a dit Dominique.

    Mademoiselle Isabelle m’a appris que les nuits de pleine lune, vous aviez parfois l’habitude, de travailler à votre jardin.

    Oui : ça m'plaît : quand elle éclaire ben.

    Père Adrien. Vous pratiquez le jardinage les nuits de pleine lune en été depuis très longtemps ?

    Oui.

    Oui, mais depuis combien d’années ?

    Hou, là, là ! M’dame la comtesse Daphné était encore de c’monde. Dit-il en mauvais patois. Tant qu’le temps l’permettra. Et tant qu’j’en aurais la force…

    Vous l’avez fait le soir où mourut la comtesse Daphné. Vous souvenez-vous d’avoir vu passer quelqu’un dans cette clairière ?

    Les paupières du vieil homme, plissées par l’âge, battirent sur ses yeux troublés par cette question inopinée. Néanmoins, il répondit :

    Ben... j’ai vu passer Mam’selle Victoria, pis, pus tard, j’ai vu M’dame la comtesse Daphné.

    Mais encore ?

    Adrien glissa un coup d’œil méfiant vers son interlocuteur.

    Elle avait l’habitude de v’nir s’promener heu... l’soêr, quand y’avait d’la lune. Quéqu’fois, avec M’sieur l’comte... et ses derniers temps, seule. Oui, elle était ben seule…

    Vous ne répondez pas à ma question Insista Renaud.

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    Je sais qu’il est passé une autre personne. L’avez-vous reconnue ?

    Le vieil homme parut perplexe. De son index, il se gratta l’oreille. Enfin il grommela :

    Ben sûr qu’j’ai vu quéqu’chose ! J’suis point aveugle. A c’te moment-là, j’fumais ma pipe derrière la charmille. J’ai ben vu c’te grand’ bringue de Berthe !

    Renaud insista :

    Berthe, la femme de chambre de la deuxième femme de monsieur le comte ? Qu’est-ce qu’elle venait faire de ce côté-ci du parc ?

    Oui, la Berthe qui remplaçait, à c’te moment-là, Émilie Granchette : la femme de chambre de M’dame la comtesse qui était ben malade.

    Vous ne répondez toujours pas à ma question, Adrien ! Je vais me fâcher !

    J’vous l’dis ! J’ai vu passer Mam’selle la comtesse Victoria. Ensuite, M’dame la comtesse Daphné, et en troisième, c’était la Berthe qui passait par là. Cinq minutes plus tard, elle est r’passée en courant. On aurait dit qu’elle avait l’diable à ses trousses. J’ai trouvé ça drôle ?

    Vous avez trouvé ça drôle, mais vous n’avez pas cherché à comprendre ?

    Non. Après tout, chacun fait c’qui veut. J’fais ben mon jardin la nuit, moê !

    Renaud, hors de lui, se contint et montra un calme Olympien pour essayer d’en savoir un peu plus.

    C’est vous qui avez découvert Mme la comtesse Daphné ?

    Non. Au bout d’un temps, j’étais inquiet de pas voir M’dame la comtesse rev’nir d’sa prom’nade, car ça faisait ben longtemps qu’elle était partie ! Il faut que j’vous dise qu’elle ne s’arrêtait pas que sur les berges de l’étang ! Alors, j’ai pensé qu’elle avait décidé d’rester pus longtemps dans l’parc qu’est très grand, mais au bout de deux bonnes heures, quand même, c’était drôle ! Ça f'sait un bout d’temps qu'j’avais fini mon travail, et j’me suis dit qu'c’était pâs normal, qu’y’avait Quéqu’chose de vraiment pâs normal ? C’était sûr !

    Ah ! Quand même ! S’impatienta une fois de plus Renaud.

    Ah ! Y faut m’laissez l’temps d’vous raconter, si non, j’dis pus rein : grommela le père Adrien.

    Ça va, père Adrien ! Je ne vous interromps plus, mais vous devez comprendre que votre témoignage est très important.

