• Chapitre II

    Marie-Marguerite de Brémont, issu d’une très ancienne famille franc-comtoise, devenue comtesse de Rubens, avait une très haute opinion d’elle-même et l’orgueil de sa race. Elle avait, contre son grès, accepté le premier mariage de son fils, mais elle refusait qu'une roturière entre dans sa famille. Elle répondit à son fils que s’il persistait dans ce projet d’épouser une actrice sans talent, et deux fois veuve par-dessus le marché, elle ne l’accepterait jamais en tant que nouvelle belle-fille, et ne la recevrait pas davantage chez elle. Rudolph ayant bravé l’interdiction de sa mère en épousant cette deux fois veuve avec un passé plus que douteux. Marie-Marguerite de Rubens ne put accepter ce qui était pour elle, un déshonneur et un affront à son autorité. Elle tint parole en quittant château neuf qu’elle abandonna à l’intruse, et elle s’installa avec ses deux domestiques et sa dame de compagnie, dans l’aile de château vieux encore habitable. Une clause du testament laissé par son défunt mari, avait laisser son mince héritage à partager, à parts égales entre elle, Rudolph et sa fille Victoria qui était infirme. Mais la pleine jouissance des appartements à Monteuroux, dans la tour carrée de château vieux que sa fortune personnelle avait contribué à entretenir et à rendre conforme aux exigences de l’époque, lui était revenu de plein droit. De cet appartement malgré tout très inapproprié quant à sa construction vieille de plusieurs siècles. La comtesse l’avait aménagé avec le stricte nécessaire pour ce qu'elle comptait en faire une foi recluse dans le seul lieu encore debout et habitable de château-vieux. Elle ne comptait pas, de son vivant, rencontrer un jour sa nouvelle bru portant le titre de vicomtesse d’Argenson avant le mariage avec son fils, de son vivant, n’en franchirait le seuil... Marie-Marguerite de Rubens évitait de se trouver dans les parties de château-neuf pendant les semaines des mois d’été ou sa belle-fille y séjournerait. Edith d’Argenson n’aimait pas la campagne et les séjours pendant lesquels elle trouvait le château habitable étaient très courts. La comtesse Marie-Marguerite ne restait pas inactive et laissait des traces de son passage pour bien signifier à la nouvelle venue qu’elle habitait bien château-neuf quand elle et son fils n’y était pas, lui faisant bien sentir qu’elle n’était pas la bienvenue dans Monteuroux et que rien de ce qui se trouvait dans les diverses pièces, ne lui appartenait

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  • Quand enfin le couple repartait pour Paris, La comtesse Marie-Marguerite ne restait pas inactive et laissait, un peu partout, des traces de son passage, pour bien signifier à la nouvelle venue que château-neuf n’était pas sa propriété, que dans les diverses pièces des deux châteaux, les objets qui s’y trouvaient ne lui appartenaient pas, ce qui devait fortement l'énerver...

    Son fils Rudolph rendait visite à sa mère une ou deux fois par an. Il n'y avait rien d'affectif dans ses visites qui étaient plutôt guindées. Quant aux lettres qu'il lui écrivait, elles n'exprimaient que des suppliques concernant surtout des demandes de fond pour régler des factures en attente ; mais les réponses de sa mère étaient toujours négatives, car la comtesse savait que sa belle-fille n'était pas sans fortune. Pour analyser plus avant les choses, il n’y avait jamais eu de tendresse entre la mère et le fils. La comtesse Marie-Marguerite était d'une nature froide et ne laissait jamais percevoir une quelconque émotion sur son visage toujours impassible. Concentrée et murée dans cet orgueil viscéral des de Brémont méprisant autrui et ignorant la tendresse maternelle.

    La comtesse avait aimé son époux Stéphan de Rubens d’une passion qui se voulait sans concession. Extrêmement jalouse, personnelle, exigeante, elle dominait tout son monde et d’autan plus son époux, ce qui représentait, pour lui, un joug très difficile à supporter. Sa bonhomie légendaire ne faisait qu'irriter la comtesse. Aimable de sa personne et léger, il aimait la vie et ne supportait pas les interdits.

    Son fils Rudolph ne l’avait jamais intéressé, pas plus que ne l’intéressait sa fille Victoria, née difforme, et qui, depuis un certain temps, vivait complètement recluse au second étage de la vielle tour carré, juste en dessous de sa mère et au dessus de sa nièce.

    A l’égard d’Isabelle, l’indifférence de l’aïeule ne semblait pas moindre. Il était rare qu’elle la fît demander, et quand la jeune adolescente sortait de chez sa grand-mère, un soupir de soulagement lui échappait des lèvres, tellement l’atmosphère de la pièce où elle la recevait était glaciale. Ce fut donc sans empressement que le lendemain matin, au retour du village où elle avait été rendre un devoir concernant le philosophe Platon, qu'elle devait connaître sur le bout des doigts, Isabelle entreprit d'aller rendre une visite de courtoisie à la mère de son père. On y accédait par une porte donnant sur une antichambre qui desservait également les pièces où Isabelle et Adélaïde habitaient. Au-delà des lourds vantaux de chêne, on se retrouvait dans une grande salle sommairement meublée, mal éclairée par trois hautes fenêtres en forme de meurtrières, vestiges d’un passé révolu.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -23-

    Enfin, elle se força à frapper sur une des portières donnant dans la salle où se tenait sa grand-mère. Un battant s’ouvrit, laissant apparaître le doux visage d’Antoinette qui lui sourit, mais ne dit pas un mot en s’effaçant devant la jeune comtesse. La jeune fille lui rendit son sourire et pénétra dans la pièce. Elle s’avança d’un pas léger sue les dalles de marbres patinées par le temps. Devant l’une des fenêtres, s’agitaient les feuilles d’un haut marronnier plus que centenaire. Pendant un moment, Isabelle resta à contempler les jeux de lumière que les feuilles provoquaient sur le sol. Elle se dit que depuis plus de trois siècles, il y avait dû en avoir des pas qui avaient foulé cet endroit ? Elle continua prudemment d'avancer, et se retrouva sur le tapis d’Orient poussiéreux qui laissait voir sa trame. Devant l’autre fenêtres, se reposait la vieille comtesse enfoncée dans une vaste bergère. Près d’elle, sur une petite table ronde au pied central, séjournait une paire de lunettes, un tricot commencé, quelques livres et la photo de son époux Stéphan de Rubens.

