
— Pourquoi ? Parce que j'ose vous dire ce que je pense, et que vous pensez vous même, tout bas ? Vous ne m'aimez pas et je ne vous aime pas non plus. Il ne faut vous en prendre qu’à vous si je suis une sauvageonne effrontée comme vous vous plaisez à le dire à qui veut l'entendre !
La d’Argenson, furieuse, cacha sa colère sous des dehors attristés et fit mine d’être peinée de ce que Isabelle lui lançait en pleine figure. Habile, elle essaya d'amadouer sa belle-fille :
— Est-ce là votre façon de m’exclure de votre vie, Isabelle ? Que vous ai-je fait pour mériter une telle haine, moi qui ne veux que votre bien ?
— Que vous désiriez mon bien me laisse dubitative. Je ne vous exclu pas de ma vie, puisque vous n'en avez jamais fais partie. Vous m’êtes, tout simplement, indifférente. Voilà tout.
— Rudolph, allez-vous la laisser me traiter de cette manière ? fit la comtesse en se répandent en larmes.
Le comte, ulcéré du manque de déférence envers sa femme par sa propre fille, adhéra à sa supplique :
— Isabelle ! Ce que tu dis est injuste ! Tu te dois de respect ta mère !
— Dois-je vous redire que je n’ai plus de mère depuis mes six ans ? Mme est votre seconde femme et je ne lui dois absolument rien ! Dieu m’en garde ! Je n’ai aucun compte à lui rendre sauf, malheureusement, à vous, et ce, jusqu’à mes vingt et un ans puisque je ne puis faire autrement.
Le comte, outré, haussa le ton :
— Je suis ton père ! Il suffit ! De tes insolences, tu vas être puni ! Avant-hier, tu as agi avec la plus grande inconvenance en quittant la chapelle au lieu de demeurer près de nous où se trouvait ta place pour recevoir les condoléances des assistants.
Isabelle, en serrant les dents, persifla :
— Auprès de vous était ma place, attifée comme une pauvresse ! Alors pourquoi le reste du temps vous m'ignorez depuis dix ans et me laissez vivre comme une souillon sans instruction ? Vous n'avez pas honte de me laisser être à côté de vous ? Vous, Mme ! Je vous rappelle tant ma chère mère que vous ne pouvez me supporter. Je n’aime pas les faux semblants et les apparences trompeuses qui me prêtent une place que je n’ai guère auprès de vous et encore moins dans la vie courante ! Père, pour le peu de considération que vous me portez depuis que vous êtes remarié avec cette femme, j’ai jugé que si ma présence n’était pas nécessaire aupré de vous et votre femme actuelle dans ce qui est votre vie quotidienne ou mondaine, je ne suis pas utile, non plus, dans les enterrements concernant la famille. Je pouvais donc m’éclipser sans que les personnes présentes ne s'en aperçoivent. Je suis une inconnue pour la plupart d’entre eux, et une fille indisciplinée pour la nouvelle famille que vous avez former sans moi, est gênante ! Quant aux personnes qui me connaissent peu, je suis une petite chose insignifiante comme se plaît à dire Mme votre femme. Aucun des assistants ne s'est aperçu de mon départ.
La jeune comtesse de Rubens se plaisait à humilier sa marâtre en ne lui accordant aucun droit sur le titre de noblesse de sa mère qui dormait du sommeil de l'éternité dans la crypte.
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