    Bon ! J’ai été jusqu'au château prév’nir l’major d’homme de m’sieur l’comte. J’ui ai dit que j’avais vu rev’nir M’dame la comtesse Victoria, mais pas M’dame la comtesse Daphné. Aussitôt qu’l’alerte a été donnée, tout l’monde s’est mis à la chercher, ainsi que M’sieur l'comte, ben sûr ! Y la trouva, c’te matin-là, qui flottait su l’vente, près des nénuphars. C’est pas ben profond près d’la berge, mais M’dame la comtesse savait pâs nager. Et pis, avec sa robe longue, une foê dans l'eau, elle a dû s’empêtrer d’dans ? Sans aide, impossible de sorti-re d’l’eau si y'avait personne pour l’aider !

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    Pour moê, après qu’j’ai fait ma réflexion, J'suis sûr qu’c’est la grande bringue qui l’a poussé. J’la voyait jamais par là. Elle avait rein à faire c'te côté du parc ! M’dame la comtesse a dû tomber à plat vent’e dans l’eau, mais pas près des nénuphars : pus loin, si non, elle aurait pu s'agripper aux herbes et aux joncs, app’ler à l'aide si elle avait juste glissé. Mais J’ai pas entendu d'cris, ni d'bruit du côté d'l’étang, si non, j’aurais été voir c’qui pouvait bein s’passer par là. Pensez bein ! Mais j’ai rein entendu. Pourquoi j’aurais été voêr du côté d’l’étang si y’avait rein à voêr ? M’sieur l'comte, tous les domestiques et moê, nous avons cherché M’dame la comtesse tout’ la nuit, partout. La lune était pu au bon endroit pour nous aider, nous n’avons pas trouvé M’dame tout d’suite. Comme j’vous ai dit, c’est M’sieur l’comte qui a trouvé M’dame la comtesse euh, l’premier, au matin, et qui l’a sorti d’l’eau avec l’aide des domestiques : Elle a dû remonter pendant la nuit au milieu des racines.

    Elle aurait pu r’monter, si quéqu’un l’avait pas poussé loin du bord, et l’empêcher de remonterSi c’est la Berthe qui l’a poussé, et j'crois qu'c'est elle, M’dame la comtesse, à cause d’sa robe, n’a pâs pu remonter toute seule. Elle à dû couler rapidement ? Enfin… C’est mon avis !

    — Pourquoi n’avez-vous pas fait remarquer tout cela alors ? Dit Renaud d’un air de reproche.

    — C’est qu’on m’l’a pâs d’mandé ! Et pis, j'm'occupe pas des affaires qui m’regarde pas ! Vous en avez d’dôles, vous !

    C’était un comble ! Renaud dû se retenir pour ne pas lancer quelques apostrophes bien senties à la face butée du jardinier. Il se retint et dit au vieil homme avec son tact légendaire pour ne pas, justement, le buter :

    — Bien ! Mais maintenant que je vous l’ai demandé, que vous me l’avez dit, vous êtes prêt à le répéter devant témoins, s’il le faut ?

    — J’dirais la vérité, c'est sûr, p’isque que vous m’ le d’mandez ! C'est point par malice que j'ai point dis, mais j'aim’ pâs m’mêler des affaires des gens ! C’est que j'tiens à ma place !

    Renaud s'en alla courroucé que les informations arrivent si tard en ayant fait, au passage, autant de mal, et tout ceci, à cause d'un vieil homme buté renfrogné, qui ne voulait pas se rendre compte qu'en étant avare de mots, et de faits dont il avait été, en partie, témoin, il avait compromit l'avenir d'une jeune fille, empêché qu'une meurtrière soit punie.

    En approfondissant subtilement son raisonnement, Renaud conclut que la d’Argenson n’avait pas dû faire le travail elle-même afin de ne pas porter la faute, et de ne pas se salir les mains ? Elle avait dû suggérer ce geste malveillant à sa femme de chambre qui n’avait pas su faire autrement que faire plaisir à sa maîtresse. La vraie fautive n'était pas la femme de chambre, bien qu'elle en fut, par devoir envers sa maîtresse, le bras armé. Renaud ne pouvait accuser sans être sûr de ce qu’il avançait pour confondre les coupables, il lui fallait des preuves irréfutables, et il se devait de se mettre en quête de ces fameuses preuves signées par le jardinier, Emilie, et la tante d'Isabelle : Victoria de Rubens.

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    Pour cela, il lui fallait des preuves indispensables, et irréfutables pour stopper la comtesse dans sa haine destructrice afin de nuire à Isabelle. Il se devait de se mettre en quête de ces fameuses preuves signées par le jardinier, Émilie, et la tante d'Isabelle : Victoria de Rubens.