    Isabelle s’avança précautieusement pour ne pas faire sursauter sa grand-mère. La vieille comtesse semblait, depuis peu, s’être assoupit. L’adolescente sembla surprise lorsqu’elle vit un regard scrutateur s’attacher sur elle. C’était un de ces regards glacés dont certains nobles, telle que Marie-Marguerite de Rubens, née de Brémont, mettent un point d’honneur à cultiver, se considérant comme supérieurs aux gens ordinaires. Ce regard lancé par des yeux qui dénonçaient une froideur incroyablement dure, donnait le ton sur ce qui, en générale, allait suivre. Le voisinage de son teint blafard semblait accentuer la nuance sombre qui dénotait sa dureté d’âme. Lorsque Isabelle fut très près de sa grand-mère, et qu’elle eut fait la révérence traditionnelle que décidément elle détestait. Celle-ci dit brièvement :

    Prendre ce vieux tabouret, et viens t’asseoir près de moi. Je te demande aussi de bien faire attention à ce que je vais te dire.

    Isabelle prit le tabouret recouvert de velours d’un rouge passé, agrémenté, sur les quatre côtés, de clous à têtes rondes d’un doré douteux. Le tissu, jadis très chaleureux, était usé et rendus peu avenant par les années de servitude. Isabelle s’avança plus prêt de sa grand-mère en prenant un air plus qu’attentif pour écouter ce qu’elle avait à lui dire.

    Elle ne l’avait pas vu depuis l’hiver dernier. Aussi fut-elle décontenancée par son changement. Dans sa robe de chambre à la couleur improbable, son corps semblait avoir épaissit, comme enflé. Son teint blême, la boursouflure de son visage dénotaient l’avancée de l’affection cardiaque dont Mme de Rubens soufrait depuis de longues années, et qui s’était aggravée de façon significative depuis ces quelques mois où elle ne l’avait pas visité. Malgré tout, son regard demeurait ferme, et sans aucune douceur.

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -24-

    Sa voix, affaiblit par la maladie, conservait quand même ces mêmes intonations sèches qui s’associaient parfaitement, et depuis des générations, à cet air condescendant, hautain et supérieur qu’affichaient les de Brémont avant que son mariage avec le comte Stéphan de Rubens ne fut officialisé. Elle aimait imposer à son entourage cet air supérieur. C’était une époque qui n’était encore pas si lointaine, ou les nobles affichaient leurs prérogatives à la face de ceux qui les côtoyaient. La vieille comtesse restait silencieuse, plongée dans ses pensées les plus secrètes puis, elle s’anima avec difficulté :

    Isabelle, tu m’as dit un jour, il y a quelques années de cela, que tu détestais ta belle-mère.

    Oui, et je vous le redis encore, grand-mère. D’ailleurs, je ne la considère pas comme ma belle-mère et cela lui déplaît. J’aime à la contredire, l’humilier, ne pas lui obéir, considérant qu’elle n’est pas la châtelaine de Monteuroux qui remplacera ma mère.

    Fort bien. Je vois que je ne me suis pas trompé sur toi. Je t’ai fais venir parce que je vais te confier un secret, mais auparavant tu dois me promettre de ne jamais le révéler à qui que ce soit dans ce monde cupide sauf, plus tard, à ton mari, si un jour tu te maries... Il faut que tu me le promettes sur l’honneur des de Rubens ! Surprise, la jeune fille fît la promesse de ne rien divulguer de ce secret à âmes qui vivent.

    Je veux t’entendre me le promettre à haute voix, Isabelle !

    Je vous promets, grand-mère, ne ne jamais trahir votre secret.

    Rassurée, Mme de Rubens resta silencieuse pendant un petit moment. Sur l’étoffe de sa robe de chambre d’un parme grisonnant, ses mains encore très fines d’aristocrate, blanches et longues, ressortaient singulièrement sur le tissu délavé. On y voyait aucun bijou de valeur, sauf une épaisse alliance en or ciselée sur toute sa largeur, seul signe extérieur de richesse.

    Cette fortune due à son rang, se devait d'être, de sa propre volonté, dissimulée aux yeux de la cupidité latente dans ce château...

    Tout à coup, la vieille dame reprit la parole sur le même ton dont elle avait accueilli sa petite fille, ce qui l’impressionnait toujours autant. Ce que son aïeule lui révéla sur ce qu'elle possédait, Isabelle en savait déjà une partie grâce à Adélaïde, mais ce qu’elle entendit, la laissa stupéfaite. Elle prit soins d’être attentive à ce que sa grand-mère tenait à lui confier. La vieille comtesse commença sont récit :

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  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -25- 

    Mon grand-père, Yann de Brémont, au cours d’un voyage dans les pays d’orient, avait sauvé la vie du fils d’un maharadja de je ne sais plus quelle dynastie, mais cela importe peu. Pour lui montrer sa reconnaissance, le maharadja reconnaissant, lui donna une de ses filles en mariage. Il la combla, en guise de dot, de quelques-uns des magnifiques joyaux dont il était possesseur.

    Mon grand-père ramena en France la belle Orientale qui fut baptisée, et qui apprit la langue de son nouveau pays. Ces chères cousines par alliance et demoiselles à la peau très blanche qui devait être le signe suprême d’une noblesse bien affirmée, ne l’ont pas accepté tout de suite. Mais la princesse ne céda en rien pour l’élégance, sa distinction, ses manières, son charme et son l’esprit très vif, aux autres comtesses de Brémont.

    De ses dix enfants, un seul survécut qui fut mon père. A sa mort, Étant fille unique, j’ai hérité des précieuses gemmes en même temps que la fortune des de Brémont. Celle-ci, fut à peine diminuée par une gestion quelque peu imprudente dans des placements hasardeux qu'avait fait mon père. Cependant, elle était encore très conséquente. Le comte Stéphan de Rubens, mon époux, se chargea de réduire sa propre fortune qui étaient à cette époque, considérables. Heureusement, je suis une femme futée et très prévoyante. Je n’aime pas, à cause d’un mariage qui se révéla désastreux, être dépouillée de mes biens. Je suis de sang noble. Je n’ai, en aucun cas, un devoir envers mon époux concernant ma propre fortune, mon père étant décédé.

    Stéphan de Rubens :Ton grand-père, avait des biens qui n'étaient guère négligeables en comptant ma dot. Ce que je possédais en totalité ne le regardait aucunement. Je pris soin de ne poins lui révéler la grandeur de mon patrimoine. Il savait que je n'étais pas dépourvue d'argent, bien entendu, mais seule ma dot était entrée en ligne de compte dans cette union. Étant Seule héritière de mon père, je disposais de ce qu'il m'avait légué, comme je l’entendais.

    Ton grand-père n’a jamais eu connaissance de ce je possédais réellement en immobilier et terrains que je louais en fermage et dont, régulièrement, je touchais les loyers de ce que mes terres produisaient, ainsi que les intérêts concernant les terres louées que mon notaire prenait soin d'ajouter à mes avoirs.

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    Je suis de sang noble. Je n’ai, en aucun cas, un devoir de soumission envers mon époux concernant ma propre fortune. Il avait la sienne, et j’avais la mienne. L’apport dotal dont j’héritais de par mon père, comprenait une clause qui protégeait mes biens supérieurs à ceux de mon futur époux et tenait ainsi, à l’abri de Stephan de Rubens, ce que je ne voulais pas qu’il sache. Seule héritière en titre, je disposais de mon héritage comme je l’entendais. Mon époux n’a jamais vraiment eu connaissance de mon patrimoine en immobilier et terrains, ni de mes avoirs en banque.

