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    Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Isabelle demanda encore :

    Ne s’ennuie-t-elle pas trop ? Croyez-vous qu’elle refuserait de me recevoir ? Je la plains tellement, pauvre tante ! Le regard grave et pur d’Antoinette s’attarda un moment sur le visage reflétant la sincérité de la jeune comtesse.

    Non, elle ne le voudra certainement pas. Ma pauvre demoiselle est bien plus malade de l’âme que de son corps, Mlle Isabelle. Nous ne pouvons faire qu’une seule chose pour elle : prier, afin que dans la nuit où elle vit, il y ait un rayon de lumière un jour qui éclaire son chemin. Antoinette fit un mouvement vers la loge, puis se ravisant, elle ajouta :

    Je lui demanderais quand même, mademoiselle. On ne sait jamais...

    Quelle paix, quelle sérénité dans le regard de cette femme toute dévouée à sa maîtresse ! A chaque rencontre avec Antoinette, Isabelle en emportait une impression d’apaisement très surprenant ?

    Antoinette est une âme merveilleuse, lui avait dit un jour l’abbé Forges. Depuis bien des années, elle partage la sombre existence de votre tante Victoria. Peut-être connaît-elle de durs moments auprès d’elle, des jours pénibles près de cette malade d’esprit, cette misanthrope qui s’écarte farouchement de la vie d’autrui. Oui, une grande malade, assurément ! Pensait Isabelle. Adélaïde l’avait connue, après le mariage de Daphné, menant à peu près la vie de tout le monde, mais de caractère assez renfermé, très orgueilleuse, douée d’un esprit vif, étincelant, et d’une intelligence hors du commun. D’après ce qu’elle savait d’elle, elle était très cultivée. En fait, une femme remarquable au point de vue intellectuel, très belle de visage, avec des yeux d’un charme étrange et envoûtant, aux dires d’Adélaïde, dans un corps déformé que tout l’art des couturières ne pouvait dissimuler. C’était très peu de temps avant la mort de sa belle-sœur qu’elle avait, tout à coup, décidé de se cloîtrer dans la vieille tour où elle est encore aujourd’hui. Toutes les observations de sa mère et de son frère s’étaient heurtées à une obstination invincible. En songeant à son étrange tante, Isabelle traversa la cour pour regagner les appartements réagencés de la vieille tour. Elle passa près du bassin central, autour duquel le vieil Adrien s’affairait avec l’aide de son petit-neveu que Mr de Rubens lui avait donné comme suppléant. Le vieillard leva la tête, marmonna un bonjour demoiselle. Il semblait toujours aussi peu communicatif, mais, néanmoins, comme les maîtres de château neuf n’étaient pas encore là, Isabelle osa lui demander un service qui lui tenait à cœur : essayer de remettre en eau le bassin aux petits anges recouvert de mousse, qui ne fonctionnait plus depuis des décennies qu’elle aimerait bien voir renaître. Le vielle homme hésita, mais ne refusa pas en spécifiant qu’il essaierait, sans pouvoir lui assurer qu’il y arriverait. Après cette conversation, les yeux du jardinier la suivit du regard jusqu’à ce qu’elle eût disparu dans le château. Son petit-neveu le regardant avec surprise, le vieil homme lui conseilla durement de ne s’occuper que de ses affaires et de savoir tenir sa langue.

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