•  Le mystère de l'étang-aux-ormes. Page -34-

    Chapitre XVIII

    Lorsque Isabelle entraîna William dans sa chambre, qu’elle sortit le vieux sac de l’aïeule et fit glisser sur la table centrale, devant le jeune homme, les joyaux de la princesse hindoue en prenant soin de ne pas encore sortir les dernières preuves que sa mère avait déposée à chaque visite telle que la fleur de nénuphar la nuit ou elle lui était apparut près de sont lit, et le bout de voile arraché par les buissons épineux se trouvant dans le chemin par ou elle s’était évaporée, et que la jeune comtesse conservait sur elle, tout contre son cœur, et qui correspondait à sa première apparition sur les berges du lac.

    William demeura un moment médusé, avant de se ressaisir :

    Qu’est-ce cela ? Dit-il enfin.

    Après qu’elle lui ai tout expliqué, il prit entre ses doigts le fameux collier pour l’examiner de plus près.

    Il doit avoir une très grosse valeur. Vous n’aurez pas l’occasion de vous en servir ici, Isabelle.

    Aussi n’en ai-je aucune envie. Je voulais juste vous tranquilliser au sujet de Monteuroux. Je vais remettre de nouveau tout ce trésor où il était, mais vous voyez qu’à l’occasion nous aurons de quoi payer l’entretien de nos deux domaines... et même d’autres dépenses si cela est nécessaire.

    Elle disait nous en le regardant avec une chaude tendresse. Étendant le bras, il attira contre son épaule la tête aux brillantes boucles blondes.

    Vous dites-nous Isabelle, nous deux. Dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Nous continuerons la lignée des de Rubens dans ce Monteuroux délivré de celles qui le déshonoraient. Une ombre passa dans le beau regard de la jeune fille.

    Monteuroux a été le témoin de beaucoup trop de malheurs. Je suis très peinée pour mon père... mon père que le crime de cette femme n’a pu séparer d’elle ! Oh ! William ! J’aurai tellement voulu l’en délivrer ! Hier, en rentrant d’Aïgue-blanche, j’ai croisé la voiture qui les emmenait loin de Monteuroux. Édith à tourné son regard vers moi avec une telle haine, juste quand mon père arrivait à ma hauteur. Il était très pâle. Il m'avait vu sur la route, mais ne daigna pas me regarder une dernière fois. Il me faisait de la peine. Mais Édith d’Argenson avait un regard qui en disait long sur la frustration qu’elle ressentait de ne pas avoir réussi à m’évincer de la lignée des Monteuroux. Ce regard qu’elle m’a jeté était une rage pure de n’avoir pas réussi son plan machiavélique afin de m’éliminer définitivement de son chemin. Ce genre de colère qui mène au meurtre. Je l’ai vu dans ses yeux. Ah ! Quelle haine elle me portait ! Elle avait vraiment l’intention de me faire accuser du meurtre de sa fille et de son petit-fils, et elle n’aurait pas hésité à me mener jusqu’au procès puis, ensuite, à l’échafaud si elle l’avait pu !

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    La jeune comtesse frissonna. William lui recouvrit les épaules du châle qu’elle avait laissé tomber par inadvertance. Pendant un instant, le jeune comte s’assombrit. Pensait-il à la brune Ludivine aux yeux célestes, à l’enfant éduqué au mensonge par elle et sa belle-mère ? Cette Ludivine qui avait sournoisement essayé de l’asservir à ses volontés, comme l’avait fait sa mère pour le comte Rudolph de Rubens ? Soudain, l’on toqua discrètement à la porte, et Antoinette entra. Elle dit, avec une gravité nuancée d’émotion :

    Je viens prendre congé de Mademoiselle et de Monsieur. Demain matin, je serai partie.

    Isabelle lui tendit les deux mains.

    Priez pour moi, Antoinette... Vous avez été un ange pour ma tante, ma bonne Antoinette. Priez pour nous deux.

    Le regard si doux, si pur dans ce maigre visage mat, alla d’Isabelle à William.