    Ton grand-père n’était pas homme à faire fructifier ses biens. Il ne tenait pas compte de l’argent qu’il dépensait et il ne m’écoutait pas lorsque je le conseillais sur ses placements financiers. Ses gros défauts étaient le jeu et les femmes. Lorsque je pris connaissance, par mon intendant, de sa trahison, je ne l’acceptais plus dans ma chambre comme mon époux. Il fut obligé d’acheter un petit hôtel particulier, dont le prix d’achat était bien au dessus de ce qu’il aurait dû accepter.

    Il jouissait de cet hôtel particulier pour ses parties de cartes et ses rendez-vous lubriques. Lorsqu’il mourut, peu de temps après l’achat de son hôtel particulier, je me retrouvais, à nouveau, héritière de ce qu’il restait de sa fortune car il se devait de m’entretenir... La loi étant en ma faveur, la coutume Normande ne désignait pas l’apport au mari par la femme, mais un apport du mari à la femme comme dans la « dos ex marito du droit franc. »

    Le reste de sa fortune, une fois réglé les frais de succession, fût partagé en parts égales, entre mon fils Rudolph ma fille Victoria. Lorsque ce fut fait, je mis en vente l’hôtel particulier. L’affaire fut rapidement conclue, à mon avantage. La somme fut, après déduction faite des frais consécutifs à cette vente, ajouté à mes avoirs, considérant qu’il avait dilapidé ma dot. Je conservais encore un avantage sur mes deux enfants. En effet, mes revenus provenant de mes biens immobiliers personnels fort substantielles que je n’avais jamais dévoilé à mon époux, étaient, pour l’existence que je devais mener à Monteuroux, entourée par mes deux fidèles serviteurs, de ma femme de chambre qui me servait également de dame de compagnie, bien assez conséquents.

    Je ne dépensais guère. Les intérêts de mes avoirs, s’ajoutaient régulièrement sur mes comptes, et je gardais ma suprématie sur tout ce qui se trouvait à Monteuroux. Je suis la doyenne et l’on me doit le respect. Comme je te l’ai dit, Je ne t’ai pas fait venir pour te raconter une partie de ma vie, mais pour que tu comprennes que ce que je vais te confier est un secret qui, aujourd’hui, doit rester caché, entre tes mains, loin de ton père et de cette femme. C’est un trésor inestimable que j’ai conservé intact dans sa totalité et qui m’appartient de plein droit. Ce sont des joyaux inestimables. Parfois, mon époux se trouvait dans une situation délicate et venait me supplier de lui confier quelques bijoux afin d’honorer ses dettes de jeux. Je ne pouvais accepter ses suppliques et cela me mettait dans une grande colère. En aucune manière je n’aurais permis de toucher à ce trésor légué par mon père qui est donc, ton arrière-grand-père. Ses suppliques de Stéphan ne servaient qu’à me mettre hors de moi. Jamais je ne lui ai concédé un prêt sur mes biens, même lorsqu’il insistait lourdement :

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  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -27-

    Nous pourrions en vendre quelques-uns ? Juste quelques-uns ! Vous n’allez presque plus dans le monde, Marie-Marguerite. A quoi vous servent ces bijoux ? Me disait-il.

    Je ne pouvais supporter que l’on porte atteinte à l’intégrité de ce trésor qui m’appartient encore aujourd’hui de plein droit. A chaque demande de sa part, ne pouvant me maîtriser, je rentrais dans une colère sans nom :

    Jamais ! Vous entendez ! Moi vivante, pas un seul de ces joyaux ne sortira de la famille ! Entendez-vous ?! Cest là, tout ce qu’il nous reste de notre splendeur passée ! Il est inutile de revenir me supplier de me défaire d’une partie de ce trésor qui m’appartient pour couvrir vos dettes de jeux et l’entretient de vos maîtresses ! Ce sera toujours un refus catégorique ! Vous n’aviez qu’à mieux gérer votre propre fortune… et ma dot que vous avez dilapidé avec vos frasques, sans complexe ni remord !

    Avec encore assez de force et de mordant, Marie-Marguerite de Rubens dit à sa petite-fille :

    Cette intrigante... cette dArgenson sait, de par mon fils, que je détiens ce trésor. Elle n’attendra pas que mon corps soit froid pour s’en emparer si elle le trouve ? Mon fils, le beau premier, est un faible devant cette roturière ! Ton père, sous l’influence de cette femme cupide, a bien essayé, depuis toutes ses années, de savoir où je cachais les fameux bijoux ; mais il ne l’a jamais su.

    Tous deux l’ignorent et l’ignoreront toujours si tu ne me trahis pas ! Je veux que toi seule connaisse le secret de ce trésor et que toi seule hérites de ces bijoux, Isabelle… j’exige… de la droiture de ta part !

    La vieille comtesse s’était tout à coup transformée en une vraie furie. Son souffle était court à un point tel que la jeune fille eut peur qu’elle ne trépasse là, dans son fauteuil, devant elle. Se gardant bien de la toucher sachant que l’aïeule n’aimais pas qu’on la prenne en pitié, elle dû la calmer en lui jurant que personne ne saurait jamais rien de ce qu’elle venait de lui confier. Elle réussit à lui redonner une attitude presque normale dans la situation où elle se trouvait, et sa respiration avait repris le rythme d’une femme affaiblit par l’affection cardiaque dont elle savait qu’elle allait en mourir. La jeune fille arrêta sa pensée sur les derniers mots que son aïeule venait de prononcer. Et devant son ardente confession, elle la rassura vivement une fois de plus :

    Ne vous inquiétez pas, grand-mère. Avec moi, ils seront en sûreté s’il s’agit d’empêcher ma belle-mère de les trouver et de s’en emparer. Comptez sur moi ! Elle ne les aura jamais, pas plus que mon père qui se laisse manipuler par son jeu de séduction. Elle ne l’a pas épousé par amour, malgré ce qu’elle lui a fait croire. Je sais qu’elle l’a séduit pour se faire épouser par intérêt, et pour le patronyme dont elle allait hériter grâce à cette union avec lui. En dix ans, j’ai eu le temps de comprendre beaucoup de choses et comment cette femme agissait pour obtenir ce qu’elle voulait.

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    La grande dame qu’elle avait été et dont il ne restait que cette farouche personnalité, lui dit en économisant ses mots, ne voulant pas s’étendre sur ce qu’elle avait compris depuis le début :

    Tu as vu juste ma fille. Je te fais confiance pour la confondre si quelque chose de fâcheux devait se produire. Mais pour ce qui nous importe aujourd'hui, prends l’escabeau qui est dans le coin, et va vers ce meuble.

