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    Le mystère de l'étang-aux-ormes .Page -4-

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    Livre d'or

    Chapitre -1-  

    Nous n'étions pas encore à la fin août. L’automne n'était pas loin, mais en Normandie, septembre est souvent boudeur, morose, et capricieux. La jeune adolescente aimait la saison automnale lorsque la cime des arbres se couvrait de taches de couleur, ce qui lui faisait penser à des artistes peintres tels que les impressionnistes et le toucher bien spécial de leur pinceau. Tandis que les jours raccourcissait lentement. Elle regardait la campagne se parer de ses plus beaux atours, cela la rendait souvent pensive et mélancolique.

    La jeune Isabelle vivait en symbiose avec cette nature enchanteresse. Elle ne se lassait pas d'admirer le paysage ou des myriades de petites touches colorées laissaient entrevoir la perspective d’une nouvelle saison qui se profilait doucement à l'horizon. Les premiers frimas de l’hiver n'allaient pas tarder. Isabelle était sensible au changement de saison. Elle profitait pleinement de la sérénité qui se glissait en elle grâce à l'automne qui n'était pas loin. Pourtant, cette fois, l'été n'avait pas l'air de vouloir laisser sa place. Il prenait ses aises et se prolongeait à n'en plus finir. Les paysans n'allaient pas s'en plaindre, car l'été semblait vraiment vouloir tenir tête à la saison suivante qui, normalement, devait lui succéder. Serait-ce que la nature désirait faire un caprice et jouer sur la longévité de l'été ?

    La jeune comtesse connaissait personnellement chaque paysan qui, comme toutes les année, attendaient patiemment les changements à venir en pensant aux récoltes qui allaient suivre. Le ramassage des châtaignes se faisait en septembre et s'arrêtait en novembre. Le vendanges tombaient également en septembre et se prolongeaient jusqu'en octobre. Quant aux pommes à cidre, en général, elles se ramassaient sur le sol, également à la même époque.

    Les cidreries attendaient donc tranquillement que les fruits soient à maturité. Lorsque vendanges et ramassages étaient finit, cela se terminait toujours par une grande fête ou l’on buvait la boisson du pays, extrait du premier jus de pomme avant fermentation, ce qui lui donnait un goût légèrement aigrelet que l’on appelait de la piquette. Ce jus n’avait pas encore la teneur en sucre et en alcool qui faisait le bon cidre de Normandie. Le Calvas Fleuron du à la ville du Calvados, était aussi fabriqué avec des pommes et selon la tradition, ce qui veut dire qu'on ne le travaillait pas du tout de la même manière.

    Lorsque le moment du ramassage de tous ces différents fruits était enfin venu, ceux qui avaient participé au travail pénible, que ce soit les vendanges ou bien la récolte des pommes, aimaient se régaler des premiers jus, tout en appréciant le bon repas qui clôturait, chaque année, toutes ces activités avant les grands froids.

    Pour l’hiver, les paysannes conservaient dans les greniers les pommes qu’elles gardaient pour les desserts, les confitures et compotes, les pommes sélectionnées pour cela étaient, bien espacées l’une de l’autre, et enroulées dans du papier journal, ce qui aidait à la conservation.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes .Page -5-

    Dans chaque grenier, les fruits pour l'hiver attendaient bien sagement que l'on vienne en prélever quelques uns afin de confectionner de délicieuses tartes et bien d’autres choses.

    Les trois mois d'automne étaient chargés en activités, et se poursuivaient au fils des jours avant que la froidure ne s'installe définitivement. Après les vendanges est été accomplies, venait le ramassage des figues, des pommes à cidre, des châtaignes, des noix, des noisettes, ainsi que d'autres fruits à laquelle ma mémoire ne pense pas, venaient les promenades dans les sous-bois à la recherche de champignons. A partir de novembre, pour ceux qui en avaient le courage, on recherchait les truffes avec les chiens truffier et ce, jusqu'en février.

    Chaque année, la jeune adolescente aimait participer à la cueillette des châtaignes et autres fruits d'automne. Pour les soirées d'hiver, elle était toujours invitée dans une des famille du village. La jeune fille adorait les réunions dans les familles du village. Les gens du village aimaient beaucoup la petite fille de l'ancienne châtelaine qui avait bien grandi depuis sa disparition. Les gens de la campagne sont, en générale, assez durs parce qu’habituer à la dur. D’un autre côté, ils étaient très chaleureux avec elle, n’appréciant pas le comportement du comte son père. Ils avaient une coutume qui se perpétuait depuis des siècles et que l'on appelait la bolée normande qui consistait à se réunir les soirs de froidure pour consommer une bonne bolée de cidre chaud  accompagné de délicieuses châtaignes gardées pour l'occasion, et que l'on faisait griller sur les cendres de chaque grande cheminée ou trônait en permanence une crémaillère.

    Le cidre doux et sucré à souhait, était également disposé sur le devant de l'âtre tandis que les châtaignes grillaient dans de grandes poêles trouées. Il faisait bon se réunir au coin de ces grandes cheminées les soirs ou le froid mordait, ou bien lorsqu’il pleuvait. C’était une joie de déguster le bon cidre chaud et sucré à souhait, tout en mangeant des châtaignes grillées. Ces soirs là, il ne faisait pas bon laisser un chien dehors ni un chat, bien sûr.C’est pourquoi la coutume voulait que l’on partage ces moments de sérénité en famille, les chiens couchés devant l’âtre et les chats ronronnant entre leurs pattes. tout en dégustant la bonne bolée traditionnelle dans de très grands bols empilables, faits de terre cuite. Les anciens aimaient raconter des histoires que les enfants, ainsi que la jeune comtesse, adoraient écouter.  De temps à autre, c'est elle qui amenait des livres de contes. Isabelle lisait à la perfection et chacun écoutait avec beaucoup d'attention ses récits pendant que les paysans discutaient entre eux.

    Pour en revenir à la cueillette des pommes à cidre, ce n'était quand même pas un travail facile et, de plus, la dangerosité se trouvait dans la multitude de vipères qui se dissimulaient dans les parcelles à pommiers. En ces temps reculés, elles étaient légion. Il fallait faire très attention ou l’on posait ses mains gantées et se chausser en conséquence pour se protéger le mieux possible de ces serpents nuisibles. Des accidents mortels s’étaient déjà produit et la vigilance était de mise.

    Chaque année, à l’arrivé de l’automne, Isabelle aimait s'attarder sur les hauteurs ou les odeurs des foins lui parvenaient de la vallée. Le parfum des pommes mûres mélangées à toutes sortes d'effluves provenant de multiples fleurs et fruits, exhalaient leurs essences enivrantes qui emplissaient ses jeunes poumons.

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  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -7-

    La jeune comtesse se plaisait à admirer les collines, les montagnes et les vallons offrant un magnifique paysage à son regard émerveillé, et cela lui ravissait l'âme. La jeune fille connaissait par cœur le rythme des saisons, et quand arrivait l'hiver, ce qu'elle craignait le plus, c'était le froid et l'humidité qui régnait dans la vieille tour ou elle habitait avec sa marraine qui faisait office de préceptrice.

