• Le mystère de l'étang-aux-ormes .Page -4- 

     

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    Livre d'or

     

    Chapitre -1-

     

    Nous n'étions pas encore à la fin août. L’automne n’était pas bien loin et septembre poussait l’été à s’en aller afin de lui laisser la place. Tel un artiste peintre, cette belle saison aimée pour les couleurs chatoyantes qu’elle déposait, ça et là, sur la cime des arbres, nous rendait pensif en admirant le paysage ou des myriades de petites touches magiques, augmentant imperceptiblementchaque jour, la beauté du paysage, laissant entrevoir la perspective d'une nouvelle saison : certes, moins chaudes qu’en plein été, mais bien plus agréable à vivre en attendant les tous premiers frimas de l’hiver qui, en Normandie, sont normalement précoces.

    Mais pour cette fois que l'été se prolongeait,  nous n'allions pas nous en plaindre !  Il semblait vraiment vouloir tenir tête au changements à venir, ce qui emplissait le cœur des paysans d’un ultime plaisir non dissimulé. Les vendanges n’étaient plus très loin et les fenaisons non plus. Les cidreries attendraient patiemment le ramassage des pommes à cidre qui se terminait toujours par une grande fête ou l’on buvait la boisson du pays extrait du premier jus de pomme avant fermentation, ce qui lui donnait un goût légèrement aigrelet, et que l’on appelait : " la piquette ". Ce jus n’avait pas encore la teneur en sucre et en alcool qui faisait le bon cidre de Normandie ainsi que le Calvas que l’on ne travaillait pas de la même façon et qui, lui aussi, était fabriqué, selon la tradition, à partir des pommes de ce beau pays qu'est La Haute Normandie. Lorsque le moment  du ramassage des fruits était venu, ceux qui avaient participé à ce travail, aimaient se régaler de cette boisson, tout en appréciant le bon repas qui clôturait la récolte de toutes ces pommes avec lesquelles l'on faisait également des compotes quand on ne les conservait, bien étalée sans les coller, l’une de l’autre,dans le grenier, enroulées dans du papier journal, ce qui aidait à la conservation des fruits pour l'hiver, cela permettait aux ménagères de confectionner de délicieuses tartes tatin.

    Avec ce même cidre déjà vieux d’une année, au moment de la cueillette des châtaignes, les paysans,  les soirs de froidure ou il faisait bon se réunir au coin des grandes cheminées à crémaillère pour y faire griller ces fruits délicieux que l'on accompagnait d’une grande bolée de cidre chaud, disposés devant les flammes de ces mêmes cheminées.  Les soirs d'hiver, c’était le moment des veillés ou les familles se racontaient des histoires que les enfants adoraient écouter.

    La cueillette des pommes n'était quand même pas un travail facile et, de plus, la dangerosité se trouvait dans la multitude de vipères qui se dissimulaient dans les terrains à pommiers. En ces temps reculé, elles étaient légion. Il fallait faire très attention ou l’on posait ses mains, et se chausser en conséquence pour se protéger le mieux possible de ces serpents nuisibles : des accidents mortels s’étaient déjà produit et la vigilance était de mise. Isabelle adorait ces odeurs de foin, de pommes mûres mélangées à toutes sortes effluves provenant de multiples fleurs et fruits exhalant, à cette époque de l’année, leur parfum enivrant qui emplissaient ses poumons de ces odeurs provenant de la vallée. Isabelle se plaisait à admirer les collines et montagnes offrant une multitude de grands arbres à son regard émerveillé qui se couvraient chaque année de ces petites touches de couleurs automnales dont la nature aimait se parer pour préparer doucement à l'endormissement de la flore pendant ces trois mois, permettant aux autres saisons, à leur heures, de faire renaître toutes choses sur la planète.

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    Perchée sur le plat rocheux de la falaise, le vieux château de Monteuroux s'accrochait à ses fondations bien ancrées dans le sol. Tout en exposant ses ruines, il s’élevait fièrement,  mais en ruine, surtout de ce côté-ci, faute d’entretien. Cependant, il tenait encore debout par endroit, se cramponnant à ses souvenir, si tant est que les objets aient une âme : ce que je veux croire.

    Sans soucis du danger, ni du vertige qu’elle ne craignait pas, ses jambes fines pendant le long de la falaise, ses pieds minces chaussés de ballerines usagées battait la roche. Assise sur l'appui à demi effondré d'une demi baie en arc de cercle donnant directement sur l'à-pic du bloc rocheux, Isabelle se penchait en avant, son attention retenue par une silhouette à cheval qu’elle connaissait bien. 

    Qui l'eût vue dans cette fâcheuse position, en aurait tremblé d'effroi. Pas la jeune comtesse, qui se pencha un peu plus, pour mieux voir le cavalier chevauchant en contre-bas sur le chemin, longeant la parois abrupte. Les événements susceptibles de se passer au dessus de sa tête, ne regardait pas ce jeune cavalier trop occupé à chevaucher tranquillement, apparemment satisfait de sa promenade. A un certain moment, il arriva au tournant du chemin caillouteux qui menait au château de Monteuroux, elle le perdit de vue. Ce vieux château plus que centenaire, jumelé avec un autre beaucoup plus récent et en très bon état, étaient depuis longtemps classé monument historique.

    Tout en contemplation devant le magnifique panorama qui s'offrait à elle, Isabelle revînt à sa réalité, se redressa prudemment pour ne pas risquer la chute, fit faire volte-face à son jeune corps souple et gracile, se souciant peu du précipice à qui, maintenant, elle tournait le dos. La jeune adolescente au visage d'un ovale parfait, se distinguait dans cette luminosité solaire éphémère. Son corps encore filiforme, nimbé d’une luminosité irréelle, se détachait dans ces ruines, formant un tableau que seul une fin d’après-midi d’été était capable de créer avant de diminuer d’intensité. La clarté que recherchaient les artistes peintres inspirés, disparaissait définitivement derrière un horizon indistinct, masqué par les bois et forêts entourant le village, et ce château jumelé que l’on apercevait de loin grâce au promontoire sur lequel ils avaient été édifié.

    Depuis longtemps, ce lieu était abandonné, envahi par une végétation désordonnée, dissimulant des abords dangereux insoupçonnés. Isabelle n'avait pas cette appréhension à l’approche du précipice qu’elle devinait sous les épais buissons épineux, sur lesquels fleurissaient de jolies fleurs d'églantine. Comme je l’ai stipulé un peu plus haut, les murs de l’ancien château bien implanté dans la roche, étaient  plus que délabrés par endroit : mais il refusait de ne plus exister.

