•  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Chapitre XIII

    Ce soir-là, Isabelle eut beaucoup de mal à s’endormir, repensant aux doux baisers de William qui l’avaient complètement bouleversé. Son cœur battait si fort, que son corps, sans oser se l’avouer, était dans l’attente d’une autre éteinte de sa part… la chaleur de ses paroles et de ses bras lui manquaient, maintenant qu’elle avait goûté à son amour. Elle sentait bien qu’elle était éprise de lui, que ses baisers l’avait troublé, mais elle devait s’en défendre puisque les sentiments qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre, étaient impossibles.

    Après des heures d’insomnie, et un cauchemar récurrent, Isabelle se leva le lendemain matin complètement à bout de force. Tout se bousculait dans son esprit fiévreux. Elle repensait à William. En même temps, elle se demandait s’il était possible que ce fut sa mère, cette nuit, qui soit venu lui rendre visite jusque dans sa chambre. Ce phénomène qui venait, encore une fois, de se manifesté, existait-il réellement, ou était-ce parce qu’elle avait déliré toute la nuit, compte tenue de tout ce qu’elle avait appris et vécu la veille ? Sa mère était venue jusqu’à son lit, et lui avait parlé de ce qui lui était vraiment arrivé la nuit de sa mort, qu’elle avait senti deux mains dans son dos : deux vigoureuses mains la pousser énergiquement dans l’eau. Elle ne savait pas qui avait eu ce geste meurtrier envers elle, mais elle savait qu’elle gênait Édith d'Argenson devenu la maîtresse de son mari, et que celle-ci convoitait son titre. Cette femme était assez manipulatrice pour avoir manigancé sa fin tragique dans la pièce d’eau aux nénuphars qu’elle aimait tant accrocher à ses cheveux. Édith d'Argenson connaissait ses habitudes. Cela lui était facile de la faire basculer dans l’étang alors qu’elle ne savait pas nager, que sa robe faciliterait sa noyade, et que tout serait très vite terminé. La thèse de l’accident ne ferait aucun doute pour tous ceux qui connaissaient la jeune comtesse Daphné de Rubens. Enfin Daphné dévoilait son tourment et ce qui l’empêchait d’être en repos tant que la vérité ne serait pas découverte. Elle ne pouvait certifier qui avait perpétré l’acte par lui-même, mais elle savait que ce ne pouvait être qu’Édith d'Argenson à l’origine de son assassinat.

    Comme s’il y avait encore besoin de preuve pour Isabelle afin de lui assurer qu’elle était saine d’esprit, dans la lumière pâle du matin, la jeune fille distingua nettement sur l’imprimé fleurit de son couvre-lit, une très belle fleur de nénuphar. La jeune comtesse prit, et retourna la fleur encore humide entre ses mains tremblantes afin être sûr qu’elle n’était pas encore en train de rêver. Il ne fallait pas que l’on puisse la voir afin d’éviter des questions auxquelles elle ne saurait répondre sans mentir. Elle actionna la cachette secrète de la cheminée qu’elle referma aussitôt après y avoir déposé la fleur. Isabelle n’en pouvait plus de garder tout ceci pour elle puisque personne ne pouvait l’aider en cet instant. L’angoisse la tenaillait sans qu’elle ne puisse y faire grand-chose…

     162

    sceau copyright  

     

     


    votre commentaire
  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Il n’était pas question qu’elle déclare à son père, ce qu’elle avait découvert au sujet du meurtre de sa mère en accusant Édith d’Argenson d’en être la cause directe ou indirecte, et que si elle était au fait de ce qu’il s’était passé seize ans auparavant, c’est que sa mère lui étant apparu par deux fois sur les berges de l’étang-aux-ormes, encore cette nuit dans sa chambre, lui confiant ce qu’il s’était vraiment passé le soir du soit disant accident.

    Tout était clair dans son esprit. Le doute de la jeune comtesse était fondé. A présent elle craignait, pour sa propre sécurité. Isabelle avait, maintenant, en sa possession, trois preuves que sa mère avait laissé exprès derrière elle. La jeune comtesse sentait bien qu’il lui serait tout à fait impossible, tant qu’il n’y aurait aucune autre preuve tangible que sa belle-mère ne pourrait réfuter, pour faire admettre à son père ces terribles accusations contre sa deuxième femme. Il ne la croirait jamais ! La chose était certaine ! Il penserait que sa fille était dérangée : c’était une évidence ! Son père s’empresserait d’aller mettre au courant sa marâtre et sa belle-fille des dernières élucubrations. Accuser sa femme d’être responsable de la mort de Daphné de Rubens serait inconcevable pour lui ! Certainement qu’Édith, en apprenant qu’Isabelle savait, lui conseillerait de la faire soigner pour démence dans l’un des meilleurs hôpitaux psychiatriques des environs où elle serait prise en charge et, naturellement, très bien soignée ! L’argent de son père faisant défaut pour cet internement, la d’Argenson se proposerait, par complaisance, d’en payer les frais. Pour sa belle-mère, ce serait là, une solution idéale afin de jouir d’une tranquillité définitive concernant ce crime dont sa belle-fille l’accusait d’avoir perpétré il y a de cela seize ans, afin de prendre la place de sa mère.

