• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -84-

    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34- 

    Adélie avait passé des jours heureux auprès de Daphné, sa jeune élève devenue demoiselle, puis jeune mariée. Ensuite, la brave Adélie l'avait suivi à Monteuroux comme dame de compagnie, et elle était restée sa confidente jusqu’à son accident présumé...

    Huit jours avant son départ, alors qu’elle finissait de déjeuner avec Adélaïde, Berthe : la femme de chambre de la d’Argenson, se présenta, envoyé par Mr de Rubens, qui intimait à sa fille, l’ordre de faire, ce jour même, une visite de départ à la mère de William.

    Mr le comte m’a chargée de recommander à Mlle de s’habiller convenablement, ajouta la messagère.

    Isabelle toisa celle qui lui parlait ainsi, dont sa physionomie impassible et ses yeux glacés lui étaient franchement désagréables. Isabelle lui répondit sur un ton qui se voulait bien au dessus de celui qu’avait employé la servante de sa marâtre :

    Vous direz à Mr mon père, si je puis encore l’appeler ainsi, que je n’ai nullement l’intention d’aller pieds-nus à Aiguë-blanche, et que pour cette occasion, avant mon départ, afin de laisser une bonne impression, je vais aller acheter, une jolie paire de chaussure, ainsi que des bas neufs et une robe que je ferai inscrire sur son compte car il n’a pas donné assez d’argent pour mes frais d’adieu aux personnes dont il désir que je leur face des courbettes. Vous lui direz également que je m’habillerais et me coifferais en conséquence afin de faire bonne impression. Je serais d’une amabilité surprenante pour l’occasion. Ah ! Dites-lui également, que les quelques billets donnés à Adélaïde pour mon trousseau, ne sont pas suffisant. Il comprendra.

    Berthe eut une sorte de rictus en répliquant froidement :

    Je le lui dirais, Mlle. Comptez sur moi.

    Mais, j’y compte bien ! Vous pouvez disposer !

    La servante sortit de la pièce avec un air pincé : son mécontentement était visible. Tout aussitôt Isabelle se leva de table en murmurant :

    Cette femme à des yeux affreux et sans expression ! Je déteste la regarder !

    C’est curieux : votre mère avait la même impression que vous lorsqu’elle devait lui parler dans les derniers moments de sa vie, dit Adélaïde. Votre mère évitait de la regarder, tellement ces yeux, semblables à une eau gelée, lui étaient insupportables. Cependant, elle reconnaissait que son service était irréprochable et qu’elle se montrait fort complaisante. Quinze jours avant sa mort, comme Émilie était malade, Mr de Rubens l’avait pratiquement persuadé d’accepter l’offre de Mme la vicomtesse d’Argenson qui proposait que sa femme de chambre dont elle n’avait guère utilité chez Mme de la Chamalière, vint faire le remplacement. Elle avait accepté, mais elle avait hâte de retrouver sa bonne vieille Émilie à qui elle s’était beaucoup attachée. Hélas ! Elle ne devait plus jamais la revoir !

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