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    La jeune personne était fraîche comme une rose. Son teint légèrement halée par ces trois mois d’été faisait ressortir ses yeux d'un vert noisette parsemés de taches mordorées. Isabelle restait là, à rêvasser, les bras croisés sur sa poitrine. Son regard errait sur les grands cèdres, les chênes, les boulots et les épicéas, entourant ce village paisible ou coulaient de nombreux petits bras de rivières arrosant la région qui étaient encore, par endroit, nimbés de soleil. La jeune adolescente était perdue dans ses pensées. Elle ne se préoccupait plus du spectacle qui s'offrait à son regard et dont elle avait l'habitude. Un pli s'était formé sur son jeune front dont une mèche de cheveux rebelle avait été repoussée de la main d'un geste machinal. Une contraction involontaire crispait son joli minois. Ses sourcils nettement dessinés, d'un ton plus foncé que sa blonde chevelure, s'étaient rapprochés, lui donnant un air soucieux. Il lui arrivait souvent de venir se poster à cet endroit propice à une quiétude favorable au cheminement de ses pensées, évitant ainsi, d’être dérangée. L’endroit où elle était assise était dangereux pour qui ne connaissait pas ce lieu, mais pour elle qui était parfaitement habituée à ce coin, ce n’était rien que d’effectuer un mouvement souple de ses reins afin de se détourner du vide en sautant avec légèreté sur le sol, se retrouvant ainsi dans un espace qui, jadis, avait dû être une vaste salle, éclairée par une large baie vitrée. Il n'y avait plus de porte à l'ouverture opposée qui donnait sur une cour envahie d'herbe, bordée à droite par son corps de logis abandonné, lui aussi, et à gauche par un autre bâtiment de la même époque. Une vieille cour carrée que l'on appelait la tour du comte de Montserrault, se trouvait être dans le même état que le reste de cette somptueuse demeure seigneuriale aujourd’hui abandonnée au profit de la partie agrandit et rénovée selon les normes de l'époque. Une grille formait le quatrième côté de cette cour au centre de laquelle trônaient un joli bassin recouverts d’une mousse qui, depuis longtemps, en avait tapissé les éléments principaux. Plusieurs angelots dont ils étaient l’ornement principal, semblaient attendre en vain, que le petit bassin rond revienne à la vie par je ne sais quel miracle. Les battants de la grille partiellement sortis de leurs gonds, ne fermaient plus. Au-delà apparaissait un parterre à la Française, bien entretenu, qui s'étendait devant le corps de logis datant du 17 ème siècle, formant une équerre mordants sur les bâtiments de château vieux.

    Du côté de château neuf, six hautes portes vitrées s’ouvraient là, sur une large marche de marbre blanc, veiné de noir et patinée par le temps, ce qui donnait encore plus de cachet à la façade de ce bâtiment qui semblait être en très bonne état par rapport à château vieux entièrement délaissé. L'on distinguait, dans les auteurs de la campagne profonde qu’est la haute Normandie, la partie de ce château rénové, complètement accolé à château vieux.

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    Ce fut vers l'une de ces hautes portes fenêtres que se dirigea Isabelle. Son corps souple, avait une grâce singulière : une aura presque surnaturelle. Un léger sourire détendait ses lèvres finement ourlées. Elle entra dans la pièce offrant à son regard un grand salon aux boiseries d'ébène artistiquement sculptées. Son regard en fît le tour et s'arrêta sur une causeuse aux coussins froissés, puis, plus longuement, sur une table ronde au pied central. Sur cette table, se côtoyaient revues, broderies commencées, et au centre, trônait un petit cendrier de cristal où se consumait une cigarette blonde dans un fume-cigarette. Dès que le seuil de la porte fut franchit, sur la beauté expressive de son visage, un voile semblait, tout à coup, avoir été tiré. Ce fut une jeune fille un peu figée, au regard glacé, qui daigna formuler un bref :

    — Bonsoir, William. Au jeune homme en tenue de cheval subitement apparu dans le salon.

    — Vous, ici ? Isabelle ? Fit-il surpris.

    — Oui. Pourquoi ne serais-je pas à cet endroit ?

    Un défi se sentait dans la voix encore enfantine de la jeune fille.

    Le jeune homme interloqué par cette rebuffade à peine déguisée, ajouta d’un ton identique à celui qu’avait employé sa cousine Germaine :

    — Cette tenue n'est pas très indiquée pour paraître au salon.

    D'un air désapprobateur et ironique, William toisa la jeune fille qui ne parut pas s'en émouvoir. A son tour, elle toisa le jeune homme qui la regardait avec un air condescendant. Celui-ci portait avec élégance un costume quelque peu usé comme l'était également les gants élimés qu'il avait retiré de ses mains. La jeune fille ne se départie pas de son calme et, à son tour, lui décocha une réplique comme elle en avait le secret :

    — Votre accoutrement n’est pas moins usé que le mien, et pourtant, vous êtes dans ce même salon, me semble t'il. Je me trouve, donc, très bien comme je suis, et tout à fait à ma place en tant qu’une de Rubens ! Du reste, combien me faudrait-il pour renouveler ma garde-robe ? Vous savez très bien que ce n'est guère possible : Mon père n’a pas les fonds nécessaires rien que pour ma petite personne qui est très insignifiante à ses yeux ! Bien sûr que je pourrais être habillée de neuf par Mme d'Argenson, si je me pliais à ses exigences, et je serais à même d’obtenir, à nouveau, l’affection de mon père, s’il ne se laissait pas manipuler par elle : comme vous, par exemple, et Mme votre mère... Mais voilà : je ne veux pas me plier à ce qu’elle désire faire de moi. Les fausses affections guidées par l’intérêt ne m’intéressent guère. De plus, je n’aime pas les manières de la mère et de la fille, ainsi que leur façon d’évoluer dans un monde où les apparences valent mieux que les qualités de cœur.

    Vous pourriez respecter au moins le remariage de votre père en donnant son titre légitime de noblesse à la comtesse Édith de Rubens.

    — Ce titre de noblesse, comme vous dite, est celui de ma mère Daphné de Rubens. Il n’est nullement question que j’accepte cette usurpatrice comme étant la deuxième comtesse de Rubens. Je ne puis supporter d’avoir une telle belle-mère qui ne m’aime pas et que je n’aime pas non plu, d'ailleurs ! Je ne puis lui attribuer ce titre qu’elle s’est approprié d’une manière extrêmement sournoise et peu conforme aux usages établis

    — Pensez-vous que c’est en vous conduisant comme vous le faites, que vous obtiendrez les faveurs de votre père et de Mme la comtesse ? Il vous faudrait changer d’attitude, ma cousine !

    — Là ne sont pas mes intentions, mon cousin...

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    A cet instant précis, dans l’encadrement de la porte qu'il n’avait pas pris la peine de refermer derrière lui, parut une autre jeune fille à la chevelure très brune vêtue de blanc. Elle tenait à la main un ravissant petit chapeau qu'elle venait certainement d'enlever. Sans se soucier de la présence d’Isabelle qu’elle feignait de ne pas encore avoir remarqué, elle s’adressa directement au jeune homme :

    — Ah ! William, cher ami ! Nous rentrons à l'instant de promenade.

