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     Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Ça me fera le plus grand bien. J’ai un mal de tête que l’air frais de la nuit pourra certainement calmer.

    Il s’écarta de la porte et s’éloigna, suivit de Ludivine qui, décidément, ne se décollait pas de lui.

    Isabelle n’écoutait plus le peintre que d’une oreille distraite. Au bout de quelques instants, elle se leva en s'excusant, par politesse, aupré de son cavalier qui l'ennuyait au plus haut point. S'en se préoccuper le moins du monde de sa réaction, elle lui tourna le dos et s'en alla retrouver son amie Juliette. Ne voulant guère lâcher ce qu'il croyait être sa proie, l’Autrichien l’accompagna jusqu’au salon où sa jeune amie bavardait gaiement au milieu d’un groupe de jeunes qui s'amusaient et riaient de tout et n'importe quoi. Voyant qu'il n'arriverait pas à attirer son attention, l'Autrichien prit congé d'Isabelle qui s'asseya près d’elle et lui demanda discrètement :

    — William est parti ?

    — Oui. Il m’a dit qu’il ne s’attarderait pas et retournerait à pied chez nous puisqu’il ne veut pas danser, et que cette soirée ne représente pour lui qu’une corvée. Il a fait une apparition, c’est tout ce que l’on peut attendre de William.

    — Évidemment... d'ailleurs, j’ai bien envie de l’imiter puisque je ne suis pas non plus ici pour mon plaisir. Et puis, je ne se sent pas bien.

    Le cœur étreint par un malaise dont elle connaissait la source, elle regarda du côté de son père. A l’autre extrémité du salon, Édith était entourée d’une petite cour à sa dévotion. Sa robe en lamé argenté, mettait en valeur sa carnation de brune. Elle portait un admirable collier de topazes bleues, qui était depuis deux siècles dans la famille des de Rubens, et qui agrémentait agréablement son cou d’un galbe encore parfait pour son âge. Ce bijoux avait échappé par miracle à une vente afin de régler des factures en retard. L’étroit bandeau de diamants glissé entre les ondulations de ses cheveux, était un cadeau d'un de ses anciens maris. Il composaient un ensemble savamment étudié. Elle aimait faire valoir sa beauté ! Frisant ses quarante-cinq ans que les effets du temps ne semblaient pas avoir offensé, la d’Argenson rayonnait, se sentant la reine de la soirée. On ne pouvait le nier. Son éclat et sa jeunesse apparente, pour ceux qui aimaient ce genre de beauté, semblait encore intacte. Bien des femmes de l’assemblée auraient aimé lui ressembler, et cela faisait sa fierté. A ses côtés se trouvait son père très élégant dans son smoking, portant haut le titre des de Rubens, mais qui, pourtant, n’arrivait pas à lui faire de l’ombre. Il était, en quelque sorte, le cher époux de Mme la comtesse, et il avait l’air de sérieusement s’ennuyer. Isabelle l’observait à la dérobée, se disant qu’il ne donnait pas l’impression d’être très à son aise au milieu de tout ce monde, pas plus qu’il n’affichait un évident plaisir à suivre sa femme et faire bonne figure devant toutes ces personnes dont il ne devait pas en connaître le quart. Isabelle savait son père fatigué, et cette fête ne devait pas lui faciliter le repos qu’une cure nécessite après chaque séjour. Une tempête s’éleva en son cœur. Sa belle-mère avait éclipsé sa mère dans le cœur de son père et avait prit sa place, aucunement gênée d'avoir détruit le couple que formaient ses parents. Isabelle était sûr que cette harpie devait être pour quelque chose dans la tragique disparition de sa mère, et cette idée la hantait. C’était trop insoutenable de la voir là, triomphante, admirée de toute cette frivole assemblée, heureuse et satisfaite d’être une de Rubens.

     

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