    La comtesse désigna un meuble à deux corps datant du 18 ème siècle. Les sculptures en reliefs représentaient des chimères. Sur la partie supérieure, un bandeau se détachaient des têtes de lions qui figuraient aussi, sur les armoiries des de Brémont. Suivant les indications de sa grand-mère, Isabelle approcha l’escabeau du secrétaire, monta sur la plus haute des marches et attendit les ordres de sa grand-mère qui lui indiquât le mécanisme secret et comment le manipuler. Après avoir ouvert la cache secrète, Isabelle Prit entre ses mains les grands morceaux d’étoffe en velours rouge où de nombreux écrins étaient enroulés, et de son bras libre, elle les maintint contre elle. Prudente, elle se servit de l’autre bras afin de pouvoir redescendre en se tenant de sa seule main libre afin d’éviter la chute, puis elle retourna auprès de son aïeule, et elle posa les étoffes contenant les écrins sur ses genoux.

    Mme de Rubens déroula la plus grande des étoffes renfermant le plus important des écrins en premier. De ses mains mal assurées, la comtesse le prit et l’ouvrit. Isabelle eut une exclamation admirative en voyant le splendide collier. Sur un fond de velours grenat reposait de grosses perles fines, des rubis et des émeraudes, sans compter l'or ciselé enchâssant délicatement les pierres précieuses. Les yeux de la jeune fille se portèrent vers un grand cadre décoré, accroché sur le mur donnant en face de la seule fenêtre de la tour. Elle n’y avait jamais fait attention jusqu’à ce jour. La princesse orientale était d'une beauté à couper le souffle. Un peintre habile avait, avec talent, représenté cette jeune princesse qu’Isabelle pensait être une hindoue. La dite princesse était représentée dans le costume de son pays, avec, sur sa poitrine voilée de mousseline, ce merveilleux collier. Les fines mains de cette princesse étaient habillées de bagues toutes aussi précieuses que le collier. A ses bras et autour de ses poignets comme à chacune de ses chevilles, des anneaux ornés de pierreries d’une inestimable valeur, complétaient cette magnifique parure. Tous ces joyaux étaient dans des écrins successivement ouverts par sa grand-mère. Demeurée debout de stupeur, les bras ballants près de la table ronde, Isabelle regardait stupéfaite, son aïeule puis, contemplait pensivement les bijoux. La voix brève et fatiguée de sa grand-mère la fit tressaillir :

    Referme ces écrins, emporte-les dans ta chambre et cherche où tu pourrais les cacher sans peur qu’on ne les découvre. Je te les donne, entends-tu ? Ils t’appartiennent à présent, et à toi seule ! Dès que je serai morte, et je crois que ce sera pour bientôt, elle ne se gênera pas pour venir dans ma chambre, peut-être même avant que je ne rende mon dernier souffle, pour fouiller et mettre tout sans dessus-dessous, se souciant complètement de mon agonie. Je sais que la d’Argenson viendra ici pour tâcher de découvrir où j’aurai bien pu cacher les joyaux. Je ne me fie pas à la cachette secrète de ce meuble, on pourrait peut-être bien finir par découvrir cet endroit tenu hors de la portée de tous ceux qui pendant des années, ont toujours voulu me forcer à les vendre, sans jamais avoir pu me faire céder. Pas une seule seconde on ne pourrait songer que je puisse les donner à une jeune fille désargentée comme toi. Tu dois connaître certainement un endroit dont toi seule a le secret et dans lequel ils seront plus en sûreté qu’ici.

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    Les enfants, ça fouille partout. Dans ce vieux château et ses dépendances, c’est un inépuisable terrain de jeu, surtout pour une jeune fille ayant un esprit vif et intelligent comme le tiens. Il y a sûrement des cachettes sûres que personne d’autre que toi ne connaît. Tu es la seule en qui, avant de m’en aller, je mets toute ma confiance. Ne me trahit jamais, Isabelle !

    Isabelle Réfléchit un court instant, et dit enfin :

    Grand-mère, ne vous inquiétez plus. Je sais où cacher ce trésor. Je viens de me souvenir qu’il en existe un, et pas bien loin de vous. Je l’ai découvert par hasard, il y a trois ans alors que je m’ennuyais seule dans mon coin. Il me vint soudain l’idée d’explorer les armoiries de nos ancêtres qui se trouvent dans la sellerie avoisinant l’armurerie, et de toucher ces mêmes armoiries qui décorent la plaque de la cheminée se trouvant dans ma chambre. En caressant les sculptures pour mieux m’imprégner des contours de ceux-ci, cette plaque est descendue à moitié, découvrant ainsi un espace vide. Bien embêtée, je ne savais pas comment faire pour inverser le mécanisme, puis en touchant successivement tous les reliefs. Je finis par tomber sur celui qui actionnait le système de remontée ; mais il serait impossible d’y cacher tous ces écrins !

    Qu’à cela ne tienne. Emporte seulement les bijoux et remets les écrins à leur place d’origine. Si la dArgenson de malheur les découvre vides, ça la mettra encore plus en colère. D’où que je puisse être après ma mort, j’aurai peut-être l’occasion de voir sa tête fulminer de rage. Quel bonheur de contempler sa réaction ! Pense donc ! Ne pas pouvoir les mettre et se montrer avec, serait ma plus belle vengeance, surtout que tu es ma petite fille, et que tu vas tout faire pour que jamais elle ne puisse les porter. Tu es ma seule alliée, mon enfant ! Quant à mon fils, ne pas pouvoir admirer les joyaux au cou de sa femme, dans ses cheveux, ses poignets et à ses doigts, serait pour moi, la plus grande des punitions que je puisse lui affligée avant de quitter ce monde pour avoir bravé mon autorité et déshonorer le nom des de Rubens. Je sais ce qu’il ferait de ceux qui pourraient ne pas plaire à la dArgenson. Pour moi, vendre un seul de ces joyaux pour payer quelques factures qu’il pourrait avoir en retard concernant Monteuroux. Par-delà ma mort, je ne le supporterais pas !

    Grand-mère ! Calmez-vous ! Vous allez avoir une attaque !