    Elle avait une voix troublante et musicale. Ses yeux d’un bleu-vert foncés contrastaient avec ce sourire mielleux et séducteur qu’elle affichait. Son visage aux traits fins et délicats s’harmonisait avec cette opulente chevelure très brune, et relevée en chignon travaillé, laissant savamment échapper quelques longues mèches bouclées, elles aussi, qui descendaient sur un des côtés de son épaule droite, pour venir mourir sur son délicat et chaste décolleté, laissant juste voir ce qu’il fallait pour une jeune fille de son rang. La jeune comtesse de Richemont était très consciente de son pouvoir de séduction sur la gente masculine et savait jouer de ses charmes en toutes occasions. Sa robe de mousseline joliment agrémentée de dentelle, garnissant le haut de son corsage, finissait de parfaire sa toilette qu’elle savait indéniablement porter avec une très grande élégance. Consciente de l’effet produit sur le jeune comte qui s’avançait vers elle, admiratif, elle l’accueillit avec un sourire charmeur en lui tendant sa main à baiser. William continua de s’avancer, subjugué, vers ce joli tableau. Il lui prit la main qu'elle lui tendait avec coquetterie et y appuya ses lèvres. Ludivine avait un teint de porcelaine légèrement rosé, elle aussiSon seul défaut était ses lèvres génétiquement très fines sur une bouche légèrement trop grande comme l’était celle de sa mère. Consciente de ce petit défaut, elle s’arrangeait, par multiples artifices bien féminins, pour que cette légère imperfection soit sublimée par une rangée de dents très blanches, faisant penser à des perles. La jeune comtesse de Richemont savait faire de cette légère disproportion dans un visage angélique parfait, une qualité qu’elle mettait à profit pour séduire le beau William.

    — Je viens seulement d'arriver cher William. Dominique que nous avons croisé dans la cour m'a dit que vous ne tarderiez probablement pas, à moins que vous ne soyez déjà arrivé. Pour un peu, nous nous serions croisés sur le chemin de Monteuroux. Notre cousine, Mme de La Chamalière est malade. Nous avons trouvé bon d'aller lui rendre visite afin qu'elle ait un peu de compagnie… mais je vois, mon ami, que quelqu'un a comblé le vide de notre absence… Si elle avait dû se prolonger plus longuement, vous étiez en très bonne compagnie… Il y avait, dans la voix de la jolie personne, un soupçon de moquerie dirigé vers Isabelle qui n’en avait cure. 

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    L’adolescente ne s'était pas départie de cet air figé d'avant l'arrivée de la nouvelle venue. Une voix derrière Ludivine, dit avec une intonation de douce raillerie :

    — Aimable compagnie, assurément… Ne peux-tu faire une autre tête, Isabelle, et quand cesseras-tu, ma pauvre enfant, de toujours choisir la plus vilaine de tes robes pour venir au salon ?

    Avec une révérence pratiquée avec applicationaccompagnée d’un air ironique poussé à l’extrême, Isabelle persifla :

    — Je me suis habillée ainsi, jugeant que pour vous rendre mes hommages de l’après-midi, cela était bien suffisant... Mme !

    — Oh ! Comment oses-tu !

    — Cela est tout à fait convenable pour le degré de parenté inexistant entre nous, Mme ! Vos deniers ne servent aucunement à mon entretient, que je sache ! Vous devriez me remercier au lieu de me critiquer ! Qu’avez-vous à faire de ma personne pour avoir, depuis dix ans, éloigné mon père de moi. Dois-je vous rappeler que je ne suis nullement votre fille, ce qui, pour moi, serait fort préjudiciable... Fit Isabelle sachant très bien la réplique qui allait suivre.

    — Mais vous êtes intraitable ! Je suis votre mère ! Comment osez-vous une telle insolence ? Je vais en référer à votre père.

    — Vous êtes la mère de la comtesse Ludivine de Richemont,  votre fille que vous chérissez : pas la mienne. Peut m’importe que vous en référiez au comte : mon père...

    — Comment osez-vous !

     J’ose, Mme ! Un point c’est tout… vous n’êtes que ma belle-mère, et je ne vous permets pas de me réprimander. Il me semble que vous outrepassez vos droits sur ma personne !  Jcontinuerais donc à vous faire des courbettes et des révérences qui me servent juste à vous tourner en ridicule comme cette révérence complètement inutile de tout à l’heure... 

    Hors d'elle, la comtesse hurla :

    — Sortez de cette pièce ! Vous n’avez rien à faire ici ! Lorsque vous vous conduirez mieux, nous aviserons !

    Ludivine, détournant légèrement sa jolie tête, dit à mi-voix avec cet air de fausse indulgence :

    — Oh ! Maman, ne l'humilie pas ainsi ! C’est une de Rubens !

    — Merci pour votre soutient hypocrite, accompagné de votre compassion douteuse, Ludivine ; mais je n’ait que faire de vos faux-semblants ! Je sais me défendre seule !

    Le jeune comte, stupéfait de la joute entre la comtesse de Rubens, et sa cousine, n’en revenait pas. Il restait neutre, mais n’en pensait pas moins au sujet de sa cousine germaine de seize ans qui osait tenir tête à ce qui devait représenter l’autorité pour elle... Isabelle osa continuer : 

    — Je ne me sens nullement humiliée. Par contre, votre mère, oui. Et je m’en irai que si l’envie m’en prend : pas avant. 

    L’air amusée d’Isabelle rendit la d’Argenson encore plus folle de rage. Rouge d’une colère contenue, la comtesse Édith de Rubens, sourit tout en tendant à William sa main à baiser. Il s’exécuta, pensant qu'il avait en horreur ce cérémonial. Pour lui, cela démontrait un respect feint, nullement ressentit, que l’on devait, encore à cette époque, aux dames de la noblesse, mais dont, lui-même, se serait fort bien passé. La comtesse avait, comme sa fille, une bouche dont les lèvres peu ourlées, étaient fines, et un peu trop longues. Cependant, on oubliait ce léger défaut devant la séduction de ces yeux d'un bleu-vert un peu étrange, sur lesquels tombaient de longs cils noirs. Les traits de la comtesse n'avaient rien de classique, mais ses yeux, son teint satiné, d'une blancheur laiteuse, ses cheveux de la même teinte que ceux de sa fille, suffisaient à composer une beauté, somme toute peu banale. La mère et la fille, d’une remarquable ressemblance dont elles faisaient étalage en toutes circonstance, étaient, dans la société où elles évoluaient, fières de leur appartenance à la noblesse, et fières de leur beauté qualifiée de peu commune.

    Revenant à son envie de blesser Isabelle, et ne voulant pas rester sur une cuisante humiliation vis à vis de son future beau-fils qui était loin de se douter du projet qu'elle élaborait pour sa fille. La comtesse lança sur la jeune fille un regard haineux emplie d'une Fureur toute intérieure. Elle persifla :

    — C'est elle-même qui se met à l'écart, mon enfant, par le peu de convenance qu'elle affiche pour une de Rubens en venant au salon attifé de la sorte !

    Cette fois, s’en était trop. Les lèvres d'Isabelle s'entrouvrirent tout juste pour laisser fuser les quelques mots cinglants avec cet air de dédain qu'elle savait afficher, et qui accompagnaient souvent les paroles qui sortaient de sa jolie bouche pulpeuse, mais encore enfantine. Telle un coq de combat, la jeune comtesse répliqua : 

    —Vous vous faite un malin plaisir à m’humilier, mais vous devez bien penser, Mme, que je sais mieux que vous ce qui est indigne d'une de Rubens ! Réfléchissez à la question… vous devriez trouver sans peine la réponse.

    Là-dessus elle tourna les talons et quitta le salon la tête haute, sans un regard pour le petit groupe qui se tenait là, sans voix devant son aplomb.

