Chapitre XV
— Nous ne parlerons pas pour aujourd’hui de ces choses qui vous tourmentent Isabelle, mais de votre cousine germaine et de sa famille, avait déclaré Renaud à son retour. Pour essayer de la distraire, il lui avait dit combien lui plaisait Aigue-blanche et ses habitants.
— André est un être charmant, sa sœur est la plus aimable jeune fille que je connaisse. Quant à William, je le crois un homme de grande valeur et de cœur et d’esprit, très sensible sous des dehors assez froids.
Il vit s’éclairer le regard fatigué d’Isabelle.
— Oui, c’est une âme capable de souffrir beaucoup sans rien montrer. Il a une très haute conception du devoir et l’on peut se fier à lui sans réserve.
Renaud songea. Elle doit l’aimer. Je ne m’en étonne pas, car il paraît fait pour attirer une nature telle que la sienne. Quant à lui... Sans songer le moins de monde à nier son amour pour sa jeune cousine, William avait reconnu devant lui, au cours de leur conversation, qu’il aimait Isabelle, et qu’il était libre, désormais, après un +otemps respectable de deuil, de lui proposer de devenir sa femme.
— Croyez-moi, cher cousin ! Jamais je n’ai dérogé à mon devoir. J’ai tout essayé pour ne pas succomber à l’amour que je ressentais pour ma cousine ! Avait-t-il ajouté. Lorsque je me suis rendu compte que cet amour défendu prenait une très grande importance dans mon cœur, j’ai fais mon possible pour m’écarter d’elle autant que je le pouvais sous divers prétextes. Mais Ludivine a deviné, elle... C’est ainsi que sa mère en a été informé et de la façon la plus tendancieuse et la plus perfide qu’il soit. Nous sommes tombés d’accord, Isabelle et moi, pour reconnaître que la situation pourrait être dangereuse pour elle. Edith d’Argenson est diaboliquement suspicieuse, astucieuse et vicieuse. Elle semble avoir contre sa belle-fille une haine tout particulièrement féroce. Il faut donc suivre de près son action calomniatrice et saisir l’occasion pour la dénoncer à la justice.
William pensait pouvoir parler franchement à l’abbé Forges, afin de connaître tout ce qui se dirait, hors confession, dans le pays au sujet de sa belle-mère.
De retour à la vieille tour, Renaud proposa d'aller se promener dans le parc. Tout en marchant, le jeune homme expliqua à sa cousine ce qu’il en était, pensait-il, de la haine que lui portait sa belle-mère, au point de vouloir sa perte par tous les moyens possibles et inimaginables pouvant être à sa portée. Isabelle en était consciente et l’avait elle-même crié à son père lors de leur confrontation. La Jeune comtesse s’appuya sur le bras de Renaud et il sentit sa main frémir tandis qu’elle murmurait :
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