• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -73-

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    Les petits yeux bleus d’Émilie, si vifs autrefois, avec leurs paupières un peu gonflées par l’âge, suivirent la mince forme vêtue de noir qui commençait de monter le chemin étroit conduisant à la petite église. Celle-ci était bâtie sur une plate-forme rocheuse où, dans les temps anciens, s’élevait à cet endroit un prieuré cisterciens. De cette époque, il ne restait que cette bâtisse et un logis voisin qui servait de presbytère. Construite au début du 13 ème siècle, elle dressait encore fièrement au-dessus du village ses belles lignes gothiques et la grâce de son clocher en flèche.

    Quand la jeune comtesse eut poussé  l'un des lourds battants de bois, elle se retrouva dans la pénombre tiède et rassurante où chuchotait le célébrant debout devant l’autel.

    Isabelle s’agenouilla sur un des prie-Dieu libre, mis son visage entre ses mains et se recueillit un instant, autant du moins, que lui permettait cette agitation intérieure qui l’avait empêché, cette nuit, de trouver le sommeil. Quand elle releva la tête, son regard erra sur l’assistance restreinte et silencieuse qui avait suivit l’office depuis le début. Elle y dénombra quelques femmes du village dont Antoinette, et sur le banc des de Rubens-Gortzinski, se trouvait André le jeune infirme, ainsi que sa sœur Catherine. Elle était donc la dernière à se présenter à la messe du matin.

    Devant l’autel, l’abbé Forges élevait entre ses mains le calice qu’une pâle flèche de lumière traversant un vitrail, faisait étinceler. Isabelle s’efforçait de fixer son attention sur le mystère divin qui s’accomplissait devant ses yeux, mais elle ne pouvait éloigner de son esprit de cette pensée qui la taraudait. Elle devait quitter son cher Monteuroux et vivre chez des parents inconnus. Pour elle, des étrangers à tout point de vue. Adélaïde disait que Sir de Montaigu était un homme droit et bon. Qui avait beaucoup aimé sa jeune sœur, mais n’avait pas approuvé son mariage avec le comte de Rubens, d’où une certaine froideur dans leurs rapports à dater de ce moment. Devenu veuf, avec un fils et une fille, il vivait presque toute l’année dans son domaine de Verte-cour : nom Français de son domaine en hommage à sa femme qui avait voulu lui garder une attache avec sa Normandie natale.

    Vous ne serez pas malheureuse chez lui, chère Isabelle. Je puis vous l’assurer. Avait ajouté Adélie.

    Pas malheureuse... Qu’en sait-elle ? Pensa Isabelle. En tout cas, ce ne saurait être pire qu’à Monteuroux, son cher Monteuroux empoisonné par des âmes diaboliques qui agissent dans l’ombre…

    Dans sa charmante petite tête, tourbillonnaient des tas de questions auxquelles elle ne trouvait pas de réponse. Il allait lui falloir s’accoutumer à une existence nouvelle et tellement différente de celle qu’elle menait ici, dans son cher Monteuroux, auprès du souvenir de sa mère et libre de ses décisions. La sauvageonne qu’elle était devenue n’aimait pas les protocoles et encore moins les nouvelles têtes qu’elle allait devoir affronter et auxquelles elle allait, malgré elle, devoir s’habituer de bonne grâce.

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