    Longeant la marche de marbre qui s'étendait tout le long de la façade, Isabelle atteignit l'extrémité de ce corps de logis que l'on appelait le château neuf, parce qu'il se distinguait nettement de château vieux que l’on ne pouvait plus entretenir faute de moyens conséquents pour des travaux de rénovation.

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    Une voix derrière Ludivine, dit avec une intonation de douce raillerie :

    — Aimable compagnie, assurément… Ne peux-tu faire une autre tête, Isabelle ? Et quand cesseras-tu, ma pauvre enfant, de toujours choisir la plus vilaine de tes robes pour venir au salon ?

    Ludivine, détournant légèrement sa jolie tête, dit à mi-voix avec cet air de fausse indulgence :

    — Oh ! Maman, ne l'humilie pas ainsi !

    La comtesse Judith de Rubens sourit, tout en tendant à William sa main à baiser bien qu’il n’en ait pas envie, mais la nouvelle comtesse de Rubens tenait au protocole. Il s’exécuta donc de mauvaise grâce en sachant très bien dissimuler, pour la forme, ce qu’il pensait de cette coutume qu’il désapprouvait. La comtesse de Rubens avait, comme je le stipule un peu lus haut, une bouche dont les lèvres peu ourlées, étaient trop fines sur une bouche un peu trop longues, pareille à celles de sa fille, ce qui dénotait, chez elles deux, et sous entendait une méchanceté innée. Leur lèvre formaient comme un trait et n’avaient rien d’agréable en matière d’esthétisme. Cependant, on oubliait ce défaut devant la séduction de ses yeux d'un bleu-vert également pareil à ceux de sa fille, un peu étrange et sur lesquels tombaient de longs cils noirs. Ses traits n'avaient rien de classique, mais ses yeux, son teint satiné, d'une blancheur laiteuse, ses cheveux auburn comme également ceux de sa fille, suffisaient à composer une beauté somme toute, peu banale, d’une remarquable ressemblance dont elles faisaient étalage en toutes circonstances dans la société où elles évoluaient, fières de leur appartenance à la noblesse et fières de leur beauté qualifiée de peu commune selon les gens du milieu où elles évoluaient.

    Revenant à son envie de blesser Isabelle, la comtesse persifla à l’encontre de sa belle-fille :

    — C'est elle-même qui se met à l'écart, mon enfant, par le peu de convenance qu'elle affiche en venant au salon attifé de la sorte... pour une de Rubens !

    Cette fois, s’en était trop. Isabelle bouillait intérieurement devant tant de mauvaise foi et de méchanceté.

    De son côté, Édith d’Argenson jubilait devant la perspective d’avoir le dernier mot sur la jeune comtesse ; mais c’était mal connaître l'adolescente. A cette réflexion sciemment voulu pour blesser sa belle-fille, celle-ci ne se départie pas de son calme pour rétorquer à sa belle-mère une de ses phrases dont elle avait le secret afin de la déstabiliser. les lèvres d'Isabelle s'entrouvrirent, tout juste pour laisser fuser ces quelques mots cinglants avec cet air de dédain qu'elle savait afficher lorsque, dans sa fierté, elle était piquée au vif. Des mots cinglants, à l’adresse de sa belle-mère, sortirent de sa jolie bouche déjà pulpeuse, mais encore enfantine :

    — Vous vous faites un malin plaisir à m’humilier, mais vous devez bien penser, Mme d'Argenson, que je sais mieux que vous ce qui est indigne d'une de Rubens ! Réfléchissez à la question… vous devriez, sans peine, trouver la réponse. L’air amusée d’Isabelle rendit la deuxième femme de son père encore plus folle de rage devant la réplique de la jeune fille tout à fait de circonstance et non dénuée de bon sens.

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    Sortez de cette pièce, vous dis-je ! Je ne veux plus vous voir et votre comportement sera intégralement rapporté à votre père.

    — Comme à d’habitude… Rien ne change...

    — Allez-vous obéir ?!

    — Jne m’en irai que si l’envie m’en prend : pas avant. A part mon cousin germain, je suis la seule vrai comtesse de Rubens dans ce salon, et là, je décide de m’en aller parce que votre vue et celle de votre fille, insupporte.

    Sur ce, Isabelle tourna les talons et quitta le salon la tête haute, sans un regard pour le petit groupe qui se tenait là, bouche bée, devant l’aplomb de ladolescenteLe jeune comte, stupéfait de la joute entre la comtesse de Rubens, et sa cousine, n’en revenait pas. Il restait neutre, mais n’en pensait pas moins au sujet de la jeune comtesse de seize ans qui osait tenir tête à ce qui devait représenter l’autorité pour elle… Sa cousine germaine avait du caractère et quelque chose en elle, sans en comprendre la raison, faisait son admiration.

    Longeant la marche de marbre qui s'étendait tout le long de la façade, Isabelle atteignit l'extrémité de ce corps de logis que l'on appelait château neuf, par rapport à château vieux que l’on ne pouvait plus entretenir faute de moyens conséquents pour des travaux de rénovation. Château neuf était rattaché à la vieille tour ronde de château vieux qui faisait plutôt penser à un donjon. A la base de celle-ci, Isabelle ouvrit une petite porte cloutée de fer et entra dans une pièce où se trouvaient les armoiries de la famille. Cette armurerie, attenante à la sellerie, contenait toutes les armes anciennes du comte, maître de ces lieux, qui voisinaient avec des fusils de chasse modernes. On y voyait aussi des armures, dont l'une, très noire, comme de celui à qui elle avait elle avait appartenu, et que l'on avait surnommé le comte maléfique parce qu’au seizième siècle, à cause de sa cruauté légendaire et son sadisme, Les vassaux devait lui obéir concernant les obligations qu'il leurs imposait. Les jeunes filles le craignaient au delà de tout. Les chefs de village appréhendaient sa venue lorsqu'il venait, avec ces chevaliers et ses soldats, rafler l'impôt pour ses besoins personnels. Les jeunes hommes qui se fiançaient en cachette afin de protéger leur promise qui contre leur grès, devait céder à une tradition craintes et dont le comte faisait usage avec délectation, bien que cela déplaisait au futures mariées du conté. Il usait de ses droits de vie et de mort sur les paysans, et il ne s'en privait pas si on lui désobéissait. Son rang lui permettait d’exercer une complète autorité sur les jeune filles encore vierges qui étaient en âge de prendre un mari. Ce comte se faisait un malin plaisir d'humilier ces jeunes futurs mariés en passe de convoler eu juste noces avec leur promise. Il faisait usage de tous ses privilèges avec délectation ! Les paysans à son service ne pouvaient déroger à leurs obligations sans risquer pour leur vie. Son rang lui permettait d’exercer ce droit de cuissage sur toutes les jeunes filles vierges qu'il trouvait à son goût. Il était le maître et il n'y avait rien qui puisse les sauver du sort sort qui les attendait, et de grès ou de force, elle devaient se soumettre.

