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    Mon père m’a appris hier qu’il m’enverrait bientôt chez un oncle que je ne connais pas, Sir de Montégu-Meldwin qui est le frère aîné de ma chère mère disparut dans les circonstances que vous connaissez, et que je devrais y rester jusqu’à ma majorité pour parfaire mon éducation.

    Ah ! Je trouve cette initiative parfaite pour vous.

    Il n’y avait pas de surprise dans le ton de l’abbé Forges. Pas de contrariété non plus. Isabelle le sentit aussitôt. Elle eut un éclair dans ses yeux vifs et très expressifs, suivit d’une contraction des lèvres. Sans un mot, elle regardait l’abbé qui, les mains croisées sur le bois ciré du bureau, la considérait pensivement. Devant son air contrarié, il reprit :

    Ce ne peut être qu’une bonne chose pour vous mon enfant.

    Isabelle bondit de sa chaise qui se renversa.

    Vous me dites cela ! Vous, vous, monsieur l’abbé ! Vous qui savez combien j’aime Monteuroux et quel chagrin ce sera pour moi de le quitter ! Vous le pensez sincèrement ?

    Je vous le dis parce que c’est ma conviction. Il est bon pour vous, que vous changiez d’atmosphère, Isabelle. Il y a autre chose dans le monde que Monteuroux, aussi cher qu’il soit à votre cœur, mon enfant. Votre instruction doit être poussée davantage, vous devez, en outre, apprendre ce qui est nécessaire, en fait, à l’éducation d’une jeune fille de votre rang. Il n’est pas mauvais non plus, pour bien des raisons, que vous entriez en contact avec la famille de votre mère. L’abbé se tut un instant, regardant toujours le visage frémissant où la surprise, l’irritation, avaient fait monter une vive rougeur sur les joues d’Isabelle. Puis il reprit, la voix plus lente, avec un accent d’autorité qui ne souffrait pas de réplique :

    En outre, je m’inquiète de voir en vous cette... hostilité si forte à l’égard de votre belle-mère et de sa fille. Qu’elles ne vous soient pas sympathiques, soit ! Mais il y a autre chose que je devine en vous... presque de la haine.

    Isabelle tressaillit. Le sang disparut de son visage et elle regarda le prêtre avec une sorte d’effroi.

    De la haine ? Sa voix tremblait.

    Je... Oh ! Je les déteste seulement à cause de leur hypocrisie ! Vous le savez bien, Mr le curé !

    Vous le croyez peut-être. Mais je vous sens, là, sur une pente dangereuse. Vous êtes une nature loyale, vous avez horreur du mensonge et je vous en félicite. Mais ce que je ne voudrais pas voir en vous, c’est cette inimitié s’adressant personnellement à Mme de Rubens et sa fille. Hors, je crains que vous ne vous y laissiez entraîner, en toute bonne foi, évidemment. Mais il est de mon devoir de vous en avertir.

    Je ne pourrais jamais aimer une femme qui m’a éloigné de mon père, et qui ne m'a jamais témoigné aucun amour… 

    C’est du passé tout cela mon enfant. Il faut que vous arriviez à dépasser ce sentiment de colère et que vous vous tourniez vers l’avenir.

    Pas pour moi, mon père. Le passé comme le présent me hante depuis que j’ai appris...

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