
— Ne pourrait-il y avoir d’autres solutions vous permettant de terminer vos études et votre éducation sans quitter Monteuroux.
— Évidemment, oui ! Bien sûr qu'il y aurait d’autres moyens ! Mais qui donc se soucie que je sois plus ou moins loin ? Il paraît que je suis, selon les dires de ma belle-mère et de la fiancée de votre frère, une très désagréable personne. Tout ce beau monde ne me supporte pas. Vous ne devez pas l’ignorer André ? L’on m’exile tout simplement parce que je suis indomptable et de ce fait, indésirable.
L’ironie perçait à travers les mots de la jeune fille. Pendant un moment, André la considéra en silence, pensif, puis il demanda :
— Ainsi, vous ne serez pas là pour le mariage de Ludivine et de William ?
Les lèvres d’Isabelle frémirent un peu avant de s’entrouvrir pour répondre froidement :
— Sans doute n’a-t-on aucun désir de me voir présente à ce mariage de peur que je ne me comporte pas comme ils aimeraient que je me conduise puisque l’on me fait partir avant. D'ailleurs, cela s’accorde fort bien avec mes sentiments. Il m’est impossible de me réjouir de voir mon cousin unir son destin à celui de la fille de ma belle-mère.
— Vous n’aimez pas Ludivine ?
— Non. Et d’ailleurs, elle et sa mère me le rendent bien comme mon père qui est à leur dévotion. Il consent même à ce que je ne sois pas auprès d’eux pour la cérémonie de peur que je leurs fasse honte… Ce qui montre bien son désir de ne pas me voir à ce mariage est que, aucune toilette en rapport avec la cérémonie n'est prévue pour ma petite personne, ce qui en dit long sur leurs intentions.
La brusque franchise d'isabelle ne parut pas choquer André. Ses paupières mi-closes, il s’enfonça un peu plus dans son fauteuil. Isabelle considérait avec sympathie ce mince visage qui ne lui était pas hostile. Bien qu’elle ne le connût que très peu, il lui semblait qu’une vie intérieure l’habitait et qu’il était dénué de méchanceté. Elle rencontra tout à coup ses yeux bleus qui ne se cachaient plus derrière ses paupières. Ce fut un jeune homme très direct qui lui posa la question brûlant ses lèvres depuis quelques minutes.
— Je suis au courant que vous ne vivez pas près de votre père. Pourquoi ?
Cette fois Isabelle s’enferma dans son mutisme coutumier lorsque quelque chose la dérangeait. André n’insista pas sur le sujet qui, clairement, embarrassait la jeune fille.
Se parlant à lui-même, André fit un constat qui ne surprit pas Isabelle :
— Je me demande si William sera heureux dans ce mariage...
Perdu dans cette vie toute intérieur, ses maigres doigts tapotaient les accoudoirs de son fauteuil. Ses yeux paraissaient perdus dans le vague. Une note d’angoisse perlait dans sa voix.
— Je ne sais quoi, chez elle... oui, quelque chose ne va pas... Quelque chose en elle sonne faux... A mon avis, elle n’est pas une femme pour mon frère... Il tient à faire plaisir à notre mère, mais j'ai bien peur qu'il ne regrette un jour ce mariage...
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