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    Château neuf était rattaché à la vieille tour ronde de château vieux qui faisait plutôt penser à un donjon. A la base de celle-ci, Isabelle ouvrit une petite porte cloutée de fer et entra dans une pièce où se trouvaient les armoiries de la famille. Cette armurerie, attenante à la sellerie, contenait toutes les armes anciennes du comte, maître de ces lieux, qui voisinaient avec des fusils de chasse modernes. On y voyait aussi des armures, dont l'une, très noire, comme celui à qui elle avait appartenu, et que l'on avait surnommé le comte maléfique parce qu’au dix septième siècle, il avait droit de vie et de mort sur ces vassaux. Parce que cruelle et sadique, on se méfiait de lui afin qu'il ne sache pas quand aurait lieu le prochain mariage dans le village. Méchant et malsain, il se faisait un malin plaisir à humilier les jeunes filles vierges en passe de convoler eu juste noces avec leur promis. Le comte s’octroyait un droit de cuissage que son rang lui permettait d’exercer sur ces jeunes filles vierges avant qu'elles ne prennent un époux si, bien sûr, elles étaient à son goût. Il était le seigneur et maître de son grand domaine. Toutes les terres environnantes lui appartenaient et par voie de conséquence, les paysans qui entretenaient le domaine lui devaient obéissance. Il décidait selon son bon plaisir de traquer les jeunes filles les plus belles pour son propre usage. Il n’était pas obligé de pratiquer ce rite ancestral, cependant, il ressentait une certaine satisfaction à pratiquer ce droit de cuissage sur elles afin d’humilier les fiancés et de leurs faire comprendre que même leur corps et leur vie lui appartenait, les obligeant, ainsi, lorsqu’il s’avérait qu’un jeune couple se retrouve à attendre un enfant qui était de lui, les obligeant à élever l’enfant né de ce viole. Ce comte à l’armure noire avait des enfants naturels dans tout le conté qu’il se gardait bien de reconnaître ! La peur d'être la prochaine victime du comte obligeait le plus souvent les jeunes filles à se cacher lorsqu'elles en avaient le temps. Au galop du cheval du comte, elles s'enfonçaient au plus profond de la forêt et restaient cachées un certain temps, attendant que l'on vienne les avertir qu'il était parti. Comme par enchantement, elles disparaissaient afin de préserver leur dignité et leur virginité jusqu’à leur mariage. Elles ne voulaient pas appartenir à ce monstre, désirant se garder pure pour leur bien aimé. Elles préféraient se marier secrètement au font des bois sachant ce qui les attendait si le maître des lieux avait vent de l'affront qui lui était fait. Ce comte faisait peur : il faisait régner la terreur partout sur ses terres. La lubricité de cet homme était sans  mesure et aurait pu être comparé, en son temps, au marquis de Sade. Même après sa mort, sa réputation et sa légende l’avait suivi jusqu’à ce jour...

    Dans un coin du mur de cette vieille tour, se dissimulait un renfoncement cachant un escalier en colimaçon menant aux étages supérieurs. Isabelle s’y engagea lestement. Le premier étage avait été divisé en trois pièces, dont l'une était sa chambre, et une autre où elle entra après un coup bref frappé à la porte, était la chambre d’Adélaïde de Brémont, l'ancienne préceptrice de Daphné Meldwin lorsqu’elle était encore jeune fille et qui, par la suite, était devenue la première femme du comte Rudolph de Rubens et la mère d'Isabelle. La pièce était sommairement meublée. Adélaïde, assise dans une des embrasures profondes du mur où se trouvaient une petite fenêtre en arrondi, cousait aux dernières lueurs du jour. La lumière encore assez prononcée, éclairait sa chevelure neigeuse bien lissée catogan. Son profil encore aimable malgré les rides profondes de son visage, s’illumina soudain à l'entrée de la jeune fille.

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  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -11-

    Elle leva la tête, et deux yeux clairs et mélancoliques où la bonté se reflétait sans effort, enveloppèrent Isabelle d'un regard interrogateur.

    — D'où venez-vous encore jeune demoiselle ?

    — Mais du salon.

    — Du salon ? Et qu'y faisiez-vous donc, Seigneur ? Si madame la comtesse vous avait vu...

    — Elle m'a vu. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'y étais.

    Adélaïde soupira et son regard posé sur Isabelle, laissa entrevoir un reproche mêlé d’une tendre d'inquiétude.

    — Vous tenez tant que cela à la braver, et en plus, dans cet accoutrement ?

    — C’est à père de se soucier de mon apparence ; mais il n’en a que faire, et ce, depuis longtemps ! Je me dois de lui montrer que je suis de son sang en l’obligeant à me regarder telle que, par sa faute, je suis attifée comme dit ma belle-mère, depuis qu’il me laisse à mon sort… je tiens à lui faire honte intérieurementmême s’il ne le montre pas.

    Ma pauvre enfant, mais que gagnerez-vous à ce petit jeu ? Peut-être seulement d'être envoyée dans quelque pensionnat de jeunes filles sans fortune et loin d'ici pour terminer votre éducation. Il en a déjà été plusieurs fois question par le passé ? 

    — Envoyée loin d'ici ? De mon cher Monteuroux ?

    La voix d'Isabelle vibrait de colère.

    — Elle ne peut me renvoyer de Monteuroux sans l’accord de mon père ! Je suis chez moi et je suis une aussi comtesse de sang ! Tant que je ne suis pas mariée à un homme de ma condition, elle ne se débarrassera pas de moi, et de plus, je n’ai pas l’âge requis pour me marier ! Je suis chez moi !

    — Chez votre père, Isabelle. Chez votre père…

    — C'est la même chose !

    — Non, ce n'est pas exactement la même chose mon enfant, hélas !

    Isabelle dit âprement :

    — Oui, à cause d'elle. Mais Monteuroux sera à moi, plus tard.

    — Si Dieu le veut ma chère petite… si Dieu le veut…

    — Et pourquoi ne le voudrait-il pas ? Je veux sauver Monteuroux !

    — Sans doute, ma chère petite… sans doute…

    Vous êtes en droit de revendiquer votre appartenance filiale aux de Rubens comme vous l’avez déjà fais devant la d’Argenson ; Mais en attendant, c'est Mr de Rubens qui est le maître de ce domaine, si l’on peut dire, car sous l’influence de cette femme, s'il décide que vous partiez…

    — S'il décide ?

    Isabelle eut un rire bref, chargé d'une colère à peine masquée.

    — Mais moi, je ne lui obéirai pas, pas plus qu’à cette Édith de malheur !

    Adélie la gronda gentiment :

    — Cela ne pourra se passer tel que vous le souhaitez. Vous êtes trop jeune pour gouverner votre vie telle que vous l’entendez. Vous êtes sous l’autorité de votre père, que vous le vouliez… ou non, et vous ne pouvez rien y changer jusqu’à votre majorité. Je pense, ma chère enfant, que vous vous cabrez pour rien. Il faudrait vous contrôler, même si cela est dur pour vous ! Heureusement que vos propos ne sortiront pas de cette pièce, ce qui vous amènerait encore des ennuis !

    Isabelle s'avança doucement vers sa vielle amie sachant qu'elle ne la laisserait jamais seule : elle aimait sa chère Adélie. Avec mille précautions pour ne pas la heurter et lui faire mal, elle se laissa choir lentement à ses pieds et posa sa jolie tête blonde sur ses genoux.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -12- 

    Adélaïde confia à sa protégée qu’elle avait bien perçu le changement du jeune homme envers elle. Mais pour le reste, elle lui posa la question :

    — Pourquoi cela vous gêne-t-il de savoir votre cousin prêt à se fiancer à Ludivine.

