• Chapitre 2

    Les de Rubens étaient d’origine Polonaise. Peu après le mariage de Marie-Caroline de Saxe,  fille de Charles-Auguste de Saxe, avec Maximilien Joseph, un écuyer de ce prince. Marie-Louise, la fille unique de Charles-Henry, comte de Normandie, seigneur de Monteuroux, avait épousé un de ses fils cadets : Charles-Aleksander de Rubens qui avait reçu en héritage ce domaine, et fait naître une nouvelle souche d’une des branches qui devait se perpétuer dans le comté. Les autres fils fondèrent des familles en Pologne. De ceux-là, il ne subsistait plus aujourd’hui que le comte William de Rubens-Gortzinski dont le grand-père avait été tué en Orient en 1883. Sa mère, Marie-Catherine de Rubens, pratiquement ruinée, était revenue en Normandie où les de Rubens avaient encore un grand manoir et de nombreuses terres. Marie-Catherine, encore jeune, avait décidé de refaire sa vie, et d’exploiter les terres du domaine en friche depuis trop longtemps, avec ce qu’il restait de la fortune que lui avait légué son père, puisqu’elle était sa seule héritière.

    Cette Marie-Catherine de Rubens était une jolie femme, et durant une escale à Paris, elle avait fait la connaissance d’un certain baron de Beau-levant qu’elle avait fini par épouser en secondes noces. Ce charmant baron qui n'avait que l'apparence de charmant, ne l’avait guère aidé pour relever le vaste domaine constitué de champs cultivables traversés par un ruisseau, de près, et de grandes parcelles d’arbres fruitiers à l’abandon. La comtesse devenue Marie-Catherine de Beau-levant comptait remettre en état tout le domaine. La vie mondaine ne l’intéressait guère. Par contre, Joseph de Beau-levant était un bel homme avenant, fort séduisant, mais d’un caractère égoïste et outrancier dans ses dépenses qu’il s’était bien gardé d’étaler au grand jour. Il avait une fortune très confortable lors de son mariage avec cette encore jeune comtesse, cependant, il aimait la grande vie, le jeu et les femmes. Ses propres biens fondaient comme neige au soleil. Très endetté, il cachait bien son jeu, et Marie-Catherine croyait à ses mensonges concernant sa dite fortune tout en ayant un doute qui grandissait au fur et à mesure que les années passaient. Elle regrettait déjà ce mariage qui ne lui apportait que des déceptions. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque deux ans après son mariage, à la mort du beau baron, elle s’était retrouvée à rembourser les dettes de jeux de son flambeur de mari. L’homme avait bien profité de la crédulité de sa femme. Le train de vie de celui-ci n’avait guère arrangé ses finances. Une fois les dettes épongées par ses propres deniers, il lui restait juste assez de liquidité pour engager des hommes vigoureux à son service afin de mettre en œuvre la remise en état des terres, de s’occuper des pommiers encore aptes à produire, abattre ceux qui ne donneraient plus de fruits parce que trop vieux, en planter d’autres, et rendre les terrains du Manoir d’Aiguë-blanche des de Rubens, de nouveau habitable. Depuis qu’il n’avait pas été habité, il y avait du travail ! Ce ne fut pas facile pour une femme seule de commander tout son monde ; mais elle était courageuse.

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  • Elle commanda tout son petit monde d’une main de fer. Elle fit faire des travaux de réparations par les hommes étant à son service, les dépendances qui, par endroit, en avaient vraiment besoin. Elle fit faire des travaux de réparation sur les façades qui partaient, par endroits, en décrépitude. Elle ne voulait pas habiter un manoir ou la ruine s’installait. Elle fit rénover les dépendances qui avaient vraiment mauvaise mine : la main d’œuvre n’étant pas exorbitante, elle pu tout revoir sans mettre en péril les reste de ses avoirs. Lorsque tout fut, de nouveau, à sa convenance, elle embaucha des gens de maison car elle ne pouvait s’occuper du domaine seule. En comptant au plus juste, elle prit à son service : une Femme de chambre, une intendante, une cuisinière et deux bonnes faisant office de femmes de ménage, un jardinier qui devait également faire office de chauffeur lorsqu’il fallait qu’il conduise sa maîtresse en ville. La comptabilité concernant les besoins du manoir, les salaires concernant son personnel et ses propres besoins, étaient sous sa responsabilité.

    Au bout d’une saison, les terres commencèrent à bien produire, rapportant suffisamment pour payer ces gens. Les métayers, travaillaient très bien et le rendement des fruits et légumes était satisfaisant. Pour les autres terres, Catherine avait aussi sous contrats des fermages. Ce qui lui rapportait suffisamment pour survivre. La comtesse était fière du travail accomplit. William, en bon fils, avait fait de bonnes études, et une fois sorti de l’Institut Agronomique, il s’était posé en repreneur des affaires de sa mère qui lui avait confié la gestion du domaine puisqu’il était le seul homme capable de diriger et surveiller les métayages et les fermages constituant leurs diverses sources de revenus. Les terres s’étendaient à perte de vue et il fallait bien des fermiers et des métayers pour entretenir toutes les parties cultivables, surveiller la production des arbres fruitiers produisant de belles pommes à cidre. Chacun y trouvait son compte. William avait emprunté suffisamment pour aménager une cidrerie, et il s’était mis à produire du cidre afin d'en faire le commerce.

    Mme la baronne de Beau-levant, pour la noblesse du nom des de Rubens, et sa satisfaction personnelle comme pour sa réputation, avait exigé de reprendre le patronyme de son père, se sentant plus en accords avec son titre de comtesse de Rubens, bien plus honorifique que celui de son défunt mari qui l’avait presque mené à la ruine. Elle fit le nécessaire auprès de son notaire et lorsque ce fut officiel, fatiguée par toutes les déceptions vécues pendant nombre d'années, et ce qu’elle avait accompli par elle-même afin de surveiller les travaux de part et d’autres pour remettre Aiguë-Blanche sur le chemin de la renaissance avant que son fils ne revienne avec des diplômes en mains. Elle se sentait épuisée : ce n’était pas facile pour une dame de son rang qui n’était déjà plus très jeune. Elle laissa complètement la gestion du domaine à William qui se révélait être un excellent homme d’affaire. Il y avait beaucoup de travail mais, dans quelques années, l’exploitation serait plus que rentable et le domaine d’Aiguë-blanche revivrait pleinement.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -23-