    L’adolescente appréhendait tout les ans, ces hivers qui, dans la vieille tour ou sa marraine Adélaïde et elle-même, souffraient du froid et de l’humidité, malgré les grandes cheminée qui chauffaient sans interruption dans chaque pièces à vivre. Les commodités nécessaires à une vie descente étaient inexistantes. La toilette journalière se faisait sobrement dans une cuvette en porcelaine dans laquelle se trouvait un pot à eau. Pour les besoins naturels, des chaises d’aisance étaient prévues dans ce qui servait d’appartement, à la disposition des habitants de la vieille tour. La vie était rude au début du vingtième siècle ! La nature endormies n’aidait pas à se réchauffer. Les êtres humains se calfeutraient chez eux, bien au chaud en attendant le redoux.

    Quand arrivait le printemps, la jeune fille aimait beaucoup voir les jours s'allonger au fur et à mesure que la nouvelle saison s'installait. Perchée sur le plat rocheux de la falaise, le vieux château de Monteuroux s'accrochait à ses fondations bien ancrées dans le sol, tout en exposant ses ruines au centre d’un paysage très arboré. Il s’élevait fièrement, refusant de céder au bourrasques de vent qui ne le ménageaient pas lors des tempêtes hivernales. Château-vieux, comme on l'avait surnommé par rapport à château-neuf, se tenait debout par endroits, fier d'être, dans ses pierres, le témoin de pratiquement trois cent ans d'existence, se cramponnant à ses souvenirs, si tant est que les objets aient une âme, ce que je veux croire...

    La seule personne qui aimait ses ruines, sans soucis du danger, ni du vertige qu’elle ne craignait pas, Isabelle était assise à même le sol. Ses jambes fines pendaient le long de la falaise et ses pieds minces chaussés de ballerines usagées battaient la roche. Sur l'appui à demi effondré de la demi baie en arc de cercle donnant directement sur l'à-pic du bloc rocheux, Isabelle se penchait en avant, son attention retenue par une silhouette à cheval qu’elle connaissait bien.

    Qui l'eût vue dans cette fâcheuse position, en aurait tremblé d'effroi. Pas la jeune comtesse, qui se penchait un peu plus, pour mieux voir le cavalier chevauchant en contre-bas sur le chemin longeant la parois abrupte. Les événements susceptibles de se passer au dessus de sa tête, ne regardait pas ce jeune cavalier trop occupé à chevaucher tranquillement, apparemment satisfait de sa promenade. A un certain moment, il arriva au tournant du chemin caillouteux qui menait à château-neuf. C'est à cet instant que la jeune adolescente perdit de vue le jeune cavalier.

    Château-vieux, plus que trois fois centenaire, avait été jumelé avec un autre beaucoup plus récent qui, par rapport à lui, était en très bon état. l'Historique de ces deux monuments historiques Français, jumelés depuis longtemps, aurait mérités d'être classés comme monuments historiques.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -8-

    Depuis longtemps, château-vieux était à l'abandon, envahit par une végétation désordonnée, dissimulant des abords dangereux insoupçonnés. Les rebords de la falaise étaient cachés par les buissons d’aubépine sur lesquels fleurissaient de jolies petites fleurs blanches de la famille des rosacés. Ces rosiers sauvages exhalaient différents parfums très subtiles et Isabelle aimait s'enivrer de leurs effluves.

    Tout en contemplation devant le panorama qui s'offrait à elle, Isabelle revînt à sa réalité, se redressa prudemment pour ne pas risquer la chute, fit faire volte-face à son jeune corps souple et gracile, se souciant peu du précipice à qui, maintenant, elle tournait le dos. La jeune adolescente au visage d'un ovale parfait, se distinguait dans cette luminosité solaire faiblissante et tout à fait éphémère. Son corps encore filiforme, nimbé de cette luminosité irréelle, se détachait dans ces ruines, formant un tableau que seule une fin d’après-midi d’été était capable de créer, juste avant de diminuer d’intensité. La clarté que recherchaient les artistes peintres inspirés, disparaissait, petit à petit, derrière un horizon indistinct, masqué par les bois et forêts entourant le village, et le château jumelé que l’on apercevait de loin grâce au promontoire de granit sur lequel ils avaient été édifié, commençait à se perdre dans une brume crépusculaire qui se devinait en filigrane.

    La jeune personne était fraîche comme une rose. Son teint légèrement halé par ces trois mois d’été faisait ressortir ses yeux d'un vert noisette parsemés de taches mordorées. Isabelle restait là à rêvasser, les bras croisés sur sa poitrine. Son regard errait sur les grands arbres entourant le village paisible ou coulaient de nombreux petits bras de rivières arrosant la région. Par endroit, le soleil nimbait les surfaces cultivées. La jeune adolescente était souvent perdue dans ses pensées. Elle ne se préoccupait plus du spectacle qui s'offrait à ses yeux mélancoliques. Un pli s'était formé sur son jeune front dont une mèche de cheveux rebelle avait été repoussée de la main d'un geste machinal. Une contraction involontaire crispait son joli minois. Ses sourcils nettement dessinés, d'un ton plus foncé que sa blonde chevelure, s'étaient rapprochés, lui donnant un air soucieux. Il arrivait fréquemment que la jeune fille vienne se poster à cet endroit propice à une méditation favorable au cheminement de ses pensées, évitant ainsi d’être dérangée.

    L’endroit où elle était assise était dangereux pour qui ne connaissait pas ce lieu. Néanmoins, pour elle qui était parfaitement habituée à ce coin, ce n’était rien que d’effectuer un mouvement souple de ses reins afin de se détourner du vide en sautant avec légèreté sur le sol, se retrouvant ainsi sur ses pieds dans un espace qui, jadis, avait dû être une vaste salle éclairée par une large baie vitrée. Il n'y avait plus de porte à l'ouverture opposée qui donnait sur une cour envahie d'herbe, bordée à droite par son corps de logis, abandonné lui aussi, et à gauche par un autre bâtiment de la même époque. Une vieille cour carrée que l'on appelait la tour du comte de Montserrault le terrible, se trouvait être dans le même état que le reste de cette ancienne somptueuse demeure seigneuriale,

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    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -8-

    Aujourd’hui, complètement abandonnée au profit de la partie agrandit et rénovée sur le modèle de son jumeau, et selon les normes de l'époque qui ont été respectées par les descendants.

    Une grille formait le quatrième côté de cette cour au centre de laquelle trônaient un joli bassin qui, depuis longtemps, n'était plus alimentés en eau. Plusieurs angelots ornaient le bassin recouvert de mousse. Les jolis angelots semblaient attendre en vain, que le petit bassin revienne à la vie par je ne sais quel miracle. Les battants de la grille qui délimitaient château-vieux de château-neuf, étaient partiellement sortis de leurs gonds et ne fermaient plus. Au-delà de la grille, apparaissait un parterre à la Française très bien entretenu, qui s'étendait devant le corps de logis datant du 17 ème siècle, formant une équerre qui mordait sur les bâtiments de château vieux. Du côté de château neuf, six hautes portes vitrées s’ouvraient sur une large marche de marbre blanc veiné de noir et patinée par le temps, ce qui donnait encore plus de cachet à la façade du bâtiment qui semblait être en très bonne état par rapport à château-vieux entièrement délaissé. L'on distinguait, dans les auteurs de la campagne profonde qu’est la haute Normandie, la partie du château rénové, complètement accolé à l'autre château. Les deux battisses semblaient être devenues indissociables l'une de l'autre. Les années passants, nul ne pouvait, sans y prêter une extrême attention, les différencier. Les châtelains actuels avaient pris soins de se conformer au style du premier bâtiment, afin qu'ils ne fassent plus qu'un au yeux de qui ne connaissait pas son histoire.