    — Elle n’est pas faite pour lui. Elle va le faire souffrir, et si c’est pour sa fortune qu’il l’épouse, je puis vous assurer que le mariage sera voué à l’échec.

    — Que dites-vous là, Isabelle ? Pourquoi imaginer que votre cousin n'a en tête que la fortune de Mlle de Richemont ? N’est-elle pas assez jolie pour lui plaire ? Êtes-vous jalouse de l’intérêt qu’il lui porte ?

    Isabelle, ne voulant pas s’étendre sur la question, ne répondit pas. Ses mains se crispèrent sur la robes d’Adélaïde qui était une femme d’une nature très bonne, patiente et très compréhensive. Après le décès de sa mère. Isabelle, se retrouvait seule, sans son père... un père trop souvent absent pour s’occuper d’elle. La petite s’était tournée tout naturellement vers son Adélie dont la générosité, la douceur, avait apporter à l’enfant de cinq ans qu’elle était à l’époque, tendresse et amour afin d’adoucir le manque que la petite fille ressentait. L’aider à surmonter sa peine était sa seule préoccupation. Lorsque l’enfant, en grandissant, lui posait des questions embarrassantes sur sa maman, Adélaïde lui expliquait que le bon Dieu l’avait rappelé à lui pour des raisons que, trop petite, elle ne pouvait comprendre ; mais que sa maman était heureuse et qu’elle était devenu un ange qui veillait sur elle. Adélaïde ne pouvait supporter le désintéressement du comte envers sa petite fille qui était pourtant la chose la plus précieuse dont lui avait fait cadeau sa femme tant aimée avant de mourir. Son comportement était inadmissible. Adélaïde ne comprenait pas le manque d’affection que le comte montrait envers cette enfant qui était de sa lignée. On aurait dit que le comte désirait oublier la triste réalité de cette tragédie en négligeant la petite qui grandissait seule, sans même son père. Le comte, lui, menait grande vie avec sa deuxième femme, et uniquement auprès d’elle, et sa belle-fille Ludivine, de trois ans plus âgée que la petite Isabelle. Depuis cette tragédie, dix ans s’étaient écoulés dans une atmosphère de solitude pour Isabelle. Aujourd’hui, la jeune comtesse était une adolescente au caractère bien affirmé, déjà très belle et très intelligente. Adélaïde avait reporter toute son attention et son affection sur cette petite fille qu’elle avait vu grandir en solitaire, s’endurcissant chaque jour un peu plus, marquant une indépendance et mépris total des convenances envers celles qui avaient la prétention de remplacer la mère de sa protégée. Quant au comte marquant une indifférence plus que choquante à l’égard de sa fille, la jeune fille qu’elle était devenu, s’était braquée, ne supportant plus, et ce, depuis longtemps, son autorité.

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  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -15-

    En grandissant, à chaque fois que je la voyais, j'éprouvais un dégoût pour cette femme que je trouvais orgueilleuse, et j’ai analysé très tôt, ce que je ressentais à sa vue. Je compris très vite les artifices qu’elle avait employé, afin de détruire le couple que formaient mes parents. Ma mère était un obstacle à franchir pour arriver à ses fins. Son décès a bien dû l’arranger ?

    — Oh ! Isabelle ! Qu’insinuez-vous donc là ? C’est très grave ! Vous me faite peur ! Pensez-vous ce que vous dites ?

    — Si vous saviez tout ce que l’on apprend dans les couloirs d’un château ? Je pense tout ce que je dis ! Je n’ai aucune preuve, mais je sais, au fond de moi... quelque chose me dit que… je ne suis pas loin de la vérité. Pendant ces dix années, j’ai eu le temps de comprendre bien des choses, cachée dans les recoins de château vieux. Les différents passages secrets communiquent toujours entre les deux  châteaux. Dissimulée derrière les tentures, j'entendais tout ce qui se disait, concernant cette femme et sa fille. Les domestiques bavardent entre eux en cachette de la d’Argenson, et les femmes de chambre ne s’en privent guère non plus, dès qu’elles sont entre elles... elles font leur travail et sont plus à même que moi à se faufiler dans l’intimité de ces deux diablesses… Je n’avais pas besoins d’aller bien loin pour être au fait des rumeurs sur l’ancienne vie de cette danseuse qui dissimulait, aussi, ses talents de comédienne maintenant qu'elle se disait comtesse dans l'âme et jusque dans le sang coulant dans ses veines. Cela me venait aux oreilles sans même que je le veuille ! Père disait qu'il ne pourrait jamais oublier l'amour de sa vie et que mère serait toujours dans son cœur… dans son cœur…qu’elle ironie !

    Le visage de Adélaïde se troubla devant le regard perplexe d’Isabelle. Elle dit avec hésitation :

    — Certainement qu'il aimait votre mère ! Mais les hommes, il ne faut pas trop leurs en demander ! A certains, surtout. Ils se laissent vite consoler, puis oublient leur peine dans les bras d'une autre…

    — C'est affreux ! Dit âprement Isabelle. Oublier celle que l'on a aimé et chéri pendant des années ! Si la d’Argenson ne s'était pas trouvée là, peut-être que père ne se serait pas  laisser prendre à son jeu de séduction, et remarier si rapidement…

    — Mais elle était là, ma chérie, à l’affût de ce veuf éploré perdu dans son chagrin... elle était là à attendre son heure… les hommes sont, en générale, faibles devant une femme qui sait comment leurs plaire... je me rappelle, maintenant que tu en parles, que je la voyais souvent au château, faisant des civilités à ta maman. Je la trouvais trop polie pour être honnête...

    — C’est bien ce que je me dis : Pourquoi n’aurait-elle pas été la maîtresse de père avant le décès de mère ? Je croyais que père vivait seul au château, retiré du monde... seul avec sa peine, mais il n’en était rien : J’en suis convaincu ! Très manipulatrice, la vicomtesse d'Argenson a dû commencer de s’insinuer, en douce, et avec amabilité, dans la vie de mes parents, puis elle à dû faire, dans les moment d'absence de mère occupée ailleurs, son possible pour séduire père. Il y a tellement d'endroits dans les deux châteaux réunit pour exercer ce pouvoir de séduction qu'elle sait si bien  mettre en valeur afin d'arriver à ses fins...

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -16-

    Sans doute, il aimait ma chère mère ! Mais la d'Argenson agissait en douce pour se rendre indispensable aux yeux de mes parents : Elle savait se faire apprécier, rendre des services, et lorsque maman fut décédée, cela à bien dû l’arranger. Le titre de comtesse, était à portée de sa main. L’argent de père ne l’intéressait guère, puisque sa fortune, après ses deux veuvages, que je considère comme étant suspectes, était très conséquente. Elle a réussi, de par ses manœuvres, à refermer sur père le piège qu’elle lui avait tendu, et lui ne s’est douté de rien. Je la haie ! Ce dont je m’aperçois, c’est que les hommes sont fort manipulables lorsqu’ils ont la faiblesse de se laisser séduire par une femme. Je distingue, encore une fois de plus cette imposture, avec l’exemple de Ludivine qui essaide piéger mon cousin. Adélaïde émue ne su que répondre devant tant d’esprit de déduction et d’investigation de la part de sa protégée. Elle ajouta pour clore la conversation qui, malgré sa volonté de ne pas aller plus loin, ne s’arrêta pas :

    — Et oui : ta futur belle-mère se trouvait là où il fallait qu’elle soit pour troubler un homme dont la femme était partie trop jeune… elle accourut, s'est montrée attentive à ses besoins, serviable et servile à souhait…

    — Oh ! Elle est toujours tout cela envers mon père ! Ricana Isabelle. Je me demande pourquoi grand-père ne l'a pas mise à la porte ?