    Il était complètement fixé maintenant, et sûr de l'identité de la meurtrière. Sans attendre le retour d'Isabelle partie avec Adélaïde pour Neuf-Marché, il se rendit à Aïgue-blanche, preuves en mains, afin d’informer son cousin des dernières avancées concernant l’enquête qu’il avait entreprit pour découvrir la vérité sur le présumé meurtre à présent, vieux de 22 ans. Un quart d'heure plus tard, il revenait à Monteuroux en compagnie de William qui lui avait assuré :

    — A cette heure, ma belle-mère n’est pas encore levée. Nous demanderons Berthe, et tâcherons de la faire avouer, en prenant Dominique comme témoin. Évidemment, nous ne pouvons attenter une action en justice, puisqu’il y a maintenant prescription ; mais il faut que la vérité soit connue sur cette abominable affaire.

    Ce fut dans la bibliothèque, déserte à cette heure, que le comte de Rubens-Gortzinski fit convoquer la femme de chambre d’Édith d’Argenson. Elle entra, un peu courbée, comme les jeunes gens l'avaient vue la veille, la face ravagée, et les yeux gonflés. A peine eut-elle un tressaillement quand William demanda d'un ton très dur et sans ménagement :

    — Pourquoi avez-vous tué la comtesse Daphné de Rubens ?

    Il s’attendait à une violente dénégation. Au lieu de cela, il entendit la plus incroyable des réponses. Une voix sourde lui répondit :

    — Ma maîtresse voulait devenir comtesse de Rubens : L’autre la gênait.

     Je vous demande d’être respectueuse envers ma tante Daphné de Rubens ! Et ne me cachez rien, Berthe. C'est votre maîtresse qui vous y a incité ?

    Cette fois, aucune réponse ne fit écho à sa demande. Berthe se mordait les lèvres qui ne semblaient n’être qu’un trait dans une figure terne, et ne paraissant pas avoir de conscience. Elle détournait les yeux comme pour ne pas soutenir le regard de William qui ne la quittait pas des yeux. Il répéta la question, mais le ton qu’il prit ne laissa aucune échappatoire à la femme de chambre.

    Vous ne voulez pas l'accuser ? Pourtant, quels motifs vous aurait-il poussé à l'assassinat de la première Madame de Rubens, en dehors de l'intérêt que cela représentait pour Mme d'Argenson ? Vous étiez toute dévouée à celle-ci, elle savait qu'elle pouvait tout vous demander ! Qu'avez-vous à répondre à cela ?

    Berthe se tordit les mains. Son visage était convulsé par la souffrance morale ; mais elle teint bon quelques instants dans son coupable silence.

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    Après que Renaud et William l’aient confronté aux preuves écrites en leur possession, Berthe, soudain, se leva et dit avec véhémence :

    — Oui, j'aurais tout fait pour elle ! Je me suis damnée, mais j'ai déjà reçu ma punition. Ludivine, ma petite Ludivine, et son fils, noyés au même endroit... ma petite Ludivine... C'est moi qui l'ai tuée en tuant l'autre !

    Sur ce cri de désespoir, Berthe s'abattit dans un fauteuil, saisie par une crise de nerf. Dieu me punit ! L'autre se venge ! Ce n’est pas pour rien qu’elle ne peut être en repos, et elle ne le sera pas tant qu’elle n’aura pas obtenu justice ! Je dois payer le mal que j'ai fait ! Son fantôme me hante ! Madame n'est pas coupable de mon forfait ! Laissez-là tranquille !

    — Elle est aussi coupable que vous, Berthe, si non plus ! C’est votre diablesse de maîtresse qui vous a obligé, par des moyens bien à elle, à vous exécuter dans ce terrible forfait !

    — NON ! Madame à les mains propres ! C’est moi seule qui ai décidé de faire ce que j’ai fais ! Moi seule ! Vous entendez ?! Moi seule !

    William, hors de lui, ne voulait pas relâcher la pression sur cette abominable femme :

    — Son ordre fut dur et sans concession, aucune : 

    — Avouez Berthe !

    Berthe se mit à hurler telle une bête fauve.