    Ce fut vers l'une de ces hautes portes fenêtres que se dirigea Isabelle. Son corps souple, avait une grâce singulière. Elle était nimbée d'une une aura presque surnaturelle. Un léger sourire détendait ses lèvres finement ourlées. Elle entra dans la pièce offrant à son regard un grand salon aux boiseries d'ébène, artistiquement sculptées. Isabelle s’attarda sur les changements qu'elle venait de remarquer, en fît le tour et s'arrêta sur une causeuse aux coussins froissés, puis, plus longuement sur une table ronde au pied central. Sur cette table, se côtoyaient revues, broderies commencées, et au centre, trônait un petit cendrier de cristal où se consumait une cigarette blonde dans son fume-cigarette.

    Dès que le seuil de la porte fut franchit et que celle-ci fut refermée sur la beauté expressive du visage de la jeune fille, un voile sembla, tout à coup, avoir été tiré. Ce fut une adolescente un peu figée, au regard glacé, qui daigna formuler un bref salut :

    Bonsoir, William. Au jeune homme en tenue de cheval subitement apparu dans le salon.

    Vous, ici ? Isabelle ? Fit-il surpris.

    Oui. Pourquoi ne serais-je pas à cet endroit ?

    Le jeune homme senti un défit dans la voix encore enfantine de la jeune fille. Interloqué par cette rebuffade à peine déguisée, il ajouta d’un ton identique à celui qu’avait employé sa cousine Germaine :

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  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -9-

    Sur cette joute entamée entre les deux cousins, apparu une jeune fille dans l'encadrement de la porte fenêtre que le jeune homme n'avait pas refermé. Sans se soucier de la présence d’Isabelle qu’elle feignait de ne pas encore avoir remarqué, elle s’adressa directement au jeune homme :

    Ah ! William, cher ami ! Nous rentrons à l'instant de promenade.

    Elle avait une voix troublante et musicale. Ses yeux d’un bleu-vert foncés contrastaient avec ce sourire mielleux et séducteur qu’elle affichait. Son visage aux traits fins et délicats s’harmonisait avec cette opulente chevelure relevée et travaillée en chignon, laissant savamment échapper quelques longues mèches travaillées en anglaises qui descendaient sur le côtés de son épaule droite, pour venir mourir sur un délicat et chaste décolleté, laissant juste voir ce qu’il fallait pour une jeune fille de son rang.

    La jeune comtesse de Richemont était consciente de son pouvoir de séduction sur la gente masculine et elle savait jouer de ses charmes en toutes occasions. Sa robe de mousseline joliment agrémentée de dentelle garnissant le haut de son corsage, finissait de parfaire sa tenue. Elle savait indéniablement porter la toilette avec une très grande élégance ! Consciente de l’effet produit sur le jeune comte qui s’avançait vers elle, admiratif, elle l’accueillit avec des yeux charmeurs sous de longs cils papillonnants en lui tendant sa main à baiser. William continua de s’avancer, subjugué, vers ce joli tableau. Il lui prit la main qu'elle lui tendait avec coquetterie et y appuya ses lèvres. Ludivine avait un teint de porcelaine légèrement rosé. Son seul défaut était ses lèvres génétiquement très fines sur une bouche légèrement trop grande comme l’était celle de sa mère. Consciente de ce petit défaut, elle s’arrangeait, par multiples artifices bien féminin, afin que cette légère imperfection soit sublimée par une rangée de dents très blanches, faisant penser à des perles. La jeune comtesse de Richemont savait faire de cette légère disproportion dans un visage angélique parfait, une qualité qu’elle mettait à profit pour séduire le beau William.

    Vous êtes très en beauté, ma chère Ludivine !

    Oh! Ce n’est n’est juste qu’une tenue pour l’après-midi ! Je me suis habillée ainsi, jugeant que pour vous rendre mes hommages du jour, cela était assez pertinentJe viens seulement d'arriver cher William. Dominique que nous avons croisé dans la cour m'a dit que vous ne tarderiez probablement pas, à moins que vous ne soyez déjà arrivé. Pour un peu, nous nous serions croisés sur le chemin de Monteuroux. Notre cousine, Mme de La Chamalière est malade. Nous avons trouvé bon d'aller lui rendre visite afin qu'elle ait un peu de compagnie… mais je vois, mon ami, que quelqu'un a comblé le vide de notre absence…

    Il y avait, dans la voix de la jolie personne, un soupçon de moquerie dirigé vers Isabelle qui ne s'était pas départi de cet air figé d'avant l'arrivé de la nouvelle venue.

    Une voix derrière Ludivine, se fît entendre avec une intonation de douce raillerie :

    Aimable compagnie, assurément…

     

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  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -11- 

    Ne peux-tu faire une autre tête, Isabelle ? Et quand cesseras-tu, ma pauvre enfant, de toujours choisir la plus vilaine de tes robes pour venir au salon ?

    Avec une révérence forcée, mais non moins pratiquée avec application accompagnée d’un air ironique poussé à l’extrême, Isabelle persifla :

    Je me suis habillée ainsi, jugeant que pour vous rendre mes hommages de l’après-midi, cela était bien suffisant, Mme !

    Oh ! Comment oses-tu !

    Cela est tout à fait convenable pour le degré de parenté inexistant que vous avez avec moi qui suis la seule, de par ma naissance, vraie de Rubens, Mme ! Les ancêtres tourangeau issus de la noblesse de France de votre dernier mari, vous permet, de par votre titre, d'accéder à une certaine aisance financière parce qu'il vous à comblé, avant de mourir, en vous nommant son héritière et comme il avait une fortune personnelle conséquente, vous ne vous privez guère d'afficher vos privilèges, mais vos deniers ne servent aucunement à mon entretient, que je sache ! Vous devriez me remercier au lieu de me critiquer ! Qu’avez-vous à faire de ma personne pour avoir, depuis dix ans, éloigné mon père de moi ? Dois-je vous rappeler que je ne suis nullement votre fille, ce qui, pour moi, serait fort préjudiciable...

    Sachant très bien mettre sa belle-mère mal à l'aise, Isabelle appuya sur un point qu'elle voulait mette en exergue sur la façon dont la d'Argenson avait manœuvré pour conquérir son père. Elle reprit ses attaques :

    Vous vous êtes approprier le nom des de Rubens par la ruse, ce qui n’est pas de mon goût. La d'Argenson faillit s'étrangler en invectivant sa belle-fille :

    Mais tu es intraitable ! Je suis ta mère ! Comment oses-tu une telle insolence ? Tu êtes une sale gamine ! Je vais en référer à ton père !

