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    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Chapitre XIV

    William entra dans la chambre qui était celle de la première châtelaine de Monteuroux. Il s’arrêta à quelques pas du lit laqué garni d’une claire soierie brodée, sur lequel reposait Ludivine… morte. Peu avant de tomber à l’eau, elle avait fait un copieux goûter, et la congestion l’avait saisie aussitôt.

    Elle semblait être l’innocence personnifié endormie. Sa bouche avait ce sourire ingénu qui lui était habituel. Le reflet des bougies allumées sur une petite table voisine illuminaient le visage couleur d’ivoire qui semblait parfois se colorer furtivement. William, tourna un peu la tête, vers le petit lit sur lequel était étendu le corps sans vie de son fils. On avait fini par le retrouver au matin, au milieu des nénuphars, curieusement au même endroit où avait été retrouvé la comtesse Daphné. Un léger voile blanc couvrait le petit visage aux boucles soyeuses, que le séjour dans l’eau avait altéré. Non loin de William, quelqu’un bougea. Il aperçut alors Berthe, la femme de chambre d’Édith qui avait également été la nurse de Ludivine. Elle venait de se lever du fauteuil où elle semblait en prière, elle fit un pas vers le jeune comte.

    Comment est-ce arrivé demanda-t-il à mi-voix ?

    Personne ne connaît encore les détails. Je sais seulement que c’est au cours d’une promenade en barque...

    Berthe parlait d’une voix rauque, qui semblait lui déchirer la gorge. Ses yeux toujours aussi glacés, que William avait toujours trouvé désagréables à regarder, avaient une expression un peu hagarde.

    Il n’y a que Mlle Isabelle qui pourrait vous donner des explications, mais elle est malade depuis l’accident, et l’on n’a pu encore l’interroger.

    On m’a dit que l’aide-jardinier était accouru aux cris de ma cousine ?

    Oui, mais il n’a pas vu comment avait eu lieu l’accident.

    Il y avait quelque chose d’intrigant dans la voix de Berthe, qui éveilla l’attention de William. A ce moment, il remarqua mieux la figure ruinée par les larmes de la femme de chambre. Il savait par Ludivine, que cette femme avait une affection sans borne plus que fanatique pour sa maîtresse, et pour sa fille. Cette mort devait la bouleverser profondément. Se détournant, William pris le goupillon posé sur la table et jeta de l’eau bénite sur la jeune morte. Gracieuse parmi les roses qui ornaient sa couche, Ludivine n’éveillait aucune émotion en lui. De son vivant, il avait dû faire appel à toutes ses forces spirituelles pour combattre les sentiments qu’elle lui inspirait, et qui ressemblait, si fort parfois, à de la haine. Oui, il avait haï sa fausseté, sa perfidie, sa méchanceté. Maintenant, Ludivine avait dû paraître devant la justice divine et elle commençait de n’être, pour lui, qu’un mauvais souvenir.

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