    Isabelle, était lucide. Elle vivait la scène en boucle et tournait tout cela dans sa tête sans arriver à une conclusion. Décidément, ce n’était pas la voie qu’elle devait choisir pour se sortir de cette impasse. Il ne fallait rien attendre de son père. Sa mère lui avait encore recommandé de se taire, de ne rien dévoiler de tout ce qu’elle savait à quiconque, et que la justice divine interviendrait en son heure.

    Rien ne devait changer ses habitudes sous peine d’être elle-même en danger de mort. Isabelle se sentait tellement mal en point, qu’Adélaïde l’obligea à se recoucher sans comprendre cet état de faiblesse. Dans le silence de sa chambre, son désespoir grandissant, que de larmes cachées avait-elle verser… Juliette vint la voir dans l’après-midi. Elle était fraîche comme une rose et convaincue qu’à la réception, elle ne s’était pas du tout ennuyée ainsi qu’elle se l’était imaginée. Isabelle l’écoutait, mais elle était ailleurs. Juliette se rendit compte que son babillage fatiguait son amie. Elle s’excusa, et dit avec une tendresse qui n’était pas du tout feinte :

    Ma pauvre chérie, je suis désolée de vous voir ainsi ! Pardon de vous ennuyer avec mes bavardages ! Ajouta-t-elle affectueusement. Cette soirée ne vous a pas réussi. A William non plus, d’ailleurs. Aujourd’hui, il est plus sombre que jamais, et d’une humeur massacrante.

    163

    sceau copyright  

     

     


    votre commentaire
  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    André aussi est tout drôle, tout songeur…cette petite peste de Ludivine vous aurait-elle jeté un sort ? Et dire qu’elle a l’intention de rester quelque temps encore chez nous ! On se passerait bien volontiers de sa présence !

    Lorsque son amie fut partie, Isabelle ferma les yeux et demeura immobile. La chambre s’obscurcissait, car un orage se formait en cet instant, et de lointains grondements commençaient à se faire entendre. Son cerveau fatigué essayait de ne plus penser, Isabelle désirait dormir un peu. Peine perdue : devant ses yeux passaient les silhouettes de la d’Argenson dans sa robe aux scintillements argentés, de la blanche Ludivine, et de son père qui semblait fortement s’ennuyer auprès de sa femme.

    A ses oreilles résonnait la voix de William, suppliante, ardente, lui disant : Partez, Isabelle ! Il vous faut partir ! Pour votre sécurité !

    Que craignait-il donc ? Ludivine pouvait lui nuire, assurai-t-il. Comment ? Cependant, Victoria ne lui avait-elle pas fait une recommandation analogue, naguère :

    Prends garde à ta belle-mère, ainsi qu’à sa fille, Isabelle ! Avait-t-elle dit.

    Non, certes, elle ne partirait pas ! Elle ne quitterait Monteuroux qu’au début de l’hiver, comme elle l’avait décidé. Mais elle éviterait le plus possible de rencontrer sa belle-mère et Ludivine. Celle-ci, il fallait au moins l’espérer, ne s’attarderait pas indéfiniment à Aïgue-blanche. Jusqu’à son départ, Isabelle s’abstiendrait de leurs rendre visite afin de ne pas risquer de rencontrer Ludivine. Elle en dirait tout simplement la raison à Juliette, qui la répéterait à sa mère et à ses frères. William, en tout cas, n’en serait pas surprit, puisqu’il l’avait mise en garde contre sa belle-mère et sa fille. Sombre tristesse dont venait de parler Juliette, que de la savoir encore là un peu de temps. L’orage éclata au début de la soirée, ce qui augmenta la fatigue morale et la nervosité d’Isabelle. Elle ne se sentait pas bien encore le jour suivant et ne quitta pas la vieille tour jusque après le dîner où, sur le conseil d’Adélaïde, elle sortit pour profiter de l’air devenu presque frais. Comme elle allait s’engager dans le parterre, elle vit venir son père, qui s’exclama :

    Tiens, te voilà ! Tu n’as pas bonne mine ?

    Je pourrais en dire autant vous concernant ! fit Isabelle contrariée de voir son père qu'elle ne désirait pas rencontrer.

    J’allais justement chez toi…

    J’ai été souffrante. Je me sens un peu mieux ce soir. Mais si c’est pour avoir encore des discutions scabreuses qui, en fait, ne seraient que pour m’énerver, vous pouvez remettre tout ceci à plus tard : j’ai besoin de tranquillité. 

     164

    sceau copyright  

     


    votre commentaire
  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Le comte remarqua le raidissement subit d’Isabelle, l’accent plus sec de sa voix, et il ne pu s’empêcher de lui en faire la remarque :

    Et bien voilà un accueil chaleureux ! Je n’ai rien que d’agréable à te dire, ma fille…

    Qu’avez-vous de si important à me dire ?

    Comment te dire cela ? Je dois intercéder en faveur d’un prétendant, auprès de toi, pour une demande en mariage.

    Elle répéta, surprise :

    Une demande en mariage ? Pour moi qui ne connaît personne ?

    Pardon, tu connais Frantz Muller.

    Frantz Muller ? Ce monsieur avec qui j’ai dansé quelques instants ?

    Oui Muller, le grand peintre sur qui tu as fait grande impression.

    Ce n’est pas réciproque, dit ironiquement Isabelle.