    Isabelle ne se départie pas de son calme. Bien au contraire, elle se fît un plaisir de surenchérir sur les menaces de sa marâtre :

    Vous êtes la mère de la comtesse Ludivine de Richemont, votre fille que vous chérissez. Pas la mienne. Peut m’importe que vous en référiez au comte, mon père ! Cela ne me touche guère.

    Ne t'a t'on pas appris le respect ? Comment oses-tu une pareil insolence envers moi !

    Jose, Mme ! Un point c’est tout ! Vous n’êtes que ma belle-mère ! Je connais ce qu'est le respect ; mais je n'en ai que faire quand il s’agit de vous ! Il est un fait que je ne vous permets pas de me réprimander ! Vous n’avez aucun droit sur ma personne ! Je continuerais donc à vous faire des courbettes et des révérences pour la galerie, ce qui me servent juste à vous tourner en ridicule comme cette révérence complètement inutile de tout à l’heure…

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -12- 

    Je vous le répète, je suis la seule, de par ma naissance, à être une vraie de Rubens, Mme ! Les ancêtres tourangeau issus de la noblesse de France de votre dernier mari, vous permet, de par votre titre, d'accéder à une certaine aisance financière parce qu'il vous à comblé, avant de mourir, en vous nommant son héritière et comme il avait une fortune personnelle conséquente, vous ne vous privez guère d'afficher vos privilèges, mais vos deniers ne servent aucunement à mon entretient, que je sache ! Vous devriez me remercier au lieu de me critiquer ! Qu’avez-vous à faire de ma personne pour avoir, depuis dix ans, éloigné mon père de moi ? Dois-je vous rappeler que je ne suis nullement votre fille, ce qui, pour moi, serait fort préjudiciable...

    Sachant très bien mettre sa belle-mère mal à l'aise, Isabelle appuya sur un point qu'elle voulait mette en exergue sur la façon dont la d'Argenson avait manœuvré pour conquérir son père. Elle reprit ses attaques :

    Vous vous êtes approprier le nom des de Rubens par la ruse, ce qui n’est pas de mon goût. La d'Argenson faillit s'étrangler en invectivant sa belle-fille :

    Mais tu es intraitable ! Je suis ta mère ! Comment oses-tu une telle insolence ? Tu es une sale gamine ! Je vais en référer à ton père !

    Isabelle ne se départie pas de son calme. Bien au contraire, elle se fît un plaisir de surenchérir sur les menaces de sa marâtre :

    Vous êtes la mère de la comtesse Ludivine de Richemont, votre fille que vous chérissez. Pas la mienne. Peut m’importe que vous en référiez au comte, mon père ! Cela ne me touche guère.

    Ne t'a t'on pas appris le respect ? Comment oses-tu une pareil insolence envers moi !

    Qui me l’aurait appris, vous... mon père, peut-être… A non ! C’est ma marraine et ma préceptrice, et je m'en sert à bon escient.

    Mais enfin ! Cela suffit, Isabelle !

    Et bien non. Cela ne suffit pas. Jose, Mme ! Un point c’est tout ! Vous n’êtes que ma belle-mère ! Ce qui signifie que vous n’êtes rien pour moi.

    Je connais ce qu'est le respect ; mais je n'en ai que faire quand il s’agit de vous ! Il est un fait que je ne vous permets pas de me réprimander ! Vous n’avez aucun droit sur ma personne ! Je continuerais donc à vous faire des courbettes et des révérences si cela peut vous donner l’illusion d’une certaine importance. Pour moi, cela ne sert qu’à vous tourner en ridicule comme cette révérence complètement inutile de tout à l’heure.

    Hors d'elle, la comtesse hurla :

    Sortez de cette pièce, petite effrontée ! Vous n’avez rien à faire ici Lorsque vous vous conduirez mieux, nous aviserons ! Sortez de cette pièce, vous dis-je ! Je ne veux plus vous voir et même si vous vous en fichez royalement ! Nous verrons bien ce qu'il dira !

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  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -15-

    D'un air désabusé, Isabelle lança :

    Comme d’habitudeRien ne change...

    Mais enfin ! Allez-vous vous taire ! Quand est-ce que vous comprendrez que vous n’est rien qu'une enfant mal éduquée ? Allez-vous obéir à mes ordres et sortir !

    — Les enfant mal élevés n’obéissent à aucun ordre et ils pratiquent l'insolence avec délectation. Ne le savez-vous pas ? Il va falloir vous y faire ! Je n'ai aucunement l'intention de vous obéir...

    Ludivine, détournant légèrement sa jolie tête, dit à mi-voix avec cet air de fausse indulgence :

    Oh ! Maman, ne l'humilie pas ainsi ! C’est une de Rubens !

    — Je me soucie peu de votre soutient hypocrite accompagné de votre compassion douteuse, Ludivine. Je n’ait que faire de vos faux-semblants ! Je sais me défendre seule !  A l'avenir, abstenez-vous de prendre ma défense, voulez-vous ?

    Le jeune comte, stupéfait de la joute entre la comtesse de Rubens et sa cousine, n’en revenait pas. Il restait neutre, mais n’en pensait pas moins. Sa cousine germaine était âgée de seulement seize ans et pour son âge, elle avait un sacré caractère ! Il n'en revenait pas de voir l'adolescente oser tenir tête à ce qui devait représenter l’autorité pour elle. Il comprit que sa cousine ne cédraie rien face à sa belle-mère. C’était un vrais coq de combat ! En effet, Isabelle ne se départit pas de son calme et continua de plus belle :

    Pour répondre à vos injonctions, je ne me sens nullement obligée d'obéir à vos commandements ! Je m’en irai que si l’envie m’en prend. Pas avant, ne vous en déplaise ! A part mon cousin germain, je suis la seule vrai comtesse de Rubens dans ce salon, et là, je décide de m’en aller parce que votre vue et celle de votre fille m'insupporte.

    L’air narquois de la jeune adolescente rendit la d’Argenson encore plus folle de rage. Rouge d’une colère contenue, elle décida de se donner une contenance en jouant la comédie du sourire charmeur tout en tendant à William sa main à baiser, faisant mine de ne pas avoir entendu les derniers mots blessants lancés par sa belle-fille. Le jeune comte s’exécuta, montrant un respect feint, nullement ressentit, que l’on devait, encore à cette époque, pratiquer aux dames de la noblesse, mais dont, lui-même, se serait fort bien passé.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -16- 

    La comtesse avait, comme sa fille, une bouche dont les lèvres peu ourlées, étaient fines et trop longues. Cependant, on oubliait ce léger défaut devant la séduction de ces yeux d'un bleu-vert, un peu étrange, sur lesquels tombaient de longs cils noirs. Les traits de la comtesse n'avaient rien de classique en ce sens que ses yeux, son teint satiné, d'une blancheur laiteuse, ses cheveux de la même teinte que ceux de sa fille, suffisaient à composer une beauté, somme toute, peu banale. La mère comme la fille était d’une remarquable ressemblance dont elles faisaient étalage en toutes circonstance, étaient, dans la société où elles évoluaient, fières de leur appartenance à la noblesse, et fières de leur beauté qualifiée de peu commune. Revenant à son envie de blesser Isabelle et ne voulant pas rester sur une cuisante humiliation vis à vis de son future beau-fils qui était loin de se douter du projet qu'elle élaborait pour lui et sa fille. La d’Argenson lança sur Isabelle un regard haineux emplie d'une fureur toute intérieure et ricana :

    C'est elle-même qui se met à l'écart, mon enfant, par le peu de convenance qu'elle affiche pour une de Rubens en venant au salon attifé de la sorte !

