
Isabelle s’empressa de quitter la pièce ou toutes deux se trouvaient, coupant court à toutes nouvelles questions qu'Adélie aurait la curiosité de lui poser.
En regardant la chambre qui avait reprit vie avec l’aide de Dominique et d'Angèle, Isabelle eut un long frisson en revoyant l’aïeule mourante, son terrible sourire animé d’une rage qui enlaidissait son visage, destiné à son fils et à sa belle-fille. Ce soir là, la d'Argenson ne s’était pas démontée et avait continué de fouiller sans avoir un seul regard pour la défunte. Comme toute cette scène demeurait nette et claire dans son souvenir. Cette horrible nuit avait, pour toujours, marqué son âme en lui montrant le vrai visage de sa belle-mère qui avait beau dissimulé la noirceur de son âme derrière des amabilités étudiées lorsqu'elle se trouvait en représentation devant le monde. Rien ne pouvait effacer ce qu'elle avait fait. Son père qui avait perdu toutes dignités en cet instant crucial où sa mère rendait son dernier soupir, n’avait même pas eu le courage de résister à cette mégère qu’était sa femme. Sa mère ne lui avait pas révéler la cachette de ce pourquoi il se trouvait à son chevet. Isabelle sentit encore une fois un long frisson la parcourir en se remémorant le jour funeste où L’aïeule agonisante avait trouvé la force de les narguer avec son sourire horrible qui avait rendu son visage grimaçant et méconnaissable, devant un fils qui ne voyait plus que par cette femme diabolique. Chassant ces souvenirs bien plus que douloureux, isabelle alla chercher un balai et des chiffons afin de faire le ménage des deux pièces qu’elle destinait à son cousin Renaud. Elle cira les quelques meubles arrangés selon ses soins et son goût, puis elle décida de faire changer par Angèle les doubles rideaux en cretonne qu’elle avait acheté la dernière fois qu'Adélie et elle avaient été en ville, ainsi que la literie et le couvre lit d’un passé révolu, de façon à rendre la chambre plus accueillante. A la pensée de revoir le calme visage de Renaud et ses yeux changeants dont l’expression était si ferme et si loyale, lui semblait déjà un réconfort. Ce cher Renaud qu’elle se réjouissait de recevoir à Monteuroux ! Comme il faudrait qu’elle prenne sur elle afin de laisser enfermer au plus profond d’elle-même son cruel secret, si elle ne voulait pas que cet esprit trop clairvoyant ne devine le douloureux mystère, non encore élucidé, que la jeune comtesse avait bien du mal à taire. Elle devait juste faire en sorte que l’on se pose les bonnes questions, et que l’on découvre ce qui s’était réellement passé le soir du soi-disant accident de sa mère, afin que justice soit rendue. Dieu lui avait permis de finir sa tâche ici-bas de façon à protéger, sa fille. Son destin à elle, Isabelle, était de vivre. Dans cette vieille tour, le temps passant, que serait devenu le tableau de sa chère mère dans les mains d'étrangers ? Il fallait qu'elle accepte son exil forcé, puisque probablement elle ne reverrait plus Monteuroux ni son cousin marié à Ludivine qui lui avait donné un enfant, malheureusement élevé à son image. William lui avait avoué l'amour qu’ils ressentait pour elle, tout en sachant que cet amour était défendu. Elle en avait été bouleversée. Il n'y avait rien à faire pour changer cet état de fait. En se raisonnant, Isabelle tenait simplement à garder les preuves de ses racines, et l’image de sa chère vieille tour carrée, ainsi que les moindres recoins, les passages secrets, les cachettes et les endroits où elle aimait se dissimuler aux regards des importuns.
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