• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -130-

    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-  

    Tout le corps de Victoria sembla se raidir. Isabelle s’en aperçu et insista avec douceur ; mais sa tante refusa net l’affection de sa nièce :

    Je ne veux l’affection de personne !

    Ces mots furent jetés comme un cri de désespoir, qui fit tressaillir Isabelle.

    Ma tante, pourquoi ? Je serais si heureuse que vous m’aimiez un peu et que vous me permettiez de vous aimer !

    Serait-il possible que tu m’aimes, moi ? Tu voudrais m’aimer ? Est-ce que l’on peut aimer un monstre ?

    Sa voix sombrait dans un long sanglot rauque. Ses yeux brûlants de fièvre considérèrent un instant le doux visage ému, et stupéfait de sa nièce, lui lançant sa souffrance avec la force du désespoir :

    Va-t’en, ma fille, va... Laisse cette malheureuse à son tourment, tu ne peux rien pour elle.

    Isabelle, décontenancée par tant de rage contenue dans cet ordre qui ne souffrait aucune réplique, osa quand même lui offrir une aide compatissante avant de s’éloigner du pavillon :

    Eh bien ! Je pars ma tante ; Mais si jamais vous souhaitez me voir, n’oubliez pas que je viendrai à votre premier appel.

    Laisse la solitaire à son destin. Va vers la vie, toi qui est jeune et belle, et qui porte en toi un peu de moi puisque tu as un visage qui ne peut nier sa ressemblance avec le mien. Je suis ta tante, et par cette filiation, à travers toi, je vivrais cette vie qui m’a été refusée.

    La voix se brisait de nouveau. D’un geste tremblant, Victoria ramena sur ses cheveux encore blond, son voile de dentelle noir qui avait glissé.

    Et n’oublie pas ceci : prends garde à ta belle-mère, Isabelle... Prends bien garde ! Elle est capable de tout ! Ne lui laisse pas le moyen de trouver une faille en toi qui pourrait lui permettre de te détruire ! Elle est dangereuse et ne t’aime pas comme elle n’aimait pas ta mère ! Sois méfiante !Victoria se détourna, franchi le seuil du pavillon, cette fois opposé à la berge de l’étang, et parut reprendre sa contemplation qu’avait interrompu Isabelle. La jeune comtesse, toute retournée d’avoir pu, enfin, rencontrer sa tante, s’en alla en oubliant le sac qu’elle était venue chercher. Quel ton étrange avait-elle employé pour lui donner ce dernier avertissement concernant sa belle-mère. Isabelle ne pouvait pas s’empêcher de faire le rapprochement avec sa mère qui lui avait fait part de l’air sensiblement malsain que l’on respirait à Monteuroux avant sa mort. Depuis le remariage de son père avec cette d'Argenson, le mal était toujours là… Pourtant, quel mal pouvait-elle encore lui faire, cette d’Argenson qui, déjà, avait écarté d’elle son père et tenté de la rendre odieuse aux yeux des habitants d’Aïgue-blanche ? Et comment Victoria pouvait-elle bien la connaître, elle qui s’était déjà enfermée dans son mutisme, cloîtrée volontairement dans la vieille tour au moment où Édith d'Argenson était entrée en relation avec les châtelains de Monteuroux ?

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