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     Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Ne trouvez-vous pas que c’est très troublant que l’on croît à un banal accident, et ne vous sentez-vous pas coupable de ne pas avoir accompagné maman ce soir-là ?

    Isabelle parlait avec une ardeur concentrée dans la voix, un peu âpre. Elle entendait près d'elle la respiration précipitée de son père. Après un court silence, Mr de Rubens murmura :

    Que dis-tu ? Pourquoi me dire ces choses ? Me rends-tu responsable de l’accident de ta mère ?

    En quelque sorte… OUI ! C’est mon point de vue !

    Isabelle eut un rire bas, douloureux :

    Et vous osez me demander la raison, à moi qui suis censée n’être au courant de rien ? Oh ! Épargnez-moi cette feinte ! Vous savez très bien de quoi je parle ! J’ai eu pendant toutes ces années de solitude, le loisir d’apprendre beaucoup de choses sur votre compte ! Bonsoir.

    Elle s'écarta brusquement de la face de son père, et sa forme blanche contourna les colonnades, pour disparaître derrière le petit temple d'amour. Mr de Rubens resta un moment immobile, abasourdit par les soupçons dont sa fille venait de parler ouvertement sur ce qu’elle lui reprochait.

    De la Musique parvenaient jusqu'à lui. Là-bas, on dansait, on s'amusait... et le comte, dans la pesante atmosphère d'orage, se sentait alourdi, abattu. Tout son être, moral et physique, venait d’en prendre un coup. Il fit quelques pas, appuya, à son tour, ses mains contre la balustrade et demeura là, face à la nuit, perdu dans ses pensées, enveloppé de remords et de regrets. Sa poitrine était oppressée. Il revoyait en pensée la blonde Daphné qu'il avait tant aimé. Il se savait responsable d’avoir refusé d’accompagner sa femme que venait d'évoquer sa fille, ardente et fière, prompte à la riposte, à la défense, et qui se faisait accusatrice.

    Depuis toutes ces années, cette faute le torturait secrètement sans que sa deuxième femme ne s’en rende compte. Il prétextait une santé fragile : ce qui n’était pas faux, surtout ces dernier mois. De retour d’Angleterre, sa fille n’arrangeait guère son état. Il était rongé par l’irresponsabilité de son geste en laissant aller seule sa femme se promener seule sur les berges de l’étang.

    Sa fille d’une clairvoyance intuitive, ne le tranquillisait pas : elle était d’une franchise, prompte à la répartie, ne laissant aucunement la place au mensonge ou à la dissimulation… Isabelle avait tant de charme, un regard si franc et si merveilleux en même temps… Il soupira et courba les épaules en songeant : mais que veut-elle que je lui avoue ? Que veut-elle me faire dire ? Pour quelle raison soupçonne-t-elle autre chose que ce qu’il s’est réellement passé, à part mon absence aupré de sa mère, ce qui aurait, assurément, évité l’accident... de cela, je suis fautif, mais je ne puis lui avouer ce dont je ne suis pas responsable ! Y à-t-il quelque chose qu’elle soupçonnerait et dont je ne serais pas au courant ? Cette Isabelle vers laquelle il venait tout à l'heure, pénétré du soupçon versé en son esprit par Édith et Ludivine, n’était qu’ imagination de femmes, sans doute, jalousie de Ludivine, que son mari délaissait puisqu’elle refusait la vie de couple, ce qui devait être le but d’un mariage... même arrangé.

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