• Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -123-

    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Ah ! Fait remarquer Isabelle, surprise. Nous ne sommes que mi-juin ? Je suis étonnée ? Même avec sa mère et mon père, elle n’est jamais venue aussi tôt ?

    La tasse qu’elle tendit à William faillit lui tomber des mains. Elle ne pouvait en contrôler le tremblement. Elle ressentait un froid intense jusque dans son cœur qui se mit à battre plus vite. Juliette, sans vergogne, fit une moue accentuée par la contrariété en murmurant :

    Vous avez raison Isabelle ! Et bien, il va nous falloir faire un effort afin de la supporter ! Voilà une bien bonne nouvelle ! Il ne nous reste pas grand temps pour être tranquilles !

    William ne répliqua pas aux allusions de sa sœur, ce qui reflétait bien son état d’esprit.

    Et Juliette de rajouter :

    Dans deux mois, si elle ne change pas d’avis... j’espérais avoir encore deux mois de répit et je pensais vraiment qu’elle ne viendrait que vers la mi-septembre pour ne pas avoir à rester trop longtemps à la campagne qu’elle n’apprécie guère. Il est certain que nous avons une véritable aversion pour elle, mais nous nous efforçons de ne pas le montrer. Elle est si sournoise, tellement égoïste, mielleuse quand elle s’adresse à vous, si coquette auprès de sa cour qui se doit de l’aduler tout le temps, mais ici, elle n’a pas sa cour ! Elle ne peut que briller à Paris auprès de sa mère et de ses amis superficiels comme elle...

    William l’arrêta net dans ses propos diffamatoires concernant sa belle-sœur, mais néanmoins, tout à fait exacts :

    Je te prierais, dit froidement William, de te taire sur les défauts de ma femme car, enfin, elle est ma femme, même si on a l’impression que je vit seul, que la joie ne règne pas dans mon couple et le domaine lorsqu’elle vient séjourner à Aïgue-blanche. Moi aussi, je ne m’attendais pas à la voir avant la mi-septembre. Il va falloir faire avec, petite sœur, et se montrer courtois, même si cela ne nous convient pas. Il s’accouda à la table de marbre sur laquelle il avait posé sa tasse. Refusant du geste les pâtisseries que lui présentait sa sœur, et demeura un instant silencieux, visiblement perdu dans ses pensées. C’était un jeune homme fort ténébreux, mais là, le malaise était palpable. Juliette regardait Isabelle d’un air penaud, s’en voulant d’avoir trop parlé concernant le caractère insupportable de sa belle-sœur. Isabelle, pour cacher sa gène et se donner une contenance, avait repris sa place et la brassière qu’elle avait abandonné quelques instants sur son siège afin de servir le thé. Ce silence ponctuel pesait tout à coup très lourd sur les trois jeunes gens. Au bout de longues minutes, William se mit à parler d’autres sujets, et principalement d’un ouvrage récemment parut, prêté par lui à sa cousine. Il rappela les souvenirs d’un voyage fait l’année précédente en Italie, avec un ami qui habitait Florence. Isabelle s’y trouvait à cette même époque, ayant accompagné son oncle, et sa cousine Alice.

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