    Les de Rubens de Monteuroux passaient, depuis déjà pas mal d’années, par les mêmes difficultés financières que ceux d’Aiguë-blanche. Stephan de Rubens, du temps de son vivant, n’aimait pas être restreint dans ses finances : il était dépensier. A son décès, il léguait à son fils, Rudolph de Rubens, et à sa femme Aurélie, une fortune passablement diminuée, ce qui n’était pas fait pour endiguer une ruine qui se profilait à l’horizon une fois les frais de succession payés. Soustraits de ce qu’il restait à partager avec sa mère, s’il ne trouvait pas de solution pour limiter les pertes dues à l’entretien coûteux du château de Monteuroux. Dans quelques années, le domaine serait certainement vendu s’il ne trouvait pas de solutions. Pour ajouter à la déconvenue de la lignée des de Rubens, le comte Rudolph, désintéressé comme tous ceux de sa race, avait épousé une jeune anglaise dont la dote était plutôt une rente que lui avait alloué son frère puisque, comme je le stipule plus haut, seuls les héritiers mâles héritaient de l’entièreté de la fortune laissé par le père. 

    Prénommée Daphné de Meldwin, la jeune femme n’amenait que sa beauté et son éducation raffinée, ce qui avait suffit à rendre Rudolph de Rubens amoureux fou de la jeune femme au point de la faire sienneQuelques temps après, les jeunes gens avaient eu une petite fille prénommée Isabelle, Anne, Roseline de Rubens. Le couple était heureux malgré les difficultés financières pour entretenir le domaine seigneurial, et garder leurs domestiques. Mais le sort allait s’acharner sur le château et sur le comte.

    En effet, cinq ans après son mariage avec Daphné, le grand amour de sa vie, il la retrouva noyée un matin dans l’étang-aux-ormes, parmi les nénuphars. Après avoir cherché toute la nuit sa chère épouse, aidé de toute la domesticité du château. Prit d’un violent désespoir, Rudolph de Rubens fit une dépression nerveuse et l’on craignit pour son équilibre mental et psychique. Sur les conseils du médecin de famille, Rudolph quitta Monteuroux pour des raisons évidentes, et laissa sa petite fille aux soins d’Adélaïde : l’ancienne préceptrice de sa défunte épouse. Peu après son départ, il informa sa mère de ses fiançailles et de son mariage précipité avec Édith d'Argenson.

    Marie-Marguerite de Brémont, issu d’une très ancienne famille franc-comtoise, devenue La comtesse de Rubens, avait une très haute opinion d’elle-même, et l’orgueil de sa race. Elle répondit à son fils que s’il persistait dans ce projet d’épouser une actrice sans talent, et deux fois veuve par-dessus le marché, elle ne l’accepterait jamais en tant que nouvelle belle-fille et ne la recevrait pas davantage chez elle. Rudolph ayant bravé l’interdiction de sa mère en épousant cette deux fois veuve, avec un passé plus que douteux. Marie-Marguerite de Rubens ne pouvait accepter ce qui était, pour elle, un déshonneur et un affront à son autorité. Elle tint parole. Quittant le château neuf qu’elle abandonna à l’intruse, elle s’installa dans l’aile de château vieux, encore habitable, avec ses deux domestiques : Dominique, Angèle sa sœur, ainsi qu’Antoinette, sa femme de chambre et dame de compagnie qui ne la quittait jamais. Une clause du testament laissé par son défunt mari, laissait, à part égale, ce qu’il restait de ses biens, entre elle et son fils, ainsi que la pleine jouissance d’un appartement à Monteuroux que la fortune personnelle de la comtesse Marie-Marguerite avait contribué à entretenir et à rendre conforme aux exigences de l’époque.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -24-

    De cet appartement très vieillot quant à sa construction puisqu'il se trouvait être aménagé dans la seule tour de château vieux encore debout et habitable, jamais la d’Argenson n’en franchi le seuil. Marie-Marguerite de Rubens évitait de se trouver dans les parties de château neuf pendant que sa belle-fille y séjournait les mois d’été. Rudolph faisait à sa mère une ou deux visites guindées par an, et lui écrivait des lettres dont les suppliques concernaient surtout des demandes de fond pour régler des factures en attente ; mais les réponses de sa mère étaient toujours les mêmes, car la comtesse savait que sa belle-fille n'était pas sans fortune. Il n’y avait jamais eu de tendresse entre la mère et le fils. La comtesse Marie-Marguerite, était d'une nature froide et ne laissait jamais percevoir une quelconque émotion sur son visage toujours impassible. Concentrée et murée dans cet orgueil viscéral des de Brémont, méprisant autrui, ignorant la tendresse maternelle. Elle avait aimé son époux Stéphan de Rubens d’une passion qui se voulait sans condition. Jalouse et personnelle, exigeante, elle dominait tout son monde et d’autan plus son époux : ce qui représentait, pour lui, un joug très difficile à supporter pour cet homme dont la bonhomie légendaire irritait la comtesse. Aimable de sa personne, et léger, il aimait la bonne vie et ne supportait pas les interdits. Son fils Rudolph ne l’avait jamais intéressé, pas plus que ne l’intéressait sa fille Victoria, née difforme. Depuis un certain temps, la jeune femme vivait complètement recluse au second étage de la vielle tour, juste en dessous de sa mère. A l’égard d’Isabelle, l’indifférence de l’aïeule ne semblait pas moindre. Il était rare qu’elle la fît demander, et quand la jeune adolescente sortait de chez elle, un soupir de soulagement lui échappait des lèvres, tellement l’atmosphère de la pièce où elle la recevait était glaciale. Ce fut donc sans empressement que le lendemain matin Isabelle, au retour du village où elle avait été prendre sa leçon sur le philosophes Grec ou de Latin qu'elle devait connaître sur le bout des doigts, enseigné par le curé de la paroisse, quitta sa chambre pour aller rendre une visite de courtoisie à sa grand-mère. On y accédait par une porte donnant sur une antichambre qui desservait également les pièces où Isabelle et son institutrice vivaient. Au-delà des lourds vantaux de chêne, on se retrouvait dans une grande salle sommairement meublée, mal éclairée par trois hautes fenêtres en forme de meurtrières : vestiges d’un passé révolu. Devant l’une d’elles s’agitaient les feuilles d’un marronnier plus que centenaire, et pendant un moment, Isabelle resta à contempler les jeux de lumière que les feuilles provoquaient sur les dalles de marbre patinées par l’usure du sol. Enfin, elle se força à frapper sur une des portes donnant dans la salle où se tenait sa grand-mère. Un battant s’ouvrit, laissant apparaître le doux visage d’Antoinette qui lui sourit, mais ne dit pas un mot, s’effaçant devant la jeune comtesse. Isabelle lui rendit son sourire et pénétra dans la pièce. Elle s’avança d’un pas léger sur le tapis d’Orient poussiéreux qui laissait voir sa trame. Deux fenêtres s’ouvraient dans les embrasures profondes des murs épais de la tour de château vieux où la comtesse avait pris ses quartiers depuis le mariage de son fils. Devant l’une des fenêtres, se trouvait la vieille comtesse enfoncée dans une vaste bergère. Près d’elle, sur une petite table ronde au pied central, séjournait une paire de lunettes, un tricot, quelques livres et la photo de son époux. Isabelle s’avança avec précaution pour ne pas faire sursauter sa grand-mère, car elle semblait, depuis quelques instants, s’être assoupit.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -25-