    Dominique se précipita au-dehors pour aller chercher de l'aide afin de soigner cette horrible femme. A peine la porte fut-elle refermée sur lui, qu'elle se rouvrit, laissant paraître Mr de Rubens.

    — Qu'est-ce que ces cris ?

    Il s’interrompit en voyant la femme effondrée, gesticulant en tous sens, et les deux jeunes gens debout devant elle.

    — Que signifie ?

    Renaud étendit la main vers Berthe, et William accusa :

    — Cette femme vient d'avouer son crime. C'est elle qui a poussé ma tante sous l’instigation de votre femme !  Mme d’Argenson, à l’époque votre maîtresse, voulait, par tous les moyen,rendre la place de notre tante !

    — Vous dites ?

    Monsieur de Rubens attachait, sur les deux jeunes gens, des yeux dilatés.

    — Ne faites pas semblant de ne pas comprendre ! La vérité est en train de sortir au grand jour au sujet de l’accident présumé qui est, en fait, un assassinat perpétrer par votre femme et sa femme de chambre ! Vous ne vous en doutiez absolument pas ?! Quelle aveuglement de votre part !

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    Nous avons la déclaration écrite de Mlle de Rubens, votre sœur, qui se trouvait dans le pavillon au moment du crime. Elle vit celui-ci se produire, et malheureusement, garda le silence parce qu’elle haïssait, jalousait ma tante Daphné pour sa beauté, sa gentillesse, l'affection qu'elle lui portait, et qui était vécu, par elle, comme de la pitié se rapportant à son infirmité. Nous avons l'attestation du père Adrien, qui vit passer cette horrible femme. Tout cela, nous ne le garderons pas pour nous, mon oncle. Puisque votre femme a osé accuser Isabelle, nous ferons connaître laquelle est, des deux, la criminelle ! Sur l'idée de madame votre femme, alors que vous n'étiez pas encore marié avec elle, elle imagina le meurtre de ma tante qu’elle fit accomplir par sa domestique. L’usurpatrice est encore plus coupable que sa femme de chambre dévouée à cette horrible femme, car ce meurtre fut prémédité : ce qui est très grave ! L'histoire aurait pu être connue plus tôt, si le jardinier et votre sœur Victoria avaient, comme ils auraient dû tous les deux le faire, parler de Berthe passant bizarrement par cet endroit où elle ne venait jamais. La tante Victoria a gardé jalousement ce secret pour elle, par haine de la beauté de la mère d'Isabelle, notre tante ! Berthe, comme votre seconde épouse, auraient dû rendre des comptes à la justice !

    Votre fille n'aurait pas tant souffert de votre indifférence la concernant. Vous vous êtes laissé manipuler par votre seconde femme et sa fille à un point tel, que même en cet instant, vous ne voulez pas admettre l’évidence ! Savez-vous ce que c’est que d’être une petite fille en souffrance d’avoir perdu sa mère, et qui se rend bien compte que son père l’abandonne au profit de sa nouvelle femme et de sa belle-fille ? Non ! Vous vous êtes déchargé de vos responsabilités sur Adélaïde : sa marraine. Il y a une justice divine, mon oncle. Elle prend son temps, mais elle arrive en son heure et prend tout son sens...

    Mensonge, abominable mensonge ! Bégaya Mr de Rubens.

    Le sang lui montait au visage à en devenir rouge cramoisi. Les cris de Berthe diminuaient. Ses yeux hagards dévisageaient Mr de Rubens, lorsqu’elle murmura d’un air vengeur : Vous allez, vous aussi, payer votre trahison envers votre femme ! Vous êtes fautif d’adultère et si vous n’aviez pas trompé votre femme avec ma maîtresse, votre femme serait toujours en vie ! Atterré, le comte ne répondait pas aux accusations de la femme de chambre, car il était, depuis longtemps rongé par le remord de n’être pas allé se promener avec sa femme ce soir-là. Il avait inventé une excuse, préférant les plaisirs coupables avec sa maîtresse, dans le secret de la chambre du couple. Il savait très bien qu’il portait le poids de sa trahison sur ses épaules et bien plus encore…

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    Berthe continuait sa confession sans se soucier de ses accusateurs, et du comte.

