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    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    L’apaisante luminosité de cette nuit de juin détendit ses nerfs mis à rude épreuve par la présence de sa pire ennemieSe faire violence pour supporter l’idée d’avoir à côtoyer cette peste gênait fortement la jeune comtesse :

    — Il va falloir que je la supporte le temps qu’elle va passer à Aigue-blanche. Pensait Isabelle. Je ne sais si j’y arriverais ? Il faut que je me tienne loin d’elle le plus possible. Il y aura certainement des jours où je ne pourrais l’éviter, pas plus que sa mère, mais il faudra que je me contienne devant ses insinuations...

    L’ombre des vieux arbres l’enveloppa, la saine odeur du bois résineux provoqua en elle un frisson de plaisir. Dans le silence, l’eau d’une source cachée s’égouttait le long d’un rocher moussu. Un oiseau de nuit hulula. Isabelle avançait comme dans un songe. Elle pensait à William et à ce visage glacé qu’il opposait aux sourires et aux regards enjôleurs de sa femme. Que lui avait-elle donc fait pour qu’il ait, à son égard, une telle attitude ? Que lui avait-elle fait pour qu’il cache sa souffrance au fond de son âme ? Malgré lui, lorsqu'elle séjournait à Aigue-blanche, et qu'il était obligé de tenir compte de sa présence alors qu'il ne vivait pas avec elle, il ne pouvait s’empêcher de lui montrer de l’animosité. Après tout, la seule obligation de vivre quelques semaines par an près d’elle, et non pas avec elle, lorsque l'on avait une âme loyale et fière, son attitude ne suffisait-elle pas à expliquer l’étrange attitude de son cousin ? C'était d'autant plus étrange quand on l’avait vu si différent avec sa famille... et depuis son retour, avec elle. Sous sa réserve habituelle, elle avait appris à connaître sa valeur morale, à soupçonner en lui une sensibilité farouchement cachée. Quand il se trouvait en sa présence, aucun mouvement de lassitude, aucune variation dans son regard ou d’intonations de voix ne lui échappaient. Isabelle ressentait à chaque fois qu’il posait les yeux sur elle, une sorte de curiosité avide qui donnait un sens à sa vie... Un goût chaque jour plus vif… Elle aimait ses rencontre avec son cousin, même si elle s’en défendait.

    Au bord de la clairière, apparut la petite maison d’Adrien qui n'était qu'un rez-de-chaussée protégée par son toit de chaume. Une charmille bordait le jardin, cachant ainsi le vieille homme qui, selon son humeur, ne désirait pas être vu. Sous une des fenêtres de la chaumière, le jardinier fumait sa pipe en se balançant sur son rocking-chair abrité par une avancée le protégeant du soleil les après-midi ou il s'accordait un peu de repos. Il murmura un vague bonsoir demoiselle, auquel Isabelle répondit distraitement. Elle se surprit à penser que, peut-être, avait-il été là, à cette même place, quand la jeune comtesse de Rubens était passée autrefois dans ce chemin, s’en allant vers son destin tragique ? Isabelle n’avait jamais songé à le lui demander. Le vieillard d’humeur taciturne, ne répondant plus que laconiquement à qui lui posait des questions. C'était un vieil homme peu bavard avec qui l'on n’engageaient guère à la conversation.

    Quand elle atteignit l’étang, la lumière du disque lunaire projetait un gris argenté éclairant l’eau immobile de l'étang. Isabelle s’approcha de la berge, s’arrêta près de l’endroit où Daphné avait sombré dans la profondeur de cette étendue d'eau, Isabelle se mit à frissonner sans en connaître la raison. Dans cette clarté que la lune favorisait, les nénuphars semblaient irréels et comme posés sur l’eau.

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