— Vous n’avez pas perdu le sens de la répartie à ce que je vois chère amie. Ne seriez-vous pas coupable de quelque chose d’inavouable ?
— A votre place, je me tairais car les choses inavouables dont vous êtes coutumière surpassent, et de loin, ce que vous jugez à tort devoir, avec vos sous-entendus, nous reprocher, et qui n'ont pas lieu d'être !
Grondant comme un lion en cage, William asséna le coup de grâce à sa femme :
— Maintenant, il suffit, Ludivine ! Vous en avez assez fait pour aujourd’hui ! Votre joute verbale envers ma cousine est exécrable ! Allez-vous faire choyer ailleurs et laissez-nous en paix ! Bien que je ne vous doive aucune explication, je n’étais venu que pour lui faire une commission de la part de Juliette et lui porter un livre dont on avait parlé ensemble avec mon frère et ma sœur un jour ou vous n’étiez pas là. Nous avions aimé débattre sur Charles Dickens et je lui avais promis de lui prêter ce livre.
— Mais tout le monde sait bien que les excuses servent souvent à cacher d’autres intentions, mon ami !
— Je n’ai aucun compte à vous rendre, ma chère ! Par contre, j’aime vous prendre en défaut quand cela s’avère nécessaire et c’est, malheureusement, bien trop souvent le cas ! A présent, je m’en vais ! Faites-en autant et laissez travailler ma cousine ! Se sentant vexée devant Isabelle, et ne voulant pas en rester sur une défaite, Ludivine essaya un autre stratagème afin de détourner la colère de son mari :
— Mais je ne peux partir sans avoir vu les esquisses d’Isabelle puisqu’elle à un don si particulier. Je veux voir ces dessins, mon ami. Dit-elle en souriant ingénument.
Pour en finir avec cette indésirable colombe qui ne savait que caqueter et qui n’aimait que les nuances de blanc dans ses tenues, Isabelle remarqua qu’à cet instant précis, son ennemie se désintéressait complètement de son petit garçon qui était sans surveillance et qui frôlait l'abîme. William comprit le danger et prit la situation en main en ramenant l'enfant près de sa mère en la sermonnant. Mais Ludivine n'en avait cure. Elle se pavanait dans sa robe blanche qui se fondait dans le blanc de son toutou de salon qu’elle affichait en le tenant élégamment dans ses bras, tel un bijoux précieux. Ecœurée, Isabelle lui tendit son album en lui disant d’un air méprisant :
— Après tout, ça ne me gêne aucunement de vous montrer cet album puisque de toutes façons, il faut de la pratique, de la maîtrise de sois et un talent certain que vous n’avez pas, pour arriver à en comprendre la signification. Sauriez-vous seulement analyser où j’en suis du don que la providence m’a donné ? A part vous pavaner toute la journée avec votre Bichon Maltais sans même faire attention à votre fils, vous n’en avez aucun, même pas celui d'une mère attentive à son fils, à ce que je vois ! A n’en pas douter ! Il n' a que vous qui comptez ! Vous êtes bien le portrait de votre mère !
Ludivine accusa le coup, mais ne dit mot. Juste un sourire ironique traduisait sa vexation concernant ce que Isabelle insinuait continuellement sur elle dès qu’elle en avait l’occasion. La jeune comtesse lui avait tendu l’album brutalement. Ludivine l'avait rattraper de justesse et l’avait, tout exprès, feuilleté avec nonchalance, simplement pour l'énerver. Elle revînt plusieurs fois sur les dessins précédents et s’arrêta sur les chauves-souris.
—Oh ! Très joli ! Vous avez vu William ?
— Vous avez très bien que je les ai vu ! Quel plaisir avez vous d’appuyer sur des mots inutiles puisque vous nous espionniez depuis un certain temps déjà ! Mais laissons Isabelle travailler ! Nous ne l’avons que trop déranger.
— Oh ! Moi, très peu ! Vous peut-être mon ami, si vous étiez là depuis un certain temps...
— Encore une de vos insinuations ! Mais allez-vous cesser vos sarcasmes déguisés !
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