    Isabelle n’en revenait pas de voir à quel point la haine de sa grand-mère pour Édith dArgenson, soit plus forte que la sienne. Lorsque, sur les indications de son aïeule, Isabelle eut refermé le tiroir secret, Marie-Marguerite de Rubens lui dit :

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    Prends ce vieux sac, posé sur la commode, mets-y tout cela et arrange-toi pour que personne ne te voie entrer dans ta chambre. Il ne faut pas que, plus tard, l’on puisse t’accuser de t’être approprié les bijoux ! Voici une lettre signée de ma main qui prouvera le don que je te fais... Bien. Maintenant, va-t’en, mon enfant. Je suis lasse. Sois toujours une vraie de Rubens de sang et ne te laisse jamais influencer, manipuler, croire à aux minauderies de l’intrigante pour avoir ce qu’elle veut. Elle serait capable de changer de comportement envers toi, te choyer pour que tu te laisses apprivoiser…

    Je ne suis pas si naïve, grand-mère ! Je ne vous trahirais jamais, d’autant plus que je soupçonne la d'Argenson d’avoir éliminé ses deux maris afin d’hériter plus vite de leur fortune. Je n’ai aucune preuve de ce que j’avance ; mais j’en suis presque sûr ! Père est pratiquement ruiné. Il conserve le château et ses terres grâce à son mariage avec cette femme parce qu’elle à en tête de s’approprier le domaine dans son entier. Elle pourrait le revendre et en obtenir une très grosse somme… Je ne la considère pas comme une de Rubens. Je sais que vous êtes de mon avis, même si je n’est que seize ans ! Ce qui est aux de Rubens, ne peut appartenir à une roturière, une usurpatrice, une calculatrice que je soupçonne d’assassinat concernant maman. Le temps est révolu pour la démasquer et la remettre entre les mains de la justice sans que je sois moi-même en danger de mort ; mais, tôt ou tard, elle devra rendre des comptes concernant ses forfaits. Pour le moment, je n'ai pas de preuves, mais un jour viendra… Je ne compte pas abandonner ma quette pour la vérité...

    Comme tu me fais plaisir, Isabelle, de t’entendre raisonner ainsi avant de m’en aller pour un autre monde ou je serais certainement à ma place. J'ai fais venir mon notaire un jour qu'ils n'étaient pas au château, et je t'ai couché sur mon testament. Je te fais mon héritière universelle. Ce notaire en qui j’ai toute confiance, est depuis que nous avons fait ce qu'il fallait pour que personne ne puisse te déshériter, ton exécuteur testamentaire parce que tu n'es pas encore majeur. Ton héritage est protégé il gère ton patrimoine et j'ai foi en lui. Tu mérites cette confiance que j'ai mise en toi pour toutes ces années de solitude et de souffrance que tu as enduré. Je suis au fait de ce que tu as dû supporter depuis ta toute petite enfance, et ce, jusqu'à ce jour... Tu connais ma froideur. Je ne suis pas démonstrative et peu communicative. Je ne peux changer mon caractère, mais je veux partir l'esprit tranquille et participer au moins un peu à ton devenir lorsque tu seras majeure. Je sais que tu feras bonne usage de ce que je te lègue. Juridiquement, personne ne pourra mettre en doute ton héritage, mon enfant. Je suis au fait de tout ce que j’ai besoin de savoir à ton sujet. Tu as toute ma confiance. Je sais que je me répète, mais mon âge et ma maladie ne m’épargne pas. Il me semble que j’oublie souvent le sujet que je viens d’aborder. Ma mémoire n’est plus ce qu’elle était... cependant, je sais que ton père ne s’est jamais préoccupé de toi depuis le décès de ta mère. C’est pour cette raison que je te confie ce trésor qui doit rester secret en ta possession. Tu seras ma seule héritière parce que je le veux. Tu es au courant qu'une fille ne peut hériter ! Il n'y a que les garçon qui sont héritier de par la loi chez les nobles. Lorsque je ne serais plus là, l'on pourrait contester ce que j'ai décidé pour toi.

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    Sans bien se rendre compte de ce que cela pouvait changer à sa vie, Isabelle ne pensait qu'au trésor confié par sa grand-mère. Elle n’était pas encore au fait de tout ce que signifiait un héritage aussi conséquent, et n’était guère attirée par l’argent. Encore une fois, ce qui la préoccupait était de tranquilliser sa grand-mère pour qu’elle s’en aille tranquille...

    Oh ! Ne craignez pas que ce trésor finisse dans les mains de cette femme, grand-mère ! Je ne peux décidément pas la supporter ! Je n’ai que seize ans, mais je ne suis pas facile à manipuler. Elle a déjà essayé ce que vous dites, mais comme je vous l‘ai expliqué, je ne suis pas si naïve ! Dit avec élan la jeune fille.

    Elle se tenait debout, hésitante devant son aïeule, serrant entre ses doigts le sac de velours râpé. Il y avait dans son regard comme une sorte d’attente... d’anxieuse prière.

    L’aïeule, qui se sentait au seuil de la mort, allait-elle enfin s’émouvoir devant Isabelle qui n’attendait qu’un mot gentil de sa part ? Qui n'attendait qu'un peu de tendresse envers elle si solitaire. Est-ce que sa grand-mère laisserait paraître, avant de s'en aller pour un ailleurs, un quelconque sentiment, elle qui s’en était complètement désintéressée jusqu’à cet ultime instant où elle lui montrait enfin un peu d’intérêt… où elle lui faisait ce don magnifique ? Mais aucune émotion ne se discernait sur ce visage impassible. La jeune comtesse regardait son aïeule avec le secret espoir d’un geste à son égard, ne serait-ce que sa main à baiser, mais rien ne vînt. Isabelle aurait voulu l’embrasser, lui démontrer qu’elle l’aimait malgré toute cette indifférence clairement exprimé toutes ces années et malgré le jour même ou elle l'avait fait appeler… mais le visage glacé de la vieille comtesse restait de marbre, sans aucune expression, et son cœur demeurait insensible à l’appel muet de la jeune fille mendiant un peu d’affection. N'ayant plus rien à attendre de son aïeule, Isabelle osa lui dire le fond de sa pensée :

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    — Euh ! Je ne vous reverrais plus, grand-mère ; mais je tiens à ce que vous sachiez que je vous ai toujours gardé une place dans mon cœur, attendant un geste de vous. Si vous aviez voulu, j'aurais su vous aimer, grand-mère ! J’étais si seule !

    La comtesse Marie-Marguerite ferma les yeux, mais ne dit mot. Isabelle crue pourtant distinguer ses lèvres tremblerlaissant percevoir une soudaine émotion qu’elle se gardait bien de montrer suite à ses paroles. Isabelle s’attendait à l'expression d'un regret exprimé par quelques mots consolateurs, mais encore une fois, rien ne vînt. La seule phrase qu'elle prononça, lui fit réaliser qu'elle serait la dernière.

    — Adieu Isabelle. Tu peux disposer. 

    Adieu Isabelle. Tu peux disposer. Reste forte ! Tu vas avoir encore beaucoup d’épreuves à traverser...

     Isabelle, les yeux embués de larmes, osa prendre la main de son aïeul qui ne la retira pas, la baisa avant d’exprimer la phrase qui devait mettre un terme à leur entretient :

    Adieu, Grand-mère.   

    La comtesse retira prestement sa main aristocratique des lèvres de sa petite-fille, et fît un geste significatif qui accompagnait ce congé définitif ne souffrant aucun retour en arrière, et qui fit prendre conscience à Isabelle qu’elle ne dirait plus un mot.