    Oui, Mademoiselle, je ne vous oublierai pas dans mes prières. Ma pauvre demoiselle aurait été contente de ce mariage, et je suis sûr que, de là où elle est, elle doit ressentir de la joie à vous voir unis. Elle m’a dit, le lendemain du soir où elle vous a vu au pavillon de l’étang :

    Ma nièce Isabelle est une vraie de Rubens et elle est très belle, elle me ressemble beaucoup. Lorsque je ne serais plus, vous lui donnerez ce portrait de moi qu’un pastelliste à fait lorsque j’étais jeune fille et encore pleine d’illusions. Elle pourra mieux se rendre compte de notre ressemblance. Tout ce que je laisse dans cette pièce lui appartient, et mon violon est un Stradivarius, conçu par Stradivari lui-même en 1674. Il est né en 1634 et il est décédé en 1737. Il a une très grande valeur pour la qualité de son bois et la perfection avec lequel l’instrument à été réalisé. Je sais qu’elle m’entendait jouer et qu’elle aimait m’écouter. Elle peut en faire ce qu’elle voudra : le vendre si le besoin s’en faisait sentir… Il a une très grande valeur.

    Non, Antoinette. Je vais le garder précieusement pour toujours. Je veux pouvoir me souvenir d’elle et ne jamais l’oublier, comme elle le fut de son vivant.

    Alors, je suis sûr qu’elle en est très heureuse de savoir que vous ne lui en voulez pas et qu’elle a une place, si petite soit-elle, dans votre cœur. Adieu Mademoiselle. Soyez béni tous deux pour votre honnêteté, et votre amour.

    La femme de compagnie de Victoria se retira discrètement après les avoir salué tous deux. Elle ne se départissait jamais de son calme. Sereine, elle s'en allait, la paix dans l’âme, accomplir son œuvre d’expiatrice déjà commencé près de sa maîtresse fantasque, aigrie, malade d’esprit, qu’avait été la tante de Isabelle : Victoria de Rubens au visage d’une très grande beauté, ressemblant fort à sa nièce : une très belle femme au cœur passionné dans un corps difforme. Douloureuse destinée, que le temps et les prière d’Antoinette n’avait pas réussi à spiritualiser.

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    Ce matin là, après l’enterrement, en ouvrant le petit coffret d’ébène pour honorer la promesse faite quant à la volonté exprimée par sa tante de détruire ce qui s’y trouvait, Isabelle y avait trouvé des fleurs séchées, et la photographie d’un jeune homme d’une distinction et d’une séduction qui, obligatoirement, ne pouvait laisser, à l‘époque, sa jeune tante indifférente. C’était une lettre qui était, en partie, brûlée, mais non jetée. Isabelle ne songea même pas à lire ce qu’il restait de la lettre, mais elle en devinait le contenu, se souvenant de ce que son père lui avait dit en lui parlant de sa sœur et de cet homme, Norbert de Laplace, qu’elle avait dût aimer plus qu’elle-même, mais que lui, malgré les sentiments qu’il avait pour elle, n’avait pu se résoudre à prendre pour femme sa sœur Victoria à cause de sa difformité. Sa tante avait donc trouvé la lettre adressée à son frère, puisqu’elle lui avait avoué, qu’elle l’avait lu. Son déchirement fut tel que, se sentant rejetée à cause de son corps déformé, Elle se prit à haïr le monde, la société encore très puritaine, collé-montée, et assise sur des traditions qui se voulaient très à cheval sur les questions de descendances. La beauté primait chez la noblesse.

    La jeune comtesse Victoria de Rubens ne put accepter le dédain de cet homme qui avait choisi d’être conforme aux mœurs de l’époque, quitte à négliger l’amour qui lui portait. Sa tante Victoria s’enferma dans son chagrin et ne voulut plus rien à voir à faire avec le monde extérieur. Elle a souffert de cet amour contrarié, et c’est dans les plaintes de son violon qu’elle confiait le déchirement qu’elle ressentait.

    Quel dommage que son pauvre corps fut si terriblement déformé ! Avait écrit le jeune marquis de Laplace. Sans cela, mon cher, je demanderais aussitôt sa main à Mlle de Rubens.

