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    Chapitre XII

    Pour la matinée du surlendemain, Isabelle alla rendre visite à son père. Cette entrevue lui pesait fort. En ses six années, elle n’avait échangé avec lui que de rares lettres insignifiantes. Cette indifférence paternelle, ajouté au souvenir de la scène qui avait précédé la mort de son aïeule, blessaient trop profondément son cœur pour qu’elle n’éprouva pas une pénible gêne à l’idée de revoir son père. Par Dominique qu’elle avait chargé de lui demander quand il pourrait la recevoir, il lui avait fait dire qu’il l’attendrait vers onze heure dans la bibliothèque. Elle le trouva assis devant une table, occupé à écrire. Son changement physique la frappa. Cette apparence de jeunesse, longtemps conservée, avait disparue. Pourtant, il ne s’était guère écoulé que six ans entre son départ, et son retour à Monteuroux. Cependant, son père semblait las et souffrant, mais, il conservait, néanmoins, son habituelle élégance de tenue qu’on les aristocrates. Isabelle attendit silencieusement qu’il lui adressa la parole, mais intérieurement, elle se réjouissait de voir sa stupéfaction quand il lèverait les yeux sur elle, en l’entendant dire : Bonjour, père. La réaction ne se fit pas attendre longtemps. Le comte de Rubens, l’air perplexe, la considéra un moment, avant de murmurer :

    Isabelle ? Tu es Isabelle ?

    Et bien, oui, ce n’est que votre fille.

    Se levant, il mit une main sur son épaule, la regarda encore, puis se pencha pour lui mettre un baiser sur le front.

    Et bien ! Ma fille ! Je suis obligé de reconnaître que nous avons eu raison de t’envoyer chez ton oncle ! Tu nous reviens complètement transformée, extérieurement, du moins. J’espère que le caractère à suivi ?

    Cela dépend de quel point de vue l’on se place. Je ne suis plus une enfant : Ainsi, j’ai toujours conservé l’habitude de la sincérité, l’horreur du mensonge et de l’hypocrisie.

    Ce n’est pas un mal... pas un mal du tout…

    Pourtant il fut un temps ou vous n’aimiez pas ma franchise.

    Il laissa retomber sa main, en détournant légèrement les yeux du regard droit et fier de sa fille.

    Assieds-toi... Raconte-moi ce que tu as fait là-bas...

    Brièvement, Isabelle lui donna un aperçu de son existence à Verte-cour, lui apprit ses projets pour se faire une situation. Il l’approuva, en déclarant :

    Tu ne pourras compter que sur tes avoirs mon enfant, car je n’aurai rien à te donner. Il fallait que tu saches que je n’aurai rien à te donner après ma mort. Il te faudra vendre Monteuroux, la seule chose que je te léguerais, en admettant que je ne sois pas obligé de l’hypothéquer ou de m’en défaire d’ici là…

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