    Tout en parlant, ils s’étaient mis à marcher le long du parterre. Dans le frais crépuscule s’exhalaient des parfums de résine des épicéas. Le son d’un orchestre et une voix de féminine chantait : Mon cœur soupir de Mozart, venant des salons de château neuf, et qui arrivait jusqu’à eux. La douceur de cette voix musicale n’empêcha pas son père de poser la fameuse question à laquelle Isabelle s’attendait. Quant aux quelques réflexions insidieuses et très déplaisantes dont elle allait devoir faire face, elle s’y était préparée.

    Il ne te plaît pas ?

    Il m’est indifférent, voilà tout.

    Tu devrais considérer la question, il est très recherché. Il est fort riche et déjà un homme tout à fait arrivé. Aimable, intelligent, d’une bonne famille de la bourgeoisie viennoise, et connue de toute l’Europe. C’est un parti absolument inespéré pour toi. Il m’a demandé ta main et j’ai dû lui promettre de te parler le plus tôt possible.

    Vous lui direz que je regrette de le décevoir, mais que je ne désire pas me marier un jour.

    Ce serait une folie, Isabelle ! Dans ta situation, sans dot...

    Je n’accorde aucune importance à ce détail, père. Je préfère travailler que de faire un mariage de ce genre.

    Oui, oui, mais tu changeras peut-être d’avis, plus tard, quand tu auras bien peiné pour arriver à une situation médiocre, alors que tu pourrais être une femme adulée, enviée…

    Non. N’insistez pas. Je vous ai dit que faire un mariage de convenance ne m’intéresse aucunement.

    165

    sceau copyright  

     


    votre commentaire
  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Les arbres sur les pentes douces, n’étaient plus que de sombres masses informes. Ce doux crépuscule de fin d’été laissait progressivement la place à une armada de constellations. Levant les yeux sur ce spectacle magnifique, Isabelle vit scintiller l’étoile du berger dans toute sa luminosité. Puis elle ramena ses yeux vers la terre et son regard erra le long de la vallée, jusqu’à cette allée bordé de grands ormes qu’elle ne voyait plus, mais dont elle devinait les formes dans l’ombre arborescente. A cette heure, ils devaient être tous les quatre dans le jardin, devant les fenêtres du salon. Tous les quatre... et Ludivine aussi… peut-être ? Non. Ludivine passait ses soirées à Monteuroux depuis que le château abritait des hôtes fortunés. Ils étaient donc seuls, délivrés de cette présence malfaisante malgré ses attitudes enfantines, câlines pour mieux tromper son monde.

    William ressentait-il ce moment de détente ? Avait-il encore ce visage sombre comme la plus sombre des nuits d’hiver ? Le cœur d’Isabelle se gonflait d’émotion douloureuse en pensant à lui. Légèrement penchée, elle regardait ardemment vers Aïgue-blanche et songeait : Que ne puis-je lui enlever cette souffrance ! Ah ! Le rendre heureux au prix même de ma vie ! Isabelle sentait l’exaltation montait en elle, ce qui la fit frissonner. A cet instant même, dans le cri passionné de son cœur, tout s’éclairait pour elle : elle venait de comprendre qu’elle aimait William de tout son être. Ses genoux fléchirent, elle glissa sur le sol et appuya ses bras contre l’appui de pierre. Le visage brûlant entre ses mains moites, elle se mit à sangloter. Lorsque Adélaïde, le lendemain matin, s’inquiéta de sa mine défaite, elle reçut d’Isabelle cette stupéfiante réponse :

    Je ne me sens pas bien, en effet, et je crois que l’existence à Monteuroux ne me va plus depuis que je sais que Ludivine a décidé de rester encore jusque en octobre. Cela ne m’enchante guère de supporter sa détestable présence encore un certain temps. Jamais elle ne reste plus tard que la fin septembre, et il me semble qu’elle veut rester jusques octobre : elle qui n’aime pas la campagne... Mon père et la d’Argenson ne seront plus là. Elle ne sera plus qu’avec son fils, et l’envie d’embêter son monde à Aïgue-blanche. Elle sait que je ne compte partir qu’au début de l’hiver. Je crois comprendre la raison de son changement de programme. Je vois bien qu'elle éprouve un sentiment de jalousie qu'elle ne prend même pas la peine de cacher : le rapprochement entre William et moi, la dérange.

    Adélie, Tu as dû apprendre que le château va être mis en vente ? Je ne veux pas assister à cela. Nous irons en Bretagne... à L’Orient, dans cette petite pension de famille dont nous parlait Anne-Lise, l’amie d’Alice, la jeune sœur de mon cousin Renaud. Nous y ferons un long séjour avant de partir pour Paris ou je commencerais mes activités.

    Vous...vous voulez quitter Monteuroux ? Balbutia Adélie toute surprise ?

     166

    sceau copyright  

     


    votre commentaire
  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Oui, ma bonne Adélie. J’y suis bien obligée, et puis, je ne veux pas assister à la vente du château. Mon père et la d’Argenson comptent finir la saison avant la mise en vente et leur départ pour l’Italie. Je ne pourrais jamais accepter que Monteuroux appartienne à des étrangers. Au moment de la vente, je ne veux plus être ici : ça me ferais trop mal ! L’air de la mer me fera du bien, et je serais loin de ce qui compte beaucoup trop pour moi, et qui me rend malade rien qu’en y pensant. Oui… je serais loin de… Isabelle contint avec peine le sanglot qui s’étranglait dans sa gorge en achevant sa phrase :

    De bien des choses difficiles... à vivre journellement… et qui me font mal.