    J'ai tué Ludivine et son fils en assassinant l’autre ! C'est moi qui l'ai poussé dans l’eau ! Elle, toute blonde, avec son beau visage d’ange, et ses yeux tristes parce que vous la trompiez avec Mme d'Argenson... elle était au courant de votre trahison ! Ma maîtresse m’avait dit qu’il fallait que votre qu’elle meure afin que ma maîtresse prenne sa place ! Ma petite Ludivine aussi était un ange !Morte ! Morte avec son enfant. Je paie ma faute en perdant mes deux anges à cause de votre première femme. Elle se venge bien la comtesse ! Depuis le temps qu’on la voyait apparaître sur les berges de l’étang... Cela devait arriver ! Mais il fallait se taire !

    Et se tournant vers les deux cousins, Berthe asséna un dernier coup concernant la moralité du comte. Il ne fallait surtout pas dire qu’on la voyait ! Mr le comte ne voulait pas ! Il ne voulait pas qu’on parle des apparitions ! Il ne fallait surtout pas prêter foi à ce qui n’existe pas ! Mais tout le monde savait au village, comme au château, sauf sa fille. Je les ai tués toutes les trois à vingt deux ans d’intervalle ! Je suis une criminelle ! Dieu me punit en m’enlevant mes deux petits anges auxquels je tenais le plus ! Je suis maudite ! Maudite ! Je suis damnée !

    Ces derniers mots furent accompagnés d'un cri strident. Elle se leva, fit quelques pas, les yeux révulsés, et tomba comme une masse sur le tapis. Dominique et Angèle, qui entraient, se précipitèrent vers elle et l'emportèrent dans sa chambre. Mr de Rubens, dont les jambes ne le tenaient plus, quitta la pièce sans regarder les deux cousins. Renaud et William s'en allèrent à leur tour, silencieux, car cette scène les avait péniblement impressionnés.

    Plus tard, lorsque William retrouva Isabelle, il lui raconta ce que Berthe avait fait, mais ne parla pas des dites apparitions, ne sachant pas si Isabelle était au courant de ces faits, et s’il fallait vraiment croire aux dires des gens habitant le village ; mais quand même ! C’était la deuxième fois qu’on lui rapportait ces faits ! Que penser de cela ? Néanmoins, il avait l’intime conviction que depuis la mort de Ludivine et celle du petit Thierry, Berthe était obsédée par le souvenir de son crime et l’assurance que cette mort intervenait à la même date, et sur le lieu même où avait péri Daphné de Rubens.William ne pouvait s’empêcher de penser que le jugement de Dieu était sévère, mais c’était la seule façon d’atteindre ces deux femmes, puisque la justice des hommes ne pouvait plus intervenir. Isabelle, le visage entre ses mains, frissonnait en répétant :

    Cette femme a tué ma mère ! Berthe n'était qu'un instrument pour elle ! Ma pauvre maman !

    C’est, sans nul doute, cela. Avec son habilité coutumière, qu’elle suggéré le crime à sa domestique, l’obligeant à le faire siens. Sa suggestion et son influence était suffisantes pour pousser la femme de chambre à se charger de la sale besogne à sa place... Oui, c'est sûr ! Elle n'est pas innocente dans cette tragédie. Elle en est, à coup sûr, l’instigatrice, donc, coupable.

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    Isabelle se rendait compte des dangers qu’elle avait couru à partir de ses seize ans, et plus frondeuse que jamais en grandissant, n'acceptant toujours pas sa marâtre comme celle qui devait remplacer sa chère mère, pas plus qu'elle n'acceptait sa fille Ludivine et encore moins les remontrances de son père qui ne voyait que par la d'Argenson. Le fait qu'elle cherche à comprendre l'accident de l'étang-aux-ormes, et qu'elle soit ouvertement hostile à cette femme et à sa fille, mettait sa vie en danger sans qu'elle n'en prenne conscience. Seule Daphné de Rubens : sa mère, et sa tante Victoria, l'avaient persuadé de faire attention à la malveillance de cette femme qui était capable de bien des choses pour arriver à ses fins. Toute la méfiance d’Isabelle envers sa marâtre et Ludivine était donc bien fondée.