    Après avoir lu et relu ces quelques lignes blessantes à son encontre, Victoria avait ressenti une profonde injustice qui l’avait mise hors d’elle. Par la suite, elle avait eu tout le temps de ressasser ses désillusions qui ont fait monter en puissance sa haine de cette société qui l’avait condamné, elle, à cause de mésalliances perpétrées par des générations passées de comtes de Brémont et de, de Rubens dont elle ne savait rien, mais dont elle portait le fardeau.

    Pourquoi elle, plutôt que d’autres ? Pourquoi cette infamie était-elle tombée sur elle ? La jeune fille qu’elle était alors, avait dû souvent se poser la question. C’est en découvrant cette lettre adressée à son frère ou elle avait lu et relu cette phrase assassine qui allait, pour toujours, ravager sa vie en décidant de vivre en recluse volontaire, ce qui avait eu de fâcheuses conséquences sur la décision qu’avait pris sa tante de ne pas dénoncer les meurtrières de sa pauvre mère. C’était la seule façon qu’elle avait trouvé pour se venger de la beauté de Daphné et de sa gentillesse envers elle qu’elle n’avait pas admis et traduisait comme de la pitié.

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    Bien piètre consolation pour l’aider à survivre avec cette disgrâce qui l’humiliait, et dont elle devait en porter le poids jusqu’à la fin de ses jours. Avait-elle songé au suicide ? Peut-être qu’elle ne s’en sentait pas la force. Préférait-elle mieux souffrir en s’excluant, définitivement, de toute vie sociale ? Isabelle ne savait que répondre à ces questions qui resteraient, pour elle, à jamais, une énigme. Dans cette chambre, Victoria était à l’abri de tous regards importuns qu’on aurait pu avoir sur elle. Elle n’avait plus à se justifier de son apparence. Là, s’arrêtait sa vie. Ce que peut faire une déception amoureuse sur un pauvre cœur meurtri par un amour dédaigné, un pauvre corps déjà disgraciée par l’effet d’une destinée déjà programmée dans sa conception, et sans qu’elle y soit pour quelque chose, se dit Isabelle. Il se pouvait que la consanguinité y soit pour beaucoup au niveau de ses ancêtres et, justement, d’après ce qu’elle savait de ces ancêtres, il y avait des malformations due à la génétique comme sa tante Victoria, son cousin André, la tante de son père décédée à trente ans de maladie mystérieuse, ce qui ne rassurait guère Isabelle pour ses prochaines maternités, car elle comptait bien avoir des enfants avec William...

    En quittant la pièce où elle se trouvait, Isabelle se conforta dans sa décision de ne pas vendre le précieux violon de sa tante. Elle était curieuse de tout connaître de ce chef d’œuvre réalisé par un homme. Le bois de l’instrument avait été fait dans de l’érable tandis que sa sonorité avait la résonance de l’épicéa. Isabelle déchiffra la signature qui se trouvait à l’intérieur : C’était bien un Stradivarius. Elle savait depuis peu par les renseignements de sa tante, quel luthier l’avait fabriqué, façonné pour avoir une telle résonance dans des mains d’une artiste comme elle. Isabelle se dit qu’elle demanderait à Renaud qui devait certainement connaître ce genre de violon, et si besoin était, il le ferait expertiser en Angleterre. Ce n’est pas qu’elle voulait en savoir la valeur ; mais ce bel et noble instrument l’intriguait.

    A l'heure où le soleil commençait de disparaître derrière les hauteurs boisées, Isabelle rejoignit William, et tous deux prirent le sentier qui menait à l'étang. La jeune comtesse était pensive. Elle ressentait un besoin impérieux de confier à celui qu’elle aimait de tout son cœur, ce qui assombrissait encore son bonheur.

    William, j'ai quelque chose à vous confier qui me tient à cœur.

    Ce que vous avez à me confier : est-ce très important ? Questionna le jeune comte ?