    Mais que dites-vous là, Isabelle ? Que me cachez-vous ?

    Isabelle éluda la question.

    Mon cousin va arriver d’Angleterre ! Il ne sera là qu’à la fin de la semaine. Notre départ n’est pas encore fixé, Adélie. Je me dois de le recevoir comme il se doit, et de lui faire connaître la tour ou nous vivons, et mes cousins d’Aïgue-blanche. Il nous restera du temps pour connaître le domaine s’y rattachant, et si la saison n'est pas capricieuse, nous pourrons parcourir les alentours du Château… faire encore de belles promenades. Renaud n’est guère mondain. Nous saurons profiter de mon très cher vieux Château, et de la campagne environnante abritant l’étang qui à engloutit silencieusement ma chère mère… je... je ne peux penser que bientôt, Monteuroux ne sera plus le domaine des de Rubens. Ah ! Si je pouvais le racheter, sans trop me démunir afin de protéger mon avenir puisque je serais seule à décider de mon existence comme je l’entend. Vous ne me quitterez pas Adélie : vous êtes ma seule amie, ma marraine et je vous aime !

    Ma chère enfant ! Je vous connais et je sais que vous ne m’abandonnerez pas, et que vous me garderez près de vous.

    Adélie pensa une instant au bijoux de la princesse hindou qui ne servait à rien, si vraiment il existait. Pourtant, elle n’osa formuler sa pensée ouvertement. Néanmoins, elle guida Isabelle vers l’idée que le trésor vainement cherché par la d’Argenson, pouvait peut-être exister, et qu’alors, elle aurait les moyens de racheter Monteuroux. Isabelle fit mine de ne pas relever le raisonnement de sa marraine, bien décidée à ne pas trahir le secret de son aïeule. Elle laissa Adélie dans l’attente d’une réponse qui ne vînt pas. Sa protectrice et amie depuis sa toute petite enfance, se résigna donc, comprenant qu’elle avait fait une maladresse en évoquant le sujet. Elle n’insista pas, et reprit :

    Vous voulez aller à l’Orient ? Bien mon enfant. Je n’y vois pas d’inconvénient, du moment que c’est pour votre plaisir.

    Mon plaisir… plutôt une obligation, ma bonne Adélie… une obligation.

    167 

     sceau copyright  

     


    votre commentaire
  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Isabelle s’empressa de quitter la pièce ou toutes deux se trouvaient, coupant court à toutes nouvelles questions que Adélie aurait la curiosité de lui poser.

    En regardant la chambre qui avait reprit vie avec l’aide de Dominique et de Angèle, Isabelle eut un long frisson en revoyant l’aïeule mourante, son terrible sourire, et la d'Argenson cupide, animée d’une rage qui enlaidissait son visage. Comme toute cette scène demeurait nette et claire dans son souvenir ; cette horrible scène, qui avait, pour toujours marqué son âme, lui avait montré le vrai visage de sa belle-mère, cachée sous un aimable comportement de châtelaine dès qu’elle se trouvait en représentation devant le monde, et son père qui avait perdu toutes dignités en cet instant crucial où sa mère rendait son dernier soupir. Elle ne lui avait pas révéler la cachette de ce pourquoi il se trouvait à son chevet. Isabelle sentit encore une fois un long frisson la parcourir comme le jour funeste où L’aïeule mourante, son terrible sourire rendant son visage grimaçant devant un fils dévot à cette femme diabolique.

    Chassant ces souvenirs bien plus que douloureux, isabelle alla chercher un balai et des chiffons afin de cirer les quelques meubles se trouvant dans la pièce pour faire le ménage des deux pièces qu’elle destinait à Renaud. Puis elle décida de faire changer, par Angèle, les doubles rideaux en cretonne qu’elle avait acheté la dernière fois que Adélie et elle, avaient été en ville, ainsi que la literie, le couvre lit d’un passé révolu, de façon à rendre la chambre plus accueillante. La pensée de revoir le calme visage de Renaud, ces yeux gris dont l’expression était si ferme et si loyale, lui semblait déjà un réconfort. Ce cher Renaud qu’elle se réjouissait tant auparavant de recevoir à Monteuroux ! Comme il faudrait qu’elle prenne sur elle afin de laisser enfermer au plus profond d’elle-même son cruel secret si elle ne voulait pas que cet esprit trop clairvoyant ne devinât, dans ces écrins vides, un douloureux mystère non encore élucidé.

    Dans l’après-midi, quand la chaleur d’une fin d’été fut un peu moins étouffante, Isabelle quitta la vieille tour avec son attirail de peinture. Elle voulait reproduire ce coin d’étang où était morte sa mère, afin d’emporter avec elle ce souvenir si cher à son cœur. Elle emporterait également le pastel de sa chère mère disparue trop tôt. Elle ne voulait pas oublier son doux visage qui la regardait quand elle avait besoin de lui parler.