    Adélaïde se sentant obligée de dévoiler les circonstances dans lesquelles avait eu lieu ce mariage, continua son récit :

    — Votre grand-père n’était pas homme à se soucier de son fils. Ce qu’il faisait de sa vie le lui importait peu. Votre père a vécu et ressentit ce manque d’amour et d’attention de sa part depuis tout jeune. Votre grand-mère n’était pas non plus, une bonne mère, et votre père fut élevé par des nurses. Elle ne s’occupait que de son époux, mais de son fils, pratiquement pas ? Quand ton père s’est fait homme, à part le respect qu’il devait à sa mère, son obéissance n’était pas une chose obligatoire pour lui, même si elle était en droit, par principe, de l’exiger. La comtesse Marie-Marguerite avait perdu toute autorité sur son fils, et ne pouvait intervenir dans ses choix de vie. Elle pouvait simplement essayer de conserver un ascendant sur lui : d’ailleurs, c’est ce qu’elle a fait, mais sans y parvenir vraiment. A cette époque, elle était en Suisse. Il lui était impossible de revenir plus tôt. Ce fut suffisant pour que le mariage ait lieu sans qu'elle ait à y redire. Quelques semaines plus tard, lors du retour de la comtesse, la vicomtesse d'Argenson, devenue comtesse de Rubens, s'est alors éclipsée très discrètement, attendant son heure de pouvoir être officiellement présentée à sa belle-mère, si je puis dire, car votre grand-mère, ayant mis ses menaces à exécution : la présentation de la nouvelle châtelaine ne fut jamais d’actualité.

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  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -17-

    Isabelle se leva, se tint un moment immobile devant sa chère Adélaïde, le visage défait et  assombrit par pas la douleur.  Elle osa encore une remarque : 

    — Pourquoi ? Mais pourquoi, père s’est-il laissé séduire par cette femme ?!

    — Mon enfant, il est inutile de vous faire du mal en remuant le passé… je vous l’ai dit : laissez-le où il est. Il vous faut vivre à présent ! Il vous faut vous tourner vers l’avenir pour avancer et trouver votre place dans ce monde, ce qui est loin d’être facile…

    Après être restée un moment, silencieuse, la jeune fille reprit :

    — Il faudra que, tôt ou tard, je sache tout ! En attendant, je vais aller travailler mon latin : Mr le curé une difficile version latine pour demain. Je vous avouerais que je n’en ai guère envie. Et puis, à quoi est-ce que cela va me servir ? J’en ai assez de ces leçons de latin!

    Préoccupée par ce qu’elle venait d’entendre de la bouche d’Isabelle, Adélaïde cru de son devoir d’essayer de lui faire comprendre que ce que l’Abbé Verges lui enseignait, ne lui servait peut-être pas pour le moment, mais, plus tard.

    — Allez mon enfant, et ne vous torturez plus ainsi. Vous n’avez que quinze ans. Essayez d’oublier toutes ces mauvaises pensées. Vous n’êtes pas de taille à affronter cette femme pour le moment. Il vous faut étudier et plus tard, ce que monsieur l’abbé vous aura enseigné, aura son utilité. Ah ! J'oubliais ! Dominique est venu tout à l'heure pour me dire que Mme votre grand-mère, vous fait dire d'aller la voir demain. Il paraît qu'elle est très souffrante ces temps-ci, mais elle a expressément ordonné de ne pas appeler le médecin.

    — Il faut que je me rende à son chevet ? Est-ce bien nécessaire ? Je suis tellement mal à l’aise en sa présence… qu’elle âge a-t-elle ?

    — Je ne sais mon enfant ? Elle est âgée. Je crois qu'elle à plus de quatre-vingt-trois-ans, mais peut-elle tenir encore ? Je ne suis pas dans le secret de Dieu. Ce n'est, peut-être, qu'une fatigue passagère ? Qui pourrait certifier qu’elle puisse tenir encore quelques années, à part le docteur Pichon ?

    Votre grand-mère qui est aussi la mienne de par la branche des de Brémont, m’a toujours ignoré. Et oui, mon enfant, fit Adélaïde. Avant d’être une de Rubens, c’était une de Brémont et je suis une de Brémont, ma chérie : Elle est également ma grand-mère, même si je lui suis indifférente. Mon frère étant décédé d’une maladie que je ne saurais décrire, son héritage me revînt en plus du miens. J’ai dû m’assumer seule, car ma petites rente n’était guère suffisante pour me permettre de vivre. C'était mon frère qui était l'héritier... pas moi.

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  • Je me suis débrouillée à chercher un emploi comme préceptrice, et je trouvais chez votre oncle, Sir de Montégu, ce que je cherchais. J’instruisis, ainsi, votre maman qui était toute jeune. Dieu que je l’aimais ma chère petite Daphné !

    Vous ne vous êtes jamais mariée ?

    — Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer quelqu’un qui me plaise, et parce que je ne trouvais pas de prétendants à ma convenance, je suis restée près d’elle. Lorsqu’elle devînt la comtesse Daphné de Rubens, qu’elle suivit son mari à Monteuroux pour être présenter à sa mère. Tout naturellement, je restais auprès d’elle en tant que femme de compagnie. Lorsque vous êtes née, toutes deux, nous nous sommes occupées de vous. Vous étiez, votre père, et votre mère, une famille heureuse. J’étais fière de ma Daphné ! Votre père et votre maman m’offrirent de devenir votre marraine. J’acceptais avec joie le grand honneur que, tous deux, me faisaient. Quand votre maman est partie, je suis devenue votre préceptrice en plus d’être votre marraine légitime, ce qui me donna la possibilité de rester après de vous, à demeure. C’est ainsi qu’après le départ de ma chère Daphné, Etant votre marraine, votre institutrice et votre Adélie. Je vous ai donné tout mon savoir, et j’ai surveillé le petit bout de femme que vous deveniez en grandissant. Je peux vous dire que j’ai eu la meilleure partie de vous, ma chérie. Je vous ai vu bébé, petite fille, et je me suis occupée de vous comme si j’étais votre deuxième maman.

    — Mais Adélie ! Vous êtes ma deuxième maman ! Sans vous ! Que serais-je devenue ? Ma chère Adélie ! Sommes-nous, toutes deux, des laissées pour compte ?

    — En quelque sorte, ma chérie, Victoria, votre tante, est aussi une laissée pour compte.