    Malgré ce congé qui en disait long sur la dureté de caractère de son aïeule, Isabelle osa encore :

    Je vous remercie pour votre confiance et vous assure de ma loyauté, grand-mère. N’ayez aucune crainte et reposez-vous tranquillement. Adieu.

    Les yeux  toujours embués de larmes, la jeune fille refit la révérence et tourna les talons. Quand elle eut franchi le seuil de cette grande pièce à l’atmosphère glacial et irrespirable de cette grande et unique salle lui servant de chambre et de pièce à vivre où sa grand-mère allait certainement finir ses jours. Isabelle s’appliqua avec prudence, à déambuler, légère et méfiante, jusqu’à sa propre chambre. Il fallait qu’elle arrive à ne pas se faire remarquer par Adélaïde. Par bonheur, sa marraine cousait à la fenêtre et ne perçu pas la venue de sa protégée. Isabelle put ainsi regagner sa chambre sans encombre, dégager la cachette, et y enfermer le précieux contenu du sac qui ne payait pas de mine, mais qui en disait long sur le trésor qu'il contenait et qui lui avait été confié.

    Elle ne craignait pas son amie de tous temps, mais la comtesse de Rubens lui avait bien précisé de ne parler à âme qui vive du secret des bijoux si longtemps cachés. Bien qu’Isabelle sache que la bonne Adélaïde n’aimait pas sa belle-mère, elle se devait de respecter la parole donnée à une mourante. Sa grand-mère ne tenait pas à ce qu’Adélaïde soit au courant de ce qu’il restait de cette fortune qu’elle avait, pendant des années, si farouchement réussi à faire fructifier tout en la dissimulant à la convoitise des châtelains successifs ayant habité château neuf, mais elle abhorrait cette horrible femme cupide qu’était la d’Argenson. 

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    Isabelle, les yeux embués de larmes, prit la main de sa grand-mère, et la baisa avant d’exprimer la phrase qui devait mettre un terme à leur entretient :

    — Adieu, Grand-mère

    La comtesse retira prestement sa main aristocratique des lèvres de sa petite-fille, fît un geste significatif qui accompagnait ce congé définitif ne souffrant aucun retour en arrière, et qui signifiait à Isabelle qu’elle ne dirait plus un mot, ce qui mettait fin à leur entretien.

    Malgré ce congé qui en disait long sur la dureté de caractère de son aïeule, Isabelle osa encore :

    — Je vous remercie pour votre confiance et vous assure de ma loyauté, grand-mère. N’ayez aucune crainte et reposez-vous tranquillement. Adieu.

    Les yeux toujours embués de larmes, la jeune fille refit la révérence et tourna les talons. Quand elle eut franchi le seuil de cette grande pièce à l’atmosphère glacial et irrespirable, cette grande et unique salle où sa grand-mère allait certainement finir ses jours. Isabelle toujours les larmes aux yeuxs’appliqua avec prudence, à déambuler, légère et méfiante jusqu’à sa propre chambre. Il fallait qu’elle arrive à ne pas se faire remarquer par Adélaïde. Elle ne craignait pas son amie de tous temps, mais la comtesse de Rubens lui avait bien précisé de ne confier à âme qui vive le secret des bijoux si longtemps cachés. Bien qu’Isabelle sache que la bonne Adélaïde n’aimait pas la d’Argenson, elle se devait de respecter la parole donnée à une mourante. Sa grand-mère ne tenait pas à ce qu’Adélaïde soit au courant de ce qu’il restait de cette fortune qu’elle avait, pendant des années, si farouchement réussi à la faire fructifier tout en la dissimulant à la convoitise des châtelains successifs ayant habité le château, mais elle abhorrait cette femme cupide qu’était la d’Argenson. Isabelle se préoccupait, en cet instant, que de respecter les consignes de l’aïeule, et de trouver une cachette digne du trésor qu’elle gardait entre ses mains. Il fallait qu’elle mette en sûreté le dépôt confié à ses soins. En repensant à Adélie, Isabelle connaissait l’aversion qu’elle avait envers cette d’Argenson et ne la portait, pas plus qu’elle, dans son cœur. Elle se serait bien associée à elle pour lui faire volontiers du tort ; mais la comtesse Aurélie de Rubens lui avait expressément fait promettre de ne révéler ce secret à personne. Elle entendait encore ses paroles :

    — Promets-moi de ne révéler ce secret à aucune des personnes vivant dans ce château !

    Isabelle tenait à respecter sa mission jusqu’au bout sans déroger à sa promesse. Par bonheur, Adélaïde cousait et ne perçu pas la venue de sa protégée. L'adolescente put ainsi regagner sa chambre sans encombre, dégager la cachette, et y enfermer le précieux contenu du sac qui ne payait pas de mine, mais qui en disait long sur le trésor qui lui avait été confié. Après quoi, elle se mît à rire intérieurement en imaginant la déconvenue de sa belle-mère lorsqu’elle chercherait en vain les bijoux, ce qui lui procura une joie immense, se prenant à rire sous cape elle aussi, pendant que sa marâtre chercherait les fameux joyaux.

     

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    — Encore sous l’excitation de ce que son aïeule venait de lui révélé, Isabelle se mit à maugréer toute seule :

    — Ah ! Non ! Non ! Tant qu’elle sera la gardienne de ces joyaux, la d’Argenson ne portera jamais les bijoux de la princesse hindoue !

    Agitée par ce qu’elle venait de vivre, l’adolescente allait et venait à travers sa chambre très sommairement meublée. Tendant soudainement l’oreille, elle entendit le violon de sa tante Victoria qu’elle n’avait jamais vu. L’instrument se plaignait en de longs sanglots poignants. Isabelle s’accouda à la fenêtre pour écouter cette longue plainte. Son cœur esseulé comprenait les mots que traduisait le son de ce violon. Elle resta un petit moment ainsi, à écouter ce langage plaintif puis, plus rien. Du haut de ses seize ans, élevée sans même l’amour du seul parent qui lui restait, habituée à la solitude, Isabelle avec son caractère bien trempé, décida d’aller frapper à la porte de sa tante, espérant que celle-ci lui ouvrirait si elle insistait. Sans la connaître que par le son de son violon, Isabelle éprouvait pour sa tante de la tendresse. Elle tenterait tant qu’elle en aurait la force et cette envie de lui parler, de devenir, elle sa nièce, sa seule amie afin d’atténuer leurs deux solitudes. Cela faisait dix ans qu’elle avait perdu sa mère, dix ans qu’elle supportait cette femme qui avait usurpé la place de la vraie châtelaine, alors qu’elle n’était encore qu’une toute petite fille. A cet âge, on ne peut comprendre qu’il faille se passer de la tendresse d’une mère par la force des choses. Mais être séparée volontairement de celle du seul parent qu’il lui restait, était inadmissible. Petit à petit, Isabelle s’était rendu compte du désintéressement de son père. La d’Argenson avait su y faire en ne changeant rien des habitudes du comte, trouvant que cette façon de procéder était une très bonne idée de l’avoir confié à la préceptrice de sa défunte femme. Cela l’arrangeait, la laissant libre de ne pas avoir à s’en encombrer. Il n’y avait que sa fille de huit ans, qui comptait pour elle, et la vie mondaine qu’elle menait avec toute la séduction dont elle était capable grâce à la fortune de ses deux défunts maris. L’intrigante Mme d’Argenson n’était pas dans le besoin, mais elle aimait tenir sous son contrôle les cordons de la bourse de Rudolph, prenant bien garde de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! En femme avisée et très cupide, elle s’occupait des deniers du comte sans y injecter trop de ses propres avoirs, et seulement lorsque les factures avaient quelques mois de retard pour ne pas à avoir à endosser les intérêts. Comme cela avait été évoqué, ld’Argenson savait qu’il y avait du potentiel dans la famille des de Rubens avec la fortune de la violoniste, le trésor encore hors de vue de la princesse Hindoue qui ne saurait tarder à lui appartenir, et la fortune de la vieille comtesse qui devait être conséquente depuis toutes ces années où elle avait vécu de presque rien. Elle ne se doutait aucunement que la grand-mère d’Isabelle la sauvageonne comme elle se plaisait à la surnommer, serait la dépositaire des bijoux qu’elle convoitait tant, et qu'elle était, devenu, sans contestations possible, son héritière.