    La jeune comtesse devait juste faire en sorte que l’on se pose les bonnes questions, que l’on découvre ce qui s’était réellement passé le soir de son soi-disant accident, afin que la justice divine puisse faire son œuvre. Dieu lui avait permis de finir sa tâche ici-bas de façon à la protéger, elle, sa fille. Son destin à Isabelle était de vivre. Et puis, dans cette vieille tour, que serait devenu, avec le temps ce tableau, dans les mains de cette vipère mal intentionnée ? Dans son exil forcé, puisque probablement elle ne reverrait plus Monteuroux ni son cousin, elle voulait garder des preuves de ses racines et l’image de château vieux dont elle en connaissait tous les recoins. les passages secrets, les cachettes, et les endroits où elle aimait se dissimuler aux regards des importuns.

     168

     sceau copyright  

     


    2 commentaires
  •  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    La jeune comtesse devait juste faire en sorte que l’on se pose les bonnes questions, et par déductions, que l’on découvre ce qui s’était réellement passé le soir de son soi-disant accident de sa mère, afin que la justice divine puisse faire son œuvre. Dieu lui avait permis de finir sa tâche ici-bas de façon à protéger sa fille. Son destin à Isabelle était de vivre. Et puis, dans cette vieille tour, que serait devenu, avec le temps ce tableau, dans les mains de cette femme mal intentionnée ?

    Dans son exil forcé, puisque probablement elle ne reverrait plus Monteuroux elle ne voulait pas garder l’image de son cousin marié, avec un enfant, et dont l’amour qu’ils ressentaient l’un pour l’autre était défendu. Elle voulait simplement conserver les preuves de ses racines et l’image de château vieux dont elle en connaissait tous les recoins, les passages secrets, les cachettes, et les endroits où elle aimait se dissimuler aux regards des importuns.

    C’était un vrai crève-cœur que de savoir qu’un jour, le château de Monteuroux ne serait plus dans la famille des de Rubens faute d’avoir suffisamment de moyens pour l’entretenir, alors que des joyaux inestimables dormaient dans la cachette secrète derrière les armes de la cheminée de sa chambre. Elle avait de la peine de ne pas pouvoir sauver le château pour son père. Mais elle n’en avait aucune pour cette femme. Isabelle portait là, un très lourd secret dont elle ne pouvait se servir pour sauver Monteuroux.

    Cheminant dans ses pensées et dans les sentiers recouverts de mousse, ses pas s'en retrouvaient feutrés et presque inaudibles pour qui ne savait pas qu'elle était dans les parages. Embarrassée par la végétation au long de laquelle, parfois, chantait une source, se mêlait le bruit d’une cognée troublant seule le silence dans l’ombre moite d'un après-midi déjà bien avancé ou s'annonçait les prémisses d’un nouvel orage, Isabelle cheminait, se souciant guère du bruit que faisait le jeune bûcheron.

    Trois jours, depuis la demande en mariage de Frantz Müller, s’étaient écoulés. Ce matin, elle avait, à cause de sa fatigue physique et morale, complètement oubliée que son père lui avait demandé de réfléchir encore afin de rendre sa réponse. Pourtant, sans aucune équivoque, elle lui avait signifié son refus ferme et définitif. Vraiment, pouvait-il, un seul instant, supposer sérieusement que la fortune et le prestige de cet étranger complètement inconnu la veille du bal, aurait quelques effets sur elle ? Pensait Isabelle. Mais ce n’était là qu’un petit ennui : un ennui qui passait presque inaperçu au milieu du grand orage morale où se débattait son cœur. Le bruit de la cognée se fit plus distincte au fur et à mesure qu'elle avançait. Au bout du sentier débouchant sur l’étang, Isabelle aperçut, entre les arbres, Bertrand, le jeune jardinier, occupé à abattre les basses branches d’un mélèze. C’était l’heure où le soleil se préparait doucement à disparaître derrière l’horizon. Il n’éclairait plus que la partie de la pièce d’eau où s’étalaient le jardin de nénuphars arborant ses merveilleuses fleurs.

     169

     sceau copyright  

     


    2 commentaires
  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Isabelle installa son chevalet, s’assied sur son petit banc, et considéra pensivement le cadre familier qu’elle voulait reproduire en fond de toile ; mais au bout de quelques minutes, des pas légers lui firent tourner la tête. Elle aperçu Ludivine qui venait vers elle, tenant son fils par la main. Sa tranquillité fut de courte durée. Le sang lui monta au visage sous la poussée d’une violente émotion qui la mit hors d’elle, elle prit sa tête des mauvais jours. Il ne manquait plus que cette chipie à ce moment précis ou elle ne voulait voir personne et surtout pas elle ! Que venait-elle faire de ce côté-ci du domaine, elle qui n’aimait pas cet endroit, et surtout accompagnée de son fils ? Elle l’entend encore précisé à William, lors de leurs promenade sur les berges de l’étang, qu’elle n’appréciait guère le lieu ou sa chère mère était morte. Isabelle se devait de garder son calme et ne rien montrer de son ressentit. Elle continua son esquisse sans tenir compte de Ludivine qui approchait. Celle-ci arriva à sa hauteur et susurra :

    Vous travaillez, Isabelle ? Vous voulez peindre l’étang ?

    Une partie, du moins. Lui pondit-elle en même temps qu'elle la questionna. :

    Que venez-vous faire à cet endroit ? Je croyais que vous n’aimiez pas cette partir du parc ?

    Comment savez-vous que je n'aime pas cette partie du domaine ? Avez-vous entendu mes propos le jour ou William et moi nous, nous promenions justement sur les berges de cet étang ? Etiez-vous là , cachée quelque part lorsque nous nous sommes querellés au sujet de votre mère ?

