• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -129-

    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    C’était bien Victoria de Rubens : elle était vêtue d’une ample robe de satin noir qui la dissimulait jusqu’aux pieds, mais ne pouvait complètement cacher la déformation de son corps qui l’interpellait.

    Sa voix était légèrement rauque, comme celle d’une personne peu habituée à parler. Isabelle se sentait dévisagée, épiée, mise à nue avec une brutalité déconcertante.

    Oui, ma tante.

    Approche-toi, que je te vois mieux.

    Isabelle obéit. Victoria lui saisit la main, l’attira près de la porte, dans la pleine clarté de la lune.

    Antoinette avait raison. Tu me ressembles étrangement, dit-elle. On ne peut pas nier que tu sois ma nièce ! Isabelle la considérait avec une compatissante curiosité. Ces traits amaigris étaient encore beaux, mais les rares attraits de son visage se trouvaient dans ses yeux brûlants d’un feu intérieur, animés d’une vie ardente qui, de nouveau, scrutaient Isabelle.

    Que venais-tu faire ici ?

    Chercher mon sac à ouvrage que j’avais oublié cet après-midi. Veuillez bien excuser mon intrusion dans votre intimité, ma tante, J’ai troublé votre solitude.

    Pourquoi choisir cette heure ? Ton sac, tu l’aurais aussi bien retrouvé demain matin. Qu’est-ce qui t’attire ici ?

    Principalement le plaisir de revoir l’étang au clair de lune, où ma chère mère s’en est allée...

    Ah ! Toi aussi tu aimes cet étang ?

    Il sembla à Isabelle qu’une note se fêlait dans la voix de Victoria.

    Ne te laisses pas aller à ces rêveries, mon enfant. Ce n’est pas bon pour toi. Victoria se détourna vers l’intérieur de la pièce et son visage devint moins distinct pour Isabelle. Sa tante semblait respirer avec difficulté. Isabelle, après une courte hésitation, dit résolument :

    Antoinette m’a appris que vous refusiez de me recevoir, ma tante. Cependant, j’aurais été si heureuse...

    Heureuse ? Heureuse de connaître une réprouvée comme moi ?

    Une sorte de rire douloureux soulevait sa poitrine.

    Vous n’êtes pas une réprouvée, ma tante ! Vous êtes seule comme je l’ai été si longtemps à la mort de maman. J’ai souffert de cette solitude. J’étais bien jeune alors, et l’on m’a, moi aussi, en quelques sortes, relégué aux oubliettes. J’aurais aimé vous connaître à cette époque et avoir votre affection comme je vous aurais donné la mienne. Nous aurions pu nous découvrir, nous apprivoiser, et vous m’auriez communiqué votre savoir qui est si grand. Nous pouvons encore nous connaître mieux, ma tante, si vous le désirez ? Vous souffrez, mais ne pensez-vous pas que mon affection pourrait vous être douce ?

    Je ne mérite guère ton affection.

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