    Assez pour que vous m’écoutiez. Il faut que je vous dise à propos de ma chère mère. De la même façon que les bûcherons l'ont aperçu plusieurs fois à l'étang, j'ai, moi aussi, par deux fois, sans oser le croire, aperçu maman. La première apparition s’est produite lorsque vous n'étiez pas encore marié avec Ludivine, mais simplement fiancés, et ceci, juste avant mon départ pour l’Angleterre. La deuxième fois, ce fut encore au bord de cette même pièce d'eau.

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    Ce soir là, il faisait lourd. La nuit était à peine commencée, qu’une envie subite me prit d'aller me promener du côté de l'étang-aux-ormes.

    Maman m’apparut, et sans ouvrir la bouche, elle me mit en garde contre un danger qui me menaçait. C'était une voix surnaturelle qui me parlait à l'intérieur de moi-même ? Maman me convint de partir chez son frère où je serais à l'abri des malveillances du château. Je fus très surprise de savoir qu’elle était au courant de mon prochain départ chez son frère, et que je ne voulais pas quitter Monteuroux.

    C’est pour cette raison que je ne fis pas de difficultés quand mon père à pris la décision de m’envoyer chez mon oncle. La dernière fois est récente. Ce fut juste après la réception où nous avons parlé longuement, et où, vous-même, vous m'avez mis en garde contre Ludivine en me priant de partir. Après tout ce que je venais de voir, d'apprendre, d'entendre, je suis allée me coucher, la tête emplie de doutes sur le chemin que je devais prendre. La nuit fut très agitée : j'entendais la voix de maman qui, dans mon sommeil, me parlait. Je ne trouvait pas le sommeil : J’étais sans cesse interrompu par sa présence auprès de mon lit. J'ai d'abord pris cela pour un rêve insistant, mais il m'était impossible de fermer l’œil. Elle tenait encore une fois à me prévenir du danger imminent qui me guettait. Elle m’appris ce qui lui était réellement arrivé, qu’elle savait avoir été assassinée, mais ne savait pas encore à qui appartenaient les deux mains assassines qui l’avaient l'avait fortement poussé dans l'eau. Elle semblait tout connaître de la fausseté et la dangerosité de ma belle-mère qui, d’après elle, devait être en partie, la cause de cette malveillance à son encontre. Lors de ses apparitions sur les berges de l'étang. C'est elle qui, la première, m'a fait comprendre qu'il fallait que je quitte Monteuroux sans regarder en arrière, avant qu'il ne m'arrive quelque chose de fâcheux. Je n’en ai parlé à personne, son conseil étant de me taire sur ce sujet qui ne ferait que m’attirer les foudres de ma marâtre. Elle m'a confié que tant qu'elle ne saurait pas qui était la personne fautive de cet acte abominable, elle ne pouvait reposer en paix aussi longtemps que ce mystère ne serait pas éclairci. Elle me confia qu’elle n’avait pas fini ce qu’elle avait à faire sur cette terre : à commencer par me protéger de l’esprit malfaisant qui séjournait au château. Elle me dit aussi que la punition divine arriverait en son heure et serait à la mesure de ce qu’elle avait subi, et que depuis ma petite enfance je subissais également. Depuis la première apparition, je voulais tout dire à Adélaïde, mais en réfléchissant, je n'ai pas voulu confier ce dont j’avais été témoin de peur qu’elle ne pense que j’étais atteinte de folie, et qu’elle se sente obligée de faire un rapport à mon père afin de me faire admettre dans un hôpital psychiatrique, financièrement aidé, bien sûr, par la d’Argenson. Si je vous confie mon secret, William, c'est que ma confiance en vous est inébranlable, et que je vous sais large d’esprit, que vous ne pouvez que me croire. Je ne suis pas une fabulatrice ! Bien trop de coïncidences avec les faits réels ne peuvent tromper ! Ce que j’avais appris sans vouloir en tenir compte à cause de ma raison qui me l'interdisait, fait, aujourd’hui, que je ne peux plus nier les faits, même si je me refuse à croire à l’inexplicable ?

