
Après quelques minutes de silence, Mr de Rubens reprit d’une voix qui hésitait un peu :
— N’as tu pas pu provoquer, sans en avoir conscience, à un moment donné, ce mouvement de la barque qui a précipité à l’eau Ludivine et l’enfant ? Les sourcils d’Isabelle se rapprochèrent en signe de vive surprise.
— Mais père, je vous ai déjà expliqué ce qu’il s'est passé. C'est Thierry qui a voulu cueillir cette fleur de nénuphars et ainsi, par innocence, il a déterminé la suite des événements qui se sont terminés en tragédie ! Je n'ai pu qu'essayer de les sauver tous les deux ! N'oubliez pas que j'étais seule et que je devais faire vite pour sauver la mère et l'enfant ! Si Ludivine ne s'était pas accroché à moi au point de me faire couler avec elle, j'aurais, peut-être, pu sauver le petit ! Si vous tenez absolument à chercher une responsable, c'est Ludivine qui est en cause en ayant cédé au caprice de son fils ! Elle n'a jamais su l'habituer à obéir !
Le ton d’Isabelle s’était nuancée d’impatience et de sécheresse. Mr de Rubens en semblait très violemment irrité.
— Vas-tu oser accuser maintenant cette malheureuse enfant ?
— Je désire simplement que les responsabilités ne soient pas déplacées, et que vous ne cherchiez pas à me culpabiliser pour une chose que je n’aurais jamais faite. Ludivine, malgré le refus que je lui opposais d'abord, à insister pour faire une promenade sur l'étang, et elle n'a pas su ensuite empêcher son fils de commettre une imprudence qui devait s'avérer fatale pour tous les deux. Voilà toute la vérité ! Il est donc inutile de chercher une coupable comme sait si bien le faire, auprès de vous, votre femme !
— Tu parles bien haut, ma fille. Baisses le ton, veux tu ?!
— Baisser le ton !? Malgré le respect que je vous dois, père, il faut bien que je me défende ! Je ne vais quand même pas me laisser accuser d’une faute dont je ne suis pas responsable !
— Nous savons que tu n’aimes pas ta belle-mère depuis que, pour toi, elle a pris la place de ta mère.
— Et pour cause, mais de là à penser que je sois capable de tuer ! Ne trouvez-vous pas que vous allez un peu trop loin !? Pensez-vous que je sois capable d'attenter à une vie humaine !? Je connais une certaine personne qui en serait capable et il est inutile d’aller chercher bien loin !
Isabelle avait jeté ces mots dans un cri de colère et d'indignation auquel fit écho le cri d’horreur d'Adélaïde. Le comte, surprit à son tour par cette rebuffade, ne comprit pas tout de suite l’allusion de sa fille. Intrigué, il la questionna de nouveau sur ce qu’elle entendait par cette réflexion :
— Que cherches-tu à insinuer, Isabelle ?
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