    La jeune fille sembla surprise lorsqu’elle vit un regard scrutateur s’attacher sur elle : un de ces regards glacés dont certains nobles, telle que Marie-Marguerite, née de Brémont, mettent un point d’honneur à cultiver, se considérant comme supérieurs aux gens ordinaires. Un regard lancé par des yeux qui dénonçaient une froideur incroyablement dure, donnait le ton sur ce qui, en générale, allait suivre. Le voisinage de son teint blafard semblait accentuer la nuance sombre qui dénotait sa dureté d’âme. Lorsque Isabelle fut très près de sa grand-mère, et qu’elle eut fait la révérence traditionnelle que décidément elle détestait. Celle-ci dit brièvement :

    Prends ce tabouret, assieds-toi et fais bien attention à ce que je vais te dire.

    Isabelle prit le tabouret recouvert de velours d’un rouge passé, agrémenté, sur les quatre côtés, de clous d’un doré douteux à têtes rondes. Le tissu, jadis très chaleureux, était usé et rendus peu avenant par les années de servitude. Isabelle s’avança plus prêt de sa grand-mère en prenant un air plus qu’attentif pour écouter ce qu’elle avait à lui dire. Elle ne l’avait pas vu depuis l’hiver dernier. Aussi fut-elle décontenancée par son changement. Dans sa robe de chambre à la couleur improbable, son corps semblait avoir épaissit : enflé. Son teint blême, la boursouflure de son visage, dénotaient l’avancée de l’affection cardiaque dont Mme de Rubens soufrait depuis de longues années, mais qui s’était aggravée de façon significative depuis ces quelques mois où elle ne l’avait pas visité. Malgré tout, son regard demeurait ferme, et sans aucune douceur. Sa voix, comme affaiblit, conservait quand même ces mêmes intonations sèches qui s’associaient parfaitement, et depuis des générations, à cet air condescendant, hautain et supérieur qu’affichaient les de Brémont avant que son mariage avec le comte Stéphan de Rubens ne fut officialisé. Elle aimait imposer à son entourage cet air supérieur. C’était une époque qui n’était encore pas si lointaine ou les nobles affichaient leur prérogatives à la face de ceux qui les côtoyaient. La vieille comtesse restait silencieuse, plongée dans ses pensées les plus secrètes puis, elle s’anima avec difficulté :

    Isabelle, tu m’as dit un jour, il y a quelques années de cela, que tu détestais ta belle-mère.

    Oui, et je vous le redis encore, grand-mère. D’ailleurs, je ne la considère pas comme ma belle-mère et cela la met en rage.

    Fort bien. Je vois que je ne me suis pas trompé sur toi.

    Je t’ai fais venir parce que je vais te confier un secret, mais auparavant tu dois me promettre de ne jamais le révéler à qui que ce soit dans ce monde cupide, sauf, plus tard, à ton mari si, un jour, tu te maries ? Il faut que tu me le promettes sur l’honneur du nom des de Rubens ! Surprise, la jeune fille fît la promesse de ne rien divulguer de ce secret à âmes qui vivent.

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  •  

    Je veux t’entendre me le promettre à haute voix, Isabelle !

    Je vous le promets, grand-mère.

    Rassurée, Mme de Rubens resta silencieuse pendant un petit moment. Sur l’étoffe de sa robe de chambre d’un parme grisonnant, ses mains encore très fines d’aristocrate, blanches et longues, ressortaient singulièrement sur le tissu délavé. On y voyait aucun bijou de valeur sauf une épaisse alliance en or ciselée sur toute sa largeur,  seul signe extérieur d’une ancienne fortune due à son rang, aujourd’hui dissimulée aux curieux... s’il y en avait encore une. Tout à coup, la vieille dame reprit la parole sur le même ton dont elle avait accueilli sa petite fille, ce qui l’impressionnait toujours autant. Ce qu’elle lui révéla, Isabelle en savait déjà une partie par Adélaïde, mais non le plus important, et ce qu’elle entendit la laissa stupéfaite. Elle prit soins d’être attentive à ce que sa grand-mère tenait à lui confier. L’aïeule commença :

