
Elle s’avança, un sourire détendant ses lèvres, les yeux pleins d’accueillante douceur qui sonnait faux.
— Chère Isabelle, nous te revoyons enfin !
Elle tendit les deux mains à sa belle-fille qui se contenta d’y poser mollement une des siennes
— Rudolph, comment la trouvez-vous ? Un peu changée, n’est-ce pas ? Il va nous falloir la marier, cette grande fille-là.
— Elle n’y songe nullement. Elle veut travailler et garder sa liberté. Se marier ne l’intéresse guère. Isabelle nous est revenu très indépendante, mon amie. Vous n'arriverez pas à la convaincre.
— Oui, Ludivine me l’a dit. Mais quand un aimable prétendant lui sera présenté, elle changera peut-être d’avis.
La d'Argenson continuait de parler et de sourire, en attachant sur la jeune fille ces étranges yeux gris-vert dont le jeu habile de ses longs cils noir savait si bien augmenter la séduction tout en cachant sa fausseté. Comme elle était encore jeune, son teint était parfait, sans une ride qu’aucun fard ne cherchait à dissimuler !
— Certainement non, dit Isabelle d’un ton sec.
— Célibataire alors ? La dernière des de Rubens ?
— Des de Rubens de cette branche, oui, car par ailleurs, il y a William.
— William et puis Thierry. C'est un beau petit notre Thierry, qu’en dites-vous ?
— Il ressemble à sa mère.
La voix d’Isabelle s’était faite involontairement mordante. Comme naguère, elle devenait semblable à un jeune coq de combat devant cette femme dont elle sentait une sournoise volonté de mal faire sous la douceur menteuse de son sourire et de sa voix.
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