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    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Isabelle avait ainsi un aperçu de l’existence mondaine qu’ils menaient tous trois. Elle apprit que son père était souffrant depuis quelque temps et que le médecin avait conseillé une cure à La Baule où il se trouvait en ce moment avec sa femme. Ludivine était tout à son avantage de pouvoir annoncer que bientôt, le château serait habité.

    Ils arriveront à Monteuroux vers la mi-Juillet. Cela fait un peu tôt ; mais après, nous partirons pour Aix les bains.

    Isabelle pensa : "La d’Argenson, alors qu’à la mi-juin il n’y a personne à Monteuroux ? Quelle Bizarrerie ! Il me semble qu'il y a anguille sous roche..."

    Le soir de ce jour, vers dix heures, Isabelle sortit de la vieille tour tentée, à la fois, par un magnifique clair de lune et par une relative fraîcheur venant des montagnes et collines. comme souvent, elle voulait se rendre jusqu’à l’étang en pèlerinage. l'hommage à sa chère mère était important, et elle espérait, sans oser se l’avouer, la revoir : ombre légère dans la nuit claire, elle passa dans le parterre, descendit les vieux degrés de pierre qui menaient au parc.

    L’apaisante luminosité de cette nuit de juin détendit ses nerfs mis à rude épreuve par la présence de sa pire ennemieSe faire violence pour supporter l’idée d’avoir à côtoyer cette peste gênait fortement la jeune comtesse : Il va falloir que je la supporte tout le temps qu’elle va passer à Aïgue-blanche. Pensait Isabelle. Je ne sais si j’y arriverais ? Il faut que je me tienne loin d’elle le plus possible. Il y aura certainement des jours où je ne pourrais l’éviter, pas plus que sa mère ; mais il faudra que je me contienne devant ses insinuations. L’ombre des vieux arbres l’enveloppa, la saine odeur du bois résineux provoqua en elle un frisson de plaisir. Dans le silence, l’eau d’une source cachée s’égouttait le long d’un rocher moussu. Un oiseau de nuit hulula. Isabelle avançait comme dans un songe. Elle pensait à William, à ce visage glacé qu’il opposait aux sourires et aux câlins regards de Ludivine. Que lui avait-elle donc fait pour qu’il ait, à son égard, une telle attitude ? Que lui avait-elle fait pour qu’il cache sa souffrance au fond de son âme ? Malgré lui, elle le voyait, il ne pouvait, s’empêcher de lui montrer de l’animosité ?

    Après tout, la seule obligation de vivre près d’elle, quand on avait une âme loyale et fière, ne suffisait-elle pas à expliquer l’étrange attitude de son cousin ? C'était d'autant plus étrange quand on l’avait vu si différent pour sa famille, et pour elle-même, depuis son retour. Sous sa réserve habituelle, elle avait appris à connaître sa valeur morale, à soupçonner en lui une sensibilité farouchement cachée. Quand il se trouvait en sa présence, aucun mouvement de lassitude, aucune variation dans son regard ou d’intonations de voix, ne lui échappaient. Isabelle ressentait à chaque fois qu’il posait les yeux sur elle, une sorte de curiosité avide qui donnait un sens à sa vie... un goût chaque jour plus vif… elle aimait ses rencontre avec lui, même si elle s’en défendait.

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