    Cela ne vous regarde pas. Mais sachez que je suis au courant de choses que vous ne soupçonnez même pas.

    La jeune femme eut un rire doux et moqueur.

    Aimable Isabelle ! Mais je ne m’offense pas de vos réponses acerbes, heureusement.

    Vous avez, vous-même, la manière d’exaspérer les gens, et provoquer mes réponses !

    Oh ! Je ne m’en offusque guère ! C’est un fait de votre nature ; il faut prendre celle-ci comme elle est. En tout cas, telle que vous êtes, vous avez produit un effet foudroyant sur Frantz Müller, comme père a dû vous le dire ?

    Isabelle ne répondit pas ; mais elle avait remarqué que Ludivine appelait son beau-père : Père... A vrais dire, cela ne l’étonnait pas vraiment, vu la façon qu’elle avait de s’accaparer tout ce dont elle estimait avoir droit. Elle songeait : Qu’elle s’en aille ! Mais qu’elle s’en aille ! Ses doigts se crispaient sur le manche du pinceau qu’elle tenait. Ludivine, sachant très bien exaspérer Isabelle, se pencha pour mieux voir l’esquisse. Isabelle sentit monter à ses narines le délicat parfum de vanille dont se servait la jeune comtesse : ce qui l'agaçait au plus haut point.

    170

    sceau copyright  

     


    votre commentaire
  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Ludivine commença ses insinuations, tout en s’exprimant, avec son air doucereux habituel qui horripilait Isabelle :

    Vous allez faire bien des envieuses, ma chère, car c’est un homme très recherché. Quelle charmante existence vous mènerez près de lui, à Paris, dans les principales villes d’Europe et d’Amérique ! Cela va vous changer de Monteuroux ! Vraiment, si je n’aimais pas autant William, malgré nos petits... différents, je serais presque jalouse de vous.

    Mais vous l’êtes, Ludivine... jalouse ! Ne put s’empêcher de rétorquer Isabelle. Et si vous aimiez votre mari, autant que vous le prétendez, vous ne le laisseriez pas seul pratiquement toute l’année ! Vous resteriez auprès de lui, comme toute femme amoureuse qui se respecte, ce qui, normalement, devrait être votre place !

    Comme réponse, Ludivine eut de nouveau ce rire doux et moqueur qui l’exaspérait. Isabelle se sentait à bout de nerf sous le ton de badinage emplit de poison que ce joli démon aux yeux célestes distillait. Le savait-elle qu’elle atteignait Isabelle dans les plus secrètes profondeurs de son cœur brisés par les obstacles que la vie mettait sur son chemin ? La diablesse reprit son bavardage, faisant mine de ne pas remarquer l’énervement qu’elle provoquait chez Isabelle de Rubens.

    J’aurais aimé peindre, mais les courts qu’il fallait suivre me fatiguaient.

    C’est fort dommage ! Répondit isabelle sur le même ton. Dites plutôt, que vous n’aviez pas le courage de les suivre, répondit nettement Isabelle. Il n’y a rien de fatiguant dans la peinture artistique. Il faut juste avoir quelques dons pour pouvoir exprimer ce que l’on ressent, aimer l’art et surtout, être assidue aux cours...

    Isabelle savait que Ludivine avait l’habitude de se cacher derrière sa santé, soi-disant délicate, pour excuser sa paresse. Pour cette raison, elle n’avait pas envie de la ménager même pour être d’une compagnie agréable. A ce moment, le petit Thierry s’écria :

    Je veux faire une promenade dans le bateau, maman !

    Pas aujourd’hui, mon chéri. Nous demanderons à grand-père de venir avec nous un de ces jours.

    Non, je veux maintenant !

    C’est impossible, je ne sais pas me servir des rames.

    Mais elle sait, elle !

    Thierry tendait son petit doigt vers Isabelle.

    Ah ! C’est vrai ! Chère Isabelle, Juliette m’a dit que vous canotiez très bien, et c’est tout à votre avantage ! Voulez-vous faire ce petit plaisir à mon petit Thierry ?

    La suavité de cette voix, donnait à Isabelle l’envie de fuir pour ne plus l’entendre, ni la voir.

    171

    sceau copyright  

     


    votre commentaire
  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Je n’ai pas le temps, et puis, je n’en ai pas envie. Je veux avoir fait une esquisse avant que la lumière du soleil n’ait quitté l’étang et que l’orage n’éclate.

    Vous n’êtes guère compréhensive, ma chère… Thierry à envie de se promener sur l’eau. Ne pouvez-vous lui faire ce plaisir ? Nous attendrons que vous soyez disponible… n’est-ce pas, Thierry ?

    Ne voyez-vous pas que vous me dérangez, et vous le savez très bien ! Dit Isabelle en regardant, sans complaisance Ludivine qui ne fit aucun cas de la contrariété se lisant sur le visage de Isabelle, et elle ajouta :

    Allons-nous asseoir dans le pavillon en vous attendant…

    Toujours cette sournoise ténacité pour arriver à ses fins. C’était de cette manière qu’autrefois elle avait réussi à obtenir ce qu’elle désirait de William… Isabelle, secrètement exaspérée par ce gamin plus que gâté qui, déjà, à son âge, exigeait qu’on lui cédât, dans l’heure, ses caprices. Isabelle pensa : autant que je me débarrasse tout de suite de cette corvée. Peut-être que cette diablesse me laissera tranquille ? Ludivine tenait à faire ce tour en barque avec son fils. Isabelle voyait bien qu’elle ne comptait pas en abandonner l’idée, et qu’elle se faisait une joie de la faire céder.