    Cette fois, s’en était trop. Les lèvres d'Isabelle s'entrouvrirent tout juste pour laisser fuser les quelques mots cinglants avec cet air de dédain qu'elle savait afficher, et qui accompagnaient souvent les paroles qui sortaient de sa jolie bouche pulpeuse, mais encore enfantine. Telle un coq de combat, la jeune comtesse répliqua :

    Vous vous faite un malin plaisir à m’humilier, mais vous devez bien penser, Mme, que je sais mieux que vous ce qui est indigne d'une de Rubens ! Réfléchissez à la question… vous devriez trouver sans peine la réponse.

    L’air moqueur de la jeune comtesse rendit la d'Argenson encore plus enragée devant la réplique cinglante de sa belle-fille, qui se trouvait être tout à fait de circonstance et non dénuée de bon sens. Sur ses dernières paroles, Isabelle tourna les talons et quitta le salon la tête haute, sans un regard pour le petit groupe qui se tenait là, sans voix devant son aplomb. Décidément, pensa William. Sa cousine germaine avait du caractère. De plus, il y avait un je ne sais quoi  chez elle qui le troublait... quelque chose en elle qui, sans en comprendre la raison, faisait son admiration.

    Une fois sortie de ce salon emplit de mauvaises ondes, Isabelle longea la bande de marbre qui bordait ce lieu détestable pour tourner sur la gauche et se retrouver devant la tour carrée de château-vieux. Dans un renfoncement, à peine visible, une petite porte cloutée s’y dissimulait. Elle la poussa pour se retrouver dans l’armurerie où étaient disposés les armoiries de tous les ancêtres des de Rubens et toutes sortes d’armes dont une armure noire appartenant anciennement à un comte ayant l’âme aussi noire que son armure et que l’on surnommait, le diabolique. Celui-ci était renommé pour sa cruauté et sa perversité.

    Du temps ou il régnait sur ces terres, il violait les jeunes paysannes encore vierges qui se trouvaient être à son service sur son domaine. Il avait eu des enfants naturels dans tout le comté qu’il se gardait bien de reconnaître ! Les jeunes filles travaillant dans les champs, se cachaient lorsqu’elles entendaient le galop de son cheval. La veille de leurs noces, elles disparaissaient, comme par enchantement dans les bois, afin de préserver leur virginité jusqu’à leur mariage. C’était, pour elles, la seule façon d’échapper à ce droit de cuissage imposé par ce démonCe comte faisait peur. Il faisait régner la terreur partout ou il passait. La lubricité de cet homme était sans mesure. Même après sa mort, sa réputation et sa légende l’avait suivi jusqu’à ce jour…

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  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -17- 

    Dans un coin de mur de cette vieille tour, un renfoncement cachait un escalier en colimaçon menant aux étages supérieurs. Isabelle s’y engagea lestement. Le premier étage avait été divisé en trois pièces, dont l'une était sa chambre, et une autre où elle entra après un coup bref frappé à la porte, était la chambre d’Adélaïde de Brémont, l'ancienne préceptrice de Daphné Meldwin lorsqu’elle était encore jeune fille, et qui, par la suite, était devenue la première femme du comte Rudolph de Rubens et la mère d'Isabelle.

    La pièce était sommairement meublée. Adélaïde, assise dans une des embrasures profondes du mur où se trouvaient une petite fenêtre de forme arrondi, cousait aux dernières lueurs du jour. La lumière encore assez prononcée, éclairait sa chevelure neigeuse bien lissée en catogan. Son profil aimable malgré les rides profondes de son visage, s’illumina soudain à l'entrée de la jeune fille. Elle leva la tête, et deux yeux clairs et mélancoliques où la bonté se reflétait sans effort, enveloppèrent Isabelle d'un regard interrogateur.

    D'où venez-vous encore jeune demoiselle ?

    Mais du salon !

    Du salon ? Et qu'y faisiez-vous donc, Seigneur ? Si madame la comtesse vous avait vu...

    Elle m'a vu. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'y étais.

    Adélaïde soupira et son regard posé sur Isabelle, laissa entrevoir un reproche mêlé d’une tendre d'inquiétude.

    Vous tenez tant que cela à la braver, et en plus, dans cet accoutrement ?

    C’est à père de se soucier de mon apparence. Apparemment, ce n’est pas ce qui le gêne! Il n’en a que faire et ce, depuis longtemps ! Je me dois de lui montrer que je suis de son sang en l’obligeant à me regarder telle que, par sa faute, je suis attifée comme le dit la d'Argenson chaque fois que je me présente devant eux. Depuis toutes ces années passées sans lui, mes vêtements on grandit avec moi. C'est peu dire ! Il m'a laissé, telle une pauvresse, à mon sort, sans se soucier de ce que, vous et moi, pouvions penser...

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    Je tiens à lui faire honte intérieurement, et même s’il ne le montre pas, il sait...

    Ma pauvre enfant, mais que gagnerez-vous à ce petit jeu ? Peut-être seulement d'être envoyée dans quelque pensionnat de jeunes filles sans fortune et loin d'ici pour terminer votre éducation. Il en a déjà été plusieurs fois question par le passé ?

    Envoyée loin d'ici ? De mon cher Monteuroux ?

    La voix d'Isabelle vibrait de colère.

    Elle ne peut me renvoyer de Monteuroux sans l’accord de mon père ! Je suis chez moi et je suis aussi une comtesse de sang tant que je ne serais pas mariée à un homme de ma condition, elle ne se débarrassera pas de moi facilement et de plus, je n’ai pas l’âge requis pour me marier ! Je suis chez moi ici !

    Chez votre père, Isabelle... chez votre père…

    C'est la même chose !

    Non, ce n'est pas exactement la même chose mon enfant, hélas !

    Isabelle dit âprement :

    Oui, à cause d'elle... mais Monteuroux sera à moi, plus tard.

    Si Dieu le veut ma chère petite… si Dieu le veut…

    Et pourquoi ne le voudrait-il pas ? Je veux que Monteuroux reste chez les de Rubens, et j’en fais partie !

    Sans doute, ma chère petite… sans doute… vous êtes en droit de revendiquer votre appartenance filiale aux de Rubens comme vous l’avez déjà fais devant la d’Argenson... mais en attendant, c'est Mr de Rubens qui est le maître de ce domaine, si l’on peut dire, car sous l’influence de cette femme, s'il décide que vous partiez…

    S'il décide que je parte, ce ne sera que pour une seule raison ! J'ai bien vu le manège entre mon cousin et Ludivine ! Si mon père décide un jour de me faire partir, c'est que ma belle-mère y sera pour quelque chose ! Des bruits courent au sujet des fiançailles de sa fille avec mon cousin germain. cela ne m’étonnerais guère qu’un jour, mon père et la d’Argenson évoquent des fiançailles pour ces deux-là.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -19-
     Isabelle eut un rire bref, chargé d'une colère à peine masquée.

