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     Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Quel étrange accent avait pris sa voix ! Et ce ton d’insouciance affecté... Isabelle cessa de sourire. Un frisson la parcourut suivit d’une inquiétude dont le mystère se faisant de plus en plus précis, venait de planer sur son âme. 

    Elle craignait que William ne s'aperçoive de son trouble et pour donner le change, elle s'excusa de se trouver au même endroit que lui :

    — Je venais chercher un peu d’air dans ce lieu toujours ombragé, et je crois que c’est bien utile ce soir, car dans les salons, l’air est irrespirable avec cette chaleur étouffante dû à tout ce monde et surtout aux hommes qui fument leur cigare ou leur pipe et puis, le bavardage de ce peintre qui ne voulait plus me lâcher ! Je n'en pouvais vraiment plus ! Du coup, je me retrouve avec une affreuse migraine. Le plus raisonnable serait que j’aille me coucher.

     

    — Certainement. Je vais en faire autant. Bonsoir Isabelle.

    Elle lui tendit sa main brûlante, moins encore peut-être que celle qui la serra d’une brusque étreinte.

    — Bonsoir William. Vous voudrez bien dire à Juliette, lorsque vous la verrez, que j’ai dû me retirer plus tôt, me sentant souffrante.

    — Ce sera fait. Mais qu’avez-vous, Isabelle ? Votre voix n’est plus la même.

    Il pencha son visage vers le siens pour tâcher d’apercevoir ses yeux si expressifs au milieu de cette pénombre.

    — Vous souffrez, dites-vous ?

    — J’ai éprouvé une vive émotion très pénible en entendant confirmer par Adélie ce que je soupçonnais déjà depuis longtemps.

    —  Que soupçonniez-vous  ?

    — Que maman a souffert par la faute de mon père et de sa maîtresse qui est aujourd'hui... notre belle-mère.

    William dit à mi-voix, avec une douceur compatissante :

    — Pauvre Isabelle !

    — Vous le saviez, William ?

    — Je n'étais pas au courant de l'adultère de votre père.

    — Ma mère m’avait vaguement parlé de votre mère,  de son air triste, mais sans en connaître la raison. Elle aimait beaucoup votre mère, et tout d’abord, tint quelque rigueur à la nouvelle comtesse de Rubens de s'être faite épousée sans attendre la fin du deuil de votre père ; mais elle se laissa prendre ensuite par cette habile et astucieuse femme... malheureusement, j’ai été assez fou pour en faire autant, acheva-t-il entre ses dents.

    — J’étais la seule à y voir clair, dit pensivement Isabelle. Je ne mis guère de temps à deviner son petit jeu machiavéliques. Que je me sois rendue compte si jeune de quelque chose concernant le comportements de la mère et de la fille, m'a toujours étonné. Quelque part dans mon inconscient, j'ai sentis un inconfort à les fréquenter. Je n'arrivais pas à leurs faire confiance... ni la d’Argensonni votre femme, à l'époque encore très jeune, ne me l’aurait jamais pardonné, si je leurs avais donné matière à soupçonner que je les avais percé à jour. Je suspecte bien des horreurs concernant la d'Argenson, que je ne peux pas encore vous dévoiler  ni prouver ; mais croyez-moi, l'affaire est très grave et concerne l'accident de maman qui est aussi... votre tante ! 

    — Cela est-il si grave, douce Isabelle ?

    — Oui, mon ami. Seulement, je n'ai pas encore de preuves. Oh, William !  Si vous saviez ?

    — Vous m'inquiétez... un jour, vous m'informerez de ce que vous avez découvert lorsque cela vous sera possible, ma cousine ?

    — Je vous confirais ce que je sais lorsque vous ne serez plus en danger... ainsi que moi-même. 

    Chère Isabelle ! Vous êtes une âme trop droite, trop pure pour que la perfidie ne s’acharne pas contre vous. J’aimerais mieux vous savoir loin de notre belle-mère et de sa fille. Isabelle leva les épaules et conclu :

    —  Je ne crains rien tant qu'elles ne savent pas ce que j'ai découvert et dont je me doutais depuis mes seize ans.  J'attendrais l'instant propice afin de me protéger le plus possible de leurs attaques. Pour l'heure, que peuvent-elles me faire, vu le temps qu'il reste à séjourner à Monteuroux ? 

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