• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -153-

     Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Ses yeux mordorés, qu’une ombre semblait cerner, laissaient lire une angoisse difficile à dissimuler. William, malgré sa réserve, avait remarqué cette douloureuse expression qui assombrissait le beau visage d’Isabelle.

    Pour détendre l’atmosphère, Juliette la complimenta sur sa tenue :

    Vous êtes exquise, ma chère amie, cette toilette, d’une simplicité raffinée, vous va à ravir. N’est-ce pas William ?

    En effet.

    Cette voix brève, indifférente, ce regard qui l’effleurait à peine et se détournait aussitôt... Le cœur d’Isabelle s’arrêta un instant sous l’afflux d’une soudaine gêne. Elle avait une envie folle de s’éclipser.

    D’autres invités entraient. Les jeunes filles et le comte de Rubens-Gortzinski s’en allèrent vers les salons.

    En présence d’Édith, Isabelle dut se raidir pour ne pas reculer. Souriante, affable, ne paraissant pas voir la subite rétraction de sa belle-fille, Mme de Rubens la présentait à ses hôtes.

    En dépit de sa froideur dont elle voulait se faire un masque, ce soir, Isabelle fut aussitôt très remarquée, tout particulièrement par un homme d’une trentaine d’années, de belle prestance et de mine intelligente. Il se montrait très empressé auprès d’elle. C’était ce peintre Autrichien, Frantz Müller, dont la notoriété, dans toute l’Europe, était très grande. Après avoir dansé avec lui, elle écouta, sans grand intérêt, ses dissertations sur les maîtres de l’école Flamande dont il était un grand admirateur. Ils étaient assis dans la bibliothèque, à l’écart des danseurs. Isabelle en avait assez de cet homme visiblement très imbu de lui-même, et ne savait pas comment se dégager de son emprise. En levant les yeux, Isabelle aperçut tout à coup William, debout dans l’embrasure de la porte. Les bras croisés, droit dans ses bottes, et mince dans le smoking qu’il portait avec une rare élégance. Il regardait... Quoi, au fait ? Il semblait fixer le haut de la bibliothèque où Isabelle était assise avec le peintre.

    Ludivine vêtue d’une toilette d’un blanc vaporeux, plus divine et plus colombe que jamais, ne lâchait pas son mari d’un pas. Sa voix roucoulante parvint jusqu’aux oreilles d’Isabelle :

    Vous ne dansez pas, cher ami ?

    Je ne danse pas. Répondit sèchement William. Trouvez-vous un cavalier pour vous trémousser. N’avez-vous pas une cour à séduire ?

    Cher William, mon ami, comme vous pouvez être désagréable en ce moment. Pourquoi êtes-vous si rustre ?

    La danse ne me dit plus rien, et d’ailleurs, je n’avais guère envie de venir. Demain je me lève tôt, et je n’ai pas de vie mondaine à assumer.

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