    De toutes façons, je n'obéirais pas à mon père, pas plus qu’à cette femme de malheur !

    Adélie la gronda gentiment :

    Cela ne pourra se passer tel que vous le souhaitez. Vous êtes trop jeune pour gouverner votre vie telle que vous l’entendez. Vous êtes sous l’autorité de votre père, que vous le vouliez ou non, et vous ne pourrez rien y changer jusqu’à votre majorité. Je pense, ma chère enfant, que vous vous cabrez pour rien. Il faudrait vous contrôler, même si cela vous est dur ! Heureusement que vos propos ne sortiront pas de la vieille tour, ce qui vous amènerait encore de nombreux ennuis !

    Isabelle s'avança doucement vers sa vieille amie sachant qu'elle pouvait avoir toute confiance en elle, et qu’elle ne la laisserait jamais seule. Elle aimait sa chère Adélie. Avec mille précautions pour ne pas la heurter et lui faire mal, elle se laissa choir lentement à ses pieds et posa sa jolie tête blonde sur ses genoux. Tout en lui caressant ses beaux cheveux, Adélaïde confia à sa protégée qu’elle avait bien perçu, d’après ses confidences, que le changement du jeune homme envers Ludivine, la choquait. Ce qui lui fit poser la question qu'elle sentait très embarrassante pour sa protégée :

    — Ma chérie, pourquoi est-ce que cela vous gêne de savoir votre cousin germain susceptible de se fiancer à Ludivine ?

    Elle n’est pas faite pour lui. Elle va le faire souffrir... et si c’est pour sa fortune qu’il l’épouse, je puis vous assurer que le mariage sera voué à l’échec.

    Que dites-vous là, Isabelle ? Pourquoi imaginer que votre cousin n'a en tête que la fortune de Mlle de Richemont ? N’est-elle pas assez jolie pour lui plaire ? Êtes-vous jalouse de l’intérêt qu’il lui porte ?

    Il a changé envers moi depuis que la d’Argenson est devenue la femme de mon père. Il ne me considère plus comme si j’étais son égale. que lui ai-je donc fait ? Des bruits courent dans les couloirs du château au sujet des fiançailles de sa fille et de mon cousin germain. Cette femme est diabolique ! Elle a réussi à détourner de moi toute la famille des environs apparentée à la nôtre. Du temps de maman, j’étais acceptée partout où mère était invitée.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -20- 

    Ce qui me peine, c’est que cette vipère à décider de piéger William afin de faire en sorte que, tôt ou tard, il se fiance à sa fille et par la suite, qu’ils se marient. De cette façon, les deux domaines s’en trouveraient réunis. La mégère et sa fille auraient mains mises sur les deux domaines s’il arrivait quelque chose à ma tante Marie-Catherine puisque Ludivine serait devenue, de part ce mariage, comtesse de Rubens. J’ai entendu la mère et la fille comploter entre elles dans un des boudoirs du château, alors que j’étais cachée non loin d’elles…

    Isabelle, vous espionnez votre belle-mère et sa fille ?

    Oui. Il faut que je sache ce qu’elles cherchent à faire...

    Isabelle, ne voulu pas s’étendre plus avant sur ce qu’elle pensait. Ses mains se crispèrent sur la robes de sa marraine qui était une femme d’une nature très bonne, patiente et très compréhensive. Elle sentit que sa protégée n'en dirait pas plus et n'insista pas.

    Après le décès de sa mère. Isabelle s’était retrouvé seule sans son père... un père inexistant puisque trop souvent absent pour s’occuper d’elle. La petite fille s’était tournée tout naturellement vers la préceptrice de sa mère, dont la générosité et la douceur avait apporter à l’enfant de six ans qu’elle était à l’époque, tendresse et amour, afin d’adoucir son absence. L’aider à surmonter sa peine était sa seule préoccupation. Lorsque, en grandissant, l’enfant lui posait des questions embarrassantes sur sa maman, sa marraine lui expliquait que le bon Dieu l’avait rappelé à lui pour des raisons que, trop petite, elle ne pouvait comprendre, mais que sa maman était heureuse et qu’elle était devenu un ange qui veillait sur elle.

    Adélaïde ne pouvait supporter le désintéressement du comte envers sa petite fille qui était pourtant la chose la plus précieuse que lui avait donné sa femme tant aimée avant de mourir. Son comportement était inadmissible. Adélaïde ne comprenait pas l’absence totale d’intérêt que le comte montrait envers cette enfant qui était de sa lignée. On aurait dit que Rudolph de Rubens désirait oublier la triste réalité de cette tragédie en négligeant la petite qui n’était pas responsable du décès de sa femme, mais qui en payait le prix en grandissant seule, sans même une présence paternelle.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -20-

    Le comte Rudolph, lui, menait grande vie avec sa deuxième femme, et ne vivait uniquement que pour elle et sa belle-fille Ludivine de seulement deux ans plus âgée que la petite Isabelle.

    Depuis cette tragédie survenue dix ans au paravent, les années s’étaient écoulées dans une atmosphère de solitude affective pour Isabelle. Aujourd’hui, la jeune comtesse était une adolescente au caractère bien affirmé, déjà très belle et très intelligente. Adélaïde avait reporter toute son attention et son affection sur cette petite fille qu’elle avait vu grandir en solitaire, s’endurcissant un peu plus chaque jour qui s’écoulaient, manifestant une indépendance marquée, et un mépris total pour les convenances envers celles qui avaient la prétention de remplacer sa mère. Quant au comte Rudolph marquant une indifférence marquée et plus que choquante à l’égard de sa fille, celle-ci s’était braquée, ne supportant plus, et ce, depuis longtemps, son autorité. Isabelle n’éprouvait que du mépris et de la révolte contre les nouvelles règles instituées par la d’Argenson.

    Lorsque Isabelle leva ses yeux vers Adélaïde, ils étaient assombris, durcit par la rage qui se lisait sur son visage. Elle était sa seule amie, celle qui l’avait élevé seule toutes ces longues années, et ne pouvait s’empêcher d’analyser les dégâts psychologiques que la d’Argenson et le comte s’ingéniaient à provoquer chez la jeune fille.

    l’adolescente eu soudain une prise de conscience sur l’état actuel de la situation dont elle subissait les conséquences. Ce qui lui fit faire ce constat :

    Adélaïde, ce n'est que du malheur qui est entré dans cette demeure depuis que mon père à épousé cette Édith d'Argenson ! Je la méprise ! Elle ne porte le patronyme de mon père que parce qu'il a eut la faiblesse de lui offrir le mariage et qu’il à fait d’elle une femme honorable en apparence car, à l’intérieur d’elle-même, ce n’est que laideur. D’après ce que je sais d’elle. Cette femme n’a aucune conscience. Elle est orgueilleuse et elle à le fond méchant. Elle se garde bien de montrer ce qu’elle à de néfaste en elle à mon père ! Elle s’est, pour tous ses précédents mariage, faite épouser pour avoir un titre de noblesse à exhiber. Ce qui lui importait, était de faire partie de l’élite dont le nom est le garant d’une très bonne lignée ; mais elle n’est pas née noble !