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    Dites-moi, William. Comment dois-je expliquer cela ? Lors de ma confrontation houleuse avec mon père, et avant même que l’on ne sache ce qui c’était vraiment passé ? Est-ce que j’aurai pu soupçonner et accuser ma belle-mère du meurtre de ma mère sans en avoir une preuve, même indirecte, mais pourtant bien réelle ? Comment aurais-je pu accuser mon père d’adultère si maman ne me l’avait pas confié ? Il faut admettre que toutes ces choses sont troublantes ! Je ne sais toujours pas si je dois croire aux phénomènes qui relèvent du surnaturel, et qui nous dépassent ; mais une chose est sûre : c’est que je devais quitter Monteuroux sans me rebeller, et sans me retourner, même si j'avais beaucoup de peine. Je n’avais que seize ans et aucun pouvoir sur mon avenir. Grâce à maman, je me suis résignée, parce que j’ai compris où était mon intérêt. Il valait que j’en prenne mon parti. Il y allait de mon salut. Une autre personne, en plus de vous, m’a également mise en garde quelque temps avant que je connaisse cette tragédie : c'est ma tante Victoria. Elle avait l’habitude de se promener du côté du pavillon face à l’étang. Un soir que je m’y promenais aussi, nous nous rencontrâmes. Nous avons parlé, et elle me mit en garde contre ma belle-mère, me disant de me méfier d’elle. Antoinette a fait allusion à cette rencontre tout à l'heure lors de ses adieux. Aujourd’hui, je me dis que tout ceci fait beaucoup trop de coïncidences pour que j’en néglige les faits ! Je ne sais comment cela a pu se produire, mais j’ai réellement vu ma mère.

    Le jeune comte avait écouté Isabelle sans l’interrompre, bien qu'il eut du mal à accepter les faits. Mais la jeune fille avait besoin d’alléger son cœur de ce lourd secret qui la rongeait, et dont elle ne voulait plus être seule à en porter la charge. Il comprenait cette démarche. Celle qu’il aimait ne voulait rien lui cacher, et pour cela, il ne la respecterait que davantage. De plus, tous ces faits troublants s’emboîtaient les uns dans les autres, parfaitement avec ce qu’il savait déjà. William ne put s’empêcher de penser à ce que lui avait confié Émilie, et qui ressemblait étrangement aux confidences de la jeune fille. Le recoupement de tout ce qu’on lui avait confié était tellement évident, qu’il comprenait mieux ce qu'Isabelle avait dû vivre et se poser comme questions au sujet des confessions faites au cour des apparitions de Daphné de Rubens. Il comprenait aussi que, malgré sa peine à quitter Monteuroux, elle avait été si facile à convaincre d’aller chez son oncle six ans auparavant. Ce que la jeune comtesse venait de lui confier, lui paraissait tout à fait plausible. Il osa une question :

    Pensez-vous, Isabelle, revoir votre mère maintenant que tout est dit, que tout est clair pour elle comme pour nous deux ?

    Je pense que non. Maman repose enfin en paix, et de là-haut, elle voit que je suis heureuse avec vous. Nous sommes débarrassés de cette affreuse intrigante. Je pense que la justice divine est intervenue comme maman me l’avait dit, mais beaucoup plus terrible que je n’aurais pu l’imaginer. Les coupables ont été punis très profondément dans leur chair. Constata tristement Isabelle. 

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    Il y a un vieil adage qui me semble tout à fait exact, et qui correspond bien à la cupidité de cette femme abominable qu’est deuxième femme de mon père.

    Lequel, Isabelle ? Dites-moi ?

    Celui qui précise que : Bien mal acquis ne profite jamais.

    Maintenant que vous le dites. Cela vrai. Je n’y avais pas pensé.

    William voulu aussi vider son cœur afin qu’aucune ombre ne demeure entre eux.

    J’ai moi aussi, quelque chose d’important à vous demander, et qui me tient à cœur, ce qui va vous rassurer sur tout ce que vous venez de me confier ; mais au paravent, me permets-tu, mon aimée, que lon se tutoie ? Les conventions nous éloignent l'un de l'autre. Ne trouves- tu pas ?