    Isabelle lança sèchement :

    Puisque vous y tenez tant, venez... Mais cinq minutes seulement.

    Cinq minutes de plaisir pour mon fils, c’est cela. Thierry a été très sage, aujourd’hui, et je lui ai promis de lui accorder ce qu’il demanderait.

    Promesse dangereuse à l’égard d’un si jeune enfant. S’il vous demandait la lune ou les étoiles...

    Et bien ! Je tâcherais de les lui donner. C’est bien assez que son père le traite aussi sévèrement ! Je veux, moi le rendre heureux.

    Ce n’est pas rendre heureux un enfant que de tout lui céder, Ludivine.

    Que pouvez-vous savoir, ma chère Isabelle, de comment il faut s’y prendre pour élever un enfant ? Dit Ludivine, sur un ton qui se voulait supérieur à elle.

    Isabelle ne sachant pas ce que l’on pouvait ressentir en devenant mère, ne su que répondre. Elle éluda la remarque de Ludivine et se contenta de hausser les épaules. Celle-ci ajouta avec un sourire malicieux, pour faire bon poids dans les allusions malveillantes qu’elle lui distillait au fur et à mesure qu’elle parlait.

    C’est vraiment très dommage que vous ne désiriez pas accepter le parti que père vous a proposé. Vous n’aurez jamais le bonheur de savoir ce que c’est qu’être mère.

    Isabelle leva pour la seconde fois les épaules, tout en pensant : sottise, sottise !

    172

    sceau copyright  

     


    2 commentaires
  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Malheureux William ! Quel avenir l’attendait avec cette femme et cet enfant qu’elle voulait modeler à sa ressemblance ? Au bas des trois degrés allant jusqu’à l’eau, la barque était attachée à la chaîne que Mr de Rubens avait renouvelé, ainsi que la barque, deux mois auparavant pour complaire à un caprice de sa belle-fille, qui voulait faire des promenades sur l’étang.

    Il advenait souvent que l’on céda à ses fantaisies. Celle-ci n’avait guère profité, pendant l’été presque achevé, de son envie de faire de la barque. Seule Isabelle avait eu le loisir d’en profiter en donnant une leçon de canotage à Juliette. Quand Ludivine et son fils furent assis, Ludivine détacha l’embarcation, puis, ayant pris les rames, elle s’éloigna sur l’eau paisible où l’ombre s’étendait, maintenant sur toute la surface du lac. Cette fraîcheur toute relative faisait du bien, et le petit Thierry s'amusait à agiter l'eau du bout de ses petites mains qu'il laissait pendre en dehors de la barque, ce qui n'était guère prudent. Isabelle en fit la remarque, mais Ludivine, souriante sous sa capeline blanche, ne semblait pas s'en soucier.

    Elle était assise en face d’Isabelle et ne savait que sourire malicieusement afin de se sentir en supériorité par rapport à elle. Sa robe d’une teinte d’un vert-pâle, accentuait cette apparence de fine porcelaine du teint si délicat et rosé de la jeune femme. Elle regardait Isabelle avec un air de candide curiosité, préparant sa prochaine attaque :

    Vous avez bien mauvaise mine. Il paraît que vous avez été souffrante ?

    Oui, un peu.

    C’est pour cela que vous avez quitté si tôt les salons, l’autre soir ?

    C’est pour cette raison, en effet. La brièveté des réponses ne désarçonna pas Ludivine qui continua son bavardage soupçonneux sous ses airs de candeur exaspérante pour Isabelle.

    William aussi est parti très vite aussi.

    Quel drôle de petit sourire elle avait ; mais elle continuait de regarder ingénument Isabelle. Sur un ton badin, Ludivine insista ses insinuations malsaines :

    Si cette soirée l’ennuyait, il a eu bien raison. Oh ! Bien évidemment ! Je ne lui en tiens pas rigueur ! Il a pu trouver plus agréable d’aller rêver dans la nuit où il a eu la charmante surprise de vous y rencontrer...

    Cette fois, Isabelle n’y tenait plus. Il fallait qu’elle fasse taire cette péronnelle ! Elle eut un instant d’humeur, et lança :

    Mais vous n’arrêterez donc jamais avec vos sous-entendus !

    Les rames frappèrent l’eau si fortement que des gouttes jaillirent sur Ludivine et l’enfant.

    Que vous prend-il ? Vous nous mouillez, Isabelle !

    173

    sceau copyright  

     


    votre commentaire
  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Mais Isabelle ne s’excusa pas. Laissant reposer les rames, elle regarda Ludivine droit dans les yeux avec un air courroucé.

    Assez d’insinuations ! Parlez franchement pour une fois dans votre vie, si vous en êtes capable. Ce petit jeu vous amuse, mais il a assez duré ! Êtes-vous donc venu pour m’indisposer volontairement par votre présence et vos questions à double sens ?

    Et bien oui. Je l’avoue. Cela m’amuse de vous mettre mal à l’aise...

