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    L’adolescente ne s'était pas départie de cet air figé d'avant l'arrivée de la nouvelle venue. Une voix derrière Ludivine, dit avec une intonation de douce raillerie :

    — Aimable compagnie, assurément… Ne peux-tu faire une autre tête, Isabelle, et quand cesseras-tu, ma pauvre enfant, de toujours choisir la plus vilaine de tes robes pour venir au salon ?

    Avec une révérence forcée, mais non moins pratiquée avec applicationaccompagnée d’un air ironique poussé à l’extrême, Isabelle persifla :

    — Je me suis habillée ainsi, jugeant que pour vous rendre mes hommages de l’après-midi, cela était bien suffisant... Mme !

    — Oh ! Comment oses-tu !

    — Cela est tout à fait convenable pour le degré de parenté inexistant entre nous, Mme ! Les ancêtres tourangeau issus de la noblesse de France de votre dernier mari qui vous permet, de par votre titre, d'accéder à une certaine aisance. Ils ont comblé, de par sa fortune personnelle conséquente, mais vos deniers ne servent aucunement à mon entretient, que je sache ! Vous devriez me remercier au lieu de me critiquer ! Qu’avez-vous à faire de ma personne pour avoir, depuis dix ans, éloigné mon père de moi. Dois-je vous rappeler que je ne suis nullement votre fille, ce qui, pour moi, serait fort préjudiciable...  Sachant très bien mettre sa belle-mère mal à l'aise, elle appuya sur un point qu'elle voulait mette en exergue sur la façon dont la d'Argenson avait manœuvré  pour conquérir son père :

    — Vous, vous êtes approprier le nom des de Rubens, ce qui n’est pas de mon goût, et ne le sera jamais. Fit Isabelle sachant très bien la réplique qui allait suivre.

    — Mais vous êtes intraitable ! Je suis votre mère ! Comment osez-vous une telle insolence ? Je vais en référer à votre père.

    — Vous êtes la mère de la comtesse Ludivine de Richemont,  votre fille que vous chérissez : pas la mienne. Peut m’importe que vous en référiez au comte mon père !

    — Comment osez-vous !

     J’ose, Mme ! Un point c’est tout.Vous n’êtes que ma belle-mère, et je ne vous permets pas de me réprimander. Il me semble que vous outrepassez vos droits sur ma personne !  Jcontinuerais donc à vous faire des courbettes et des révérences qui me servent juste à vous tourner en ridicule comme cette révérence complètement inutile de tout à l’heure... 

    Hors d'elle, la comtesse hurla :

    — Sortez de cette pièce ! Vous n’avez rien à faire ici ! Lorsque vous vous conduirez mieux, nous aviserons !

    Ludivine, détournant légèrement sa jolie tête, dit à mi-voix avec cet air de fausse indulgence :

    — Oh ! Maman, ne l'humilie pas ainsi ! C’est une de Rubens !

    — Merci pour votre soutient hypocrite accompagné de votre compassion douteuse, Ludivine ; mais je n’ait que faire de vos faux-semblants ! Je sais me défendre seule !

    Le jeune comte, stupéfait de la joute entre la comtesse de Rubens, et sa cousine, n’en revenait pas. Il restait neutre, mais n’en pensait pas moins au sujet de sa cousine germaine de seize ans qui osait tenir tête à ce qui devait représenter l’autorité pour elle... Isabelle osa continuer : 

    — Je ne me sens nullement humiliée. Par contre, votre mère, oui. Et je m’en irai que si l’envie m’en prend : pas avant. 

    L’air amusée d’Isabelle rendit la d’Argenson encore plus folle de rage. Rouge d’une colère contenue, la comtesse Édith de Rubens, sourit tout en tendant à William sa main à baiser. Il s’exécuta, pensant qu'il avait en horreur ce cérémonial. Pour lui, cela démontrait un respect feint, nullement ressentit, que l’on devait, encore à cette époque, aux dames de la noblesse, mais dont, lui-même, se serait fort bien passé. La comtesse avait, comme sa fille, une bouche dont les lèvres peu ourlées, étaient fines, et un peu trop longues. Cependant, on oubliait ce léger défaut devant la séduction de ces yeux d'un bleu-vert un peu étrange, sur lesquels tombaient de longs cils noirs. Les traits de la comtesse n'avaient rien de classique, mais ses yeux, son teint satiné, d'une blancheur laiteuse, ses cheveux de la même teinte que ceux de sa fille, suffisaient à composer une beauté, somme toute peu banale. La mère et la fille, d’une remarquable ressemblance dont elles faisaient étalage en toutes circonstance, étaient, dans la société où elles évoluaient, fières de leur appartenance à la noblesse, et fières de leur beauté qualifiée de peu commune.

    Revenant à son envie de blesser Isabelle, et ne voulant pas rester sur une cuisante humiliation vis à vis de son future beau-fils qui était loin de se douter du projet qu'elle élaborait pour sa fille. La comtesse lança sur la jeune fille un regard haineux emplie d'une Fureur toute intérieure. Elle persifla :

    — C'est elle-même qui se met à l'écart, mon enfant, par le peu de convenance qu'elle affiche pour une de Rubens en venant au salon attifé de la sorte !

    Cette fois, s’en était trop. Les lèvres d'Isabelle s'entrouvrirent tout juste pour laisser fuser les quelques mots cinglants avec cet air de dédain qu'elle savait afficher, et qui accompagnaient souvent les paroles qui sortaient de sa jolie bouche pulpeuse, mais encore enfantine. Telle un coq de combat, la jeune comtesse répliqua : 

    —Vous vous faite un malin plaisir à m’humilier, mais vous devez bien penser, Mme, que je sais mieux que vous ce qui est indigne d'une de Rubens ! Réfléchissez à la question… vous devriez trouver sans peine la réponse.

    Là-dessus elle tourna les talons et quitta le salon la tête haute, sans un regard pour le petit groupe qui se tenait là, sans voix devant son aplomb.

    Longeant la marche de marbre qui s'étendait tout le long de la façade, Isabelle atteignit l'extrémité de ce corps de logis que l'on appelait le château neuf, parce qu'il se distinguait nettement de château vieux que l’on ne pouvait plus entretenir faute de moyens conséquents pour des travaux de rénovation.

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