    — Je comprends mieux pourquoi elle me haïssait, et cherchait sournoisement à me nuire de toutes les manières en son pouvoir. J'étais la fille de celle qu'elle avait fait disparaître pour prendre sa place. Elle sentait en moi une défiance instinctive, une hostilité ou se heurtait sa fausseté, et sa sourde malveillance. J'ai toujours eu l'impression qu'elle était ma pire ennemie. Qui sait ce qu'elle aurait encore pu faire  me concernant, si l’on n’avait pas finit par découvrir son jeu machiavélique ?

    Avec une tristesse dans la voix, Isabelle continua :

    — Cette diablesse a fait de mon père un pantin et un ennemi pour moi. J'ai toujours eu le sentiment qu'elle était ma pire ennemie. Depuis mon retour de l’Angleterre, mon instinct me conseillait de rester sur mes gardes. Il y a une chose que je veux vous révéler à tous deux. Je sent mon père très fatiguédepuis que je suis revenue. Il n’est plus si alerte, son teint dénote quelque chose de pas naturel : je l'ai remarqué l’autre après-midi lorsque j’ai été lui rendre visite juste après nos six ans de séparation, et le soir du bal… J’ai un doute qui ne me quitte pas.

    Les deux jeunes gens s’étonnèrent, et William demanda :

    — Qu’est-ce qui vous tourmente Isabelle ?

    — Je suis de plus en plus persuadée que la d'Argenson est en train de l’empoisonner doucement, afin de s’accaparer tous les biens des de Rubens au fur et à mesure des événements tragiques qu’il peut arriver dans une famille, sans que pour autant que lon ne la soupçonne. Je pense, qu’elle n’en ait pas à son premier meurtre, ses maris sont décédés assez rapidement, et sans descendance : surtout le deuxième qui n’a vécu que deux ans après leur mariage. Les deux lui ont légué toutes leur fortune. Elle est arrivé richissime à Monteuroux, en position de force face à mon père pas loin de la ruine. Elle a fait valoir ses droit de châtelaine sans rencontrer de résistance, sauf de ma part. Lorsque Ludivine était encore en vie, faire disparaître tous les de Rubens n’aurait été, pour elle, très facile avec l’aide de sa fille ? Bien sûr, l’accident emportant Ludivine et le petit Thierry, à changé son plan s’il s’avère qu’elle en avait un, ce dont je suis pratiquement sûr. La bibliothèque de château vieux comme celle de Château neuf, m’ont enseigné beaucoup de choses sur les poisons. L’arsenic est un poison inodore, incolore, et si l'on emploi ce poison à petite dose, la personne empoisonnée se meurt à petit feu.

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    La bibliothèque de château vieux comme celle de Château neuf, m’a enseigné beaucoup de choses sur les poisons. Ce dont je suis pratiquement sûr, c’est que L’arsenic est un poison inodore, incolore, et si l'on emploi ce poison à petite dose, la personne empoisonnée dépéris lentement et se meurt dans d'affreuses souffrances sans éveiller l’attention. Si sont projet était finalement ce que je viens de vous décrire, la peine d’avoir perdu sa fille et son petit fils, ne pouvait que la mettre hors d’elle puisque son stratagème me concernant ne peut réussir sans Ludivine. Il fallait qu’elle me culpabilise afin d’avoir le champs libre, et que je ne sois plus plus un obstacle pour elle ! Par la suite, mon père éliminé, elle et sa fille aurait pu s’attaquer sournoisement à William et à sa famille. Aujourd’hui, son funeste projet n’est plus d’actualité, et la rage nourrit son venin. Elle sait qu’elle à perdu, et qu’elle doit partir si elle ne veut pas rendre des comptes à qui que ce soit.

    Renaud objecta :

    Malheureusement, de ce que vous croyez être une vérité plus que probable, nous n’en avons pas la preuve. Espérons que, pour votre père, vos doutes ne soient pas la réalité.

    Je le voudrais, Renaud ; mais ce doute ne quitte pas mon esprit. Déjà, lors de mes seize ans, j’avais de sérieux soupçons à son encontre.

