• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -93-

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    Le jeune homme avait dû céder sous la pression de tout ce monde, sans compter Ludivine qui, comédienne qu’elle était, avait dû pleurnicher pour qu’il lui redonne sa parole si brusquement reprise lord de leur dispute sur les berges de l’étang. Isabelle en conclu ce jour-là que William n’était et ne serait pas heureux avec cette peste habituée à ce qu’on lui cède tous ses caprices.

    Depuis un moment, le violon de Victoria se taisait. Devant la fraîcheur de cette belle nuit silencieuse et claire, l’âme d’Isabelle s’apaisait un peu. Comme chaque soir, elle joignit les mains et fit sa prière, les yeux tournés vers l’église dressée depuis plus d’une centaine d’année sur la plate-forme rocheuse, un peu au-dessus du village. Cher paysage familier que bientôt elle ne verrait plus. Elle s’écarta de la fenêtre d’un vif mouvement, et, prenant au passage une écharpe jetée sur le vieux fauteuil, elle se dirigea vers la porte de sa chambre, comme poussée par un je ne sais quel appel mystérieux semblant venir de l’intérieur de son être. Puisqu’elle quitterait bientôt Monteuroux, il lui fallait contenter, ce soir, un désir irréalisé jusqu’alors : elle voulait voir le parc au clair de lune où se trouvait l’étang, comme le faisait sa mère de son vivant. Sans bruit, pour ne pas éveiller l’attention d’Adélaïde, elle se glissa hors de la vieille tour. Au dehors, elle se retrouva dans une atmosphère onirique.

    Les vieux bâtiments sombres, les parterres, la terrasse avec son miroir d’eau donnaient l’impression d’un paysage fantasmagorique.

    Dans le parc, des coulées de lumière argentée se glissaient parfois entre les feuillages, éclairant la pénombre de l’allée où s’engageait Isabelle. Bien qu’elle ne fut pas peureuse, elle préférait prendre, à cette heure, le plus court chemin au lieu des petits sentiers qu’elle choisissait à son habitude. La jeune comtesse passa devant une ancienne maison forestière, au bord d’une étroite clairière où habitait depuis bien des années, Adrien le vieux jardinier.

    Le sol moussu amortissait le feutré de ses pas. Une fraîcheur humide, aux senteurs déjà automnales, venait des sous-bois touffus que la lumière nocturne n’atteignait pas. L’allée tourna, se rétrécit, et la pièce d’eau apparut, paisible, brillante, mystérieuse. Isabelle s’arrêta un moment, le cœur oppressé. Depuis qu’elle était sortie de la tour, dans le parterre, à travers le parc, et le long chemin suivi autrefois par Daphné, elle sentit une présence : comme-ci elle marchait avec le clair fantôme de sa mère à ses côtés.

    Elle n’avait pas peur. Cette douce présence la réconfortait. Ainsi, un soir comme celui-ci, Daphné avait-elle foulé le même sol.

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