    Votre père : son frère, n’a pas eu, non plus, les faveurs de sa mère… Comme je vous l’ai dit, elle n’a guère montré d’amour aux personnes qui gravitaient autour d’elle. Lorsqu’elle est devenue la comtesse Marie-Marguerite de Rubens, les choses ne se sont pas arrangées pour autant. Seul son rang et son époux comptait à ses yeux. Je ne suis pas étonnée qu’elle ne vous ait jamais témoigné d’affection… Je crois que c’est sa nature. Elle déteste votre belle-mère, parce qu’elle la savait, d’après les rumeurs qui couraient sur elle, roturière et pour elle, c’était une femme de mauvaise vie. Son parcourt artistique ne l’a pas impressionné, et ses deux mariages non plus. A ses yeux, ce portrait peu flatteur et ses deux veuvages, n’ont fait que renforcer le dédain qu’elle éprouvait à son égard. Marie-Marguerite de Rubens l’a toujours considéré comme une femme ordinaire et sans grand intérêt.

    — Peut-être même que ses pensées sont identiques aux miennes ? Osa tout haut Isabelle.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -19-

    — Isabelle ! Non ! Ne pensez pas à ces choses malsaines ! Ce n’est pas bon pour vous !

    — Qu’est-ce qui n’est pas bon pour moi ? Que je la soupçonne d’avoir tué ses deux maris pour s’approprier les héritages ? Je ne saurais dire comment, mais ce qui me semble être presque sûr, c’est que ses deux veuvages ne sont pas très normaux. Pour le premier, elle a dû mettre plus de temps puisque sa fille a vu le jour et connut son père jusqu’à ses huit ans.

    D’après ce que j’ai pu entendre, il est décédé de longue maladie. Je sais qu’il existe des poisons qui sont insoupçonnables et qui font mourir petit à petit. C’est ce qui est peut-être arrivé à Mr de Richemont, lui laissant, le temps de rédiger son testament auprès de son notaire : nommant, sa femme tutrice de sa petite fille jusqu’à sa majorité. Je sais ce que j’avance… Quant au deuxième mari de la d'Argenson : deux ans passent vite… Il est donc décédé de maladie inconnue et beaucoup plus rapidement, laissant ses bien à sa veuve. C’est ce que je pense depuis longtemps, comme ma grand-mère doit le supposer également. Je pense que c’est une tueuse… Abasourdit par ce que venait de lui révéler Isabelle, Adélaïde ne savait que dire. Sa jeune protégée avait insinué le doute en elle, et cela l’effrayait terriblement qu’une si jeune adolescente en arrive à de telle déductions. Qu’allait-elle devenir si la d’Argenson arrivait à apprendre que sa protégée savait autant de choses sur elle...

    — Mon Dieu ! Isabelle ! Que d’idées sordides avez-vous dans votre jolie tête ! Que connaissez-vous dont des poisons ?  Vous m’horrifiez ! Ne restez pas avec ces doutes et allez vite vous confesser à l’abbé Verges. Il ne faut pas garder de tels soupçons dans votre âme ! A votre âge, ils ne feraient que vous détruire !

    — Pourtant, c’est ainsi. Je ne connais rien aux poisons, mais je lis beaucoup et j’ai lu que l’arsenic fait mourir lentement, ou rapidement selon les doses administrées… Je passe des heures entières à m’instruire sur les sujets qui m’intéressent, et les façons de se débarrasser de personnes sont légions. Adélie, je sais pertinemment que cela existe, et d’ici à ce qu’elle conçoive le projet diabolique d’assassiner mon père lentement pour ne pas être soupçonnée ? Si elle ne l’a pas encore fait, c’est qu’il y a une raison que je ne n’ait pas encore découverte, mais cela ne saurait tarder...

    — Si votre belle-mère se doutait un seul instant de ce que vous pensez à son sujet, vous seriez terriblement en danger si ce que vous soupçonnez s’avère exacte ? Gardez-vous bien de laisser paraître ce que vous pensez d’elle ma chère enfant !

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -20-

    — Adélie. Il y a des choses qui me semblent suspectes concernant l’accident de ma mère. Mon instinct me dit que je ne suis pas loin d’une vérité que je ne connais pas encore ; mais que soupçonne depuis déjà quelques années. Je suis obligée de garder pour moi mes doutes, ce qui est très lourd à porter seule. Je ne peux confier ce que je pense de la d'Argenson, concernant ce qu’il s’est passé il y a dix ans, à personne d’autre qu’à vous, Adélie. Si c’est elle qui a pris la vie de ma mère, elle ne réussira pas à me prendre le domaine de mes ancêtres ! La d’Argenson ne peut me supporter : j’ai un premier l’exemple de son forfait si c’est elle qui est pour quelque chose dans l’horreur qu’à vécu ma chère mère. Si j’ai été tenu à l’écart avec l’accord de mon père, c’est pour cette raison : j’en suis convaincu. Mon père est un homme faible comme vous l'avez, vous même, remarqué. Il lui cède tous ses caprices. Je me suis rendu compte qu'il a un secret qu’il ne veut pas que j’apprenne et le mieux est de m’évincer… Dans un certain sens, il est responsable de l’accident de mère. Je le sens...

    Adélaïde était médusée par les révélations d’Isabelle qu’elle ne saurait mettre en doute, l’instant de surprise passé, Adélie lui conseilla :

    — Allez à votre cours de Grec, mon enfant.  Platon est un très bon philosophe et ne peut que vous apporter  des réponses constructives. Quant à vos cours de latin, cela ne peut vous faire du mal : bien au contraire ! Le latin est très important pour une jeune fille bien élevée. Je ne veux, même s'il s'avère que par la suite vos soupçons soient fondés, plus entendre sortir de votre jolie bouche de telles accusations qui pourraient vous mener à votre perte, et encore plus si vos soupçons sont fondés. Pour le moment, il ne faut rien laisser paraître de vos doutes. Je sais que votre belle-mère est méchante envers vous, mais cache bien son jeu afin que son animosité ne se ressente pas devant votre père qui vous délaisse depuis des années pour elle et sa belle-fille. Il vous faut des preuves solides pour la prendre en faute, et à votre âge, vous ne pouvez rien faire ! Après les révélations que vous m’avez confiéje crains, pour votre vie, le pire si elle percevait, dans votre attitude, ce que vous pensez d’elle… A partir de ce jour, je vais vivre dans la terreur de ce qu’il pourrait vous arriver. Il vous faut partir au plus vite de Monteuroux pour vous mettre à l’abri de ce que pourrait faire cette femme contre vous. Je suis de votre côté, mon enfant. Mais, d’après ce que vous venez de me dévoiler, si cette femme se doute que vous la soupçonnez au sujet de votre mère, elle serait encore plus dangereuse que dans les jours à venir. Soyez prudente lorsque vous vous affrontez toutes les deux, ma chérie. Ne vous laissez pas emporter par votre colère. Ne montrez rien qui puisse lui faire comprendre que vous avez découvert des choses sur elle. Votre secret est en sûreté avec moi. Allez ma chère petite. 

    Consciente d’avoir obligé sa vieille amie à entendre ce qu’elle cachait au plus profond d’elle-même, Isabelle prit les deux mains de son amie les baisa et sortit de la pièce sans un mot, avec, dans son cœur, le regret d’avoir mis sa chère Adélie au courant d'un secret jamais découvert jusque là, et dont l'aboutissement incertain, qui la dépassait, n'était peut-être pas près de sortir au grand jour...

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