    Deux jours plus tard, eurent lieu dans la chapelle de Monteuroux, les obsèques de Victoria de Rubens. Comme assistants du dehors, il y avait que Catherine de Rubens, André, sa fille Juliette, William et Isabelle. Mr de Rubens était présent : blême, les traits tirés, et singulièrement vieilli. Sa femme ne parut pas. Dès que le cercueil de sa sœur eut été descendu dans la crypte, Mr de Rubens s’éloigna sans avoir adressé la parole à ses neveux, et encore moins à sa fille. Le lendemain, l’on devait conduire au cimetière Berthe, morte d'un transport au cerveau. Dominique avait appris qu'on préparait les bagages pour le comte et sa femme qui devaient quitter Monteuroux aussitôt après la cérémonie funèbre. Isabelle s'attarda un instant dans la salle funéraire, priant pour sa mère qui pouvait, maintenant, reposer en paix, et pour son aïeule à qui elle avait pardonné le soir même de sa confession. Après toutes ses années, nulle colère, nulle haine habitaient son cœur : Juste de la peine... beaucoup de peine. Elle revivait toutes les impressions ressenties lors des obsèques de sa grand-mère, l'affreuse amertume dont avait été saturée sa jeune âme, l’absence équivoque et remarqué de la comtesse, son père, pâle et crispé, qui pensait peut-être, à ce moment-là, au sourire de sa mère, avec sa sœur reposant à jamais dans la crypte. Une main prit celle d'Isabelle, et une voix grave, ardente, dit à son oreille :

    Éloignez-votre esprit de toutes ces douloureuses pensées, mon amie. Venez : il faut maintenant aller vers la vie.

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    Isabelle se souvînt que sa tante Victoria avait formulé une phrase similaire le soir de leur première rencontre au pavillon. Elle regarda William et il revit dans ses yeux cette fraîcheur d'aurore, cette luminosité très pure d'un cœur jeune, sans ombre, où brûlait discrètement l'amour.

    Convoquée pour le surlendemain chez le notaire de Mlle Victoria de Rubens, Isabelle s'y rendit et prit connaissance du testament de sa tante. Étant sa seule légataire, ainsi que lui avait dit Victoria. La fortune se montait à 25 millions de Francs, de l’époque, lesquels se trouvaient, bien sûr, amputés par les frais de succession, et versé, pour une partie, à l’état. Isabelle apprit en outre que son père venait de mettre en vente Monteuroux, ce qu’elle ne pouvait accepter. Très agitée par cette nouvelle, la jeune comtesse en revenant de chez le notaire, gagna directement Aïgue-blanche pour en avertir William. Elle le trouva dans le salon, causant avec André. Dès son entrée, toute à sa joie, elle lui annonça :

    Mon père vend Monteuroux et je vais l'acheter avec l’héritage de ma tante ! Monteuroux reste dans la famille !

    Surpris, sur le moment, William, à la réflexion, fit observer :

    C’est une heureuse nouvelle que d’apprendre que le domaine de vos ancêtres reste dans la famille, mais je me demande, ma chère Isabelle, comment vous allez faire face à son entretien ? Car les produits de nos fermes n'y suffira pas.

    Elle eut un sourire malicieux.

    Il est nulle inquiétude à avoir, cher William ! Venez demain à Monteuroux, je vous révélerais un secret qui m’a été confié par ma grand-mère qui m’a fait jurer, sur son lit de mort, de ne le révéler à personne sauf, si un jour, je devais avoir un mari.Vous serez surprit lorsque vous saurez ce que c’est.

    André regarda les deux jeunes gens avec un sourire de satisfaction sur son visage. Un bruit de pas et de voix, arriva à ce moment aux oreilles des trois jeunes gens. Par la porte-fenêtre ouverte sur le parterre, apparurent Juliette et Renaud, tous deux portant des ustensiles de pêche.

    J'ai donné une leçon à Mlle Juliette, dit en riant le jeune Anglais, et je lui trouve beaucoup de dispositions.

    Elle est capable de devenir aussi friande de pêche à la ligne, que vous, mon cher cousin, lança Isabelle avec gaîté, enfin débarrassée de ce voile de tristesse qui ne la quittait plus depuis ces derniers temps.

    André glissa un coup d’œil ému vers les nouveaux arrivants. Il ne lui échappait pas, pas plus qu'aux deux jeunes gens, qu'une très spontanée et très vive sympathie, ainsi qu'une complicité rapprochait la rieuse Juliette et Renaud de Montégu. Son regard amical enveloppa les deux couples heureux, et s'attarda sur le visage détendu de son frère William. Il songea : Je l’ai vu si malheureux...

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