
— Je n’ai pas le temps, et puis, je n’en ai pas envie. Vous me gênez ! Je veux avoir fait une esquisse avant que la lumière du soleil n’ait quitté l’étang et que l’orage n’éclate.
— Vous n’êtes guère compréhensive, ma chère… Thierry à envie de se promener sur l’eau. Ne pouvez-vous lui faire ce plaisir ? Nous attendrons que vous soyez disponible… n’est-ce pas, Thierry ?
— Ne voyez-vous pas que vous me dérangez, et vous le savez très bien ! Dit Isabelle en regardant, sans complaisance Ludivine qui ne fit aucun cas de la contrariété se lisant sur son visage. Pour la contrarier un peu plus, celle-ci ajouta :
— Allons-nous asseoir dans le pavillon de chasse, mon petit chéri. Nous allons attendre votre bon vouloir, Isabelle.
Toujours cette sournoise ténacité pour arriver à ses fins. C’était de cette manière qu’autrefois elle avait réussi à obtenir ce qu’elle désirait de William… Isabelle, secrètement exaspérée par ce gamin plus que gâté qui déjà, à son âge, exigeait qu’on lui cédât dans l’heure, ses caprices. Isabelle pensa :
— "Autant que je me débarrasse tout de suite de cette corvée. Peut-être que cette diablesse me laissera tranquille ? De toutes façons, elle m’a gâché l’envie que j’avais de peindre. Autant me débarrasser de cette corvée." Isabelle voyait bien qu’elle ne comptait pas en abandonner l’idée de cette promenade en barque, et qu’elle se faisait une joie de la faire céder.
Isabelle lança sèchement :
— Puisque vous y tenez tant, venez ! Mais cinq minutes seulement ! Je vous en avertit ! Je ne vais pas perdre mon après-midi pour satisfaire vos caprices et ceux de votre fils !
— Cinq minutes de plaisir pour mon fils, c’est cela. Thierry a été très sage aujourd’hui, et je lui ai promis de lui accorder ce qu’il demanderait.
— Promesse dangereuse à l’égard d’un si jeune enfant. S’il vous demandait la lune ou les étoiles !...
— Et bien ! Je tâcherais de les lui donner. C’est bien assez que son père le traite aussi sévèrement ! Je veux, moi le rendre heureux.
— Ce n’est pas rendre heureux un enfant que de tout lui céder ! Vous le rendez capricieux. Il faut savoir, quelque fois, refuser à un enfant !
— Que prétendez-vous savoir, de comment il faut s’y prendre pour élever un enfant?! Rétorqua Ludivine, sur un ton qui se voulait supérieur à elle.
Isabelle ne sachant pas ce que l’on pouvait ressentir en devenant mère, ne su que répondre. Elle éluda la remarque de son ennemie et se contenta de hausser les épaules. Celle-ci ajouta avec un sourire malicieux, pour faire bon poids dans les allusions malveillantes qu’elle lui distillait au fur et à mesure qu’elle parlait :
— C’est vraiment très dommage que vous ne désiriez pas accepter le parti que père vous a proposé. Vous n’aurez jamais le bonheur de savoir ce que c’est qu’être mère.
— Parce que vous, vous savez, peut-être ! On n’a pas l’instinct de mère en naissant ! Être mère s’apprend et l’exemple de la votre de mère, n’a pas été bénéfique pour vous ! Votre fils est à votre image ! Il est tout aussi gâté que vous l’êtes, ma chère !
Isabelle leva pour la seconde fois les épaules, tout en pensant : " Sottise, sottise que tout cela " ! Malheureux William ! Quel avenir l’attendait avec cette femme et cet enfant qu’elle et sa mère avait déjà bien modeler à leur ressemblance ?...
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