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    J’avais compris leur jeu depuis bien longtemps concernant mon père, votre mère qui ne voyait que par la mère de Ludivine... et vous…

    La jeune fille promenait ses doigts un peu tremblants entre les feuilles de son album. Dans la voix et le regard de William, se devinait une âpre souffrance qui pénétrait jusque dans son propre cœur où une sourde douleur qu’elle ne devait pas dévoiler au jeune homme sans trahir les sentiments qu’elle éprouvait pour lui, et qui se faisaient de plus en plus forts la troublait plus qu’elle ne le voulait. Hésitante, ne sachant si elle devait toucher à cette profonde blessure qu’elle devinait en lui, Isabelle murmura :

    Pourquoi avez-vous fait cela ? Oh ! William ! Je n’ai jamais compris ! Vous... et elle !

    Il dit brusquement :

    Vous m’avez blâmé ? méprisé, peut-être ?

    Ils se regardaient, les yeux dans les yeux. Leurs lèvres presque à se toucher, leur visage reflétant un amour contenu et interdit.

    Elle répondit avec douceur :

    William, pardonnez-moi : j’ai eu tort de croire que vous faisiez ce mariage par intérêt.

    Mais depuis mon retour ici, j’ai été complètement détrompé sur ce point.

    Alors, pourquoi l’ai-je épousé, d’après-vous ?

    Sa voix était brusque, haletante, presque violente.

    Parce que vous l’aimiez à ce moment-là. Répondit Isabelle.

    Une sorte de rire s’étrangla dans la gorge du jeune homme.

    L’aimer, moi ? Non, certes !

    Alors, on vous y a forcé ? Vous avez fais un mariage de raison ?

    En quelque sorte : j’avais vingt-deux ans, mon cœur était inexpérimenté au choses de l’amour, et je me suis laissé persuader par ma mère de faire ce mariage de raison. Au premier abord, Ludivine ne me déplaisait pas, je pensais n’avoir aucune peine à être pour elle un bon mari. Cependant, peu de temps avant notre union, j’ai eu comme l’intuition que je me trompais sur cette nature. Je ne l’ai vraiment connue qu’un peu plus tard. Ma femme est un abîme de fausseté, Isabelle.

    Oui. Je le sais depuis toujours, William. Elle est telle que sa mère l’a éduquée. C’est pour toutes ces raisons que je ne peux souffrir la subtilité de son langage déguisé. J’ai beaucoup de mal à me contrôler en sa présence. Alors que je n’étais qu’une adolescente ayant déjà tout compris à leurs jeux de séduction, j’avais énormément de mal à garder mon calme en leur présence pour ne pas répliquer autant que j’aurais voulu le faire.

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