    Vous avez découvert cela aussi ?

    Oui, et il n’y a pas si longtemps. Je sais bien d’autres choses ma bonne Adélie…

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -20- 

    En dix ans, j’ai eu le temps d’en apprendre sur elle. Quant à mon père, il ne se méfie pas d’elle et il a tort...

    Adélaïde essaya de lui faire comprendre ce que, peut-être, elle n’avait pas encore analysé :

    Je comprends que vous veuillez conserver le titre de comtesse malgré que vous soyez une fille. Le patronyme de votre père n'est transmissible que par mariage ou directement par filiation si un petit garçon était né. Malheureusement, la première Mme de Rubens, ma Daphné, ne mis au monde qu’une adorable petite fille, Vous. Si elle avait vécu plus longtemps, vous auriez eu peut-être, des petits frères et certainement des petites sœurs ? Mais voilà le sort en a décidé autrement… Je pense que les fiançailles de William et de Ludivine vous font peur à cause de ce que vous refusez d’admettre au sujet de votre cousin qui vous bat froid. Vous n’aimez pas l’idée de ces fiançailles, parce que s’il naissait un petit garçon de leur union, vous…

    Non Adélie ! Je ne craint pas la naissance d’un fils pour William. Les deux familles portent le même patronyme, mais cela ne me supprimerait pas le miens tant que je reste jeune fille et je me refuse un jour de devoir me marier ! A l’évocation de William, Isabelle eut un pincement au cœur mais se refusa d’en analyser la raison. Elle détourna la conversation sur un autre point tout aussi épineux que le premier.

    Vous m'avez dit, un jour, que maman n’aimait guère cette d'Argenson ! Pourquoi continuait-elle à la recevoir ?

    Mon enfant… pourquoi chercher à connaître tout sur ce passé douloureux ? Laissez dormir le passé et n’insistez pas, voulez-vous ? cela ne vous ferait que du mal.

    Je veux savoir Adélie ?! J’ai le droit de savoir ! Tant de choses me sont cachées ! Vous-même, vous me dissimulez ce que mon père vous interdit de me dire ! Je ne suis plus une petite fille qu’il faut épargner ! Ce que vous ne voulez pas me révéler, je le saurais tôt ou tard, et peut-être dans des conditions moins favorables que si vous me les aviez apprises avant que je ne devine les choses par intuition, ou par malveillance... qui peut savoir Adélie ?

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -20- 

    Étonnée par tant de discernement de la part de sa filleule, Adélaïde fit réponse à sa question en lui dévoilant le peu qu’elle savait de cette femme dont elle se méfiait sans vraiment la connaître :

    Édith dArgenson pouvait difficilement faire autrement, puisque Mme la comtesse de La Chamalière est sa cousine par alliance. De ce fait, elle passait une grande partie de l'été dans son château.

    Comme vous le savez, il n’est pas très éloigné du château de Monteuroux. Votre futur belle-mère pouvait ainsi, joindre l’utile à l’agréable...

    Isabelle songea un instant, les paupières baissées, qu'elle n'avait pas à aimer cette intrigante qui avait réussi à prendre la place de sa chère disparut en intrigant avant son décès, et réussissant à se faire épouser par son père peu de temps après que sa mère ne soit plus de ce monde.

    Les larmes aux yeux, Isabelle fit une constatation plus qu’évidente :

    Père a épousé cette mégère bien trop tôt après... après la mort de maman. Maintenant que je suis en âge d’analyser les choses, je ne trouve pas cela normal.

    Oui, quelques mois après, sans terminer son deuil... Fît Adélaïde ayant délaissé pour un moment sa couture, afin d’accorder un peu de temps à sa protégée qui était en demande.

    Alors, il a oublié maman tout de suite après qui lui eut fait ses adieux et qu’il l’eut porté sur le lieu de son dernier sommeil ? J’étais toute petite au moment du décès de maman. Mon cœur d’enfant n’était pas prêt à ne plus la voir. Je la pleurait toujours quand il s’est remarié. Imaginez la souffrance que mon cœur de petite fille que j’étais alors à pu ressentir lorsque du jour au lendemain maman n’était plus là pour me prendre dans ses bras, me bercer quand j’avais du chagrin... ne plus voir mon père, me fut très dur. Mais ne plus voir maman me je fut plus dur encore. Je ne comprenais pas cette absence et j’en voulais à Dieu qui m’avait enlevé maman qui était mon bien le plus précieux. Père, à cause de cette femme, à manqué à tous ces devoirs envers moi ! Aujourd’hui, lorsque je pense à maman, je me dis qu’elle était, et qu’elle est toujours pour moi, ma chère maman, puisque je ne suis pas allée à son enterrement. Je pense qu’il y a des choses qui sont anormales dans ce mariage avec mon père. Comment a t-il pu se laisser charmer par cette femme coquette, superficielle et calculatrice ? Elle est diabolique, cupide et je suppose qu’elle a des arrières pensées bien précises derrière la tête...

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -20- 

    Grâce à ces deux défunts maris, elle fut suffisamment riche pour renflouer mon père dont les revenus ont toujours été déclinants. Ce n’est pas récent ! Ces avoirs passent, en grande partie, dans l’entretient de Monteuroux depuis longtemps !

    J’ai su, en entendant les domestiques parler derrière le dos de cette mégère, qu’elle n’est pas appréciée au château comme l’était maman. A leur mariage, les finances de père étaient au plus bas avant qu’elle n’en prenne les rênes. Si cette d’Argenson s’est intéressée à lui, ce n’était pas pour sa fortune… non. Je pense au domaine qui représente tout l’héritage de mon père. Et si c’était pour Monteuroux et les terres qu’elle l’avait épousé ? C’est une idée qui trotte continuellement dans ma tête… Je n’ai pas besoins d’aller bien loin pour être au fait des rumeurs sur l’ancienne vie de cette danseuse qui se disait aussi comédienne. Une mauvaise femme pleine d’ambition qui a des vues sur l’héritage de père qui ne devait jamais oublier l'amour de sa vie… que maman serait toujours dans son cœur… dans son cœur… qu’elle ironie ! Le visage de Adélaïde se troubla devant le regard perplexe d’Isabelle. Elle dit avec hésitation :

    Certainement qu'il aimait votre mère ! Mais les hommes, il ne faut pas trop leurs en demander... à certains, surtout. Ils se laissent vite consoler, puis oublient leur peine dans les bras d'une autre…

    C'est affreux ! Dit âprement Isabelle. Oublier celle que l'on a aimé et chéri pendant des années ! Si la d’Argenson ne s'était pas trouvée là, peut-être que père ne se serait pas remarier aussi rapidement ?

    Mais elle était là, ma chérie, à l’affût de ce veuf éploré, perdu dans son chagrin… Elle était là à attendre son heure… Je me rappelle, maintenant que vous en parlez, que je la voyais souvent au château, faisant des civilités à votre maman. Je la trouvais trop polie pour être honnête… Et oui ! Ta futur belle-mère se trouvait là où il fallait qu’elle soit pour troubler un homme dont la femme était partie bien trop jeune… Elle accourut, s'est montrée attentive à ses besoins, serviable et servile à souhait…

    Oh ! Elle est toujours tout cela envers mon père ! Ricana Isabelle. Je me demande pourquoi grand-père ne l'a pas mise à la porte ?

