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    Elle passait par le sentier de la poterne qui, depuis bien longtemps, demeurait ouverte car l'on ignorait ce que la clef était devenue. Parfois William venait chercher sa sœur en voiture, et en profitait pour prendre le thé avec les deux amies dans la tour, ou bien dans le parterre. C'est alors que son visage assombrit par des tracas inavoués, retrouvait toute sa gaîté. Il aimait s’attarder une heure ou deux pour causer avec sa sœur, admirer les dessins ainsi les aquarelles d’Isabelle qu'il qualifiait d'admirables. Ils avaient, d’un accord tacite, renoncé aux promenades à cheval, car Ludivine aurait voulu être de la partie. Or, disait Juliette : 

    — C’est une chose bien suffisante que de l’avoir toujours dans nos jambes lors de nos distractions, et dans la maison telle une chatte qui ronronne à longueur de temps, faisant mine d’être prête à offrir son aide et finalement, faire en sorte de ne s’occuper que de sa petite personne !

    Parfois, la jeune comtesse venait à Monteuroux et passait l’après-midi avec son fils dans le parc. Isabelle, jusqu’alors, avait toujours évité de la rencontrer. Elle s’était réjouie de se trouver au village un jour où Ludivine était montée au premier étage de la vieille tour. Mais elle songeait en soupirant que bientôt la jeune femme passerait une grande partie de son temps à château neuf, dès l’arrivée de sa mère et de son beau-pèreDe plus, il était prévu que Mr et Mme de Rubens donneraient une grande fête ou les invités logeraient à Monteuroux. Château neuf était propice aux réceptions, ce qui ferait disparaître, pour un temps, la tristesse des lieux. Isabelle aimait le calme et la solitude des jardins et du parc. La paix et la tranquillité seraient donc troublées pendant deux ou trois semaines avant que son père et sa belle-mère ne s’en aillent à La Baule.

    —  Pendant les festivités,vous viendrez plus souvent chez nous. Lui disait son amie Juliette.

    — Le plus souvent possible. Ajoutait William avec un sourire qui en disait long sur ce qu’il en pensait de ces fêtes et invitations dont il n’avait que faire.

    Pour ce qui leurs restaient de temps sans être importunées par des obligations mondaines, les deux jeunes amies savouraient le calme des promenades dans la verte campagne. Sachant très bien jouée de l’orgue, Juliette faisait un détour par la petite église pour demander la permission d'emprunter l’imposant instrument à l’abbé Forges afin de faire écouter à son amie, certaines œuvres dont elle savait lire la partition.

    Il était très imposant cet orgue qui trônait sur toute la largeur dur mur de l’église, juste au dessus de la grande porte à double battants, qu’un balcon en bois de chêne surplombait. 

    Pendant une petite heure, Juliette jouait. Elle semblais toute petite, assise au pieds de cet orgue magnifique. Pensivement, Isabelle écoutait les sons qui sortaient de l’instrument imposant. Juliette était une vraie virtuose et ne pouvait quitter l’église sans avoir joué La Toccata et Fugue en ré Mineur de Jean Sébastien Bach. Isabelle était subjuguée par la profondeur de cette œuvre qui la pénétrait au plus profond de son âme.

    Lorsque son amie eut terminé, après quelques minutes de recueillement, elles allèrent voir la mère de l’abbé qui n’était plus très jeune non plus, mais qui les accueillit avec amabilité et un plaisir non dissimulé. Elle bavarda avec les deux jeunes filles pendant prés de trois quart d’heure. Ensuite, Isabelle et Juliette s’en allèrent rendre visite à Émilie Granchette. Il leurs restaient une bonne demi-heure à papoter avec la vieille servante, puis elles remontèrent ensemble à Monteuroux.

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