    Mais parlez franchement au lieu de tergiverser ! Ne voyez-vous pas que vous m’exaspérez ?

    Oh ! Il n’en est nul besoin, chère Isabelle ! Vous me comprenez tout à fait bien, je le vois…

    Hors d’elle, Isabelle lui lança :

    Vous êtes une personne vicieuse et capricieuse ! N’avez-vous pas honte de faire subir à votre mari ce calvaire ! Vous n’êtes qu’une mauvaise femme très consciente du mal que vous faites autour de vous et principalement à William ! Votre mariage n’est qu’une parodie ! Une mascarade ! Un caprice de votre part ! Vous êtes l’exact portrait de votre mère, et votre fils vous ressemble trait pour trait ! Il n’est pas étonnant que mon cousin ne veuille pas vous laisser élever le petit à élever !

    Je ne vous permets pas !

    Oh ! Mais si ! Vous allez m’écouter, que cela vous plaise… ou non !

    Pendant ce temps, la surveillance du petit garçon avait échappée à sa mère. Et l’enfant de barboter à sa guise de ses deux petites mains...

    Thierry, ne te penche pas comme cela !

    Je veux les fleurs !

    Ne tenant pas compte des désirs de l’enfant, Isabelle attaqua sans plus se retenir. Cette fois Ludivine avait été trop loin, et elle ne comptait pas se laisser faire. Sur un ton méprisant, elle continua :

    Vous êtes jalouse et incapable d’élever votre fils correctement ! Il est aussi capricieux que vous l’êtes, vous-même ! Oh ! Et puis, je vous ramène ! Allez déverser votre venin ailleurs !

    Sur ce, Isabelle qui s’était arrêtée un instant près du jardin de nénuphar, reprit les rames pour s’en éloigner, et se rapprocher de la berge, n’ayant aucunement l’intention de cueillir une fleur pour l’enfant, et encore moins de se justifier auprès de Ludivine qui insista afin que Isabelle veuille bien cueillir la fleur tant désiré par l’enfant capricieux.

    Je veux les fleurs ! Fit le petit Thierry.

    Attrapez-lui une de ces fleurs, Isabelle ! Je le lui ai promis !

    Je ne suis pas à vos ordres ! Arrêtez de céder à ses caprices et soyez un peu moins capricieuse, vous-même !

    174

    sceau copyright  

     


    votre commentaire
  • Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Ludivine fulminait intérieurement de ne pas avoir réussit à faire complètement céder Isabelle à ce qu’elle lui avait demandé.

    Je veux les fleurs, maman !

    Elles sont bien trop loin maintenant, mon petit chéri. Isabelle ne veut pas te cueillir une de ces fleurs pour te l’offrir. Nous rentrons. En attendant, sois sage, veux-tu ?

    Le canot avait frôlé rapidement le jardin flottant, afin d’en finir avec le caprice de Thierry. Isabelle Ancrée dans son refus de continuer cette discussion avec Ludivine, avait fait abstraction de l’enfant qui n’écoutait rien, et qui tendait toujours ses deux petites mains vers les nénuphars en répétant :

    Les fleurs ! Je veux les fleurs !

    Sois sage Thierry. Une prochaine fois.

    N’obtenant pas ce qu’il voulait, l’enfant se leva et se pencha dangereusement sans que sa mère ait eu le temps de réagir, Thierry, debout dans la barque, se pencha encore plus, et son mouvement fut si rapide, qu’il bascula. Sa mère étendit les bras pour le saisir, et fit s’incliner un peu plus la barque, ce qui la précipita, à son tour, à l’eau. Isabelle poussa un grand cri, se leva brusquement et plongea dans l’étang. Elle réussit à saisir un bout de la robe de Ludivine, et presque aussitôt celle-ci s’agrippa à elle. Une fraction de seconde, Isabelle cru qu’elles allaient couler toutes les deux. heureusement, Ludivine, perdit soudainement connaissance. Lui saisissant le bras, Isabelle, excellente nageuse, réussit à gagner la berge où déjà le jeune jardinier accourait. Il avait entendu ses appels au secours d’Isabelle. Il saisit Ludivine, la hissa sur l’herbe. Isabelle lui cria :

    Je n’ai pas le temps de la ranimer. Je vais chercher l’enfant !

    Elle plongea de nouveau à l’endroit exact où Thierry avait disparu, mais le petit corps avait déjà coulé. Elle prolongea ses recherches au milieu des nénuphars dont les longues racines enchevêtrées gênaient ses mouvements. Malgré ses efforts, il lui fut impossible de le retrouver : le font de l’étang étant envasé, ce qui diminuait considérablement la visibilité. Elle dû regagner la rive sans lui, et se mit à courir autant que le lui permettaient ses jambes, encombrées par ses vêtements lourds et ruisselants. Dans l’escalier de la vieille tour, elle appela Adélaïde qui n’entendit pas tout de suite. Interrompant ses cris d’effroi, elle hurla :

    Au secours ! Dominique, Angèle ! Allez vite dire à mon père que je n’ai pas pu sauver le petit Thierry qui est resté dans l’étang.

    Adélaïde accouru enfin, effrayée par les hurlements d’Isabelle.

    Oh ! Mon Dieu ! Mais dans quel état êtes-vous !

    Ayant eut le temps de gravir les dernières marches, Isabelle s’affaissa inanimée.

    175

    sceau copyright  

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique