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    Oui, Ludivine me l’a dit. Mais quand un aimable prétendant lui sera présenté, elle changera peut-être d’avis.

    Elle continuait de parler et de sourire, en attachant sur la jeune fille ces étranges yeux gris-vert dont le jeu habile de ses longs cils noir savait si bien augmenter la séduction, tout en cachant sa fausseté. Comme elle était encore jeune, son teint était parfait : sans une ride qu’aucun fard ne cherchait à dissimuler !

    Certainement non, dit Isabelle d’un ton net.

    Célibataire alors ? La dernière des de Rubens ?

    Des de Rubens de cette branche, oui, car par ailleurs, il y a William.

    William et puis Thierry. Il est gentil notre Thierry, qu’en dites-vous ?

    Il ressemble à sa mère.

    La voix d’Isabelle se faisait mordante, presque involontairement. Comme naguère, elle devenait semblable à un jeune coq de combat devant cette femme dont elle sentait la sournoise volonté de malveillance sous la douceur menteuse de son sourire et de sa voix.

    Oui, et c’est pourquoi il est si charmant, dit Mr de Rubens acquit aux idées de sa femme.

    Mais il paraît que son père veut le conserver avec lui à Aïgue-blanche, comme Ludivine nous l’a appris hier.

    C’est inconcevable ! fit la d’Argenson. Il ne peut décemment pas prétendre obliger une jeune femme comme elle à vivre toute l’année à la campagne !

    Alors, pourquoi ce mariage qui ne rime à rien ? Ne put s’empêcher de lancer Isabelle.

    La comtesse accusa le coup et ne sut que répondre à cette question frondeuse. Sans en tenir compte, elle passa sur l’interrogation qu’avait posé la jeune comtesse, en s’adressant directement à son mari.

    Il ne peut l’y obliger, mon ami. Tout d’abord parce que Ludivine ne le laissera pas faire. Il lui suffirait de vouloir garder Thierry qu’il veut avoir sous sa coupe pour l’élever à son idée ! Mais cela ne se passera pas ainsi ! Nous ne lui laisserons certainement pas notre enfant chéri.

    Cependant, légalement, il a le droit... répondit le comte. Ludivine ne veut pas vivre près de lui sous prétexte qu’elle n’aime pas rester à la campagne parce qu’elle s’y ennuie. Ce mariage, à proprement dit, est une mascarade au regard de la loi. L’enfant à besoin de ses deux parents pour se construire.

    Comme moi j’aurais eu besoin des miens... pensa Isabelle.

    William peut faire valoir également la santé fragile de son fils et argumenter sur l’air de Paris qui n’est pas bon pour ses jeunes poumons. La d’Argenson secoua la tête, très déterminée à ne pas laisser gagner son beau-fils.

    Nous trouverons bien un moyen de tourner la difficulté.

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