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    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Isabelle s’en voulait de ressentir la même aversion pour le petit Thierry tellement semblable à sa mère. Elle s’en défendait, car c’était un enfant, mais déjà, à son contact, il avait acquis les mêmes manières. Était-ce à cause de cette ressemblance que William se montrait si sévère, presque dur parfois, pour cet enfant, cependant docile et facile en apparence ? Juliette, néanmoins, le disait sournoisement obstiné, disposé aux mensonges comme sa mère, avait-elle ajouté. Le calme s’éloignait d’Isabelle, cédant la place à ce malaise qui venait de s’insinuer en elle au seul souvenir de Ludivine. Elle ouvrit les yeux, se leva pour verser l’eau chaude qui bouillait dans la théière. Juliette jeta son chapeau sur une chaise et prit dans une assiette une des brioches qu’elle avait tout à l’heure apporté à son amie.

    William viendra peut-être me chercher. Il a dû aller à Rouen pour voir ce nouveau fermier dont on lui a parlé. Il paraît assez content de la marche de son exploitation. dit Juliette. Elle reprit sa place auprès de Isabelle et prit un ouvrage de crochet. Curieuse, elle demanda :

    Qu’est-ce ?

    Oh ! Ce n’est qu’une petite brassière. Je connais une famille de notre conté qui n’a pas beaucoup de revenu et déjà plusieurs bouches en bas âge à nourrir. Régulièrement Dominique avait ordre de leurs faire porter un grand panier de légumes et des fruits quand ce n’était pas des produits laitiers et de la viande. La maman attend un autre enfant pour la mi-septembre et peut-être octobre. J'essaie, le temps que je suis à Monteuroux, de confectionner un petit trousseau pour l’enfant à naître.

    C’est très aimable de votre part, Isabelle, que de penser à ces pauvres fermiers.

     Elle a encore un peu de temps devant elle : certainement mi-octobre, répondit la jeune comtesse. Et pour reprendre le court de leur discussion concernant William, Isabelle orienta, de nouveau, la conversation sur ce qui l’intéressait, sans que Juliette ne se doute de quoi que ce soit. C’est tout naturellement qu’elle lui répondit :

    Oui, cela va beaucoup mieux depuis quatre ans. Il conduit son affaire très intelligemment, ce cher William et il ne ménage pas son temps, ni sa peine ainsi que sa volonté pour arriver à ce qu’il a décidé concernant le domaine. C’est un caractère très volontaire et lorsqu’il décide quelque chose, il est rare qu’il revienne sur la décision qu’il a prise. Il est très intuitif et se trompe rarement. S’il avait eu la même intuition concernant son mariage avec cette capricieuse Ludivine ne pensant qu’à elle, coquette et imbu d’elle-même, ayant toujours besoin de sa cour autour d’elle. Ah ! S’il avait épousé une femme telle que vous, ma chère Isabelle, aimante et capable de le seconder dans les décisions difficiles à prendre, nous n’en serions pas là aujourd’hui.

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