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    Chapitre VII 

    Le départ d’Isabelle fut fixé aux premiers jours d’octobre. Adélaïde, avec l’aide d’Angèle, s’occupaient hâtivement de lui confectionner un modeste trousseau. Mr de Rubens avait daigné remettre quelques billets destinés à cet effet, mais pas de quoi faire des folies. Isabelle, elle-même y mettait la main. Elle était vive et très adroite en couture, ce qui lui permettait de se libérer assez vite de ses travaux d’aiguille pour passer une bonne partie de ses journées à parcourir le parc et les environs de Monteuroux. Elle tenait à graver dans sa mémoire les chers souvenirs de son enfance. Elle se promenait le long des berges ombragées et fraîches, s’asseyait au bord des ruisseaux, et si l’envie lui en prenait, elle y trempait ses jolis petits pieds. Les torrents, qui profitaient encore de la tiède lumière d’une fin d’été propice à la rêverie, l’apaisaient. Son esprit vagabondait dans les méandres de ses pensées qui inexorablement revenaient toujours se poser sur le bord de l’étang-aux-ormes où tant de choses inexplicables s’y étaient déroulées puis, le cœur serré, elle revenait vers Monteuroux en se disant: 

    Je ne verrai plus mon cher Monteuroux pour un temps. Certaines de mes amies très âgées que j’aime bien, ne seront plus là à mon retour ; mais ses habitants n’en ont pas fini avec moi. Je finirais par savoir la vérité, dû-sais-je y passer ma vie !

    Cet entretient avec l’abbé Forges l’avait conforté dans l’idée qu’Édith d'Argenson, à l’époque où elle n’était encore que vicomtesse, y était bien pour quelque chose dans la soi-disant noyade de sa chère mère. Il était nul besoin qu’on lui dise ce qu’au fond d’elle-même elle savait déjà. En se taisant, L’abbé avait donné du grain à moudre à son moulin. Son entretient n’avait pas été pour la rassurer, et elle en avait retiré beaucoup d’amertume. L’approbation de l’abbé avait donné du poids à la décision de son père : mais elle était trop révoltée pour en reconnaître le bien-fondé. Isabelle avait pourtant, jusqu’à ce jour, une confiance totale en cet esprit sacerdotal, réfléchi, pondéré, un peu froid d’apparence, mais tellement vrai dans ses propos. Il avait, jusque maintenant, su la guider dans ses choix de vie, l’inspirer, et pour toujours, la diriger avec justesse et prudence, empêchant tout débordement de sa part. Mais là, quelque chose en elle s’était comme fracturé. A cet instant, peu lui importait le secret de la confession. Ce qui lui tenait à cœur, était sa profonde conviction concernant le tragique accident de sa mère : L’abbé n’y était pour rien : il ne pouvait pas savoir ce dont elle se doutait depuis quelque temps. Pourquoi est-ce que son père lui avait caché pendant tant d’années ce tragique accident ? Isabelle partait parce qu’elle ne pouvait faire autrement. Elle s’était donc résignée, décidée à tirer le meilleur parti de cet exil forcé, enfermant son chagrin au tréfonds d’elle-même devant Adélaïde qu’elle devinait assez satisfaite de redécouvrir Verte-court.

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