    Mon grand-père, Yann de Brémont, au cours d’un voyage dans les pays d’orient, avait sauvé la vie du fils d’un maharadja de je ne sais plus quelle dynastie, mais cela importe peu. Pour lui montrer sa reconnaissance, Le maharadja lui donna une de ses filles en mariage à laquelle il fît don, en guise de dot, de quelques-uns des magnifiques joyaux dont il était possesseur. Mon grand-père ramena en France la belle Orientale qui fut baptisée, et qui apprit la langue de son nouveau pays. Ces chères cousines par alliance, et demoiselles à la peau très blanche qui devait être le signe suprême d’une noblesse bien affirmée, ne l’ont pas accepté tout de suite. Mais elle ne céda en rien, pour l’élégance, la distinction, les manières, le charme et l’esprit, aux autres comtesses de Brémont. De ses dix enfants, un seul survécut qui fut mon père. A sa mort, Étant fille unique, j’ai hérité des précieuses gemmes en même temps que la fortune des de Brémont. Celle-ci, à peine diminuée par une gestion quelque peu imprudente dans des placements hasardeux. Cependant, elle était encore très conséquente. Le comte Stéphan de Rubens, mon époux, se chargea de réduire sa propre fortune qui étaient à cette époque, considérables. Je suis une femme futée et très prévoyante. De plus, je n’aime pas, à cause d’un mariage qui se révéla destructeur, être dépouillée de mes biens. Je suis de sang noble. Je n’ai, en aucun cas un devoir envers mon époux concernant ma propre fortune : il avait la sienne, et j’avais la mienne que je pris soin de ne poins lui révéler. Il savait que je n'étais pas dépourvue de fortune, bien entendu ; mais seule ma dot entra en ligne de compte dans cette union. Etant Seule héritière de mon père, je disposais de mes biens comme je l’entendais. Il n’a jamais vraiment eu connaissance de mon patrimoine en immobilier et terrains que je louais en fermage et dont régulièrement je touchais les loyers. Ce que je déplore, c'est ce côté dépensier, volage et peu enclin à m’écouter lorsque je le conseillais sur ses placements financiers : Ses gros défauts étaient le jeu et les femmes.

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  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -27-

    Lorsque je pris connaissance, par mon intendant de sa trahison, je ne l’acceptais plus dans ma chambre comme mon époux. Il fut obligé d’acheter un petit hôtel particulier dont le prix d’achat n’était, pour ma part, guère acceptable pour ses parties de cartes et ses rendez-vous galants. Lorsqu’il mourut, peu de temps après, j’héritais  de ce qu’il restait de sa fortune que je partageais, une fois réglé les frais de succession, en parts égales entre mon fils Rudolph et ma fille Victoria. Lorsque ce fut fait, je mis en vente l’hôtel particulier. L’affaire fut rapidement conclue à notre avantage. La somme fut, après déduction faite des frais notariales consécutifs à cette vente, en trois parts égales entre mes enfants et moi-même. Je conservais encore un avantage sur eux : mes revenus provenant de mes biens immobiliers que je n’avais jamais dévoilé à mon époux, pas plus qu'a ton père et qui étaient fort substantielles pour l’existence que je devais mener à Monteuroux entourée par mes deux fidèles serviteurs et de ma femme de chambre qui me servait également de dame de compagnie, je ne dépensais guère. Les intérêts de mes avoirs, grossissaient, et je gardais ma suprématie sur tout ce qui se trouvait à Monteuroux. Je suis la doyenne et l’on me doit respect et soumission. Comme je te l’ai dit, je ne t’ai pas fait venir pour te raconter une partie de ma vie, mais pour que tu comprennes que ce que je vais te confier est un secret qui, aujourd’hui, doit rester caché entre tes mains, loin de ton père et de cette femme. C’est un trésor inestimable que j’ai conservé intact dans sa totalité et qui m’appartient de plein droit. Ce sont les joyaux de la princesse Orientale. Parfois, mon époux avait émis l’idée d'en vendre une partie parce qu’il se trouvait dans une situation délicate et ne pouvant honorer ses dettes de jeux, est-ce que j'accepterais de toucher à ce trésor légué par mon père, qui est donc ton arrière-grand-père, me suppliait :

    Nous pourrions en vendre quelques-uns ? Juste quelques-uns ! Vous n’allez presque plus dans le monde, Marie-Marguerite. A quoi vous servent-ils ? Me disait-il.

    — Je ne pouvais supporter que l’on porte atteinte à l’intégrité de ce trésor qui m’appartient, encore aujourd’hui, de plein droit. A chaque demande de sa part, ne pouvant me maîtriser, je rentrais dans une colère sans nom : Jamais ! Moi vivante, pas un seul de ces joyaux ne sortira de la famille ! Entendez-vous ?! C’est là, tout ce qu’il nous reste de notre splendeur passée ! Il est inutile de revenir me supplier de me défaire d’une partie de mon bien pour couvrir vos dettes de jeux et l’entretient de vos maîtresses ! Ce sera toujours un refus catégorique !

    Avec encore assez de force et de mordant,  Marie-Marguerite de Rubens dit à sa petite-fille :

    Cette intrigante ! Cette d’Argenson sait, de par mon fils, que je détiens ce trésor. Elle attend ma mort pour s’en emparer. Mon fils, le beau premier, est un faible devant cette roturière cupide et sans scrupule !

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -28- 

    Ton père, sous l’influence de cette femme, a bien essayé de savoir où je cachais depuis toutes ses années le trésor ; mais il ne l’a jamais su. Tous deux l’ignorent et l’ignoreront toujours si tu ne me trahis pas ! Je veux, Isabelle, que toi seule connaisse le secret de ces joyaux et que toi seule hérites de ces bijoux !

    La vieille comtesse s’était tout à coup transformée en une vraie furie. Son souffle était court à un point tel que la jeune fille eut peur qu’elle ne trépasse là, dans son fauteuil. Se gardant bien de la toucher sachant que l’aïeule n’aimais pas qu’on la prenne en pitié, elle dû la calmer en lui jurant que personne ne saurait jamais rien de ce qu’elle venait de lui confier. Elle réussit à lui redonner une attitude presque normale dans la situation où elle se trouvait, et sa respiration avait repris le rythme d’une femme affaiblit par l’affection cardiaque dont elle savait qu’elle allait en mourir. La jeune fille arrêta sa pensée sur les derniers mots que son aïeule venait de prononcer. Et devant son ardente confession, elle la rassura vivement, avec une très douce voix, une fois de plus afin de la tranquilliser  définitivement:

    Ne vous inquiétez pas, grand-mère. Avec moi, ils seront en sûreté s’il s’agit d’empêcher ma belle-mère de les trouver et de se les accaparer. Comptez sur moi ! Elle ne les aura jamais, pas plus que mon père qui se laisse manipuler par son jeu de séduction. Elle ne l’a pas épousé par amour, malgré ce qu’elle lui a fait croire. Je sais qu’elle l’a séduit pour se faire épouser surtout par cupidité et pour le patronyme dont elle allait hériter de par cette union avec lui. En dix ans, j’ai eu le temps de comprendre comment cette femme agissait pour obtenir ce qu’elle voulait.