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    La belle Edith d’Argenson ne se cachait pas qu’elle comptait sur le décès de l’aïeule pour faire mains basses sur le fameux trésor par tous les moyens, quitte à faire démolir tous les murs de la vieille tour jusqu’à ce qu’elle trouve les joyaux. Peu lui importait les appartements de la défunte, la chambre d’Adélaïde ou d’Isabelle, et encore moins l’appartement de la parente infirme dont elle n’avait que faire ! Elle voulait le trésor et tout ce qui appartenait aux deux familles de Rubens.

    Pour réussir à réunir les deux domaines en un seul, il était primordial de faire accepter sa fille en mariage par William afin que, par des manières détournées, elle puisse, aussi, faire mains basses, en temps voulu, sur la propriété d’Aigue-blancheSon plan était de devenir, tôt ou tard, la châtelaine incontestée de tous les domaines réunis des de Rubens. Ce ne devait pas être trop difficile de charmer le jeune homme en se montrant affable et conciliante envers son futur beau-fils…

    Isabelle, connaissant très bien les manières de faire de la d’Argenson afin d’obtenir ce qu’elle désirait par-dessus tout. La jeune comtesse sentait bien que quelque chose se tramait, d’où sa méfiance envers la mère et la fille qui avaient des personnalité jumelées. Ce qu’elle ne comprenait pas bien encore, c’était jusqu’où sa cupidité et sa fourberie pouvais aller en jouant la comédie de la femme énamourée devant son époux, lorsqu’elle avait besoin de se faire plaindre, ou d’avoir son approbation, surtout en ce qui la concernait, elle, Isabelle. Cette femme minaudait, déployait toute sa séduction pour amener son mari à considérer les choses de son point de vue. C’est que la d’Argenson, comme l’appelait la jeune comtesse, était très rusée. Elle savait s’y prendre pour tenir son époux épris d’elle, et obtenir tout de qu’elle désirait de lui. Il faut dire qu’elle avait un atout majeur que sa belle-fille ne pouvait, à seize ans, comprendre.

    Elle aimait l'amour et savait se faire désirer. Elle aimait s’adonner aux jeux sexuels. Dans ces moments-là, Rudolph était en adoration devant sa femme qui savait lui donner du plaisir lorsqu’il lui faisait comprendre qu’il aspirait à ces instants de tendre complicité. C’est alors qu’il allait la rejoindre tout émoustillé par la porte communicante de leurs deux chambrequ’elle avait fait installerpar des spécialistes de ces vieilles demeures. Cette porte n’était pas pour déplaire à la d’Argenson qui aimait les rapprochements intimes avec son époux en adoration devant elle. Dans leurs tendres moments d’intimité, elle savait se mettre en valeur devant son mari, d’autant plus qu’elle adorait le voir à ses genoux, fou de désir lorsqu’il s’agissait de lui faire l’amour. La d’Argenson était une femme qui aimait être désirée. Elle prenait un soin tout particulier à sa toilette pour les rendez-vous nocturnes avec son époux. Elle choisissait des tenues de nuit très raffinées, tout en dentelle ajourée, dans des tons de blanc immaculé, allant bien avec sa carnation de brune, et laissant deviner en transparence, ses formes que le comtecomme beaucoup d’hommes, envahit de pensées folles, ne pouvait ignorer.

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    Ce qu’elle craignait le plus, c’était la dArgenson qui ne cachait pas qu’elle comptait sur le décès de l’aïeule pour faire mains basses sur l’héritage et le fameux trésor de la princesse hindou par tous les moyens, quitte à faire démolir la vieille tour carrée jusqu’à ce qu’elle trouve ce qu’elle y cherchait. Les joyaux serait, pour elle, la récompense suprême pour avoir attendu toutes ces années que cette vieille chouette meurt. Peu lui importait l’appartement de la comtesse, la chambre d’Adélaïde ou d’Isabelle, et encore moins le lieu ou habitait la sœur de son époux qui était infirme, et dont elle n’avait que faire ! Elle voulait le trésor et tout ce qui appartenait aux deux familles de Rubens.

    Pour réussir à réunir les deux domaines en un seul, il était primordial de faire accepter sa fille en mariage par William afin que, par des manières détournées, elle puisse aussi, faire mains basses en temps voulu, sur la propriété d’Aigue-blanche par des moyens détournés. Son plan était de devenir, tôt ou tard, avec sa fille, les deux la châtelaines incontestées de tous les domaines réunis des de Rubens. Ce ne devait pas être trop difficile de charmer le jeune homme en se montrant affable et conciliante envers son futur beau-fils…

    Isabelle, connaissant très bien les manières de faire de la dArgenson afin d’obtenir ce qu’elle désirait par-dessus tout. Se méfiait d’elle. La jeune comtesse sentait bien que quelque chose se tramait, d’où sa méfiance envers la mère et la fille qui avaient des personnalité similaires. Ce qu’elle ne comprenait pas : tout au moins, pas encore, c’était jusqu’où sa cupidité et sa fourberie pouvais aller en jouant la comédie de la future gentille belle-mère, de la femme énamourée devant son époux lorsqu’elle avait besoin de se faire plaindre, ou d’avoir son approbation, surtout en ce qui la concernait, elle, Isabelle… Cette femme minaudait, déployait toute sa séduction pour amener son mari à considérer les choses de son point de vue.