    Le regard du jeune comte s’illumina d’un amour infini lorsque Isabelle lui donna raison, et acquiesça à sa demande. William osa enfin faire part à la jeune fille de ce qu'il savait déjà grâce à Émilie, concernant les apparitions de sa tante Daphné, et qui avaient commencé juste quelques mois après son meurtre. Isabelle ne fut pas surprise de savoir que tout le monde, au village et au château, savait, sauf elle, et que son père avait interdit que l'on en parle en sa présence sous peine de lourdes sanctions. Elle ne fut pas étonnée, non plus, de la perversité de la d’Argenson qui avait dû mettre son veto concernant ces apparitions qui, de son avis, étaient complètement grotesques. La crainte que l'on ne découvre ce qu'il s'était réellement passé lui faisait peur.

    Plus Isabelle était au fait de tous ces détails, et plus elle comprenait le danger que cette histoire représentait pour cette femme, devenu comtesse de Rubens en faisant assassiner sa rivale. Elle ne pouvait décidément pas élever ni aimer la petite fille qui représentait le reproche vivant de son forfait.

    Après toutes ces révélations entendues de part et d'autre, William conseilla à Isabelle, de ne plus parler de ces choses, et de laisser reposer en paix sa chère mère, maintenant qu'elle avait fait son devoir envers son enfant. Tout cela devait rester secret entre eux deux, et ne regardait personne à part, si elle en émettait le souhait, se confier à l'abbé Forges en confession pour avoir son avis sur le surnaturel puisqu'ils étaient, tous deux, catholiques. Beaucoup de personnes du village connaissaient cette histoire d’apparition. Pour leur futur bonheur, il fallait bien trouver une explication à tous ces phénomènes qu'il fallait arriver à analyser et comprendre. Isabelle ajouta :

    J’ai pris le temps d’analyser plus avant le caractère de la d’Argenson : Ludivine et son fils Thierry, n’étaient que les fruits gâtés d’une femme à la personnalité, que j’oserais dire… de perverse, et contaminée jusqu’à l’âme.

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    Ludivine n’était pas responsable de l’acte suggéré par sa mère à sa domestique. Elle était bien trop jeune à l’époque ou tout ceci s’est passé ; mais la façon dont elle l’a élevé, vu son âme noire, à fait de Ludivine son exacte reflet. Quant au petit Thierry, Ludivine et sa mère sont responsables de trop avoir céder à ses caprices, et de l’avoir élevé dans la fourberie et le mensonge. Lorsque un fruit est pourrit de l’intérieur aussi bien que de l’extérieur, il ne peut que gâté les autres fruits qui se trouvent dans le même panier. L’entière adoration de Berthe et sa complète soumission envers Édith d’Argenson, lui ont fait accomplir ce geste irréparable que sa maîtresse ne voulait pas avoir à faire elle-même. Exerçant une manipulation verbale sur sa domestique, elle était sûre de sa complicité, afin d’accomplir le travail qu’elle ne tenait pas à faire elle-même. Le retour de bâton fut administré de la façon la plus terrible et la plus radicale qui soit pour Édith et Berthe. Celui que je plains le plus est mon père qui fut trop faible pour résister à cette diablesse, et qui va payer jusqu’à la fin de ses jours la perte de sa chère femme honnête, douce et aimante. De ne s’être pas occupé de moi lorsque j’avais besoin de sa protection, et de m’avoir, en quelque sorte, abandonné à Adélaïde qui a su, seule, me donner tout l’amour d’une seconde mère alors que je venais de perdre la mienne, et qu’alors, j’avais le plus grand besoin du sien, mon père m’a perdue en me délaissant complètement, préférant écouter sa nouvelle épouse qui est, à présent, pour lui, je pense, son châtiment. En ce qui concerne la d’Argenson : elle n’a plus rien à espérer de la fortune dormante des comtes de Rubens comme elle l’a longtemps espéré. Tout est finit pour elle. Après tant d'années de souffrances, de doutes, et de larmes pour la petite fille que j’étais, il ne peut en être autrement ! La punition de Dieu est la réponse aux manquements d’un père envers son enfant. J’ai mal pour mon père, et j’ai beaucoup de peine, mais je lui pardonne parce que c’est mon père et que, malgré tout, je l’aime même si je sais ne plus jamais le revoir. Je pardonne à Ludivine, et je n’ai plus que de l’indifférence pour Édith. Je ne puis encore oublier tout ce qu’elle m’a fait endurer. A présent, tout est rentré dans l'ordre. Je ne veux plus penser au passé. Nous n'en parlerons plus. Je veux être heureuse avec toi, William !