    La grande dame qu’elle avait été et dont il ne restait que cette farouche personnalité, lui dit en économisant ses mots, ne voulant pas s’étendre sur ce qu’elle avait compris depuis le début :

    Tu as vu juste ma fille. Prends l’escabeau qui est dans ce coin, et va vers ce meuble. La comtesse désigna un meuble à deux corps datant du 18 ème siècle. Les sculptures en reliefs représentaient des chimères. Sur la partie supérieure, un bandeau se détachaient des têtes de lions qui figuraient, aussi, sur les armoiries des de Brémont. Suivant les indications de sa grand-mère, isabelle approcha l’escabeau, monta sur la plus haute  des marches et, prenant entre ses mains les grands morceaux d’étoffe où de nombreux écrins étaient enroulés, elle les cala dans contre elle, se servant d'un de ses bras afin de pouvoir redescendre en se tenant de sa seule main libre afin d’éviter la chute puis, elle retourna auprès de son aïeule, posa les étoffes contenant les écrins sur ses genoux. Mme de Rubens déroula la plus grande renfermant le plus important des écrins en premier. La comtesse le prit et l’ouvrit. Isabelle eut une exclamation admirative en voyant le splendide collier. Sur un fond de velours grenat reposait de grosses perles fines, des rubis et des émeraudes, sans compter l'or ciselé enchâssant délicatement les pierres précieuses.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -28-

    Les yeux de la jeune fille se portèrent vers un grand cadre décoré, accroché sur le mur donnant en face de la seule fenêtre de la tour. Elle n’y avait jamais fait attention jusqu’à ce jour. La princesse orientale était d'une beauté à couper le souffle. Un peintre habile avait, avec talent, représenté cette jeune princesse qu’Isabelle pensait être une hindoue. La dite princesse était représentée dans le costume de son pays, avec, sur sa poitrine voilée de mousseline, ce merveilleux collier. Les fines mains de cette princesse étaient habillées de bagues toutes aussi précieuses que le collier. A ses bras et autour de ses poignets comme à chacune de ses chevilles, des anneaux ornés de pierreries d’une inestimable valeur, complétaient cette magnifique parure. Tous ces joyaux étaient dans des écrins successivement ouverts par sa grand-mère. Demeurée debout de stupeur, les bras ballants près de la table ronde, Isabelle regardait stupéfaite, son aïeule puis, contemplait pensivement les bijoux. La voix brève et fatiguée de sa grand-mère la fit tressaillir :

    Referme ces écrins, emporte-les dans ta chambre et cherche où tu pourrais les cacher sans peur qu’on ne les découvre. Je te les donne, entends-tu ? Ils t’appartiennent à présent, et à toi seule ! Dès que je serai morte : et je crois que ce sera pour bientôt, la d’Argenson viendra fouiller ici pour tâcher de découvrir où j’aurai bien pu les cacher alors que je serais sur le point de trépasser. Je ne me fie pas à la cachette secrète de ce meuble, on pourrait peut-être bien finir par découvrir cet endroit tenu hors de la portée de tous ceux qui pendant des années, ont toujours voulu me forcer à les vendre, sans jamais avoir pu me faire céder. Pas une seule seconde on ne pourrait songer que je puisse les donner à une jeune fille désargentée comme toi. Tu connais, certainement un endroit dont toi seule a le secret, et dans lequel ils seront plus en sûreté qu’ici. Les enfants, ça fouille partout. Dans ce vieux château et ses dépendances, c’est un inépuisable terrain de jeu pour une jeune fille ayant un esprit de découverte comme le tiens. Il y a sûrement des cachettes sûres que personne d’autre que toi ne connaît ? Tu es la seule en qui, avant de m’en aller, je mets toute ma confiance. Ne me trahit jamais, Isabelle !

    Je ne vous trahirais jamais, grand-mère, d’autant plus que je soupçonne la d'Argenson d’avoir éliminé ses deux maris afin d’hériter plus vite de leur fortune. Je n’ai aucune preuve de ce que j’avance ; mais j’en suis presque sûr ! Père est pratiquement ruiné et conserve le château et les terres grâce à son mariage avec cette femme. Je ne la considère pas comme une de Rubens, ni comme ma belle-mère. Ce qui est aux de Rubens, ne peut appartenir à une roturière usurpatrice de particules que je soupçonne d’assassinat concernant ma chère mère. Le temps est révolu pour la démasquer sans que je sois moi-même en danger de mort ; mais, tôt ou tard, elle devra rendre des comptes sur ses forfaits.

     Avant de m’en aller pour un autre monde ou je serais certainement à ma place, comme tu me fais plaisir, Isabelle de t’entendre raisonner ainsi ! Je sais donc que je peux te faire une entière confiance. Un dernier souhait, pourtant, me laisserait une immense joie que j’emporterai secrètement dans ce voyage dont on ne revient pas et ainsi, punir la peste qu'est la d'Argenson : mon fils lui est complètement et aveuglément dévoué par l’amour qu’il lui porte. Il ne se rend pas compte de sa fausseté, sa duplicité qui est flagrante concernant ses manigances pour obtenir ce qu'elle veut. Elle le manipule à sa guise. Je sais tout sur elle : la moindre chose m'est rapportée. Pour ma satisfaction, est-tu  sûr de l'endroit où tu vas cacher tout ce trésor ?  Je ne veux absolument pas qu'elle mette la main dessus  ? J'ai fais venir mon notaire un jour qu'ils n'étaient pas au château, et je t'ai couché sur mon testament. Je te fais mon héritière universelle : Tu le mérites bien pour toutes ces années de solitude et de souffrance. Je suis au fait de ce que tu as dû endurer depuis ta petite enfance et jusqu'à ce jour... Tu connais ma froideur : Je ne suis pas démonstrative et peu communicative. Je ne peux changer mon caractère ; mais je veux partir l'esprit tranquille et participer au moins un peu à ton devenir lorsque tu seras majeure. Je sais que tu feras bonne usage de ce que je te lègue. Personne ne pourra mettre en doute ton héritage : j'ai fais ce qu'il faut pour ça.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -28-

    Isabelle Réfléchit un court instant, et dit enfin :

    Grand-mère, ne vous inquiétez plus pour cacher ce trésor. Je viens de me souvenir qu’il en existe un et pas bien loin de vous. Je l’ai découvert par hasard, il y a trois ans, alors que je m’ennuyais seule dans mon coin. Il me vint soudain l’idée d’explorer les armoiries de nos ancêtres dans la sellerie avoisinant l’armurerie, et de toucher ces mêmes armoiries qui décorent la plaque de la cheminée se trouvant dans ma chambre. En caressant les sculptures pour mieux m’imprégner des contours de celles-ci, cette plaque est descendue à moitié, découvrant ainsi un espace vide. Je n'ai pas su, sur le moment, comment faire pour inverser le mécanisme, puis en touchant successivement tous les reliefs. Je finis par tomber sur celui qui actionnait le système de remontée ; mais il serait impossible d’y cacher tous ces écrins ?

