• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -107-

    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Isabelle, pensive, respirait l’air de la nuit, dans le clair-obscur du chemin embaumant l'odeurs particulières de la mousse des bois. Tout naturellement, elle s’était retrouvée devant cette eau semblable à un sombre miroir. Elle se sentait presque comme attirée vers l’étang, juste à l’endroit même où flottaient les beaux nénuphars blancs au cœur jaune pâle. Un cri de surprise s’étouffa soudain dans sa gorge. Du pavillon donnant sur l'étang, venait de sortir une femme vêtue de noir. Elle s’en allait le long de la berge à pas lents pour soudain s’arrêter juste à l’endroit où se découpait sur l’eau immobile le feuillage stagnant des nénuphars. Isabelle ne voyait pas son visage, mais elle distinguait nettement sa taille déviée et la bosse qui déformait son dos. C'était sa tante Victoria de Rubens qui, selon son habitude, se promenait la nuit dissimulant ses formes à la vue de quiconque s’aventurerait de ce côté-ci du domaine. Son infirmité la rendait méfiante et de ce fait, farouche. Les rayons lunaire éclairaient juste l’endroit ou elle s’était arrêtée. Son profil se découpa net, sculptural et d’une blancheur de marbre. Isabelle n’avait jamais eu l’occasion de voir sa tante, mais elle savait qu’elle était très belle de visage. Ce soir, par un pur hasard, elle avait ce privilège de pouvoir en juger par elle-même pendant le court instant ou Victoria demeurait là, regardant l’eau, figée telle une statue. Sans savoir qu’Isabelle l’observait, Victoria de Rubens reprit sa marche le long de la berge. La jeune fille suivit un instant des yeux la silhouette déformée qui s’éloignait de l'étang pour enfin disparaître. Une grande pitié pénétra le coeur de Isabelle peinée  de ne pas pouvoir venir en aide à cette femme murée dans sa souffrance et son austère solitude. Une orgueilleuse, une révoltée... Oui... sans doute... Une âme malheureuse ? Bien certainement… La pensée d’Isabelle dévia insensiblement de sa tante vers sa mère. Victoria avait elle été présente dans le pavillon le jour de l’accident ? Avait-elle remarqué quelque chose d’anormal, ou tout simplement, n’était-elle plus parce que déjà rentrée de sa promenade lorsque sa mère était tombée dans l’eau poussée par des mains meurtrières ? Pendant quelques instants, Isabelle imagina l’étang mettre fin à la vie de sa chère et tendre mère.

    A ce moment, il lui sembla entendre, une longue plainte. Elle tendit l’oreille en évitant même de respirer. Son cœur battait à tout rompre. Elle épiait le moindre frémissement dans les arbres, mais tout était silencieux. Pas le moindre souffle d’air dans ce soir de fin d’été humide et chaud à cette heure avancée de la nuit. La plainte se fît, de nouveau entendre, mais cette fois, plus près d’elle. Le bruissement d’un tissu qui se déchirait fut bien distinct dans ce silence inquiétant. Une voix douce se fit entendre, prononçant très clairement son prénom. Isabelle chercha d’où pouvait bien venir cette voix ? Ses yeux essayèrent de percer la nuit pourtant lumineuse, mais elle eut bien du mal à distinguer à qui appartenait la voix qui lui semblait venir d'outre-tombe. Ce fut à cet instant précis qu’elle aperçut, comme en transparence, une silhouette vêtue d’une longue robe bleu pâle et dun châle du même ton qui semblait glisser sur le côté de son corps, découvrant, ainsi, une de ses épaules.

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