• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -144-

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    On ne peut pas nier que tu sois ma nièce ! Isabelle la considérait avec une compatissante curiosité. Les traits amaigris de sa tante étaient encore beaux, mais les rares attraits de son visage se trouvaient dans ses yeux brûlants d’un feu intérieur animés d’une vie ardente. De nouveau, le regard intimidant de sa tante scruta Isabelle.

    — Que viens-tu faire ici ?

    — Chercher mon sac à ouvrage que j’avais oublié cet après-midi. Veuillez bien excuser mon intrusion dans votre intimité, ma tante. Aurais-je troublé votre solitude ?

    — Pourquoi choisir cette heure pour venir te promener de ce côté-ci du parc? Ton sac ! Tu l’aurais aussi bien retrouvé demain matin ! Qu’est-ce qui t’attire ici ?

    — Principalement le plaisir d'admirer l’étang au clair de lune où ma chère mère s’en est allée...

    — Ah ! Toi aussi tu aimes cet étang ?

    Il sembla à Isabelle qu’une note se fêlait dans la voix de Victoria.

    — Ne te laisses pas aller à ces rêveries, mon enfant. Ce n’est pas bon pour toi. Victoria se détourna vers l’intérieur de la pièce et son visage devint moins distinct pour Isabelle. Sa tante semblait respirer avec difficulté. Isabelle, après une courte hésitation, dit résolument :

    — Antoinette m’a appris que vous refusiez de me recevoir, ma tante. Cependant, j’aurais été si heureuse de...

    — Heureuse ? Heureuse de connaître une réprouvée comme moi ?

    Une sorte de rire douloureux soulevait sa poitrine et la fit tousser.

    — Vous n’êtes pas une réprouvée, ma tante ! Vous êtes seule comme je l’ai été si longtemps à la mort de maman. J’ai souffert de cette solitude. J’étais bien jeune alors, et l’on m’a moi aussi, en quelques sortes, relégué aux oubliettes. J’aurais aimé vous connaître à cette époque et avoir votre affection comme je vous aurais donné la mienne. Nous aurions pu nous découvrir, nous apprivoiser, nous apprécier, et vous m’auriez communiqué votre savoir qui est si grand, ma tante ! Nous pouvons encore nous connaître mieux, si vous le désirez ? Vous souffrez, mais ne pensez-vous pas que mon affection pourrait vous être douce ?

    — Je ne mérite guère ton affection.

    Tout le corps de Victoria sembla se raidir. Isabelle s’en aperçu et insista avec douceur ; mais sa tante refusa net l’affection de sa nièce et lança, furieuse :

    Je ne veux l’affection de personne !

    Ces mots furent jetés comme un cri de désespoir, qui fit tressaillir Isabelle.

    Ma tante, pourquoi ? Je serais si heureuse que vous m’aimiez un peu et que vous me permettiez de vous aimer en retour ! Nous sommes deux âmes seules depuis si longtemps !

    Serait-il possible que tu m’aimes, moi ?! Tu voudrais m’aimer ?! Est-ce que l’on peut aimer un monstre ?!

    Sa voix sombrait dans un long sanglot rauque, lançant à sa nièce stupéfaite, toute sa souffrance avec la force du désespoir. Ses yeux brûlants de fièvre considérèrent un instant le doux visage ému de sa nièce. Oh ! Ce magnifique visage ! Victoria ne put en supporter davantage. Elle lui cria avec véhémence :

    Va-t’en, ma fille. Va... Laisses cette malheureuse à son tourment, car tu ne peux rien pour elle.

     

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