    Qu’à cela ne tienne. Emporte seulement les bijoux et remets les écrins à leur place d’origine. Si la d’Argenson de malheur les découvre vides, ça la mettra encore plus en colère. D'où que je puisse être après ma mort, j’aurai peut-être l’occasion de voir sa tête fulminer de rage. Quel bonheur de contempler sa réaction ! Pense donc !  Ne pas pouvoir les mettre et se montrer avec, serait ma plus belle vengeance ! Quant à mon fils, ne pas avoir la satisfaction d'admirer les joyaux au cou de sa femme, dans ses cheveux, à ses poignets et à ses doigts serait, pour moi, la plus grande des punitions que je puisse leurs affliger à tous deux. Même après avoir quitter ce monde, pour avoir bravé mon autorité et déshonorer le nom des de Rubens, je serais satisfaite de sa déconvenue. Je sais ce qu’il ferait des bijoux qui pourraient ne pas plaire à la d’Argenson. Pour moi, vendre un seul de ces joyaux pour payer quelques factures qu’ils pourraient avoir en retard concernant le château, serait par-delà ma mort, un échec que je ne pourrais me pardonner !  Je ne le supporterais pas !

    Isabelle n’en revenait pas de voir à quel point la haine de sa grand-mère pour Édith d’Argenson soit plus forte que la sienne. Lorsque, sur les indications de son aïeule, Isabelle eut refermé le tiroir secret, Aurélie de Rubens lui dit :

    Prends ce vieux sac complètement élimé et ne ressemblant plus à grand chose : il est posé sur la commode. mets-y tout cela et arrange-toi pour que personne ne te voie retourner dans ta chambre. Il ne faut pas que plus tard, l’on puisse t’accuser de t’être approprié les bijoux. En plus d'avoir tout mis en règle aupré du notaire, voici une lettre signée de ma main qui prouvera le don que je te fais... Bien. Maintenant, va-t’en, mon enfant : je suis lasse. Sois toujours une vraie de Rubens de sang et ne te laisses jamais influencer, manipuler, croire à aux minauderies de l’intrigante pour obtenir ce qu’elle désire. Elle serait capable de changer de comportement envers toi, te choyer pour essayer de t'apprivoiser comme elle l’à fait pour ton père qui s’illusionne, encore aujourd’hui, sur cette femme, bien trop facilement. Je suis au courant de tout ce qu’il se passe au château. Je te l'ai déjà dis. Rien ne m'a échappé tout au long de ces années de solitude volontaire...

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -28- 

    Ma dame de compagnie me rapporte tout ce que j’ai besoin de savoir. Je sais : je me répète ; mais mon âge et ma maladie ne m’épargne pas. Il me semble que j’oublie souvent le sujet que je viens d’aborder. Ma mémoire n’est plus ce qu’elle était.

    Je sais que ton père ne s’est jamais préoccupé de toi depuis le décès de ta mère. C’est pour cette raison que je te confie ce trésor qui doit rester secret en ta possession. Tu seras ma seule héritière parce que je le veux. Tu es au courant qu'une fille ne peut hériter : Il n'y a que les garçon qui sont héritier de par la loi chez les nobles. Lorsque je ne serais plus là, l'on pourrait contester ce que j'ai décidé pour toi.

     Sans bien se rendre compte de ce que cela pouvait changer à sa vie, Isabelle ne pensait qu'au trésor confié par sa grand-mère.  Elle n’était pas encore au fait de tout ce que signifiait un héritage conséquent, et n’était guère attirée par l’argent. Encore une fois, ce qui la préoccupait était de tranquilliser sa grand-mère.

    Oh ! Ne craignez pas que ce trésor finisse dans les mains de cette femme, grand-mère ! Je ne peux décidément pas la supporter ! Je n’ai que seize ans, mais je ne suis pas facile à manipuler. Elle a déjà essayé ce que vous dites, mais je ne suis pas si naïve ! Dit avec élan la jeune fille. Elle se tenait debout, hésitante devant sa grand-mère, serrant entre ses doigts le sac de velours râpé. Il y avait dans son regard comme une sorte d’attente ; d’anxieuse prière.

    L’aïeule, qui se sentait au seuil de la mort, allait-elle enfin s’émouvoir devant Isabelle qui n’attendait que cela ? Un peu de tendresse envers elle qui se sentait si solitaire, qu’elle laisserait paraître avant de partir pour un autre monde ? Elle qui s’en était complètement désintéressé jusqu’à cet ultime instant où elle lui montrait enfin un peu d’intérêt, où elle lui faisait ce don magnifique ? Mais aucune émotion ne se discernait sur ce visage impassible. La jeune comtesse regardait son aïeule avec le secret espoir d’un geste à son égard, ne serait-ce que sa main à baiser, mais rien ne vînt. Isabelle aurait voulu l’embrasser, lui démontrer qu’elle l’aimait malgré toute cette indifférence clairement exprimé toutes ces années, et encore ce jour même ; mais le visage glacé de la vieille comtesse restait de marbre, sans aucune expression, et son cœur demeurait insensible à l’appel muet de la jeune fille mendiant un peu d’affection pourtant, Isabelle osa lui dire le fond de sa pensée :

    Euh ! Je ne vous reverrais plus, grand-mère ; mais je tiens à ce que vous sachiez que je vous ai toujours gardé une place dans mon cœur, attendant un geste de vous. Si vous aviez voulu, je vous aurais aimé grand-mère ! J’étais si seule !

    La comtesse Marie-Marguerite ne dit mot pourtant, Isabelle crue distinguer ses lèvres trembler, laissant percevoir une soudaine émotion qu’elle se gardait bien de montrer suite aux paroles de la jeune fille. Isabelle s’attendait à l'expression d'un regret exprimé par une parole ; mais encore une fois, rien ne vînt. Les seuls mots qu'elle prononça lui fit réaliser qu'ils seraient les derniers.

    — Adieu Isabelle. Tu peux disposer.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -28- 

    Isabelle, les yeux embués de larmes,  osa prendre la main de son aïeul qui ne la retira pas,  la baisa avant d’exprimer la phrase qui devait mettre un terme à leur entretient :

    Adieu, Grand-mère.   

    Se ravisant, la comtesse retira prestement sa main aristocratique des lèvres de sa petite-fille, et fît un geste significatif qui accompagnait ce congé définitif ne souffrant aucun retour en arrière, et qui fit prendre conscience à Isabelle qu’elle ne dirait plus un mot.

    Malgré ce congé qui en disait long sur la dureté de caractère de son aïeule, Isabelle osa encore :

    Je vous remercie pour votre confiance et vous assure de ma loyauté, grand-mère. N’ayez aucune crainte et reposez-vous tranquillement. Adieu.

    Les yeux  toujours embués de larmes, la jeune fille refit la révérence et tourna les talons. Quand elle eut franchi le seuil de cette grande pièce à l’atmosphère glacial et irrespirable : cette grande et unique salle lui servant de chambre et de pièce à vivre où sa grand-mère allait certainement finir ses jours. Isabelle s’appliqua avec prudence, à déambuler, légère et méfiante, jusqu’à sa propre chambre : il fallait qu’elle arrive à ne pas se faire remarquer par Adélaïde. Par bonheur, sa marraine cousait à la machine et ne perçu pas la venue de sa protégée. Isabelle put ainsi regagner sa chambre sans encombre, dégager la cachette, et y enfermer le précieux contenu du sac qui ne payait pas de mine, mais qui en disait long sur le trésor qu'il contenait et qui lui avait été confié.

    Elle ne craignait pas son amie de tous temps, mais la comtesse de Rubens lui avait bien précisé de ne parler à âme qui vive du secret des bijoux si longtemps cachés. Bien qu’Isabelle sache que la bonne Adélaïde n’aimait pas sa belle-mère, elle se devait de respecter la parole donnée à une mourante. Sa grand-mère ne tenait pas à ce qu’Adélaïde soit au courant de ce qu’il restait de cette fortune qu’elle avait, pendant des années, si farouchement réussi à dissimuler à la convoitise des châtelains successifs ayant habité château neuf, mais elle abhorrait cette femme cupide qu’était la d’Argenson. Isabelle se préoccupait, en cet instant, que de respecter les consignes de son aïeule, et de trouver une cachette digne du trésor qu’elle gardait entre ses mains. Il fallait qu’elle mette en sûreté le dépôt confié à ses soins. En repensant à Adélie, Isabelle connaissait l’aversion qu’elle avait envers cette d’Argenson et ne la portait, pas plus qu'elle, dans son cœur. Elle se serait bien associée à sa grande amie pour lui faire volontiers du tort ; mais la comtesse Marie-Marguerite de Rubens lui avait expressément fait promettre de ne révéler à âme qui vive la teneur de ce trésor. Elle entendait encore ses paroles :

    Promets-moi de ne révéler que tu détient et soustrait les bijoux que je te donne à la convoitise des personnes vivant dans ce château que j'ai quitté dès que la d'Argenson est venu habiter aupré de son nouveau mari : mon fils.

    Isabelle tenait à respecter sa mission jusqu’au bout sans déroger à sa promesse. Par bonheur, Adélaïde cousait à la machine. Isabelle put gagner sa chambre sans encombre, dégager la cachette, et y enfermer le précieux contenu du sac qui en disait long sur le trésor qu'il lui avait été confié. Après quoi, elle se mît à rire intérieurement en imaginant la déconvenue de sa belle-mère lorsqu’elle chercherait en vain les joyaux, ce qui lui procura une joie immense. Pour elle-même, la jeune fille marmonna tout bas :

    — Ah ! Non ! Non ! Tant qu’elle sera la gardienne de ces joyaux, la d’Argenson ne portera jamais les bijoux de la princesse hindoue ! Agitée par ce qu’elle venait de vivre, l’adolescente allait et venait à travers sa chambre très sommairement meublée. Soudainement, elle tendit l’oreille, surprise d'entendre le violon de sa tante Victoria qu’elle n’avait jamais vu. L'instrument se plaignait en de longs sanglots poignants. Isabelle s’accouda à la fenêtre pour écouter cette longue plainte. Son cœur esseulé comprenait les mots que traduisait le violon. Elle resta un petit moment ainsi, à écouter ce violon plaintif puis, plus rien. Du haut de ses seize ans, élevée sans même l’amour du seul parent qui lui restait, habituée à la solitude, Isabelle avait un caractère bien trempé et décida d’aller frapper à la porte de sa tante, espérant que celle-ci lui ouvrirait si elle insistait. Sans la connaître que par le son de son violon, Isabelle éprouvait pour sa tante de la tendresse. Elle tenterait tant qu’elle en aurait la force et cette envie de lui parler, de devenir elle, sa nièce, sa seule amie afin d’atténuer leurs deux solitudes.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -28- 

