
Trois jours, depuis la demande en mariage de Frantz Müller, s’étaient écoulés. Ce matin, elle avait, à cause de sa fatigue physique et morale, complètement oubliée que son père lui avait demandé de réfléchir encore afin de rendre sa réponse. Pourtant, sans aucune équivoque, elle lui avait signifié son refus ferme et définitif. Vraiment, pouvait-il, un seul instant, supposer sérieusement que la fortune et le prestige de cet étranger complètement inconnu la veille du bal, aurait quelques effets sur elle, pensait Isabelle ? Mais ce n’était là qu’un petit ennui, un ennui qui passait presque inaperçu au milieu du grand orage morale où son esprit se débattait. C’était un vrai crève-cœur que de savoir qu’un jour, le château de Monteuroux ne serait plus dans la famille des de Rubens faute d’avoir suffisamment de moyens pour l’entretenir, alors que des joyaux inestimables dormaient dans la cachette secrète derrière les armoiries de la cheminée de sa chambre. Elle avait de la peine de ne pas pouvoir sauver le château de ses ancêtres ou elle était née et ou sa mère avait perdu la vie. Mais elle n’en avait aucune pour son père et cette femme qui avait détruit le couple que formait ses parents du temps ou ils étaient heureux. Avec ce trésor qui dormait depuis toutes ces années et qui, depuis le décès de son aïeule, était en sa possession. Isabelle portait là, un très lourd secret dont elle ne pouvait se défaire afin de sauver son cher Monteuroux. Cheminant dans ses pensées et dans les sentiers recouverts de mousse, ses pas s'en retrouvaient feutrés, presque inaudibles pour qui ne savait pas qu'elle était dans les parages. Embarrassée par la végétation luxuriante qui avait reprit ses droit, Isabelle déambulait dans le chemin menant aux berges de l'étang. Parfois, le long de son cheminement, elle entendait chanter une petite source sortant d'un rocher moussu, se déversant sur le chemin. Il fallait faire très attention, car celui-ci devenait très humide et glissant. Par périodes, la source se tarissait et ce n’était que mieux pour la jeune fille. L'après-midi déjà bien avancé ou s'annonçait les prémisses d’un nouvel orage. Isabelle n'en avait cure et cheminait, perdue dans ses pensées, se souciant guère du bruit que faisait une cognée pas très loin du lieu ou elle dessinait. A mesure qu'elle avançait, le bruit de la cognée se fit plus distinct. Au bout du sentier débouchant sur l’étang, Isabelle aperçut entre les arbres, Bertrand, le jeune jardinier, parent du vieil Adrien, qui était occupé à abattre les basses branches de jeunes mélèzes en plus de défricher les alentours. C’était l’heure où le soleil se préparait doucement à disparaître derrière l’horizon. Il n’éclairait plus que la partie de la pièce d’eau où s’étalaient le jardin de nénuphars arborant leurs merveilleuses fleurs qui ruisselaient de lumière quelques instants auparavant et qui, sur la fin d’après-midi, perdaient leurs éclats pour se refermer doucement avant que la nuit ne tombe.
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