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    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Accoudée à sa fenêtre, Isabelle, pensive, respirait l’air de la nuit, ce qui, subitement, la décida à aller se promener dans le clair-obscur des chemins embaumant les odeurs particulières de la mousse des bois. Tout naturellement, elle s’était retrouvée devant cette eau semblable à un sombre miroir, et presque comme si elle avait été attirée vers l’étang : juste à l’endroit même où flottaient les beaux nénuphars blancs au cœur jaune pâle, un cri de surprise s’étouffa soudain dans la gorge de la jeune fille. Du pavillon donnant sur ce même étang, venait de sortir une femme vêtue de noir. Elle s’en allait le long de la berge à pas lents, pour s’arrêter non loin de l’endroit où se découpait, sur l’eau immobile, le feuillage stagnant des nénuphars. Isabelle ne voyait pas son visage, mais elle distinguait maintenant sa taille déviée, et la bosse qui déformait son dos. Victoria de Rubens, selon son habitude, se promenait la nuit dissimulant ses formes à la vue de quiconque s’aventurant de ce côté-ci du domaine. Son infirmité la rendait méfiante et revêche. Ici, un plus vif rayon de lune tombait à l’endroit ou elle s’était arrêtée, et son profil se découpa net, sculptural et d’une blancheur de marbre. Isabelle n’avait jamais eu l’occasion de voir sa tante, mais elle savait qu’elle était très belle de visage. Ce soir, par un pur hasard, elle avait ce privilège de pouvoir en juger pendant le court instant ou Victoria demeura là, regardant l’eau, comme figée dans cette lumière lunaire. Sans savoir qu’Isabelle l’observait, Victoria de Rubens reprit sa marche le long de la berge. La jeune fille suivit un instant des yeux la silhouette déformée qui s’éloignait. Une grande pitié pénétra son cœur pour cette femme murée dans sa souffrance et sa farouche solitude. Une orgueilleuse, une révoltée... Oui, sans doute ? Une âme malheureuse, bien certainement… La pensée d’Isabelle dévia insensiblement de sa tante, vers sa mère. Avait elle été présente dans le pavillon le jour de l’accident ? Avait-elle remarqué quelque chose d’anormal ou tout simplement, n’était-elle plus parce que déjà rentrée de sa promenade lorsque sa mère avait glissée dans l’eau ? Pendant quelques instants, Isabelle imagina l’étang mettre fin à la vie de sa chère mère.

    A ce moment, il lui sembla entendre, une longue plainte. Elle tendit l’oreille en évitant même de respirer. Son cœur battait à tout rompre. Elle épiait le moindre frémissement dans les arbres, mais tout était silencieux. Pas le moindre souffle d’air dans ce soir de fin d’été humide et encore chaud à cette heure de la nuit déjà bien commencée. Cette fois, elle perçut la plainte plus près d’elle, et le bruissement d’un tissu qui se déchirait fut bien distinct dans ce silence inquiétant puis, une voix douce prononça très clairement son prénom. Isabelle chercha d’où pouvait bien venir cette voix ? Ses yeux essayèrent de percer la nuit pourtant bien lumineuse, mais elle eut du mal à distinguer à qui appartenait la voix. Ce fut à cet instant qu’elle aperçut, comme en transparence, une silhouette vêtue d’une longue robe bleu pâle et dun châle du même ton qui semblait glisser sur le côté de son corps, découvrant, ainsi, une de ses épaules.

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