    Sur ses paroles pleines de confiance et d’amour, William prit dans ses bras le jeune corps frémissant de sa bien-aimée et, la regardant dans les yeux, il approcha son visage du sien, prit ses lèvres avec tendresse et douceur : ces douces lèvres parfumées de jeunesse encore innocentes de ce qui constituait l’amour charnel et qu'il avait déjà goûté le soir du bal. Son jeune amour était pur de toutes souillures. Enfin, il laissait libre cours à tout ce qu'il ressentait pour la jeune fille. Ce baiser fut le premier baiser autorisé qu'elle recevait de celui qu'elle aimait depuis longtemps sans vraiment s'en être rendu compte. Après avoir tous deux vider leur cœur de tout ce qui pouvait encore compromettre leur bonheur, ils descendirent le sentier de la poterne en se tenant la main, et sur la route qui menait au village, ils se séparèrent après un doux baiser.

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    William regagna Aïgue-blanche, et Isabelle se dirigea vers le presbytère. Elle voulait apprendre à l’abbé Forges ses fiançailles, qui ne seraient officielles que plus tard, William laissant passer les quelques mois, respectant ainsi, le temps de son veuvage. Isabelle trouva le prêtre dans son jardin, occupé à l’émondage d’arbustes trop exubérants. Il l’écouta en silence, puis eut un sourire qui adoucit un instant son visage austère, en apparence, mais qui ne l’était pas du tout. Isabelle le connaissait depuis sa toute petite enfance, et connaissait sa personnalité.

    Très bien, ma chère enfant. Je me doutais depuis quelque temps qu’il ne vous était pas indifférent, ce cher William, si digne de vous.

    Depuis quelque temps seulement ? Mais je l’ai toujours aimé sans le savoir, mon père.

    L’abbé Forges eut un mouvement de surprise :

    Toujours aimé ?

    Oui, j’ai compris depuis, que si j’étais follement irritée, autrefois, de le voir épouser Ludivine, c’est que mon cœur était de la partie, mais j’étais, alors trop jeune pour comprendre.

    Il fallait que je grandisse loin de Monteuroux, que je me civilise aussi, dit-elle en riant.

    Elle parlait avec simplicité, avec une douce flamme dans ses beaux yeux. Le prêtre la considérait pensivement. Ainsi, voilà donc l’énigme qu’elle renfermait en elle, sans le savoir, cette âme longtemps secrète, et dans la tourmente, s’ouvrait aujourd’hui, joyeuse, dépouillées de mystère. Isabelle, amoureuse ardente et grave, qui saurait être une épouse parfaite et de la plus noble race morale pour William dont le cœur, semblable au sien, ne pouvait que l’apprécier, formant ainsi, un couple parfait.

    J’ai été bien aveugle, mon enfant, dit le prêtre.

    Isabelle eut un petit tremblement des lèvres en répliquant :

    —  Une personnes avaient deviné... La haine est peut-être, en ce monde, plus forte en apparence, mais l’amour finit pas gagner son paradis... Ludivine se doutait de l’attirance que nous avions l’un pour l’autre, et bien qu’elle délaissait son époux, depuis que je m’en étais revenue d’Angleterre, elle était fort jalouse de notre rapprochement et notre complicité. Le père Verges lui donna ce sage conseil :

    Ne pensez plus à toutes ces choses, et soyez heureux, mes enfants. l’avenir s’ouvre devant vous, et je serais là pour bénir votre mariage.

    La nuit tombée, William et Isabelle vinrent se promener une fois encore sur les bords de l’étang à la pour savourer leur amour sans être dérangés. Ils avaient besoin de se retrouver seuls pour parler et s’embrasser comme tous les amoureux du monde. Entre les grands ormes sur lesquels s’attardait la lumière lunaire, l’étang reprenait sa teinte sombre par endroit.

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