    Adélaïde se sentant obligée de dévoiler les circonstances dans lesquelles avait eu lieu ce mariage, continua son récit :

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -20- 

    Votre grand-père n’était pas homme à se soucier de son fils. Ce qu’il faisait de sa vie lui importait peu. Votre père a vécu et ressentit ce manque d’amour et d’attention de sa part depuis tout jeune. Votre grand-mère qui est aussi la mienne, n’était pas non plus une bonne mère et votre père fut élevé par des nurses.

    Elle ne s’occupait que de son époux, mais de son fils, elle ne s’en occupait pas ?

    Quand ton père s’est fait homme, à part le respect qu’il devait à sa mère, son obéissance n’était pas une chose obligatoire pour lui, même si elle était en droit, par principe, de l’exiger. La comtesse Marie-Marguerite avait perdu toute autorité sur son fils et ne pouvait plus intervenir dans ses choix de vie. Ce n’est pas faute d’avoir essayer de conserver un ascendant sur lui, mais sans pour autant y parvenir...

    A cette époque, elle était en Suisse. Il lui était impossible de revenir plus tôt. Ce fut suffisant pour que le mariage ait lieu sans qu'elle ait à y redire. Quelques semaines plus tard, lors du retour de la comtesse, la vicomtesse d'Argenson, devenue comtesse de Rubens, s'est alors éclipsée très discrètement, attendant de pouvoir être officiellement présentée à sa belle-mère, si je puis dire, car votre grand-mère, ayant mis ses menaces à exécution, la présentation de la nouvelle châtelaine ne fut jamais d’actualité.

    Isabelle se leva, se tint un moment immobile devant sa chère Adélie, le visage défait et assombrit par la douleur. Malgré son chagrin, elle se permit de faire une dernière remarque :

    Pourquoi ? Mais pourquoi père s’est-il laissé séduire par cette femme ?!

    Mon enfant, il est inutile de vous faire du mal en remuant le passé… Je vous l’ai dit ! Laissez-le où il est. Il vous faut vivre à présent ! Il vous faut vous tourner vers l’avenir pour avancer et trouver votre place dans ce monde, ce qui est loin d’être facile…

    Après être restée un moment silencieuse, la jeune fille reprit :

    Il faudra que, tôt ou tard, je sache tout ! En attendant, je vais aller travailler mon devoir de Grec. De plus, Mr le curé m'a donné à faire une difficile version latine pour demain. Je vous avouerais que je n’en ai guère envie. Et puis, à quoi est-ce que cela va me servir ? J’en ai assez de Platon et de ces leçons de latin !

    Préoccupée par ce qu’elle venait d’entendre de la bouche d’Isabelle, Adélaïde cru de son devoir d’essayer de lui faire comprendre que ce que l’Abbé Verges lui enseignait, ne lui servait peut-être pas pour le moment, mais peut-être plus tard.

    Allez mon enfant, et ne vous torturez plus ainsi. Vous n’avez que seize ans. Essayez d’oublier toutes ces mauvaises pensées. Vous n’êtes pas de taille à affronter cette femme pour le moment.

    Il vous faut étudier et plus tard, ce que monsieur l’abbé vous aura enseigné, aura tout son sens. Ah ! J'oubliais ! Dominique est venu tout à l'heure pour m'informer que Mme votre grand-mère, vous fait dire d'aller la voir demain.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -20- 

    Il paraît qu'elle est très souffrante ces temps-ci, mais elle a expressément ordonné de ne pas appeler le médecin.

    Ma chère Adélie. Faut-il que je me rende à son chevet ? Est-ce bien nécessaire ? Je suis tellement mal à l’aise en sa présence… qu’elle âge a-t-elle ?

    Il le faut, mon enfant ! Je ne sais que cela ne vous enchante guère ? Elle est très âgée, il est vrai. Je pense qu'elle à plus de quatre-vingt-trois-ans, mais je n'en suis pas sûr. Peut-elle tenir encore ? Je ne suis pas dans le secret de Dieu. Ce n'est, peut-être, qu'une fatigue passagère ? Qui pourrait certifier qu’elle puisse encore vivre quelques années, à part le docteur Pichon ?

    Votre grand-mère qui est aussi la mienne de par la branche des de Brémont, m’a toujours ignoré. Et oui, mon enfant, fit Adélaïde. Je ne me suis pas étalée sur le degré de parenté que j'ai avec la comtesse Marie-Catherine, mais avant d’être une de Rubens, c’était une de Brémont... et je suis une de Brémont, ma chérie. Elle est également ma grand-mère, même si je lui suis indifférente. Mon frère étant décédé d’une maladie que je ne saurais décrire. Son testament stipulait que j'étais sa seule héritière.

    J’ai dû m’assumer seule afin de subvenir à mes besoins et faire durer mon héritage. C'était mon frère qui était l'héritier... pas moi. Bien sûr, ce testament n'a pas plus à notre grand-mère et lorsqu'elle fut une de Rubens, ce lien entre elle et moi qui était loin d'être affectif, s'est complètement tarit. Je n'attendais rien d'elle. Je me suis débrouillée pour chercher un emploi comme préceptrice. J'aurais pu être rentière ; mais je ne me voyais pas ne rien faire de ma vie. Je trouvais chez votre oncle, Sir de Montaigu-Meldwin ce que je cherchais. Ainsi, je fus mise en présence de votre maman qui était toute jeune. Dieu que je l’aimais ma chère petite Daphné !

    Je sais, Adélie que ma mère vous était très chère ; mais il y a des choses qui me semblent suspectes concernant son accident. Mon instinct me dit que je ne suis pas loin d’une vérité que je ne connais pas encore, mais que soupçonne depuis déjà quelques années. Je suis obligée de garder pour moi mes doutes, ce qui est très lourd à porter seule. Je ne peux confier ce que je pense de la d'Argenson à mon père concernant ce qu’il s’est passé il y a dix ans. Je ne peux confier mes doutes à personne d'autre qu'à vous... Adélie. Si c’est elle qui a pris la vie de maman, elle ne réussira pas à me prendre le domaine de mes ancêtres en éliminant mon père par des moyens que je commence à fortement soupçonner ! La d’Argenson ne peut me supporter. Si c’est elle qui est pour quelque chose dans l’horreur qu’à vécu maman et si j’ai été tenu à l’écart avec l’accord de père, c’est pour cette raison. J’en suis convaincu. 

    Isabelle ! Non ! Ne pensez pas à ces choses malsaines ! Ce n’est pas bon pour vous ! Pour le moment, ce ne sont que des suppositions. Il faut des preuves pour arriver à pouvoir mettre une personne en défaut.

    Qu’est-ce qui n’est pas bon pour moi ? Que je la soupçonne d’avoir tué ses deux maris pour s’approprier leur fortune ? Je ne saurais dire comment, mais cela me semble être presque sûr, comme je suis convaincu que père risque d’être le troisième.

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