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    Son père, pensif, venait de peut-être se rendre compte de la futilité de cette vie trépidante qu’il menait avec sa deuxième femme au lieu de se reposer auprès de sa première épouse si elle avait encore été de ce monde. Son père n’avait guère une vie saine avec cette maudite femme.

    Pendant que Isabelle était plongée dans ses tristes pensées, un danseur vint inviter Juliette et un autre proposa à la jeune comtesse de danser. Isabelle, prétextant une migraine et une fatigue subite, s’éclipsa en passant par le petit salon pour sortir prendre l'air. Par une des portes vitrées qui donnaient sur la terrasse, des invités se promenaient dans le parterre où se formaient des groupes et où l’on causait en fumant. Quelques lampes aux verres de couleurs répandaient une discrète lumière. Ludivine, silhouette claire au bord de la terrasse, gloussait, entourée d’un groupe de jeunes femmes jacassantes, et de jeunes hommes à sa dévotion.

    Isabelle se glissa dans la pénombre, le long de la charmille qui bordait le parterre inférieur. Elle sentait dans tout son être comme une grande confusion, et une fatigue inaccoutumée. Fallait-il l’attribuer à cette chaleur étouffante ? La lourdeur de l’air l’empêchait de respirer correctement. Son souffle était court. L’orage n’était pas loin. Ne ferait-elle pas mieux de regagner la vieille tour au plus vite ? Cette atmosphère moite ne dissipait pas son malaise.

    Elle avançait d’un pas hésitant, le long du petit miroir d’eau où se reflétait la lumière voilée d’une lampe à la lumière orangée. Elle se dirigea vers la statue du jeune cupidon potelé et son carquois chargé de flèches.

    Isabelle contourna la petite colonnade de marbre rose et s’avança vers la balustrade qui terminait le parterre ou elle retrouva un peu de souffle. Mais quelqu’un s’y trouvait déjà. Un homme se tenait debout, les bras croisés, face à la campagne qui s’étalait dans la nuit.

    Il se détourna, eut une légère exclamation en apercevant Isabelle qui s’était immobilisée. Pour se donner une contenance, elle osa ces quelques mots :

    Ah ! C’est vous, William ! J’ai eu peur en apercevant une hombre masculine sans réussir à distinguer qui ce pouvait être la personne. J’étais prête à m’en retourner...

    Sa voix avait une intonation d’allégresse.

    Vous en avez eu assez comme moi ? Fît le jeune comte.

    Elle s’approcha de lui, un sourire détendant ses lèvres qui, l’instant d’avant, étaient crispées par cette mystérieuse angoisse qui l’étreignait.

    Ah ! Tout à fait assez ! Je l’ai dit à Juliette, et j’ai filé à l’Anglaise.

    Je comptais descendre par le sentier, mais il m’a pris l’idée de venir ici...

    Quel étrange accent avait pris sa voix ! Et ce ton d’insouciance affecté... Isabelle cessa de sourire. Un frisson la parcourut suivit d’une inquiétude, dont le mystère se faisant de plus en plus précis, venait, tel un coup d’aile, de passer sur son âme.

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