    Cela faisait dix ans qu’elle avait perdu sa mère, dix ans qu’elle supportait cette femme qui avait usurpé la place de la vraie châtelaine qu'était sa tendre mère alors qu’elle n’était encore qu’une toute petite fille. A cet âge, l'on ne peut comprendre qu’il faille, par la force des choses, se passer de la tendresse d’une mère. Mais être séparée volontairement du seul parent qu’il lui restait, était incompréhensible. Petit à petit, Isabelle s’était rendu compte du désintéressement de son père. La d’Argenson avait su y faire : Elle s'était bien gardée  de changer  quelque chose aux habitudes du comte, trouvant que cette façon de procéder était une très bonne idée de l’avoir confié à la préceptrice de sa défunte femme. Cela l’arrangeait, la laissant libre de ne pas avoir à s’en encombrer. Il n’y avait que sa fille de dix ans, qui comptait pour elle, et la vie mondaine qu’elle menait avec toute la séduction dont elle était capable grâce à la fortune de ses deux défunts maris. L’intrigante Mme d’Argenson n’était pas dans le besoin ; mais elle aimait tenir sous son contrôle les cordons de la bourse de Rudolph, prenant bien garde de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! En femme avisée et très cupide, elle s’occupait des deniers du comte sans y injecter trop de ses propres avoirs et seulement lorsque les factures comptaient déjà quelques mois de retard, de façon à récupérer les intérêts sur ce qu’elle laissait placé en banque. La d’Argenson savait qu’il y avait du potentiel dans la famille des de Rubens avec la fortune de la violoniste, le trésor encore hors de vue de la princesse Hindoue qui ne saurait tarder à lui appartenir, et la fortune de la vieille comtesse qui devait être conséquente depuis toutes ces années où elle avait vécu en recluse. Édith d’Argenson savait que Mme de Rubens mère gardait jalousement les fameux bijoux hors de sa portée. Elle ne se doutait aucunement que l'aïeule les avait confié à sa petite fille : la sauvageonne comme elle se plaisait à la surnommer, qu'elle était devenue la dépositaire du trésor qu’elle convoitait tant. La d’Argenson ne cachait pas qu’elle comptait sur le décès de la vieille comtesse pour faire mains basses sur le fabuleux trésor dont elle connaissait la valeur inestimable par son époux, tous les moyens seraient bons pour découvrir l'endroit ou sa belle-mère les avait dissimulé. Quitte à faire démolir tous les murs de la vieille tour jusqu’à ce qu’elle trouve les joyaux, elle ne s'arrêterait pas de chercher. Peu lui importait les chambres d’Adélaïde ou d’Isabelle, et encore moins l’appartement de la parente infirme dont elle n’avait cure ! Elle ferait tout pour réussir à obtenir ce qu'elle désirait plus que tout !

    Une autre idée faisait son chemin  dans son esprit tortueux : il fallait réunir les deux domaines en un seul, il était primordial de faire accepter sa fille en mariage par William de Rubens afin que, par des manières détournées, elle puisse aussi, faire mains basses, en temps voulu, sur la propriété d’Aigue-blanche. Son plan était de devenir, tôt ou tard, la châtelaine incontestée de tous les domaines des de Rubens. Ce ne devait pas être trop difficile de charmer le jeune homme en se montrant affable et conciliante envers son futur beau-fils…

    Connaissant très bien les manières de faire de la d’Argenson afin d’obtenir ce qu’elle désirait par-dessus tout, Isabelle sentait bien que quelque chose se tramait derrière son dos, d’où sa méfiance envers la mère et la fille dont la noirceur habitait leur personnalité était tout à fait similaire.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Ce qu’elle ne comprenait pas encore, c’était jusqu’où sa cupidité et sa fourberie pouvais aller en jouant la comédie de la femme énamourée devant son époux lorsqu’elle avait besoin de se faire plaindre ou d’avoir son approbation, surtout en ce qui la concernait, elle, Isabelle. Cette femme minaudait, déployait toute sa séduction pour amener son mari à considérer les choses de son point de vue. C’est que la d’Argenson, comme l’appelait la jeune comtesse, était très rusée. Elle savait s’y prendre pour tenir son époux épris d’elle, et obtenir tout de qu’elle désirait de lui. Il faut dire qu’elle avait un atout majeur que sa belle-fille ne pouvait, à seize ans, comprendre : savoir se faire désirer, et s’adonner aux jeux sexuels.

    Dans ces moments-là, Rudolph était en adoration devant sa femme qui savait lui donner du plaisir lorsqu’il lui faisait comprendre qu’il aspirait à ces instants de tendre complicité. C’est alors qu’il aimait la rejoindre par la porte communicante de leur chambres respectives, ce qui n’était pas pour déplaire à la d’Argenson qui aimait les rapprochements intimes avec son époux. Dans leurs tendres moments d’intimité, elle savait se mettre en valeur devant son mari, d’autant plus qu’elle adorait le voir à ses genoux, fou de désir lorsqu’il s’agissait de lui faire l’amour. La d’Argenson était une femme qui aimait être désirée. Elle prenait un soin tout particulier à sa toilette pour paraître le jour comme la nuit à son avantage. Les rendez-vous nocturnes avec son époux étaient torrides. Elle choisissait des tenues de nuit très raffinées, tout en dentelle ajourée dans des tons de blanc immaculé allant bien avec sa carnation de brune et laissant deviner, en transparence, ses formes que le comte, comme beaucoup d’hommes, envahit de pensées folles, ne pouvait ignorer. Allongée sur son lit à baldaquin ou elle se prélassait, alanguie, avec toute la subjectivité de sa nudité offerte. Elle prenait des poses aguichantes, les yeux mi-clos, passant avec sensualité sa langue sur ses lèvres offertes, sachant que son mari ne pouvait résister à cet appel tout en gestes subjectifs invitant à l’amour. Édith d’Argenson aimait se laisser découvrir avec toute la finesse dont elle était capable en ces instants de plaisir ; mais à l’intérieur d’elle-même, elle était une belle fleur vénéneuse, nourrissant en son cœur un poison violent et mortel qu’elle se gardait bien de dévoiler au comte trouvant sa femme belle de partout, ne pouvant rester insensible à sa beauté. Après leurs ardents ébats, tous deux se reposaient un moment en s’abreuvant de mot d’amour tout en se donnant la béqué. La table était bien garnie en fruits de saison, de petits fours, sans oublier le champagne que Rudolph aimait laper sur le nombril de sa belle. Cela finissait de les émoustiller, les entraînant, de nouveaux, dans leurs jeux amoureux. Leurs rapprochements, dans ces moments-là, étaient plus que brûlants. Plus tard, épuisés et comblés, ils se laissaient glisser dans un sommeil réparateur, nus, juste recouverts d’un drap de satin. Lorsque l’aube pointait, Rudolph désirait encore sa femme et leurs jeux amoureux, tout en prenant des instants de pause, se prolongeaient assez loin dans l’après-midi.

    Vers les 16 heure, le comte et la comtesse faisaient leur apparition, aimables, au mieux de leur forme, toilettés, habillés, et ponctuels pour le thé : moment sacré chez les de Rubens.

    Par habitude, toute la domesticité était au courant de leurs folles nuits d’amour qui se répétaient, d’ailleurs, assez souvent, et elle ne se gênaient pas pour, derrière leur dos, jaser et se moquer. Par contre, Rigide, en tenu comme l’exigeait le protocole Anglais, le personnel affilié à leur service, était à leurs disposition pour leurs servir le breakfast comme cela se faisait dans la haute noblesse Anglaise.  

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