    C’est que la dArgenson, comme la surnommait la jeune comtesse, était très rusée. Elle savait s’y prendre pour tenir son époux épris d’elle, et obtenir tout de qu’elle désirait de lui. Il faut dire qu’elle avait un atout majeur que sa belle-fille ne pouvait, à seize ans, comprendre. Elle était vénale, et pour réussir dans ce qu’elle entreprenait, elle se servait de jeux amoureux : elle aimait l'amour et savait se faire désirer. Elle adorait s’adonner aux jeux sexuels. Dans ces moments-là, Rudolph était en adoration devant sa femme qui savait lui donner du plaisir lorsqu’il lui faisait comprendre qu’il  la désirait et qu'il aspirait à ces instants de tendre complicité...

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    Ce qu’elle craignait le plus, c’était la dArgenson qui ne cachait pas qu’elle comptait sur le décès de l’aïeule pour faire mains basses sur l’héritage et le fameux trésor de la princesse hindou par tous les moyens, quitte à faire démolir la vieille tour carrée jusqu’à ce qu’elle trouve ce qu’elle y cherchait. Les joyaux serait, pour elle, la récompense suprême pour avoir attendu toutes ces années que cette vieille chouette meurt. Peu lui importait l’appartement de la comtesse, la chambre d’Adélaïde ou d’Isabelle, et encore moins le lieu ou habitait la sœur de son époux qui était infirme, et dont elle n’avait que faire ! Elle voulait le trésor et tout ce qui appartenait aux deux familles de Rubens.

    Pour réussir à réunir les deux domaines en un seul, il était primordial de faire accepter sa fille en mariage par William afin que, par des manières détournées, elle puisse aussi, faire mains basses en temps voulu, sur la propriété d’Aigue-blanche par des moyens détournés. Son plan était de devenir, tôt ou tard, avec sa fille, les deux la châtelaines incontestées de tous les domaines réunis des de Rubens. Ce ne devait pas être trop difficile de charmer le jeune homme en se montrant affable et conciliante envers son futur beau-fils…

    Isabelle, connaissant très bien les manières de faire de la dArgenson afin d’obtenir ce qu’elle désirait par-dessus tout. Se méfiait d’elle. La jeune comtesse sentait bien que quelque chose se tramait, d’où sa méfiance envers la mère et la fille qui avaient des personnalité similaires. Ce qu’elle ne comprenait pas : tout au moins, pas encore, c’était jusqu’où sa cupidité et sa fourberie pouvais aller en jouant la comédie de la future gentille belle-mère, de la femme énamourée devant son époux lorsqu’elle avait besoin de se faire plaindre, ou d’avoir son approbation, surtout en ce qui la concernait, elle, Isabelle… Cette femme minaudait, déployait toute sa séduction pour amener son mari à considérer les choses de son point de vue.

    C’est que la dArgenson, comme la surnommait la jeune comtesse, était très rusée. Elle savait s’y prendre pour tenir son époux épris d’elle, et obtenir tout de qu’elle désirait de lui. Il faut dire qu’elle avait un atout majeur que sa belle-fille ne pouvait, à seize ans, comprendre. Elle était vénale, et pour réussir dans ce qu’elle entreprenait, elle se servait de jeux amoureux : elle aimait l'amour et savait se faire désirer. Elle aimait s’adonner aux jeux sexuels. Dans ces moments-là, Rudolph était en adoration devant sa femme qui savait lui donner du plaisir lorsqu’il lui faisait comprendre qu’il la désirait et qu'il aspirait à ces instants de tendre complicité...

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    C’est alors que, par la porte communicante de leur chambres il allait la rejoindre, grisé par l'envie qu'il avait d'elle. Cette porte n’était pas pour déplaire à la dArgenson qui aimait les rapprochements intimes avec cet homme en adoration devant elle. Dans leurs tendres moments d’intimité, elle savait se mettre en valeur devant lui, d’autant plus qu’elle adorait le voir à ses genoux, fou de désir lorsqu’il s’agissait de lui faire l’amour. La dArgenson était une femme qui aimait être désirée. Elle prenait un soin tout particulier à sa toilette pour les rendez-vous nocturnes avec son époux. Elle choisissait des tenues de nuit affriolante tout en étant très raffinées. La dentelle ajourée, dans des tons de blanc immaculé allant bien avec sa carnation de brune, laissait deviner ses formes en transparence, ce qui excitait le comte, comme beaucoup d’hommes envahit de pensées folles.

    Allongée sur son lit à baldaquin ou elle se prélassait, alanguie, avec toute la subjectivité de sa nudité offerte. Elle prenait des poses aguichantes, les yeux mi-clos, passant avec sensualité sa langue sur ses lèvres offertes, aguichant son mari qui ne pouvait résister à cet appel tout en gestes l’invitant à l’amour. Édith dArgenson aimait se laisser découvrir avec toute la finesse dont elle était capable en ces instants de plaisir. A l’intérieur d’elle-même, c’était tout autre chose ! Cétait une fleur vénéneuse, nourrissant en son cœur un poison violent et mortel qu’elle se gardait bien de dévoiler au comte qui trouvait sa femme belle de partout, et qui ne pouvait rester insensible à sa beauté extérieur. Après leurs ébats torrides, tous deux se reposaient un moment en s’abreuvant de mot d’amour tout en se donnant la béqué. La table était bien garnie en fruits de saison, de petits fours, sans oublier le champagne que Rudolph aimait laper sur le nombril de sa belle. Cela finissait de les émoustiller, les entraînant, de nouveaux, dans leurs jeux amoureux. Leurs rapprochements, dans ces moments-là, étaient ardents. Plus tard, épuisés et comblés, ils se laissaient glisser dans un sommeil réparateur, nus, juste recouverts d’un drap de satin. Lorsque l’aube pointait, Rudolph, reposé de leurs ébats amoureux de la nuit, il désirait encore sa femme et leurs jeux amoureux reprenaient pour se prolonger assez loin dans l’après-midi.

    Vers les 17 heure, le comte et la comtesse faisaient leur apparition, aimables, au mieux de leur forme, toilettés, habillés pour la circonstance, et à l’heure pour le thé : moment sacré chez les de Rubens. Par habitude, toute la domesticité était au courant de leurs folles nuits d’amour qui se répétaient, d’ailleurs, assez souvent.

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    Derrière leur dos, les domestiques ne se gênaient pas pour jaser sur leur compte à tous propos, et se faire des gorges chaudes de tout ce qu'ils avaient entendu en passant et repassant dans les couloirs ou bien, se régalant des papotages entendus par les chambrières qui se faisaient un malin plaisir d'aller propager dans les cuisines au moment des repas de la domesticité ce qu’elles avaient surpris d’assez sensuel et croustillants chez leurs employeurs. Par contre, rigide dans leurs costume de circonstance comme l’exigeait le protocole Anglais, le personnel affilié au service des châtelains, étaient à leur disposition pour leurs servir la collation de dix sept heure (téa in afternoon) comme cela se faisait beaucoup et se fait encore chez les nobles.

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