• Le mystère de l'étang-aux-ormes. page -173-

     Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Ma pauvre mère partie en pleine jeunesse ! J’étais petite, mais j’ai grandis depuis, et j’ai appris que le soir de l’accident, vous n’étiez pas, comme à l’accoutumé, avec elle ! Pour quelle raison n'étiez-vous pas là ?! Son accident vous paraît t-il si normal qu’elle ait voulu cueillir ces fleurs en pleine nuit, sans votre présence, sans même prendre de précautions alors qu’elle n’y allait jamais sans se servir de la vieille barque, et principalement le jour… Cela ne vous trouble t-il pas ? Ne trouvez-vous pas que c’est très intriguant que l’on croît à un banal accident ? Ne vous sentez-vous pas coupable de ne pas avoir accompagné maman ce soir-là ? Je vous le dis ! Votre responsabilité est engagée dans cet accident tragique ! Que vous l'acceptiez... ou pas, vous êtes responsable de sa mort ! 

    Isabelle parlait avec une ardeur concentrée dans sa voix devenue un peu âpre. Elle entendait, près d'elle, la respiration précipitée de son père. Après un court silence, Mr de Rubens murmura :

    — Que dis-tu ? Pourquoi me dire ces choses ? Pourquoi me rends-tu responsable de l’accident de ta mère ?

    — C’est mon point de vue et je n'en changerai pas !

    Isabelle eut un rire bas, douloureux et rageur :

    — Et vous osez me demander la raison pour laquelle je vous soupçonne... à moi qui suis censée n’être au courant de rien ?! Oh ! Épargnez-moi cette feinte ! Vous savez très bien de quoi je parle ! J’ai eu pendant toutes ces années de solitude, le loisir d’apprendre beaucoup de choses sur votre compte et celui de votre deuxième femme ! Bonsoir.

    Elle s'écarta brusquement de la face de son père, et sa forme blanche contourna les colonnades pour disparaître derrière le petit temple d'amour. Mr de Rubens resta un moment immobile, abasourdit par les soupçons  le concernant, et dont sa fille venait de parler ouvertement sur ce qu’elle lui reprochait.

    De la Musique parvenaient jusqu'à lui. Là-bas, on dansait, on s'amusait... mais le comte, dans cette pesante atmosphère d'orage, se sentait alourdi, abattu. Tout son être, moral et physique, venait d’en prendre un coup. Il fit quelques pas, appuya, à son tour, ses mains contre la balustrade, et demeura là, face à la nuit, perdu dans ses pensées, enveloppé de remords et de regrets. Sa poitrine était oppressée. Il revoyait en pensée la blonde Daphné qu'il avait tant aimé et abandonné sans scrupules, la laissant à son triste sort, n'ayant pas la moindre intuition qu'elle pouvait disparaître dans cet étang maudit ? Il se savait responsable d’avoir eu l'aplomb de refusé à sa femme de l’accompagner, par cette belle nuit d'été, à leur promenade habituelle que venait d'évoquer sa fille, ardente et fière, prompte à la défense, à la riposte, et qui se faisait en ce jour néfaste, accusatrice.

    Depuis toutes ces années, cette faute le torturait secrètement, sans que sa deuxième femme ne s’en rende compte. Il prétextait une santé fragile, ce qui n’était pas faux, surtout ces dernier mois. De retour d’Angleterre, sa fille n’arrangeait guère son état. Il était rongé par l’irresponsabilité de son geste en laissant aller seule sa femme se promener sur les berges de l’étang-aux-ormes.

    Sa fille d’une clairvoyance intuitive, ne le tranquillisait pas. Elle était d’une franchise prompte à la répartie, ne laissant aucunement la place au mensonge ou à la dissimulation. 

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